Vampires à contre-emploi

Dirigée* par Jeanne-A Debats. Mnémos, 2014. Recueil de nouvelles. Bonne lecture. [212 p.]
*Anthologie  des 10e Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres
COUV_Anthologie vampires_OK.inddRésumé : « De tous les mythes dont écrivains et conteurs d’histoires se sont emparés afin de nous réjouir de nouvelles sagas, de nouveaux rêves, le vampire est peut-être le seul qui doive presque tout à l’art et aux genres de l’Imaginaire. Bien que ses glorieux ancêtres hantent nos traditions populaires les plus antiques, ceux-ci n’ont rien de commun avec le dandy en frac qui se pourlèche les babines sur les écrans ou les étals des librairies. Spectres transylvaniens, ou miroirs où se reflètent nos visages à peine déformés, c’est la plume ou le pinceau de nos créateurs qui ont tracé les contours de son visage, narré ses moeurs, ses coutumes, inventé ses craintes et joué sur ses désirs autant que les nôtres. Le vampire est notre créature autant que notre prédateur favori. Et il est libre. Fascinant. C’est peut-être cette liberté qui a décidé onze auteurs, que rien dans leur oeuvre ne destinait à rencontrer le vampire, à enfin franchir le pas et nous livrer leur version du vampire moderne, du vampire trans, post ou même méta humain.
Pour fêter les dix ans du festival de Sèvres et comme lui marier tous les genres de l’imaginaire, Ugo Bellagamba, Simon Bréan, Philippe Curval, Olivier Gechter, Thomas Geha, Raphaël Granier de Cassagnac, Marianne Leconte, Christian Léourier, Olivier Paquet, Timothée Rey et Christian Vilà ont pris leur plume de Science-fiction à rebours, à contre-emploi ; ils ont contemplé l’amour monstre dans les yeux et l’ont planté tel un drapeau face aux feux du soleil.« 

