Contrepoint

Présenté par Laurent Gidon. ActuSF, 2012. Nouvelles S-F. Très bonne lecture. [131 p.]

Collection Les Trois Souhaits.

contrepoint_FINALRésumé : « Peut-on écrire des histoires dans lesquelles il n’y aurait ni guerre, ni conflit, ni violence ? Un vrai défi qu’ont relevé avec talent, sensibilité et humour neuf des plus belles plumes de l’imaginaire en France sous la direction de Laurent Gidon.« 

J’ai récupéré ce petit ouvrage dans le désherbage de Lynnae, pas spécialement échevelée à l’idée de le lire au départ, d’abord parce que je n’avais pas lu les noms d’auteurs qui composent ce recueil (qu’en fait j’avais plutôt bien envie de découvrir concernant plusieurs), et aussi très fortement à cause de la couverture que je trouve extra-moche, parce qu’en fait je déteste ce style tout court, ça n’a rien de personnel envers l’illustrateur (Roberlan Borges).

Le thème me paraît intéressant, même si j’imagine bien que tout le monde ne s’appelle pas Ursula le Guin ou H. P. Lovecraft et est capable de disserter pendant des pages et des pages sur la beauté des choses et la paix dans le monde sans profondément ennuyer ses lecteurs. D’ailleurs ces deux-là ne font pas l’unanimité non plus lorsqu’ils se lancent dans de tels textes, et je dois dire que moi aussi j’aime la baston et les conflits ! Pourtant quand je pense entre autres à la littérature jeunesse dans son ensemble je trouve que bien des excellentes histoires se déroulent sans heurts notables (sans plonger non plus dans la contemplation plus ou moins passive), ou en tous cas sans guerres de grande envergure. C’est précisément ce que développe Laurent Gidon dans sa préface : nul n’est besoin de violence ou d’affrontement pour construire une histoire au moins intéressante, voire palpitante.

Bref, que donnent ces différents auteurs lorsqu’on leur soumet un tel défi ?

L’Amour devant la mer en cage, de Timothy Rey : le point que je retiens particulièrement de cette nouvelle est le lexique néologique ou à signification décalée, qui donne un cachet très poétique et une sensation d’éloignement appréciable mais m’a personnellement un peu gênée dans ma lecture car je devais de temps à autre réfléchir au sens de la phrase pour suivre le narration.

Arrivé à ce point, un autre matin de besoin d’infini, il aurait infléchi vers la droite et serait descendu par le chahutoir, empruntant ensuite une des passerelles tressées au-dessus de l’oued-à-ouate avant d’aborder la plage.

Cependant j’ai apprécié suivre cet être conscient et sentient qui se pose des questions sur son univers dépossédé de toute souffrance et tension.

–  Le Chercheur de vent, de David Bry : le lecteur suit le jeune Aerssen lors de son rite de passage à l’âge adulte. Comme chaque garçon de son âge ses ailes sont détachées et il doit apprendre à les maîtriser devant tous les Ailés, en sautant d’une falaise. Un beau texte, sans trop de surprises mais qui m’a transmis beaucoup d’émotions et de sensations.

–  Petits Arrangements intra-galactiques, de Sylvie Lainé : il *faut* que j’aille à la découverte de cette auteur qui m’a plus d’une fois fait presque mourir de rire avec ses idées loufoques mais néanmoins parfaitement alignées sur une logique interne à l’histoire ! Un explorateur débarque en terre inconnue, à la recherche de ressources pour l’humanité. Le texte étant très court je vous dirais seulement que Grocs et sapinous bleus m’ont convaincue que Sylvie carbure aux substances illicites et que j’en veux aussi.

Un genre de petit hérisson saute soudain sous mon pied, s’envole jusqu’à la hauteur de mon visage en poussant un couinement perçant, et disparaît à toute vitesse en bondissant comme s’il était monté sur une tige à ressort. Drôle de bête. Il faudra que je vérifie si elle est comestible.

La seule chose à laquelle je puisse ressembler un peu sur ce monde est le sapinou. J’imagine que si je m’approche à cloche-pied, les bras bien serrés le long du corps, il ne s’inquiéteront pas trop (…).

