Talk to the Snail

De Stephen Clarke. Black Swan, 2007. Essai humoristique. Très bonne lecture. [258 p.]
Sous-titre : Ten Commandments for Understanding the French
Titre français : Français, je vous haime : Ce que les rosbifs pensent vraiment des froggies, 2009
snail

(Parfois une image vaut mieux qu’un résumé)

Allez, pour une fois je commence par les mauvais points, histoire d’arrêter de vous faire penser que je déteste en fait secrètement la moitié de ce que je lis en vous laissant sur des conclusions pinailleuses !

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L’Évangile cannibale

De Fabien Clavel. ActuSF, 2014. Horreur – zombies. Très bonne lecture. [283 p.]
evangilecannibaleRésumé : « Aux Mûriers, l’ennui tue tout aussi sûrement que la vieillesse. Matt Cirois, 90 ans et des poussières, passe le temps qu’il lui reste à jouer les gâteux. Tout aurait pu continuer ainsi si Maglia, la doyenne de la maison de retraite, n’avait vu en rêve le fléau s’abattre sur le monde. Et quand, après quarante jours et quarante nuits de réclusion, les pensionnaires retrouvent la lumière et entrent en chaises roulantes dans un Paris dévasté, c’est pour s’apercevoir qu’ils sont devenus les proies de créatures encore moins vivantes qu’eux. Que la chasse commence…
Fabien Clavel, lauréat d’une douzaine de prix et auteur d’une vingtaine de romans, est l’une des voix les plus connues de l’imaginaire. Sa plume caméléon s’adapte à sa volonté d’en explorer tous les sous-genres. Avec L’Évangile cannibale, il revisite le mythe du zombie et du survival dans un roman court, rythmé et caustique.« 
L’auteur ne mâche pas ses mots, ou plutôt il nous les crache à la figure. C’est brut, cruel, vulgaire même. On entre dans l’histoire via les pensées de Matt Cirois, pensionnaire de 90 ans aux Mûriers, et c’est pas joli-joli. « Tout est sale, à l’intérieur comme à l’extérieur », dit-il de son environnement physique et humain – et cela semble être très applicable à lui-même également. Et pourtant je ne peux m’empêcher de ressentir de la pitié, de l’amusement et même de la tendresse à l’égard de cet être humain entièrement révolté, fermement décidé à ne pas « se laisser crever » sans résistance, devenu paranoïaque et méfiant à force de côtoyer déchéance, mépris et stupidité.
« Nettoie les chiottes et le vieux assis dessus. Je suis sûr que certaines [aide-soignantes] aimeraient bien nous passer au jet d’eau en même temps que la salle de bains. C’est à peine si on ne nous essuie pas avec la serpillière qu’on passe sur le sol. »
J’ai remarqué qu’il n’y a pas de majuscules aux noms des résidents et personnel de la maison de retraite. Vu le systématisme je pense que c’est voulu, toujours dans ce but de déconstruction et de dépersonnalisation que l’auteur semble suivre depuis le début. (Point confirmé par l’interview de l’auteur présente à la fin)
Je me suis laissée prendre à l’histoire, dont la première moitié consiste surtout à mettre en scène l’environnement et les personnages, nous les présenter, nous installer dans le quotidien physique et mental de ces vieux. C’est très original, ça change effectivement beaucoup des ados boutonneux en mal d’amour et d’identité partant à la conquête du monde (qui me fatiguent parfois même si j’aime en retrouver de temps en temps) – les identités sont déjà définies, et pourtant elles sont redéfinies (ou à redéfinir) en partie tout simplement par les évènements déclencheurs des péripéties, du mouvement du groupe de personnes âgées hors de leur établissement. Le thème du corps est extrêmement employé et exploité, jusqu’à la nausée, jusqu’à un certain anéantissement – sans vous spoiler. Bien sûr le passage, ou plutôt la succession de passages qui m’a définitivement coupée toute sympathie pour les « héros » est arrivée pendant que je déjeunais. Ça m’apprendra à lire en mangeant. Évidemment, je déconseille ce livre à toute personne particulièrement sensible, jeune ou moins jeune. C’est horrible par moments, et je ne parle pas seulement de zombies ou de violence.
Je ressors de ma lecture dégoûtée, mais pas au point de m’arrêter là avec Fabien Clavel. Je pense même que je retrouverais avec plaisir son style, ou un autre, dans d’autres de ses ouvrages – après tout la moitié de ce qu’il nous raconte dans ce livre est dégueulasse, alors si je ressors avec un sentiment de répulsion, c’est qu’il a parfaitement réussi son coup ! Cependant je n’avais pas remarqué grand’chose de ce qu’il raconte dans l’interview finale, les parallèles avec la Bible et tout – j’ai vaguement noté les noms mais franchement je doute que beaucoup de lecteurs fassent plus le rapprochement que moi : il faut pour ça avoir l’Apocalypse et l’évangile de Matthieu en tête, et pour ma part ce ne sont pas des choses que je relis tout les jours ! Bravo tout de même pour la conception de l’idée.
Un livre qui sort des sentiers battus (de mon point de vue de novice en zombies), sombre et glauque.
Chroniques d’ailleurs :  Avides Lectures, Blog-O-Livre

