Le Dieu dans l’ombre

De Megan Lindholm. Le Livre de Poche, 2004. Fantastique. Excellente lecture. [510 p.]

Titre original : Cloven Hooves, 1991.

9782253114796 (1)Résumé : « Evelyn a 25 ans. Un séjour imprévu dans sa belle famille avec son mari et son fils de 5 ans, tourne à l’enfer puis au cauchemar absolu. Une créature surgie de son enfance l’entraîne alors dans un voyage hallucinant, sensuel, inquiétant et totalement imprévisible vers les forêts primaires de l’Alaska. Compagnon fantasmatique ou incarnation de Pan, le grand faune lui-même… Qui est le Dieu dans l’ombre ?« 

Je me suis lancée dans ce livre avec une vague appréhension quant au côté « voyage sensuel » – l’érotique, c’est pas vraiment mon truc en général – appréhension contrebalancée par le fait que Megan Lindholm alias Robin Hobb m’a plus d’une fois convaincue et enchantée – par son Le Dernier Magicien, notamment, mais j’avais commencé le Peuple des Rennes et j’avais aimé également. C’est une dame qui a de bonnes idées et une très belle plume, et que je recommande chaudement à ceux qui n’auraient pas encore lu aucune de ses œuvres. Lire la suite

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Moment de lassitude et frustration

lapinaliceJ’essaie de suivre un certain rythme de parution et je pense avoir réussi à maintenir l’illusion ces dernières semaines tant bien que mal, mais force m’est de constater que j’ai plus de difficultés à tenir le blog ces dernières semaines que les deux ans passés. Avec le boulot je lis un peu moins (la Controverse de Valladolid dans le bus : moyen pour se concentrer !), et surtout je suis plus fatiguée quand je rentre, et j’ai plus envie de m’avachir devant mon fil d’actu Facebook pour regarder les photos de lézards prises par une copine d’Arizona et les dernières actus insolites plutôt que de me mettre à écrire quelque chose de réfléchi.

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Tu seras un Homme, mon fils [Poésie]

cormoran (7)Aujourd’hui on m’a remis en tête une poésie que j’ai relue plusieurs fois et en partie apprise à force car elle était affichée sur le mur en face de l’entrée du CDI lorsque j’étais au Collège (et que je passais la plupart des récrés là-haut).
Je « ne suis pas très poésie », mais celle-ci m’a laissé une forte impression dès ma première lecture. Ce n’est pas impossible que j’en partage quelques autres ici de temps en temps, si ça ne vous dérange pas. 🙂
 —
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

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Projet oXatan

De Fabrice Colin. Flammarion, 2008. Conte science-fictif jeunesse. Très bonne lecture. [180 p.]
Première édition : Mango, 2002
projetoxatanRésumé : « Sur la planète Mars, en 2541. Quatre adolescents vivent dans un Éden mystérieux, mi-paradis mi-prison, avec pour seule compagnie une étrange gouvernante. Ils mènent une existence sans heurt jusqu’au jour où ils décident de quitter ce cocon pour explorer le monde. Sur leur chemin : un lac noir, une pyramide maya, des ogres, mais aussi un agent du Comité d’Éthique Mondial et un savant fou (…). Pour les quatre héros, l’aventure se transforme peu à peu en parcours initiatique et en quête des origines. De cette épreuve, ils ne sortiront pas indemnes…   Entre fantastique et science-fiction, ce roman fascinant, récompensé par de nombreux prix, s’interroge sur le progrès scientifique et redessine les contours de l’humain.« 
Tiens c’est marrant je n’avais pas spécialement relevé LE dévoilement de l’intrigue dans la 4e de couverture avant de lire le livre. Tant mieux pour moi ! Je vous ai coupé ce bout. 😉
J’ai trouvé cet ouvrage de Fabrice Colin, auteur qui ne m’a en gros jamais déçue (et jamais terriblement) dans une bourse aux livres, planqué au pied d’un palmier décoratif (eh c’était au centre commercial du coin !). Auteur aimé + jolie couverture + histoire de SF jeunesse = hop dans le sac sans hésiter. J’ai été un peu (agréablement, je vous rassure) surprise de voir qu’il était estampillé « classique » dans une collection visiblement scolaire, mais ça c’est parce que je me renseigne plus sur les antécédents de certains auteurs que d’autres – je n’avais aucune idée que ce livre avait eu un prix Collège plusieurs prix jeunesse. Autant vous dire tout de suite qu’après lecture je les trouve tout à fait mérités !