–  Nuit de visitation, de Lionel Davoust : Après le style léger et bondissant de Sylvie Lainé, cette nouvelle tranche un peu avec son ton sérieux et plus posé. Léon, le narrateur, âgé et malade, est sur son lit de mort, à l’hôpital. Il se remémore les bons moments et fait le bilan de sa vie. Au-delà de la satisfaction que lui apporte sa famille il n’arrive pas à trouver la paix car une chose le ronge : une amitié brisée, par sa faute semble-t-il, ou par les caprices de la complexité de la nature humaine et du destin liés. Si l’histoire est ancienne les sentiments sont bien présents, et Léon a besoin d’une manière ou d’une autre d’une explication, ou d’une absolution que les amis restants de leur groupe n’ont pas réussi à lui apporter.

(…) Ce qui réside dans nos actes passés, et surtout dans les conséquences de notre inaction, constitue un fardeau obsédant qui contamine l’esprit entier, teinte tous les instants d’une marque indélébile qu’on affronte et reconnaît, ou bien qu’on apprend à cacher.

Et si justement Léon pouvait enfin se libérer de ses remords grâce à un étrange, inexplicable événement arrivé deux nuits passées ? Une excellente nouvelle.

Tammy tout le temps, de Laurent Queyssi : cette nouvelle fait apparemment référence à une chanson que je ne connais pas. Il s’agit de trouver du réconfort dans l’oubli, de ce que j’ai suivi du texte. J’ai été touchée, mais je ne peux pas dire que j’ai adoré non plus.

Avril, de Charlotte Bousquet : Manal, une androïde, est chargée de repérer des traces d’humanité dans un monde dévasté et déserté. Comme ses semblables, bien que douée de pensée et de sentiments, elle est confinée aux basses besognes et à un statut inférieur en raison de son existence non-biologique, comparé aux humains survivants. Ses recherches l’amènent à découvrir une momie qui va revenir doucement à la vie, de manière fantastique. Une très belle ode à la vie, la tolérance, l’amour et la liberté. Encore une auteur que je me promets de découvrir à travers d’autres œuvres.

Permafrost, de Stéphane Beauverger : plusieurs clans d’hommes des temps anciens se regroupent autour de leurs chefs et surtout d’Ogam, le batteur de tambour, le porteur de paroles sages. Les temps sont durs, la mort guette entre les chasses maigres et les hivers rudes, que faire ? Le vieil homme suggère une fusion des clans, une solidarité universelle pour garantir la survie de tous, mais les groupes sont rivaux depuis longtemps et ne vivent pas tous de la même façon, et ce n’est pas du tout ce qu’ils comptaient entendre.

Je dis : pas de nouveau totem mais un sacrifice. Je dis : brûlez vos armes dans ce feu ! N’enseignez pas à vos fils leur usage, pour oublier la guerre. Une tribu et une tradition, nouvelles. Une vraie paix !

Mission Océane, de Xavier Bruce : un militaire est envoyé à la rencontre d’un être inconnu enfermé dans une grange, qui terrorise de par son altérité les gens qui l’ont trouvé(e). La rencontre, d’après le principe du recueil, ne pouvait se passer que de manière pacifique – mais si l’altérité n’était qu’une forme de besoin de complémentarité ? Excellente chute et très beau texte.

Semaine utopique, de Thomas Day : je n’ai pas du tout aimé cette nouvelle. Le concept aurait pu me plaire : l’écrivain se met en abyme, on lui a demandé de pondre une fichue nouvelle pour ce fichu recueil de Bisounours, et il ne sait pas quoi écrire parce que ce n’est pas son genre d’écrire des textes sans violence ni conflit. En fait il passe cette semaine entre YouPorn, pétards et bibine, avec un petit interlude « voir ses enfants pour le week-end » – portrait qui m’a été tout sauf sympathique, et que je n’ai pas trouvé intéressant non plus. Les quelques idées loufoques de textes auraient pu amener de l’humour, hélas les intrigues et personnages étaient du même acabit vulgaire et grossier qui ne m’a pas spécialement déridée. Vraiment rien d’utopique.

Exception faite de la dernière nouvelle qui ne m’a pas emballée du tout, un recueil qui m’a tour à tour enchantée, fait rire et réfléchir, et que je conseille vivement, ne serait-ce que pour découvrir des auteurs francophones prometteurs.

Chroniques d’ailleurs : Xapur, Cornwall, Snow

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2 réflexions au sujet de « Contrepoint »

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