W3, T.1: Le Sourire des pendus

De Jérôme Camut et Nathalie Hug. 2013. Thriller. Excellente lecture. [750 p.]
w3Résumé : « Lara Mendès, jeune chroniqueuse télé, enquête sur le marché du sexe et ses déviances. Elle disparaît sur un parking d’autoroute… Désemparés par la lenteur de l’enquête, ses proches reçoivent le soutien de Léon Castel, fondateur d’une association de victimes.
Sa fille Sookie, policière hors norme, a enquêté sur une triple pendaison qui semble liée à cette affaire. Qui a enlevé Lara ? Pourquoi ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits s’affichent depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Réseaux criminels ou tueurs isolés ? Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié.« 
Arrivée à la moitié du livre, j’étais prête à lui mettre un « excellent », mais étant donné que j’ai trouvé que les 200 dernières pages faisaient un tant soit peu retomber le soufflé et qu’en plus je suis frustrée de découvrir que ce n’est pas un one shot malgré ses 750 pages, ce sera seulement une « très bonne lecture ». Je suis faible, ils le méritent bien, leur « Excellent » ! 🙂
Dans l’ensemble, j’ai adoré le livre, autant que j’avais adoré leur saga composée de Prédation, Stigmate, et Instinct (et Rémanence, viens-je juste d’apprendre). On retrouve un maximum d’éléments de leur « univers » thrilleresque, et aussi des clins d’œil au moins à la série précédemment citée ainsi qu’à Malhorne, une série fantasy de Jérôme Camus (« bien mais spécial » m’a dit mon frère qui l’a lu – moi je n’y ai pas encore mis le nez).
C’est toujours plutôt horrible et malsain, donc je continue de déconseiller ces auteurs aux personnes qui seraient vraiment sensibles – en plus ça ne se finit pas en conte de fées, les méchants s’en sortent même parfois pas forcément si mal. Question horreurs gore, sévices sexuels, ou même concepts psychologiques on est toujours servis, même si dans l’ensemble j’ai trouvé ça moins terrible qu’Instinct, qui m’avait véritablement retourné l’esprit et les sens pendant quelques temps après ma lecture. Bref, on est bien dans du thriller et pas dans du roman policier avec enquête pépère autour d’un crime somme toute pas si horrible que ça. (Mon point de vue de lectrice, n’assassinez pas votre voisin fêtard, même proprement et même si vous avez des excuses :p)
Je passe vite fait sur le style, toujours aussi bon et qui me fait toujours penser à d’autres écrivains également pleins de talent, tels Grangé ou Chattham pour en citer deux qui font aussi dans le sanglant-tordu-journalistique. Même chose pour le rythme de l’histoire, mis à part le petit bémol cité au début – et qui se justifie par, donc, l’existence à venir (vite j’espère, et pas suivi d’un autre ! J’aime déjà pas attendre entre deux livres d’une série, mais vu qu’en plus là il y a enquête…)
Ce qui m’a le plus marquée dans cette lecture, ce sont les personnages. Pour un roman de cette catégorie, aucun n’a été laissé pour compte. Vous avez le choix entre la jeune fliquette en proie à un espèce de syndrome psychiatrique de rangement mental particulier et plutôt pratique, la journaliste pas si classique que ça, son « petit » frère bâti comme Hulk – de qui il partage aussi le caractère, le Papy réac du fin fond des Vosges consanguines*, l’idiot du village (en parlant de consanguinité) qui aime manger – et les chiens – et qui n’est pas si stupide que ça, le couple d’homos stars sur le déclin qui ont des problèmes de couple, de vie, d’identité, etc. Bref c’est plutôt la foire et donne l’occasion aux auteurs de ne pas voler trop au-dessus des pâquerettes quand il est question d’humour – et ça fait du bien entre deux séquences sordides (ou au milieu, n’est-ce pas « Pierre » ?). Bon, et ça c’est juste les personnages principaux. En fait, fait rarissime quand je lis ce genre de littérature, j’ai réussi à véritablement m’attacher aux personnages, à avoir envie d’encourager Lara à tenir bon, à regretter que Léon ne soit que fictif tellement il sonne vrai et que le monde aurait  besoin de plus de caractères comme lui, à espérer pouvoir aider Sookie, à imaginer Guernica « en vrai », à rire aux blagues des garçons (Valentin, Arnault, Egon) en ayant l’impression d’être dans la même pièce qu’eux.
Bah, j’ai même pas envie de vous parler de l’intrigue, ça se déroule comme je l’avais pensé en lisant le résumé, sur la trame de fond tout au moins, avec développements à la clé que je ne vais pas vous dévoiler. Je ne me suis pas du tout ennuyée, et même si là tout de suite je suis frustrée et sur ma faim car la conclusion n’est pas tout à fait… conclue, du coup, ça reste une lecture fabuleuse, plus que distrayante, et ça ne m’arrive pas si souvent de pouvoir dire ça en lisant des thrillers !
* Blague lorraine / et pis d’abord c’est eux qui l’ont dit dans le livre :p
Chroniques d’ailleurs : Avides Lectures

