Sanctus

De Simon Toyne. Presses de la Cité, 2011. Thriller ésotérique. Bonne lecture. [510 p.]

sanctusRésumé : « Un moine s’échappe du monastère de la Citadelle pour se jeter du haut de la montagne. C’est le début d’un combat à mort entre deux communautés: les Sancti, qui vivent dans la Citadelle, et les Mala. Car pour eux, l’heure de la prophétie a sonné. À qui profitera-t-elle? Sera-t-elle porteuse de la Révélation ou de destruction? Liv Adamsen, la soeur du jeune moine venue l’identifier, se retrouve prise dans cette guerre sans merci. Traquée, menacée, elle va devoir percer les secrets de la Citadelle. Qu’est-ce que le Sacrement,caché si jalousement par les Sancti depuis la nuit des temps ? Le découvrir peut sauver Liv… ou lui coûter la vie.« 

J’ai acheté ce livre sur une brocante l’année dernière, et pour l’anecdote d’une part je n’étais pas sûre de le prendre mais le vendeur m’a convaincue qu’il était bon ; et d’autre part j’ai ensuite vu pas moins de 4 autres exemplaires du bouquin sur d’autres stands.

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The Miniaturist

De Jessie Burton. Picador, 2014. Fantastico-historique. Très bonne lecture. [424 p.]

Titre français :  Miniaturiste, 2015

miniaturistRésumé : « On an autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives at a grand house in Amsterdam to begin her new life as the wife of wealthy merchant Johannes Brandt. Though curiously distant, he presents her with an extraordinary wedding gift: a cabinet-sized replica of their home. It is to be furnished by an elusive miniaturist, whose tiny creations ring eerily true. As Nella uncovers the secrets of her new household she realizes the escalating dangers they face. The miniaturist seems to hold their fate in her hands – but does she plan to save or destroy them?« 

J’ai acheté ce livre à Londres, au 219 A Baker Street, à deux pas du musée Sherlock Holmes (devant lequel il y avait une queue pas possible – ce sera pour une autre fois), en juillet. En fait il y avait une promotion sur les romans demi-format comme celui-ci, et après m’être emparée sans hésiter de Uprooted de Naomi Novik, qui s’est révélé être un coup de coeur (bonne pioche ! 😉 ) j’ai un peu tourné autour des autres titres bien que j’eusse déjà repéré celui-ci. Je ne sais même plus où j’en avais entendu parler, peut-être une chronique sur un blog que je suis ? Bref j’avais en tête : contexte historique réaliste agrémenté de fantastique, et c’est exactement ce que j’ai retrouvé dans le résumé de 4e.

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Le Village aux Huit Tombes

De Seishi Yokomizo. Denoël, 1993. Roman policier. Très bonne lecture [307 p.]

Titre original : Yatsuhakamura, 1951

Traducteurs : René de Ceccatty et Ryôji Nakamura

villagehuittombesRésumé : « Nous sommes dans l’après-guerre. Une double malédiction a frappé un petit village traditionnel du Japon profond. Les huit tombes qui lui donnent son nom abritent les corps de samouraïs assassinés dans des temps très lointains par les villageois désireux de s’emparer d’un trésor fabuleux. Un second massacre, plus récent, a été perpétré par un amant fou de jalousie. Y aura-t-il une troisième tuerie ? Avec l’arrivée du narrateur, Tatsuya, jeune homme au passé mystérieux, le pire est à craindre. Le carnage commence dès son entrée en scène. Son grand-père et son demi-frère sont empoisonnés. Tout l’accuse. Acueilli avec suspicion par les villageois, il comprend avec horreur que les crimes se succèdent selon un système imparable – qui n’est pas sans rappeler Dix petits nègres – dont il tente de comprendre les lois avec l’aide d’un détective à la fois futé et décontracté, Kôsuke Kindaichi. Huit samouraïs assassinés, huit tombes, huit victimes. Mais qui est donc le narrateur ? L’assassin ou l’ultime victime ?« 

De romans japonais je n’ai lu qu’extrêmement peu de titres, et de romans policiers japonais je ne me souviens que d’un Ranpo Edogawa (merci Détective Conan [un manga] pour la référence ! 😉 ) qui m’avait bien plu.