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Les Mots

De Jean-Paul Sartre. Folio, 1964. Autobiographie. Excellente lecture + coup de cœur pour le style. [206 p.]
motsRésumé : « J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était faite de les épousseter sauf une fois l’an, avant la rentrée d’octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées ; droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait.« 
Sartre met dans la bouche, dans la tête, de cet enfant qui n’est nul autre que lui-même, des pensées dont je ne sais pas toujours si elles sont de l’homme adulte ou du petit garçon, ou une analyse par l’homme de ce qu’il fut étant plus jeune – et qu’importe après tout ? La musique des mots, l’exubérance de l’être et de l’écrivain, ses rêves et idées les plus extravagantes mais aussi les plus profondes m’ont transportée sans aucun souci à travers ces pages – trop peu nombreuses.

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La Sagesse de la Comté

De Noble Smith. Fleuve Noir, 2013. Manuel. Très bonne lecture. [249 p.]
Sous-titré : Un petit guide pour mener une vie longue et heureuse.
Titre original : The Wisdom of the Shire (A Short Guide to a Long and Happy Life), 2012.
la-sagesse-de-la-comteRésumé : « Noble Smith sait depuis longtemps qu’il y a beaucoup à apprendre de la détermination de Frodon, du sens du bien-être de Bilbo, de la fidélité de Sam et de l’amour de Merry et Pippin pour la bonne nourriture. Avec La Sagesse de la Comté, il explique comment appliquer à nos vies de tous les jours les coutumes des Hobbits. De la meilleure façon de co-hobbiter jusqu’à nos relations avec nos Gollums personnels, Noble Smith sait que nous avons tous un Anneau Unique à porter. Ce guide amusant et plein de clairvoyance est tout ce dont vous avez besoin pour accomplir la quête de votre vie et jeter vos soucis dans les feux du Mordor !« 
Un petit avertissement avant de commencer : ce livre s’adresse clairement à ceux qui ont lu le Seigneur des Anneaux et Bilbo le Hobbit. Si jamais vous décidez quand même de mettre votre nez dedans vous y trouverez un certain nombre de détails de l’histoire, y compris concernant la fin des histoires ou les retournements de situations. Vous êtes prévenus. 😉 Cependant même si 98% du livre fait référence à l’œuvre de Tolkien, j’ai détecté (ce n’était pas toujours bien compliqué…) quelques références, jeux de mots, etc. par rapport aux tentatives d’adaptation récentes. L’idéal est donc de connaître l’œuvre par les deux médias pour comprendre absolument tout ce que raconte l’auteur, au risque de se dire qu’il yoyote du chapeau quand il passe brutalement de l’un à l’autre si vous n’avez que la version originale en tête !
Je ne conseillerais pas ce livre à quelqu’un qui ne s’est pas sérieusement intéressé à l’univers un jour ou l’autre, même momentanément : il s’agit d’une étude de l’œuvre, d’une réflexion sur Tolkien, pas un moyen de découvrir l’auteur à froid, même si le style se veut grand public. Par contre je le conseille à tous les autres !
Pour ma part j’aurais aimé lire ce livre il y a bien longtemps, après une ou deux lectures du Seigneur des Anneaux seulement. Au cours des 10, non, 15 dernières années maintenant je me suis tant intéressée à l’œuvre du Professeur, ai lu tant d’études plus ou moins bonnes (dont pas mal de plutôt fouillées, fonds universitaire à l’appui entre autres 😉 ), me suis posée tant de questions dessus au cours de mes relectures que bien peu de choses de ce livre m’ont laissé échapper un « ah mais oui bien sûr comment je n’ai pas vu ça avant !! », même si je n’avais pas forcément relié tout ça à autant de choses, ou au mêmes références que cet auteur américain, culture oblige ! Néanmoins c’était très plaisant de lire les impressions de quelqu’un d’autre et de voir qu’elles font écho aux miennes dans beaucoup de cas, de se rappeler tous ces petits détails qui n’en sont que rarement en fait, qui font la richesse de cette œuvre (Bilbo + SdA = Livre Rouge = une seule grande histoire) – oui je dois dire que là j’ai très envie de me replonger dans ces histoires de Hobbits, de repartir à l’aventure à la découverte du monde avec eux, et en plus le livre de Noble Smith me laisse une excellente impression, une sensation familière qui est plus ou moins celle que je ressens quand je relis les passages sur la Comté, au début, à la fin, ou au milieu de la Quête de l’Anneau (car je trouve que la Comté y est bien plus développée que dans Bilbo), et tous ces sentiments, perceptions et valeurs que Tolkien essaie sans cesse de faire passer à ses lecteurs par le biais de ses petits personnages.
Les connaisseurs et nouveaux amateurs trouveront également des incursions dans le Silmarillion, les Appendices, ainsi que la vie de Tolkien lui-même.