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L’image de l’intimité féminine aujourd’hui

[Oui, cet article parle de sexe ; non ce n’est pas de la pornographie ; oui on en parle quand même]
Je suis tombée sur cet article par hasard, via un autre article du même site, http://www.rue89.com. J’ai cru repérer que ce site référençait pas mal d’articles polémiques voire carrément provocants, mais après tout, que peut-on vraiment lire sans aucun recul ? En tout cas, il m’a touchée plus que choquée.
Extrait 1 : « [L]e but du site* est de redonner confiance à ces femmes dont l’entrejambe ne ressemble pas à celui des stars du X. Car si pour beaucoup de garçons, le porno est la première rencontre avec l’intimité féminine, c’est aussi le cas pour les filles. »
* des sites se sont développés autour de l’image du sexe féminin, regroupant photos et soutien psychologique, surtout dans le monde anglophone pour le moment, afin de remettre à plat la notion de « normalité » qui peut y être associée, ou en être au contraire justement dissociée.
Extrait 2. « « Une génération entière de jeunes femmes qui ont grandi en ayant accès à Internet découvrent leur corps et la sexualité à travers ce média. Souvent, la première et unique manière dont les filles peuvent jeter un œil à l’appareil génital d’autres filles, c’est via la pornographie, qui donne une vision biaisée de ce à quoi ressemblent les vraies femmes. » »
Le reste de l’article parle principalement des sites existants, des photos qu’on y trouve, des croquis de l’appareil génital externe féminin, et des réflexions sur l’érotisme associé à cette partie du corps, et les mouvements plus ou moins radicaux qui se sont développés autour de cette réflexion, justement.
J’ai déjà noté, assez tristement, comment l’influence de la pornographie sur les jeunes esprits dépasse souvent les connaissances anatomiques et biologiques les plus basiques. Personnellement je ne connais ce milieu  que par ouï-dire plus que par ma propre expérience. Dès mon plus jeune âge, ma mère m’a mis entre les mains des livres sur le corps humain, adaptés à ma maturité, bien sûr ! [Merci maman] – il existe des ouvrages pour les 6-8 ans et ce ne sont pas les mêmes que pour les 14-16 ; mais un gros tas de psychologues, écrivains, scientifiques voire humoristes travaillent pour vulgariser les informations, quelles qu’elles soient, et y compris dans le domaine de la puberté et de la sexualité, alors pourquoi donc autant (apparemment) d’ados en arrivent-ils à se baser sur les fictions qu’on leur présente, qui à tomber des nues devant leur premier partenaire, au lieu de se documenter véritablement ? Les parents n’osent-ils donc plus parler à leurs enfants, quitte à les faire rougir un peu ? De mon point de vue, l’éducation sexuelle appartient aux parents, au moins en partie, que ce soit en nous parlant directement, ou en nous collant des prospectus, livrets et documents dans les mains, ou en nous conseillant d’aller en chercher nous-mêmes, et où, etc. En termes de scolarité on n’a souvent le droit qu’à une seule séance en 4e ou 3e, où tout le monde rougit, rigole ou s’en fout royalement. Pas le meilleur âge pour avoir des oreilles attentives, voire un peu tard pour certains qui ont déjà leurs expériences, aussi brèves soient-elles. Les cours de biologie de 1ère et Terminale S sont assez instructifs question fonctionnement physique et hormonal des appareils génitaux, mais encore une fois ça arrive un peu tard, et tout le monde ne passe pas par cette filière, ce qui fait beaucoup d' »exclus ». (saviez-vous que les hommes aussi ont leur propre cycle hormonal ?). L’avantage aussi d’aller chercher des infos c’est qu’on en trouve souvent plus que ce qu’on cherche, surtout au début. Mais