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L’Été des pas perdus

De Rachel Hausfater. Flammarion, 2015. Roman jeunesse. Très bonne lecture. [113 p.]

etepasperdusRésumé : « Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelque temps, il change, il oublie les choses ; pour lui, passé et présent se confondent. Le temps d’un été, Madeleine et lui vont cheminer ensemble.« 

Lu dans le cadre d’un partenariat.

Je ne suis pas une grande habituée des témoignages ou récits à portée sociale ou familiale, mais Rachel Hausfater a su me toucher avec ses mots forts et doux à la fois sortant de la tête de sa petite Madeleine.

Madeleine, pas encore très grande mais plus si petite, est une enfant à la fois tendre, intelligente et débrouillarde. Il le faut bien, quand on a des parents divorcés plus occupés à s’occuper d’eux-mêmes qu’à s’inquiéter pour leur fille ! Et quelque part ça ne tombe pas si mal car Madeleine s’occupe très bien avec son grand-père. Enfin, ces derniers temps elle se retrouve pas mal à s’occuper de son grand-père, mais après tout ils sont ensemble et s’entendent bien, alors qu’importe ? C’est en tous cas l’avis de Madeleine jusqu’à ce que grand-père se perde un peu plus, et finisse par réclamer de rentrer chez lui. Mais chez lui, c’est un peu loin, en Normandie, et même si la petite fille est bien tentée par ces vacances improvisées elle sent bien que ça ne sera pas forcément simple avec son grand-père qui part un peu dans tous les sens selon le moment de la journée.

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La Fille de l’alchimiste

De Kai Meyer. Le Livre de Poche, 2011. Fantasy. Coup de coeur. [626 p.]

kaimeyerRésumé : « Fin du XIXe siècle. Aura Institoris a grandi dans le labyrinthe de couloirs obscurs du château de ses ancêtres, bâti sur un récif de la Baltique. Lorsque son père, l’alchimiste Nestor Nepomuk Institoris, est assassiné sur l’ordre de son plus vieux rival, la jeune fille se trouve entraînée malgré elle au cœur d’un conflit dont les racines remontent au Moyen Âge. Aux côtés de son frère adoptif, elle décide d’affronter le meurtrier de son père. S’initiant à son tour aux terribles secrets de l’alchimie, elle va braver les intrigues et les dangers, et partir sur la piste du plus grand mystère de l’humanité : l’immortalité…« 

Évitez de lire le résumé chez les Éditions du Rocher, ils vous dévoilent la moitié du livre ! (contre 10% ici)

A mi-chemin entre la Fantasy et le roman d’aventures ésotérique, Kai Meyer nous propose un voyage à travers l’Europe mais aussi à travers le temps. Si le lecteur est d’abord plongé dans l’Allemagne du XIXe siècle, gothique et austère, il va très vite se faire entraîner beaucoup plus loin, dans les souterrains de Paris ou sur les hauteurs des Carpathes, alors que les héros du début n’en étaient même pas encore au stade d’idée dans la toile du Temps.

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Le Protectorat de l’ombrelle, T.2 : Sans Forme

De Gail Carriger. Orbit, 2011. Fantasy urbaine / Steampunk. Coup de cœur pour la série. [319 p.]
Titre original : The Parasol Protectorate, Book the Second : Changeless, 2010.
Sans-formeRésumé : « Un jour qu’elle se réveille de sa sieste, s’attendant à trouver son époux gentiment endormi à ses côtés comme tout loup-garou qui se respecte, elle le découvre hurlant à s’en faire exploser les poumons. Puis il disparaît sans explication… laissant Alexia seule aux prises avec un régiment de soldats non humains, une pléthore de fantômes exorcisés, et une reine Victoria qui n’est point amusée du tout. Mais Alexia est toujours armée de sa fidèle ombrelle et des dernières tendances de la mode, sans oublier un arsenal de civilités cinglantes. Et même quand ses investigations pour retrouver son incontrôlable mari la conduisent en Écosse, le repère des gilets les plus laids du monde, elle est prête ! « 
Bon déjà presque tout ce que j’ai dit sur le tome 1 reste d’actualité. Les scènes « crues » se font néanmoins un peu plus rares, contexte oblige (ça deviendrait lourd sinon). C’est toujours drôle et passionnant. J’ai apprécié voir enfin les fantômes devenir plus que de simples connaissances d’arrière-plan de l’univers. D’ailleurs j’ai embrayé sur le tome 3 à la suite d’un PUTAIN DE CLIFFHANGER à la fin de ce tome-ci (fini il y a à peine une demi-heure, excusez mon état d’ébriété de folie passagère).