Partant de là Smith tire des comparaisons du monde de Tolkien – autant de l’Angleterre et du monde des années 1920-50 que de la Terre du Milieu inspirée elle d’une Angleterre plus ancienne ! – vers le nôtre, dans les années 2010 : peut-être bien que nous aspirons justement aujourd’hui à un certain « retour vers le passé », au moins concernant certains domaines et habitudes de vie : être plus proches de la nature, prendre plus soin de soi non pas grâce aux progrès de la médecine mais plutôt en faisant une sieste à l’ombre, le ventre plein de bonne chère estampillée bio, locale, produite de manière non industrielle, sans penser à nos soucis quotidiens, entourés d’amis qui nous veulent effectivement du bien, sur qui nous savons pouvoir compter pour franchir les inévitables obstacles de la vie. De la gastronomie aux valeurs et forces morales en passant par les inévitables Trolls et autres Gollums que nous ne pouvons toujours éviter, l’argent, le génie génétique, le développement durable, la communication, l’empathie, l’autarcie, les arbres, le luddisme, (etc.) l’auteur nous trace un chemin ou plutôt une carte de la Terre du Milieu foulée par les Hobbits, adaptable à notre monde et à notre temps. Car, après tout, ne souhaitons-nous pas tous vivre comme eux ?
A la fin de chaque chapitre, chacun dédié à un thème précis, nous avons droit à un proverbe made in TdM :
« La cupidité est bonne pour les Nains ensorcelés, les dragons avares, et ces vautours de Sacquet de Besace. »
« Laissez votre boussole morale pointer le chemin à travers le monde des Grandes Gens, mais ne compromettez jamais votre âme. »
J’ai relevé deux ou trois coquilles, mais contrairement à d’autres fois j’avais trop à penser du texte en lui-même pour en faire grand cas.
J’ai juste un peu beaucoup tiqué en lisant que c’était Pippin qui avait aidé à tuer le Roi-Sorcier (et corrigé au crayon comme à mon habitude même si j’imagine à chaque fois que ça va faire bondir des prochains usagers qui ne supportent pas qu’on touche aux livres) ou « le nom des deux derniers Istari reste inconnu » – en fait il s’agit d’Alatar et Pallando, et je ne sais plus si on trouve leurs noms dans les Appendices ou les Contes et Légendes Inachevées. Il a aussi oublié Olorin dans « les noms de Gandalf ». Je n’ai pas non plus vérifié toutes les indications kilométriques, entre autres, même si certaines m’ont paru non conformes à ce que j’avais en tête (mais je me trompe peut-être !). Je sais bien que le but de ce livre n’est pas de pinailler sur chaque détail, mais en même temps quand on m’en donne autant qu’ils soient justes, non ? Et d’après ce que je me souviens du livre non on n' »active » pas la fiole de Galadriel en prononçant des mots elfiques !! (Pourtant je me souviens que Tolkien explique tout ça en détail, le courage, l’espoir, bla bla) Bon je suis un poil de mauvaise foi, il y a quand même beaucoup, énormément de références qui ne diront rien du tout aux seuls fans de Peter Jackson, que Smith a été pêcher au fin fond des Appendices ou ailleurs (et qui me donnent sacrément envie de relire tout ça !), vraiment tout un tas de choses passionnantes ici.
Je viens de voir sur un site Internet que l’histoire de Gygès (Platon, la République, II), bien que peut-être connue par Tolkien, n’était pas forcément « à l’origine » de l’Anneau Unique : il n’en serait fait mention nulle part dans sa correspondance (je ne suis pas encore au bout mais pour le moment il n’en est effectivement pas fait mention…), sans compter le fait que comme le rappellent cet auteur (déjà, d’ailleurs !) et d’autres, Tolkien avait une bonne culture gé de la mythologie en général, et que le concept d’anneau magique n’est pas très rare. Je remercie aussi franchement l’auteur de (re) préciser que Tolkien lui-même a dit (blabla pour ceux qui voient où je veux en venir 😉 ) qu’il détestait les allégories, que l’Anneau n’est pas une allégorie… Peut-être que certaines personnes qui emploient ce terme à tort pensent en fait à une analogie ? (Tolkien n’a pas écrit son œuvre en faisant systématiquement références à des choses en particulier, mais nous pouvons nous, à titre personnel, lui donner des sens qui nous conviennent, comme on le fait lorsqu’on lit, voit ou entend une œuvre qui « nous parle »).
curtainsfuckingblueJ’ai adoré faire des études de textes, chercher des métaphores et significations et émettre des hypothèses, mais quand on a trace d’explications / d’assertions de la part de l’auteur et que certaines personnes affirment connaître le subconscient caché de la réelle signification des méandres du cerveau de l’auteur (qui ne colle pas avec ses propres affirmations, probablement à cause d’un déni inconscient freudien relevant d’un traumatisme fœtal impliquant un besoin d’analyse psychanalytique), j’ai tendance à ne même plus toujours relever.