peut-être aussi que certaines personnes manquent de curiosité et de conscience que ce genre d’infos peut être important pour leur propre vie, leurs expériences, et également leur identité puisqu’on est tous concernés, même si on ne le vit pas tous de la même façon et qu’on ne fait pas tous les mêmes choix en matière d’image qu’on veut donner ou de comportement. Néanmoins il y a un fond réel, biologique, qu’on ne peut pas simplement occulter mais simplement adapter, montrer, cacher, utiliser – là encore il y aurait matière à réflexion sur très long, mais dans cet article je vais laisser cette question ouverte puisqu’on s’éloigne un peu des propos affirmés de l’article en ligne.
Je trouve ça tout de même terrible qu’un jeune homme en vienne à considérer sa copine comme un être potentiellement bizarre lorsqu’il découvre que son sexe ne ressemble pas aux vulves imberbes, parfaites et virginales de ses pornos habituels, et je pense que si l’inverse se passe aussi du point de vue de certaines jeunes filles envers l’apparence du sexe ou les performances masculines c’est tout aussi grave. Nous sommes des êtres humains, mince à la fin, des êtres de chair et de sang, « pas des robots » dixit ma gynécologue (elle me fait rire quand elle me sort ça pour expliquer justement qu’elle ne peut pas tout expliquer, et que la zone de « normalité », cliniquement et biologiquement parlant, est assez large !) Je suis une femme, mon corps s’est transformé à mon adolescence et si mon sexe doit ressembler à celui d’une enfant, imberbe et plus ou moins parfait, alors je suppose que je dois aussi compresser mes seins ? Ah tiens, non, la logique ne va pas jusque là. Étrange chose que les canons de la beauté.
Je trouve que ce type de comportement / de manque d’information / d’image faussée n’aide pas les relations entre couples, n’aide pas non plus les gens à se trouver, n’aide pas à s’accepter l’un l’autre tels que nous sommes (parce qu’il y  a des choses que même la chirurgie esthétique ne peut complètement corriger – et même si c’était le cas, serait-il à la fois légitime, éthique et censé de toutes – ou presque – passer sur le billard ?)
Néanmoins, je comprends que certaines femmes puissent avoir des complexes concernant leur sexe, car des complexes on en a presque toutes, que ce soit sur cette partie de notre corps ou sur une autre, sur ce qu’on aimerait un peu ou très différent de ce qu’on a. Sur ce point je trouve que les sites cités dans l’article vont peut-être un petit peu loin. On a tous un certain niveau de pudeur, et publier ou regarder des photos intimes reste un exercice gênant pour beaucoup de gens, même dans notre société qui a tendance à se définir « moderne et libérée ». Je pense qu’on peut ne pas complexer sur soi et être conscient d’être « normal » sans pour autant se livrer à ce que je ne peux m’empêcher de ressentir personnellement comme de l’atteinte à la pudeur, sans pour autant me positionner entièrement contre leur initiative, que je trouve raisonnée.
Enfin, je n’ai pas abordé la question des soins cosmétiques / esthétiques, qui bien sûr sont là pour rendre les corps plus attirants, plus désirables, plus conformes aux attentes et aux images idéalisées, et auxquels nous avons recours avec plus ou moins de succès, car moins radicaux que les interventions chirurgicales mentionnées entres autres dans cet article. (D’ailleurs : je croyais qu’on se battait contre l’excision en Afrique ? Pour laisser ça se faire dans les pays « développés » ?? Au temps pour la notion de barbarie… Mais je n’ai pas vérifié ces affirmations donc je réserve un peu mon jugement)
En tous cas, je trouve que cet article pose pas mal de questions très intéressantes, et qui peuvent toutes être analysées et creusées.