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W3, T.1: Le Sourire des pendus

De Jérôme Camut et Nathalie Hug. 2013. Thriller. Excellente lecture. [750 p.]
w3Résumé : « Lara Mendès, jeune chroniqueuse télé, enquête sur le marché du sexe et ses déviances. Elle disparaît sur un parking d’autoroute… Désemparés par la lenteur de l’enquête, ses proches reçoivent le soutien de Léon Castel, fondateur d’une association de victimes.
Sa fille Sookie, policière hors norme, a enquêté sur une triple pendaison qui semble liée à cette affaire. Qui a enlevé Lara ? Pourquoi ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits s’affichent depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Réseaux criminels ou tueurs isolés ? Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié.« 
Arrivée à la moitié du livre, j’étais prête à lui mettre un « excellent », mais étant donné que j’ai trouvé que les 200 dernières pages faisaient un tant soit peu retomber le soufflé et qu’en plus je suis frustrée de découvrir que ce n’est pas un one shot malgré ses 750 pages, ce sera seulement une « très bonne lecture ». Je suis faible, ils le méritent bien, leur « Excellent » ! 🙂
Dans l’ensemble, j’ai adoré le livre, autant que j’avais adoré leur saga composée de Prédation, Stigmate, et Instinct (et Rémanence, viens-je juste d’apprendre). On retrouve un maximum d’éléments de leur « univers » thrilleresque, et aussi des clins d’œil au moins à la série précédemment citée ainsi qu’à Malhorne, une série fantasy de Jérôme Camus (« bien mais spécial » m’a dit mon frère qui l’a lu – moi je n’y ai pas encore mis le nez).
C’est toujours plutôt horrible et malsain, donc je continue de déconseiller ces auteurs aux personnes qui seraient vraiment sensibles – en plus ça ne se finit pas en conte de fées, les méchants s’en sortent même parfois pas forcément si mal. Question horreurs gore, sévices sexuels, ou même concepts psychologiques on est toujours servis, même si dans l’ensemble j’ai trouvé ça moins terrible qu’Instinct, qui m’avait véritablement retourné l’esprit et les sens pendant quelques temps après ma lecture. Bref, on est bien dans du thriller et pas dans du roman policier avec enquête pépère autour d’un crime somme toute pas si horrible que ça. (Mon point de vue de lectrice, n’assassinez pas votre voisin fêtard, même proprement et même si vous avez des excuses :p)
Je passe vite fait sur le style, toujours aussi bon et qui me fait toujours penser à d’autres écrivains également pleins de talent, tels Grangé ou Chattham pour en citer deux qui font aussi dans le sanglant-tordu-journalistique. Même chose pour le rythme de l’histoire, mis à part le petit bémol cité au début – et qui se justifie par, donc, l’existence à venir (vite j’espère, et pas suivi d’un autre ! J’aime déjà pas attendre entre deux livres d’une série, mais vu qu’en plus là il y a enquête…)
Ce qui m’a le plus marquée dans cette lecture, ce sont les personnages. Pour un roman de cette catégorie, aucun n’a été laissé pour compte. Vous avez le choix entre la jeune fliquette en proie à un espèce de syndrome psychiatrique de rangement mental particulier et plutôt pratique, la journaliste pas si classique que ça, son « petit » frère bâti comme Hulk – de qui il partage aussi le caractère, le Papy réac du fin fond des Vosges consanguines*, l’idiot du village (en parlant de consanguinité) qui aime manger – et les chiens – et qui n’est pas si stupide que ça, le couple d’homos stars sur le déclin qui ont des problèmes de couple, de vie, d’identité, etc. Bref c’est plutôt la foire et donne l’occasion aux auteurs de ne pas voler trop au-dessus des pâquerettes quand il est question d’humour – et ça fait du bien entre deux séquences sordides (ou au milieu, n’est-ce pas « Pierre » ?). Bon, et ça c’est juste les personnages principaux. En fait, fait rarissime quand je lis ce genre de littérature, j’ai réussi à véritablement m’attacher aux personnages, à avoir envie d’encourager Lara à tenir bon, à regretter que Léon ne soit que fictif tellement il sonne vrai et que le monde aurait  besoin de plus de caractères comme lui, à espérer pouvoir aider Sookie, à imaginer Guernica « en vrai », à rire aux blagues des garçons (Valentin, Arnault, Egon) en ayant l’impression d’être dans la même pièce qu’eux.
Bah, j’ai même pas envie de vous parler de l’intrigue, ça se déroule comme je l’avais pensé en lisant le résumé, sur la trame de fond tout au moins, avec développements à la clé que je ne vais pas vous dévoiler. Je ne me suis pas du tout ennuyée, et même si là tout de suite je suis frustrée et sur ma faim car la conclusion n’est pas tout à fait… conclue, du coup, ça reste une lecture fabuleuse, plus que distrayante, et ça ne m’arrive pas si souvent de pouvoir dire ça en lisant des thrillers !
* Blague lorraine / et pis d’abord c’est eux qui l’ont dit dans le livre :p
Chroniques d’ailleurs : Avides Lectures