 

Je regrette toujours que « mon précieux » soit désormais une traduction admise qui ne semble plus choquer personne… (article à ce propos)
Quant au style utilisé, il est du genre très accessible, dynamique, oral et familier parfois – tout à fait ce qu’on peut attendre d’un livre de ce genre, qui se veut mi-sérieux mi-humoristique (en fait c’est très sérieux mais c’est aussi très divertissant !). Rien à redire sur ce point.
J’ai trouvé dommage que le quizz final soit axé sur le film et le côté « fan/groupie » après toutes ces références plutôt littéraires. Peut-être l’auteur a-t-il voulu « détendre l’atmosphère » ? (Non personnellement je ne me vois pas donner un nom de personnage de quel livre que ce soit à mes gamins ! – ils seront Terriens du XXIe siècle et auront droit d’aimer – ou pas – les mêmes choses que moi.) Bon je suppose que d’autres que moi trouveront ce quizz hilarant. 🙂
Une étude qui en elle-même ne m’a pas vraiment surprise au vu de mes trop nombreuses relectures de Tolkien, mais qui reste très intéressante et enrichissante au moins au niveau des références de l’auteur lui-même, si vous êtes dans le même cas que moi. Les autres personnes risquent d’y trouver une véritable mine d’or…

 

Chroniques d’ailleurs :  La plume ou la vie

La Fin des dieux

De A.S. Byatt. Flammarion, 2014. Conte. Excellente lecture. [188 p.]
Titre original : Ragnarök, The End of the Gods, 2011
findesdieuxRésumé : « En pleine Seconde Guerre mondiale, tandis que les bombes pleuvent sur l’Angleterre, une jeune fille est évacuée à la campagne. Elle a bien du mal à comprendre le chaos qui l’entoure, mais un livre de mythes scandinaves va venir bouleverser sa vie. Elle découvre un univers où une meute de loups poursuit inlassablement le soleil et la lune, un serpent gigantesque hante les profondeurs et des dieux se livrent à une bataille sans merci, détruisant la planète par leur inconscience. A S Byatt crée avec La Fin des dieux un conte puissant et prophétique qui interroge notre propre mortalité.« 
On suit les pensées d’une « frêle jeune fille » sur la guerre mais aussi et surtout sur sa lecture des Dieux d’Asgard, un ouvrage de mythologie nordique. Pour nous, pour elle, on suit récit après récit, mythe après mythe, de chapitre en chapitre, entrecoupé de ses propres réflexions, comme une tapisserie qu’on tisserait sous nos yeux. Elle explique ce qui la gêne, ce qu’elle a du mal à comprendre, mais aussi ce qui lui plaît ou lui semble logique, créant petit à petit du sens à partir de ces mots anciens et quelque peu barbares, de ces concepts étrangers et de toute la démesure que l’on peut trouver d’entre les racines d’Yggdrasil aux combats d’Odin les plus épiques. C’est une fresque personnelle, une vision de ce monde révolu. On est à la limite entre le conte et le roman / récit, entre une certaine réalité historique et narrative (l’enfant est réaliste; ainsi que son environnement immédiat) et la mythologie et les croyances.
Une connaissance même limitée du Voyage du Pèlerin de Bunyan (The Pilgrim’s Progress) est je pense un plus pour cette lecture. L’ayant subi (plus qu’apprécié, même si je reconnais une certaine qualité à l’œuvre) en L2 d’Anglais, j’ai pu me rappeler les allusions, les situer. En même temps l’histoire de Bunyan n’est pas bien compliquée : il s’agit d’un jeune homme qui s’appelle Christian en VO – Chrétien en VF (…), qui va devoir passer une série d’épreuves pour montrer qu’il est digne du Paradis (allégoriquement et plus ou moins explicitement !). Date de parution : 1675, vous comprenez mieux ? Bref, c’est apparemment un classique pour les petits Anglais (les pauvres, parce que quand même Narnia à côté c’est hyper actif et moderne).