J’ai repéré ce titre chez Blog-O-Livre, puis sur l’étagère des nouveautés de la médiathèque. L’idée du mythe du vampire revisité façon science-fiction m’a tout de suite bien plu. Ce recueil m’intéressait aussi car je ne connaissais pour ainsi dire aucun nom présent sur la couverture – et surtout je n’en avais lu aucun. C’est donc prête à faire beaucoup de découvertes en même temps que j’ai commencé cette lecture…
J’en ressors mitigée (ce qui est souvent le cas quand on lit des recueils de nouvelles, je trouve ! C’est rare de tout aimer ou de tout détester) mais tout de même assez contente : les styles sont variés, ainsi que les idées et leur développement ! J’y ai trouvé de belles pépites, voire des choses que j’ai applaudies à deux mains, et aussi des récits qui ne m’ont pas du tout convaincue, ni donné envie d’aller lire d’autres œuvres des auteurs pour le moment, mais qui n’ont pas été désagréables à lire non plus.
La première nouvelle, Pire que le Vent par Philippe Curval, m’a gênée dans sa mise en page : aucun espace n’indique les ellipses (assez nombreuses), et cela a véritablement perturbé ma lecture. J’ai bien aimé le concept du vent qui enlève les gens, mais la chute ne m’a pas plu, et le style pas vraiment non plus. J’ai ensuite passé un très bon moment avec Christian Léourier et son monde des affaires (pourtant pas ma tasse de thé !), accompagnée de son très bon style, soigné et incisif, et d’une évolution du récit que je n’avais pas vue venir.  Les nouvelles suivantes d’Olivier Paquet, Marianne Leconte, Christian Vilà et Simon Bréan ne m’ont ni totalement plu ni totalement déplu, bien que Bréan m’ait vaguement perdue dans sa cosmogonie, ses descriptions et réflexions, et que je tire mon chapeau à Marianne Leconte pour son originalité et la sensualité qui se dégage de son texte. Ce n’est pas quelque chose que je recherche particulièrement, mais je dois reconnaître que son texte Femme fatale a beaucoup de force et un bon style ; on est loin de mon expérience très mitigée du Manuscrit de Grenade !
Les deux suivantes sont mes préférées : Ugo Bellagamba signe une nouvelle courte mais percutante qui m’a coupé le souffle, sur un système pénitentiaire basé sur l’exploitation du platine de Mercure (j’ai failli taper l’inverse 😉 ). J’aime également beaucoup son style de bonne qualité, fluide mais très efficace. Timothée Rey semble lui être un artiste au sens propre du terme, presque un alien hors catégorie : c’est la première fois que je lis un récit de S-F en alexandrins, et pourtant ça reste facile à lire, émaillé d’humour à deux balles qui m’a beaucoup fait rire (« quand l’ovin est tiré il faut le boire »), de références du « passé » ayant souffert du temps (« Martial Proust ») – je dois dire que j’ai eu un vague mouvement de recul au premier abord (moi et la poésie… pas que je n’aime pas du tout, mais je préfère souvent l’étudier plutôt que de la lire !) – et finalement les 666 (je n’avais même pas remarqué ! j’applaudis encore) vers se sont déroulés sous mes yeux sans aucun souci, révélant le témoignage d’une AI victime d’une attaque de vampires de l’espace ayant corrompu son équipage, sur fond de moutons spatiaux immortels. Question lyrisme et poésie on est servis, l’auteur jongle avec tout le vocabulaire et les tournures de phrases qu’il lui est possible d’utiliser – soutenu, commun, familier, et même pas encore inventé en 2014 ! (avec notes de bas de page toujours aussi délirantes à l’appui – ou plutôt qui ne nous aideront pas beaucoup 😉 ). Incroyable.
J’enchaîne ensuite sur le texte d’Olivier Gechter, qui me fait bien rire. Encore un texte court mais efficace comme je les aime. Le style est bon, me rappelle un peu celui de Bellagamba mais pas tout à fait – moins poétique. D’ailleurs en parlant de poétique la nouvelle suivante est celle de Thomas Geha, et là je suis servie. Je lis dans la présentation de l’auteur (présente au début de chaque nouvelle, très bonne idée) qu’il s’inspire de Jack Vance et, même si je n’ai lu que peu de lui je veux bien le croire. On est dans l’onirisme quasiment pur, du très contemplatif, très descriptif. Univers assez étrange, un peu dérangeant. Le style est très soigné mais j’espère que l’auteur sort de temps en temps de son état contemplatif quand il écrit ses romans ou textes plus longs car même si j’en apprécie la qualité littéraire je ne peux pas lire 200 pages écrites sur ce rythme sans me lasser ^^’.
Enfin je découvre Raphaël Granier de Cassagnac et son Beaucoup y ont cru… – eh bien pas moi. Je ne sais trop quoi penser de cette dernière nouvelle ; le style « ado » m’a un peu agacée et je ne m’attendais pas à ça : la nouvelle détonne carrément avec le reste du recueil ! C’est assez ridicule, et je n’ai pas réussi à en rire, principalement parce que je cherchais un élément de S-F dans les premières pages, selon la logique des autres textes. Le style de l’auteur n’est néanmoins pas mauvais.
J’apprécie en connaisseuse (mais toujours apprenante) des différences entre les genres littéraires la précision qu’apporte Jeanne-A Debats dans sa postface : bien qu’archétype de la littérature fantastique – et maintenant de la fantasy – le vampire n’est avant tout qu’un thème*, et donc également susceptible d’être étudié, analysé et développé par la science-fiction. 🙂 Quelques références qui ne me disent rien si vous avez envie de creuser la question : « Shambleau, Minner, Sabella, le Poisson du Miroir » (Catherine L. Moore, Silverberg, Tanith Lee, China Miéville)
Un concept très intéressant, qui m’a offert de belles découvertes !
* si, si. Vampire = fantastique est une mauvaise idée de lien qui amène à plein de classifications erronées !
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5 réflexions au sujet de « Vampires à contre-emploi »

  1. Je vous rassure, ma nouvelle ne fait que 5 pages pour une bonne raison 🙂 C
    Mes romans n’ont rien à voir, les deux supports sont extrêmement différents, ce serait donc dommage de les aborder de la même façon. Merci à vous pour cette lecture et votre chronique, qui devrait ravir ma directrice d’ouvrage !

    • Oulah un auteur qui commente une de mes chroniques : voilà qui est tout nouveau pour moi, bonjour et merci de votre avis ! ^^ 🙂 Je plaisantais à moitié, je n’imagine pas trop un créateur se lançant dans des textes de plus de 40 pages sur ce rythme, à moins de viser un lectorat spécifique, ou avec un but purement artistique (quoique cela puisse tout à fait exister sans que je le sache ni n’aie très envie de me plonger dedans). J’espère convaincre d’autres lecteurs de se lancer dans cette anthologie, que le thème du vampire leur plaise ou qu’ils aient envie de découvrir/lire de la science-fiction, et je me dis que moi-même je devrais lire plus souvent ce genre d’ouvrages pour avoir un regard plus large sur ce qui s’écrit dans les différents genres !

  2. Je pense que c’est normal de ne pas apprécier de la même façon toutes les nouvelles d’une anthologie, les styles sont différents, les histoires aussi, donc les appréciations selon le lecteur ne sera pas les mêmes. 🙂 J’ai repéré cette antho sur le blog de Blackwolf aussi, je verrais à l’occasion, pour l’instant j’ai trop de choses que j’ai envie de lire là maintenant tout de suite ^^

    • Je n’avais pas vraiment prévu de la lire tout de suite non plus, mais les livres en exposition ont tendance à me tomber beaucoup plus facilement dans le sac de bibli que ceux en rayon ><.

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