La Belle et la Bête

De Mme de Villeneuve et Mme Leprince de Beaumont. 2013. Contes. Bonne lecture. [159 p.]
Versions originales datées de 1740 et 1756.
belleetbeteRésumé : « «Non, ma chère Bête, vous ne mourrez point, lui dit la Belle ; vous vivrez pour devenir mon époux ; dès ce moment, je vous donne ma main, et je jure que je ne serai qu’à vous.»
Illustré de gravures anciennes, ce livre réunit les deux versions du célèbre conte de La Belle et la Bête. Celle de madame de Villeneuve (1685-1755), parue en 1740, raconte notamment l’enfance et l’histoire de la Bête. La version de madame Leprince de Beaumont (1711-1780), publiée en 1756, a été adaptée à plusieurs reprises sur grand écran, notamment par Jean Cocteau et par Walt Disney et est la plus connue aujourd’hui.« 
Je suis un peu en vrac, là, donc ma chronique va être courte – d’autant que je n’ai pas grand’chose à en dire de toutes manières.
Cette édition m’a sauté aux yeux, elle est très belle, avec une reliure vaguement « molletonnée » (ça ne doit probablement pas être le bon terme technique, mais tant pis !), épaisse, en grand format. L’intérieur est également très plaisant, c’est écrit dans une police moyenne, et il y a de très belles illustrations (dont certaines tirées du Blue Book of Fairy Tales*, d’Andrew Lang ! :)). Le livre dans l’ensemble a un style un peu vieillot, c’est très sympa.
J’ai appris sur le tas que Mme Leprince de Beaumont, malgré les rumeurs qui vont en ce sens, n’est pas à l’origine du conte, mais seulement à l’origine de sa version « modernisée », raccourcie.
J’ai bien aimé le style très fantaisiste et plus minutieux de Mme de Villeneuve – avec elle on explore le château, on a plus de contact avec la Belle et ses hésitations – par contre j’ai trouvé l’histoire de la Bête, et d’autant plus celle de sa mère, un peu en trop. De plus, cette histoire de naissance prestigieuse de la Belle gâche à mon sens la moitié de la morale du conte ! Bref, je pense que je suis plus habituée à la seconde version, que j’ai eu l’occasion de lire dans des versions allongées (ou, si vous préférez, une version tronquée de celle de Mme de Villeneuve). En fait la première version (V) fait à peu près 130 pages, pendant que la deuxième (L de B) n’en fait que 20 !
On trouve quelques références à la fin, mais forcément peu, vu que le contenu du livre reste dédié aux deux contes ! On a également les biographies des deux auteurs.
Le détail qui me fait toujours sourire : les sœurs de la Belle, dans la version de Mme Leprince de Beaumont, qui se frottent les yeux avec des oignons pour se faire pleurer.
Une jolie réédition d’un conte que j’aime beaucoup. Une relecture agréable, dans deux styles différents mais qui restent faciles d’accès.
Chroniques d’ailleurs :  Bazar de la littérature, Une tasse de culture, Books and cups of tea (qui ont lu soit l’une soit l’autre version)
*Malgré mes nombreuses incursions dans le monde des contes, j’ai trouvé et retenu cette référence dans la biographie de J.R.R. Tolkien. Il l’aurait lu et apprécié dans son enfance.