« Au commencement était l’arbre. Le boule de pierre menait sa course dans le vide. Sous la croûte était le feu. Les rochers bouillonnaient, les gaz sifflaient.  Quelques bulles crevaient la surface de la croûte. L’eau saturée de sel s’accrochait à la boule tournoyante. De la boue coulait à la surface et dans cette boue se dessinaient des formes mouvantes. Tout point d’une sphère en est le centre et l’arbre était au centre. Il faisait tenir le monde, dans l’air, sur la terre, dans la lumière, dans l’obscurité, dans l’esprit. » ~ Yggdrasil, le Frêne-Monde
« Toujours ils vont par trois, c’est une loi du récit, autant des mythes que des contes de fées. La Règle de Trois. Dans le récit chrétien, les trois sont le grand-père irascible, l’homme généreux que l’on torture et l’oiseau blanc aux ailes qui palpitent. » ~ Homo Homini Deus Est
« Cette chose obscure lovée dans son cerveau et ces eaux ténébreuses qui recouvraient la page appartenaient à la même réalité et constituaient toutes deux une forme de savoir. C’est ainsi que fonctionnent les mythes. Ce sont des objets, des créatures, des histoires qui peuplent notre esprit. Ils ne s’expliquent pas et n’expliquent rien en retour. Ce ne sont ni des croyances, ni des allégories. Ces ténèbres avaient fini par envahir l’esprit de la frêle enfant et se mêlaient à la façon dont elle appréhendait la moindre nouveauté. » ~ Une frêle enfant en temps de paix.
 J’ai apprécié cette incursion dans les mythes nordiques, je m’y suis plongée avec délices d’autant plus qu’il me semble que c’est la version la plus « lisible » que j’aie jamais trouvée (excusez-moi mais l’Edda c’est un peu indigeste de mon point de vue français du  XXIe siècle ! Je n’ai pas encore trouvé de Voluspa), et qu’elle m’a également semblée plutôt complète. Par exemple, le Fimbulvinter ne me disait rien du tout, ni Randrasill, ainsi que quelques personnages « secondaires », parmi les Ases ou non ; je ne savais pas non plus que Jörmungandr était, ou pouvait être considéré, comme l’enfant de Loki, le « penseur enflammé » – personnage extrêmement développé ici, quasiment central à la deuxième moitié du livre ! Peut-être que ces éléments étaient dans l’Edda que j’ai lue, mais comme je vous le disais j’ai trouvé le texte difficile d’accès, décrochant à certains moments. Bref j’ai sacrément amélioré ma connaissance des dieux nordiques et de leurs petites affaires, et grandement apprécié aussi la précision de l’auteur au début du texte : à savoir que les mythes évoluent et comportent souvent plusieurs versions, des histoires ou des noms – du moins ceux transmis longtemps à l’oral.
L’auteur partage également avec nous quelques réflexions plus générales sur les mythes, qui m’a, encore une fois, profondément rappelé certaines phrases et explications du professeur Tolkien (Du Conte de fées, les Monstres et les Critiques). On abordera dans cette partie la différence entre mythes et cotes de fées, entre personnages de roman et personnages de mythes.
Une petite phrase dans laquelle je me suis intégralement reconnue, à la seule exception que de toutes les mythologies la nordique est une de celles qui m’a fait le plus longtemps défaut : « Je ne « croyais » pas aux dieux nordiques et je me suis même servi de ce que je savais de leur univers pour en arriver à la conclusion que l’histoire chrétienne n’était qu’un autre de ces mythes, le même genre de récit sur la nature du monde.« 
Une lecture très enrichissante, poétique et accessible. Je conseille à tous.

