Le Post-apocalyptique

[Collectif]. ActuSF, 2013. Essai. Très bonne lecture. [90 p.]

Collection(s) : La Maison d’Ailleurs

43777Résumé : « Le post-apocalyptique est un genre relativement connu, principalement grâce aux innombrables productions cinématographiques hollywoodiennes qui sont apparues sur nos écrans cette dernière décennie. Or, il serait terriblement réducteur d’imaginer que seuls Le Jour d’après, La Route, 2012 et autre After Earth sont représentatifs d’une tradition aussi ancienne que diversifiée. Afin de mieux saisir la spécificité et la richesse de cette esthétique, la Maison d’Ailleurs a confié à quatre spécialistes le soin de proposer des points de vue inédits sur ces récits faisant la part belle aux zones et, surtout, à la manière dont les humains tentent de reconstruire une société digne de ce nom après la catastrophe. Quatre essais, une sélection iconographique exceptionnelle : le post-apocalyptique dévoile ses secrets.« 

Récemment j’ai réalisé que ça n’allait pas faire très loin d’un an que j’avais reçu ce livre de la Faquinade à l’issue de la session 2014 de Août, Nouvelles coûte que coûte. Étant en plus plutôt dans des lectures SF en ce moment, je me suis dit que c’était un bon moment pour le sortir de ma PàL.

En contraste avec la couverture très sobre, très grise-et-rien-d’autre (je ne critique pas vraiment, ça me va très bien), le livre est parsemé, sur la plupart des pages de droite, de reproductions d’affiches de films ou de couvertures de livres en couleur, qu’il s’agisse de versions originales (américaines, beaucoup, mais pas seulement !), ou de versions françaises, et même quelques images tirées des films ou autres illustrations. La plupart sont donc en regard du texte, mais il y a aussi quelques « dossiers picturaux » ici et là.

J’embête fais chier mon monde insiste régulièrement sur les origines des genres et sous-genres, sur le fait que malgré l’hyper-communication hystérique frisant l’absurde de certains (la plupart des) médias qui annoncent des « révélations » il y a beaucoup de choses qui non, désolée, ne sont absolument pas nées au XXIe siècle ni même dans les années 1990 *ahem*dystopie*cough*fantastique*toussetousse* pardon M’sieurs Dames vos lectures n’en sont pas moins intéressantes bien entendu – et fort heureusement pour nous tous des pépites contemporaines continuent d’être publiées 🙂 – mais elles n’ont rien d’original ni de novateur pour une très large partie d’entre elles, en tous cas très, extrêmement rarement lorsqu’il est question des thèmes ou de leurs traitements, mais s’inscrivent au contraire dans une lignée qui remonte à, je l’ai appris en lisant ce livre, encore plus loin que je ne le pensais ! Je sais pas pour vous, mais moi je trouve ça fascinant.

Marc Atallah, le direction de collection, la présente en même temps que le présent ouvrage : il s’agit de se focaliser sur la science-fiction à travers « le plus grand fonds de recherche européen sur la culture science-fictionnelle », sans limite de format ou de support, afin de traiter différentes thématiques en profondeur. Il annonce aussi le concept de Zone, largement exploité dans ce livre consacré au post-apo, et rappelle l’aspect social, humain de la science-fiction : élaborer, imaginer des modèles de société mais aussi d’individualité et d’intelligibilité à partir de scénarios, comme dans un gros laboratoire qui n’est pas seulement littéraire mais aussi très fortement graphique.

Ce petit mais dense ouvrage est composé de quatre essais dont un (le dernier) consacré à l’exposition Stalker / Expérimenter la Zone, sur le film homonyme de Tarkovski, présentée alors à la Maison d’Ailleurs. Je ne connais pas du tout ce film ni ce réalisateur mais les quelques pages qui y sont consacrées le vendent plutôt bien : j’en retiens une métaphore de Tchernobyl, mais aussi de la place de la nature dans le post-apo, l’aspect international – ou un parallèle très proche, en même temps qu’un miroir très vif de l’imaginaire classique post-apocalyptique : une zone contaminée, un lieu interdit et mystérieux, des personnages archétypés, une atmosphère dérangeante et familière à la fois.

J’ai beaucoup aimé et pas mal appris des trois premiers essais : Des Fourmis et des Hommes, de Francis Valéry ; Ce fut une bien belle Apocalypse !, du même nom ; et Boum, quand le cinéma fait boum, de Frédéric Maire.

