Le Grand Méchant Renard

De Benjamin Renner. Delcourt, 2015. Humour jeunesse. Très bonne lecture. [189 p.]

Collection : Shampooing.

grand-mechant-renardRésumé : « Face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place en tant que grand prédateur. Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des œufs, élever les poussins, les  effrayer et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel…« 

Avoir avoir lu pas mal de critiques très positives sur la Toile et craqué pour les dessins rigolos aux couleurs douces je me suis fait plaisir avec mes chèques cadeaux du boulot du Nowel de cette année pour m’offrir ce livre-doudou.

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Le Prince et autres textes

De Nicolas Machiavel (Niccolò Machiavelli). Folio, 1980. Essai politico-historique. Très bonne lecture.
Titre original : De principatibus (des principautés), 1532* ; traduit par Il Principe, « le Prince », lors de la première traduction italienne.
* achevé circa 1513
princeRésumé : Ce livre est dédié à Laurent de Médicis (sur la couverture), dont l’auteur a été le conseiller. Machiavel se pose en homme de son temps, non seulement passionné mais impliqué dans la politique de son époque, ses grands, son peuple, sa nation. Ce livre n’est donc pas tant philosophique que politique et social : comment fonctionne le pouvoir qu’un grand, un « prince » pour reprendre le terme qu’il affectionne (et qui correspond peut-être bien à une réalité du XVIe), a sur son peuple, et comment le peuple le lui rend, ou pas, et pourquoi ? Quelles relations entretenir avec les autres princes, plus ou moins puissants ? Quelles qualités doit avoir un prince ? Est-ce que la morale doit vraiment être laissée de côté ?
Contrairement à ce qu’on peut penser, Machiavel n’a rien de machiavélique. Cependant il a eu de nombreux détracteurs qui lui reprochaient sa froideur apparente, sa logique parfois implacable, et son ouvrage qui somme toute explique clairement des choses que certaines personnes auraient préféré ne pas voir publiques, au moins en son temps et aussi un peu après. Lire un tel ouvrage en 2013 en ayant eu un minimum d’éducation scolaire n’a cependant rien de choquant.
J’ai apprécié avoir une préface pour définir le cadre historique et politique, savoir un peu qui était l’auteur, etc., même si l’auteur de la préface paraissait aller un peu trop loin dans l’analyse du livre et des ambitions et points de vue « réels » de Machiavel. Toutefois d’après ce que je lis un peu partout la polémique n’est pas finie, mon impression sur le livre pourrait donc bien être justifiée tout autant que la sienne. En tous cas je suis assez contente d’avoir enfin lu ce livre, que j’ai dans ma PàL mentale depuis 2004, lorsque notre prof de philosophie nous en a fait lire un extrait et que je suis tombée sous le charme de son style [insérer une blague italienne ici] !
Le côté pas si bon que ça c’est que la politique c’est pas mon rayon, et je me suis pas mal ennuyée à cause de ces histoires de princes et de guerres et de dates et de batailles et de noms de familles, de dynasties… Je suis déjà perdue juste en France au XVI, alors une telle initiation à l’histoire de l’Italie, où c’était tout autant le bazar à ce moment, ça m’a un peu ralentie dans ma lecture – jusqu’au moment où j’ai décidé de zapper les exemples qu’il donnait quand vraiment je ne voyais pas de quoi il parlait – car son essai est suffisamment bien structuré pour ce faire : chapitres, titres explicatifs, thèses accompagnées d’exemples, antithèses par moments, etc.
Son style est très clair et très fluide, on sent qu’il s’adresse à un auditoire auquel il tente d’expliquer quelque chose ; il ne donne pas l’impression de quelqu’un qui aime s’entendre parler. De plus, son ton est très posé, assez pédagogique, ce qui rend la lecture très agréable. Je le comparerais assez à Aristote ou Épicure, auquel il me fait penser par bien des côtés (le plus notable étant que Machiavel n’a jamais conseillé de faire brûler les gens tous vifs pour le plaisir et d’être un tyran parce que ça en jette ; pas plus qu’Épicure n’a conseillé de s’adonner aux pires vices et abus parce que c’est cool et qu’il faut profiter de la vie). Sa présentation très modérée et pragmatique des choses, très « Il faut tenir le peuple par la crainte car c’est sécurisant et efficace… mais bon c’est aussi bien de se faire aimer un minimum » m’a fait sourire à plusieurs reprises. Il arrive même à incorporer volontairement une pointe d’humour dans certains passages, quelque chose d’assez subtil. Il m’a donné l’impression de quelqu’un de cultivé et de posé, et aussi d’assez diplomate. S’il était encore en vie j’aurais certainement été voir s’il avait un compte sur un réseau social cherché à le rencontrer par curiosité.
Le reste du livre est composé d’une étude sur des écrits de Tite-Live, que j’ai passé sans le lire car définitivement basé sur la stratégie, la politique – comme le Prince, mais en moins connu et axé sur la politique romaine antique et non pas de la Renaissance. Vient ensuite un recueil de lettres dites « familières », que j’ai lues en grande partie ; certaines sont une fois de plus adressées à des magistrats et traitent de « choses publiques »** (ce « jeu de mot » était présent plusieurs fois dans le livre), mais souvent il écrit aussi à propos de choses futiles, de sa famille, d’un bon moment qu’il a passé, des amours mouvementées d’un magistrat avec lequel il correspond… Bref des petits textes assez plaisants à lire et qui me confortent dans l’idée que décidément cet homme ne méritait pas la réputation d’insensibilité qu’on lui a fait !
Je conseille cet auteur à ceux que l’histoire et la politique intéressent, et cet ouvrage aussi à ceux qui ont envie de lire le livre comme moi, par curiosité, car il est assez court (100 pages) et se lit somme toute très bien.
Texte intégral en ligne : http://classiques.uqac.ca//classiques/machiavel_nicolas/le_prince/le_prince.html (d’autres liens existent si jamais celui-ci ne vous convient pas, ou meurt prématurément 🙂 Mais d’après ce que j’ai vu la traduction est plutôt sympa et la mise en page très agréable)
** en latin « choses publiques » se dit res publica – d’où république.