La Force des introvertis

De Laurie Hawkes. Eyrolles, 2013. Documentaire. Très bonne, voire excellente, lecture. [170  p.]
la-force-des-introvertisRésumé : « On vous reproche votre réserve, un goût pour l’isolement, votre exigence pour la réflexion… Dans une société qui valorise l’extraversion, les introvertis sont jugés trop sérieux, peu charismatiques, faibles, voire arrogants. L’introversion serait-elle un handicap ?
Hypersensibles aux stimuli extérieurs, les introvertis ont en fait besoin de solitude pour se protéger et se ressourcer. Or leur difficulté à nouer des liens spontanés nuit à leur image sociale, ralentit leur intégration au groupe, disqualifie leur voix lorsque d’autres sont prompts à s’arroger une place et à s’exprimer impulsivement. Ce manque apparent de compétence dans les rapports humains masque pourtant une richesse intérieure, une qualité de concentration et d’analyse, une créativité féconde pour des liens authentiques et une vie pleine. Ce livre invite chacun à cultiver sa singularité comme une force, à apprendre à connaître l’autre plutôt que de chercher à se transformer soi-même.« 
Cela fait plus d’un mois que j’ai fini ce livre, mais je traîne à faire ma critique car ce livre m’a quelque peu chamboulée et j’avais envie de pousser un peu plus ma réflexion avant de pondre quoi que ce soit.
Il y a deux choses qui m’ont particulièrement plu dans ce livre : il est très dense, très détaillé, beaucoup plus que je ne m’y attendais ; et il est complet dans sa manière d’étudier ce trait de personnalité car non seulement il examine les stéréotypes, les démonte ou explique leur origine, mais il donne en plus beaucoup d’informations et d’exemples / de témoignages. Sans avoir lu pour le moment d’autres livres sur le sujet (seulement des articles beaucoup plus courts), il m’apparaît donc comme un ouvrage de référence. Je note également les 4 pages de bibliographie en fin d’ouvrage.
L’auteur a un style très pédagogique, très clair, qui sera certainement accessible au plus grand nombre. Les quelques termes utilisés : extraversion et introversion surtout, sont clairement définis dès le début du livre, et peaufiné par la suite : c’est l’un des axes majeurs du livre, que je synthétiserai par :
– qui sont les introvertis ? / être introverti, qu’est-ce que ça signifie au juste ?
– c’est grave docteur ?
– comment s’adapter à une société qui encourage l’extraversion ?
Autrement dit c’est plus qu’un simple livre de bien-être comme on en trouve à tous les coins de rayon ces temps-ci. Laurie Hawkes m’a donné l’impression de quelqu’un qui a creusé son sujet, s’est renseignée auprès de nombreuses personnes, et a finalement rédigé un genre de « rapport » sur l’état des personnes dites introverties à l’heure actuelle, « preuves à l’appui ».
En complément de cet ouvrage j’aimerai jeter un œil aux travaux de Susan Cain et Sophia Dembling, entre autres. En tous cas je vais certainement continuer à mettre mon nez dans ce sujet.