Le premier texte nous met sur les traces d’une science-fiction entomologique, qui remonte aux années 1900-1930. Je dois dire que je ne connaissais aucun des noms cités. Toujours dans cette lignée de réflexion sur la société, de hiérarchisation, d’altérité et d’échelle (« on est toujours la fourmi de quelqu’un », parallèle avec Micromégas de Voltaire), s’ensuivent bien vite les rencontres du troisième type, avec des civilisations qui ne seront plus traitées comme des colonies d’animaux dans les scénarios, qui s’interrogent sur l’ethnologie au sens très large, humain vs humain à travers les relations humain vs non-humain. Là encore, on arrive aux années 40, mais pas forcément tellement plus loin pour trouver déjà quelques titres et auteurs. J’aime beaucoup les références aux pulps, ces magazines de l’époque qui servaient en fait d’éditeurs aux récits de SF. Là encore tant de noms me sont inconnus que je n’en retiens pas spécialement en particulier, mais une chose est sûre, il y avait déjà une sacrée diversité ! L’auteur décortique les différents types de scénarios : les humains qui contrôlent ou tentent de contrôler les extra-terrestres et leur technologie ou ressources ; l’inverse ; la présence d’une présence étrangère depuis toujours sur la planète sans que personne n’en sache rien ; ou bien le simple passage d' »étrangers », comme dans The Wanderer de Fritz Leiber (celui-là je ne l’ai pas lu mais j’ai le nom en tête !). Les Visiteurs semblent une source inépuisable de possibilités fictionnelles. Philippe Curval, Clifford D. Simak, Richard Matheson, sont cités dans cette partie pour l’époque qui nous est plus contemporaine.

La deuxième partie est consacrée à la fin du monde, où, quand, comment, avec qui et quelles conséquences. Si ce texte m’a tout à fait intéressée je ne développerai pas de critique sur le sujet car j’y ai trouvé ce que je pensais y trouver, des écrivains ou œuvres comme K. Dick, Robert Merle, Akira de Katsuhiro Otomo que je conseille vivement car ce manga est superbe bien que violent (âmes sensibles s’abstenir – ou pas, car l’aspect SF est excellent) – j’aurais appris au passage que cet auteur est reconnu au Japon pour d’autres œuvres – le Transperceneige de Rochette et Lob qui s’avère être une BD avant un film (que je n’ai pas vu). Des magazines dont les noms m’évoquent plus de choses : Pilote, Métal Hurlant, L’Echo des savanes – les Français et Belges ne sont pas en reste. En conclusion Valéry note que beaucoup de récits se concentrent sur une reconstruction, sur ce qui se passe « après »… et peuvent donc être vus comme plutôt optimistes puisqu’ils se focalisent sur les possibilités humaines et psychologiques.

En troisième partie on retrouvera l’analyse de la Guerre Froide, du nucléaire, et tutti quantti indissociable de tout un pan de la SF post-apocalyptique. L’auteur fait la part belle aux auteurs japonais (dont, pour le coup, j’ai plus entendu parler que les Américains et Anglais du début du siècle) : Osamu Tezuka, Isao Takahata et son Tombeau des Lucioles (que je ne regarderai plus jamais tant ça m’a traumatisée), Miyazaki et ses reconstructions de mondes dévastés (le Château dans le Ciel, Nausicaa), Appleseed de Shinji Aramaki (ça, je connais mais j’ai pas vu ni lu). Hors auteurs cités brièvement la créature Godjira (Godzilla) a droit à son paragraphe de gloire. Stanley Kubrick, Terminator, La Planète des Singes, L’Armée des 12 singes, Mad Max, et plein d’autres que je ne connais parfois même pas de nom – je n’aurais pas imaginé que tant de films et œuvres fassent (effectivement !) partie du genre. Dans les années 60 apparaît également une catégorie d’œuvres « écolos », où l’on s’inquiète de la destruction des ressources naturelles, de la pollution (je dois toujours lire du Owen Barfield, ami de CS Lewis qui a dédicacé Narnia à sa fille Lucy, mais qui lui écrivait de la SF écolo, parait-il). Les années 1980 voient le retour à une SF post-apo plus guerrière, plus basée sur l’action – puis les années 2000 semblent ne plus correspondre à une focalisation précise – par exemple le Pixar Wall-E se démarque complètement de bien d’autres films de la même époque, qui eux-mêmes sont plus diversifiés quant à leurs thèmes et traitement qu’en d’autres temps.

Cela peut sembler paradoxal de faire une critique aussi longue sur un livre aussi court, mais c’est exactement ce que j’ai ressenti à cette lecture : ces quelques pages recèlent un genre d’encyclopédie synthétique de la science-fiction dite post-apocalyptique, de ses origines à nos jours. Les explications et analyses claires et pertinentes sont accompagnées de pléthore de références, qui elles ne peuvent être à leur tour décortiquées en si peu de place, mais donneront certainement des pistes de lecture et de réflexion aux lecteurs intéressés par le sujet.

Chroniques d’ailleurs : La Faquinade

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