The Woman in White

De Wilkie Collins. 1860. Roman (~thriller psychologique). Excellente lecture.
Titre français : La Dame en blanc.
womaninwhiteRésumé : « Dans la fournaise de l’été, en ce milieu du XIXe siècle, William Hartright, jeune professeur de dessin émérite, s’apprête à quitter Londres pour enseigner l’aquarelle à deux jeunes filles de l’aristocratie, dans le Cumberland. Il laisse derrière lui la vie trépidante de la ville et ses étranges incidents, comme cette rencontre en pleine nuit avec une jeune femme terrorisée, toute de blanc vêtue, semblant fuir un invisible danger… Mais la campagne anglaise, malgré ses charmes bucoliques, n’apaise pas le jeune William autant qu’il le souhaiterait. La demeure de Limmeridge recèle en effet de bien lourds secrets, et lorsque resurgit la mystérieuse Dame en blanc, il est bien difficile d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’un présage funeste… »
Une des forces de ce roman est son mélange des genres : il commence avec un air fantastique, dont les codes vont être repris de temps en temps par l’auteur à l’intérieur de l’intrigue, qui elle appartiendrait plutôt au genre « thriller » victorien (enquête, résolution d’un problème tordu), additionnée de romance mais aussi de développements sociaux et psychologiques. En fait d’un roman véritablement « fantastique », les aspects fantastiques ne sont là qu’en renfort du suspense qui se dégage du livre. Ce procédé sonne je trouve très juste, et est tout à fait en accord avec le cadre de l’histoire (bords de lac, vieux village…).
J’ai énormément aimé les personnages, qui ont tous une profondeur et une « utilité » dans le roman telles que j’en ai rarement vu. Je me suis autant attachée à Walter Hartright, et Laura Fairlie et sa soeur Marian Halcombe qu’aux personnages moins recommandables tels que Percival Glyde et le Comte Fosco, ou Mrs Catherick. J’ai également noté le nombre non négligeable de personnages secondaires, de la cuisinière au docteur Dawson, qu’on retrouve régulièrement et qui sont présentés comme plus que des personnages d’arrière-plan, puisqu’ils ont tous un rôle, même petit, à jouer dans l’enchainement des évènements. Cette affirmation est étayée par un procédé narratif que j’avais déjà rencontré dans le Scarabée : chaque personnage, à tour de rôle, relate une partie de l’histoire de son point de vue, formant une trame non pas à 4 ou 5, mais plutôt une dizaine de voix.
En fait, hormis le tout début de l’histoire qui est plutôt romancé (bien qu’en fait il cache déjà plein d’indices pour la suite !), le livre est construit comme pas mal de romans d’enquête (« detective stories »), avec un crime commis dans la chronologie réelle de l’histoire, et ensuite une seconde partie qui consiste pour le(s) héros à résoudre le problème en allant chercher les pièces du puzzle dans le passé, pour reconstituer les faits, les prouver, et ici rendre ses droits à Miss Fairlie / Lady Glyde (tout en punissant le(s) coupables si possible).
Dès le début on devine ce qui va se passer, ou au moins ce qui va suivre dans les prochaines pages – le suspense réside dans le « comment » et le « pourquoi », pas dans le « quoi ». Jusqu’au bout Collins amène de nouveaux éléments, de nouveaux personnages au grand jour, afin d’une part de compliquer son intrigue, mais aussi de la démêler. C’est écrit de manière assez simple pour l’époque (les phrases ne sont pas trop ampoulées, la narration se déroule aisément), et en même temps il y a beaucoup de subtilités, et un très grand nombre de petits cailloux blancs pour le lecteur, probablement afin de le consoler de ne pas toujours voir venir les retournements de situation.
En lisant ce roman de 1860, j’ai l’impression que beaucoup d’auteurs de thrillers contemporains n’ont vraiment rien inventé concernant leurs intrigues ! 🙂 C’est tordu à souhait, bien amené, et très bien écrit.
Lu pour le challenge des 100 livres