 

The Prestige

De Christopher Priest. 1995. Roman. Bonne lecture. [360 p.]
prestigeRésumé : « In 1878, two young magicians clash in the dark during the course of a fraudulent seance.
From this moment on, their lives become webs of deceit and revelation. They continually vie to outwit and expose each other. This rivalry will take them to the peaks of their careers — with terrible consequences. In the course of pursuing each other’s ruin, they will deploy all the deception the magician’s craft can command — the highest misdirection and the darkest science.
Blood will be spilled, but even this will not be enough. In the end, their legacy will pass on for generations… to descendants who must, for sanity’s sake, untangle the puzzle left to them.« 
J’ai emprunté le livre un peu sur un coup de tête, je sais qu’il existe une adaptation en film (qui m’a valu cette mâââgnifique couverture) que je n’ai pas vue, j’ai récemment lu une actualité de bloggeurs qui en parlait, et le livre était en rayon alors que je passais dans le coin, donc voilà.
Je sors de ma lecture très mitigée ! Malheureusement le livre s’est achevé sur ce qui m’a le moins plu…
Ce livre est difficilement définissable : le résumé donne une bonne image du thème général – la querelle entre les deux magiciens, dégénérant de plus en plus – mais fait abstraction de tout un tas d’autres éléments également très présents dans le livre, et que personnellement je n’attendais pas forcément. Déjà, le livre est découpé en plusieurs parties : le journal de chacun des magiciens, se passant en gros entre 1870 et 1903 ; et, en ouverture, fermeture et interlude, les questionnements des héritiers de nos jours, écrits sous forme narrative classique. On passe donc d’un style littéraire à l’autre en faisant des sauts dans le temps, plusieurs fois. D’ailleurs je n’ose imaginer le casse-tête que ça a été pour le ou les réalisateurs du film ! (Ajoutez à ça qu’un journal ça compte plein de passages où il ne se passe « rien » d’autre que la vie quotidienne).
Ensuite, le genre : on démarre un peu sur le mode « thriller » : Nick Borden pense avoir un frère jumeau sans en avoir de preuves, et est en possession du journal de son aïeul, Kate Angier cherche à comprendre cette histoire de dispute ancestrale dépassant la simple rivalité professionnelle et donc le contacte. Ensuite une très grande partie du livre est consacrée entièrement aux journaux, dont une partie parle de magie, mais les deux magiciens racontent aussi leurs déboires, leurs pensées, leur vie, quoi – même si une grande partie est en relation étroite avec leur profession, leur obsession. Enfin, et ça je ne l’avais vraiment pas vu venir, les 100 dernières pages tombent dans le fantastique (avec un élément limite SF) de manière radicale, pour finir en plus sur une fin plutôt ouverte ! Bref, en termes d’illusions les miennes ont été brisées un peu brutalement. Je ne sais pas comment j’aurais souhaité que l’histoire se termine, ou plutôt j’aurais accepté beaucoup de choses, mais là ça ne me plaît pas, j’ai trouvé ça trop abusé (sans vous spoiler plus).
Néanmoins ce livre n’est pas à jeter, loin de là : j’ai trouvé que le style était très bon – ardu (j’ai un peu galéré à le lire en anglais par moments, mais de toutes façons le style n’est pas simple et je ne suis pas sûre que j’aurais plus vite fini le livre en VF) – mais très riche en vocabulaire, avec des tournures de phrases parfois vieillottes et alambiquées – je suppose pour nous mettre dans l’ambiance, donc pas un livre que je recommanderais à n’importe qui n’importe comment, mais qui a indéniablement une richesse de style, une qualité littéraire. Il y a des passages qui m’ont bluffée ou émerveillée – comme certains numéros décrits du point de vue du public, ou le passage sur les mains de Borden.
Je parlais d’ambiance, et d' »obsession » un paragraphe plus haut, et effectivement j’ai trouvé qu’on ressentait particulièrement la tension qui habite la vie et les pensées de ces deux hommes à la fois très ordinaires, exceptionnels, et terribles ! D’ailleurs, en me concentrant sur cet aspect : le portrait de ces deux hommes, en miroir, je pourrais en relation donner un peu de sens à cette fin bizarre qui ne m’a pas convaincue (je reste cependant accablée devant tant de théâtralisme de mauvais film alors que tout le reste du texte trouvait sa force dans les détails, la psychologie des personnages, et la subtilité !).
Un jour les auteurs cesseront de me scandaliser avec leurs fins à la WTF-je-sors-mon-artillerie-lourde. Un jour.

 

Chroniques d’ailleurs : Lectures Trollesques, Naufragés Volontaires

 

Codex, le manuscrit oublié

De Lev Grossman. 2007. Roman à intrigue. Lecture passable. [329 p.]
Titre original : Codex, 2004.
codexRésumé : « Edward Wozny est un jeune banquier new-yorkais à qui tout réussit. Il est enfin sur le point de prendre des vacances bien méritées quand son patron exige de lui une dernière mission : aider un des clients les plus importants de la banque à ranger et trier sa bibliothèque laissée à l’abandon ! C’est bien la peine d’être un banquier de haut vol pour se retrouver à classer des papiers poussiéreux. Mais Edward n’a guère le choix. On lui demande surtout de rechercher un vieux manuscrit datant du XIVe siècle dont on n’est même pas sûr de l’existence mais qui serait d’une très grande valeur ! Et il se fait aider par une étudiante revêche et érudite, Margaret Napier. Parallèlement à sa recherche, il se prend de passion pour un jeu vidéo. À sa stupéfaction, il découvre des similitudes étranges entre ce jeu et la légende du manuscrit disparu. Il se plonge alors dans une enquête passionnante qui va peu à peu l’amener à douter de tout, avant de percer le secret magistral du Codex…« 
J’ai emprunté ce livre sans en attendre beaucoup, et j’ai bien fait. Il s’agit là d’un ouvrage distrayant, sans plus, avec pas mal de défauts et quelques points forts, que je ne recommanderai vivement ni ne déconseillerai non plus.
Je trouve les appellations « polar » ou « thriller » un peu tirées par les cheveux, car, d’enquête ou de poursuite effrénées, il s’agit plutôt de simplement résoudre une énigme – rechercher un vieux manuscrit, qui n’existe peut-être même pas, avec quelques pressions extérieures et quelques personnages qui ont une part sombre, mais sont très loin d’être de véritables tueurs ou malfrats ! Du suspense, oui, un peu, mais pas de frissons dignes de ce nom. 😉
J’ai failli ne pas du tout m’attacher au héros, Edward, et finalement j’ai réussi au fil du roman à lui trouver quelques aspects intéressants ou intrigants. L’arrivée de Margaret a été un véritable bonheur car c’est une fana de livres, et de nombreuses références m’ont fait penser à mes cours de DUT. 🙂 L’aspect reliure, par contre… je n’y connais quasiment rien, et certains passages m’ont semblé occultes au possible. J’ai aussi remarqué quelques descriptions qui faisaient mouche, me transportaient dans des endroits très tranquilles, au charme vieillot et reposant. (ou alors c’est parce qu’il n’y a pas un bruit dans la maison en ce moment, et ça a influencé ma lecture)
Le résumé de l’éditeur nous promet tout de même une intrigue riche et complexe, alors que l' »action » de l’histoire repose surtout sur les choix d’Edward, sa vie quotidienne, ses interrogations, et son travail avec Margaret dans les différentes bibliothèques – mon cerveau a fini par suivre simplement ce qu’il se passait dans l’histoire au fil des pages, mais j’imagine qu’il est facile de lire le résumé, de s’en faire de grandes idées, et d’être finalement très déçu. (La dernière phrase de la 4e est particulièrement fausse à tous points de vue !) :/
Pour le reste, tout est moyen : l’intrigue, les personnages secondaires, le rythme, le style – ce n’est ni génial ni très mauvais, ou parfois un peu déséquilibré au gré des pages et passages. Cela ne m’a pas trop dérangée dans ma lecture, mais j’imagine sans peine que d’autres lecteurs puissent être moins tolérants, puisque ces faiblesses sont bel et bien là.
La fin m’a paru trop précipitée, et je n’ai pas aimé la manière dont ça se finissait, même si d’un point de vue scénaristique ça se tenait.
Un livre distrayant, mais vraiment juste distrayant.