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Parmi les tombes

De Tim Powers. 2013. Fantastique. Bonne lecture.
Titre original : Hide Me Among the Graves, 2012
1306-parmi-tombesRésumé : « Londres, 1862. Une ancienne prostituée nommée Adelaïde frappe à la porte de John Crawford, dont elle a croisé la route autrefois. La fillette née de leur brève union aurait survécu mais son âme est prisonnière d’un spectre vampirique. Ce monstre assoiffé de sang n’est autre que John Polidori, jadis médecin de Lord Byron. le scandaleux poète. Le passé de Crawford et d’Adelaïde est lié au monde des ombres, faisant de leur enfant un trophée convoité par l’esprit maléfique. Déterminé à sauver sa fille, le couple maudit s’allie à la poétesse Christina Rossetti et à son frère, le peintre Dante Gabriel Rossetti, eux aussi tourmentés par Polidori depuis l’enfance. Chacun devra choisir entre la banalité d’une existence humaine et l’immortalité sacrilège… Des splendeurs de la haute société londonienne jusqu’aux bas-fonds les plus vils, des élégants salons du West End aux catacombes de Saint-Paul, Parmi les tombes nous entraîne dans un tourbillon vertigineux où l’Histoire se mêle au fantastique : un récit surnaturel moderne à la sauce victorienne. »
Un auteur dont on parle un minimum en ce moment, sur la blogosphère et dans la presse.  J’ai globalement bien aimé, mais il m’a manqué ce petit quelque chose qui fait qu’un bon livre devient une lecture passionnante.
J’ai été heureuse de retrouver le Londres victorien, qui m’a plutôt beaucoup accompagné dans mes lectures cette année ! Swinburne, Howell, et les noms des quartiers et rues : de vieilles connaissances à présent – même si Swinburne m’a été carrément moins sympathique que dans l’Étrange Affaire de Spring Heel Jack. Étant donné que je n’accroche pas plus que ça son style poétique, je crains que j’en sois réduite à connaître cet auteur qu’à l’état de personnage ! :p
J’ai bien aimé l’idée de la famille maudite : ça « marche » très bien, c’est convaincant dans la manière dont c’est amené (cause, réactions des personnages, évolution des liens familiaux) – malgré la présence d’Adélaïde et de Crawford la fratrie Rossetti reste le noyau principal de l’histoire, ceux par qui tout a commencé et qui traînent leurs fantômes avec eux de façon quasi perpétuelle. Ça colle extrêmement bien à ce thème éminemment fantastique de personnages en quête d’un moyen de se débarrasser d’une entité qui leur pourrit la vie. Dans le même ordre d’idée on trouve aussi des éléments de rituels, d’exorcisme, de spiritisme… J’ai l’impression que l’auteur a pris un peu de temps pour mener des recherches de ce côté-là, et cela permet de recréer une atmosphère paraît-il assez conforme à ce qui pouvait se trouver en ce temps-là, et en tous cas tout à fait conforme à ce que moi j’attends en lisant ce genre de livre.
Alors pourquoi pas de meilleur avis ? En fait j’ai trouvé le livre long, très long. Suite à la plutôt bonne entrée en matière j’ai eu l’impression que le rythme s’essoufflait, et sans m’ennuyer non plus j’étais assez contente d’arriver au bout – en fait ça ne m’aurait pas dérangée d’avoir eu les derniers évènements synthétisés en 100 pages de moins. L’atmosphère est oppressante par moments, mais parfois pas vraiment ; les descriptions pseudo-horrifiques des monstres ne marchent plus au bout de la troisième fois, faisant retomber le soufflé à la Lovecraft (même s’il y a de bons ingrédients et un début de recette pas mauvais).
Le retournement de situation au milieu du roman m’a plus fait soupirer qu’autre chose, car déjà le dénouement de la première partie n’est pas très rapide. Je n’ai pu m’empêcher de me dire : « Allez… on y retourne ! ». Ce n’était pas une mauvaise idée scénaristique en soi (même si éculée), mais je trouve que ça ne se justifiait qu’à moitié, et je trouvais déjà le livre un peu poussif à ce moment, donc j’aurais préféré qu’ils passent à autre chose !
Peut-être aussi le style de l’auteur a-t-il transparu au cours de ma lecture – malgré une très bonne maîtrise de la langue, du cadre, et de la narration, j’ai eu la sensation d’avoir été plongée dans un roman d’aventures / action, plus qu’un roman fantastique. Il m’a manqué quelque chose, mais je ne suis pas sûre de savoir quoi. Un peu moins de péripéties à tout va, peut-être. Être capable de m’attacher un peu plus aux personnages, certainement.
Un bon roman dans l’ensemble, avec quelques défauts à mon avis, mais aussi de nombreux très bons points.