Un avion sans elle

De Michel Bussi. Pocket, 2012. Policier à l’eau de rose. Bonne lecture. [573 p.]

avionsanselleRésumé : « 23 décembre 1980. Un crash d’avion dans le Jura. Une petite libellule de 3 mois tombe du ciel, orpheline. Deux familles que tout oppose se la disputent. La justice tranche : elle sera Émilie Vitral. Aujourd’hui, elle a 18 ans, la vie devant elle mais des questions plein la tête. Qui est-elle vraiment ? Dix-huit ans que Crédule Grand-Duc, détective privé, se pose la même question. Alors qu’il s’apprête à abandonner, la vérité surgit devant ses yeux, qu’il referme aussitôt, assassiné. Il ne reste plus à Émilie qu’un vieux carnet de notes, des souvenirs, et Marc, son frère, pour découvrir la vérité.« 

Un roman que ma mère m’avait prêté, qui me tentait un peu, sans plus, aussi par curiosité, parce qu’il se vend bien. Paraîtrait que c’est du polar.

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Les Salauds Gentilshommes, T.3

De Scott Lynch. Bragelonne : 2014. Roman d’aventures sauce fantasy. Série coup de cœur. [668 p.]

Titre du tome : La République des Voleurs.

Titre original : The Gentlemen Bastards, T.3 : The Republic of Thieves, 2013

république_voleursRésumé : « Après le plus grand casse de leur carrière, Locke et son inséparable complice, Jean, ont réussi à s’échapper. Mais Locke ne s’en est pas tiré indemne : empoisonné, il est mourant. Aucun alchimiste n’est en mesure de l’aider. Alors que le moment fatidique approche, une mystérieuse Mage Esclave lui propose un marché qui le sauvera ou mettra un terme à ses souffrances. Locke hésite, jusqu’à ce que la mage mentionne le nom d’une femme qu’il a connue par le passé. L’amour de sa vie. Sa rivale en matière d’habileté et d’intelligence. Et, s’il accepte cette mission, son plus dangereux adversaire.

À l’approche des élections de la cité des mages, les différentes factions recrutent leurs stratèges. Locke doit faire un choix : affronter ou séduire celle qu’il n’a jamais pu oublier. Leurs vies dépendent peut-être de sa décision… »

Enfin ! Après nous avoir parlé de Sabetha à mots couverts pendant deux tomes, Scott Lynch décide enfin de nous présenter le dernier larron de la bande des Gentilshommes ! (Je suis en train de me dire que je risque d’avoir de plus en plus de mal à vous parler de cette série sans me répéter ou vous dévoiler des éléments de l’intrigue, mais je vais tout de même essayer) Concernant Locke et Jean, franchement je vais passer, si vous en êtes à ce tome vous les connaissez déjà, et l’auteur reste très cohérent dans ses choix de départ et sa dynamique. Les autres personnages de ce tome, vous les découvrirez comme bien d’autres avant si vous vous plongez dedans, je n’ai rien de spécial à dire sur eux, il y en a toujours que j’adore, d’autres un peu moins, mais tous semblent tellement vivants et tellement bien ancrés dans leur environnement, avec ce côté vaguement exagéré dans beaucoup de cas, que j’ai toujours presque l’impression devoir se dérouler une partie de JdR sous mes yeux plutôt que de lire. Bon, je suppose que l’environnement et le thème du voleur / de la tromperie ne m’aide pas !

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Le Protectorat de l’ombrelle, T.3 : Sans Honte

De Gail Carriger. Orbit, 2012.Fantasy urbaine / Steampunk. Coup de cœur pour la série. [310 p.]
Titre original : The Parasol Protectorate, Book the Third : Blameless, 2010
sans_honte_TRésumé : « Après les événements survenus en Écosse, elle est retournée vivre chez ses parents. La reine Victoria l’a exclue du Cabinet fantôme, et la seule personne qui pourrait donner une explication à sa délicate condition actuelle, Lord Akeldama, a inopinément quitté la ville. Pour couronner le tout, Alexia découvre que les vampires de Londres ont juré sa mort.
Tandis que Lord Maccon met toute son énergie à boire, et que le Professeur Lyall tente désespérément de maintenir la cohésion au sein de la meute Woolsey, Alexia s’enfuit en Italie à la recherche des mystérieux Templiers. Ils sont les seuls à pouvoir l’aider. Mais ils pourraient aussi s’avérer pires que les vampires. Surtout armés de pesto.« 
Un tome que je m’attendais bien à trouver un peu plus poignant que le précédent, au milieu toujours de traits d’humour, situations cocasses et personnages hauts en couleur. C’était bien le cas, même si Carriger arrive avec justesse à ne pas tomber dans le mélodrame ou les larmichettes ! Je dis très rarement de telles choses, alors ouvrez grand vos oreilles à mon ersatz d’âme romantique qui pour une fois s’est réveillé : j’adore le couple formé par Connall et Alexia. Vraiment. Je le trouve beau, drôle, mignon, sympa, complice – proche de la perfection à mon avis. Je n’ai pas pu m’empêcher de suivre les actions et pensées de l’un et l’autre depuis le milieu du tome un en me sentant vaguement une âme de midinette ! En même temps je trouve que l’un et l’autre personnages sont intéressants, fouillés, humains (!), et j’apprécie beaucoup les suivre dans leur quotidien ou leurs rôles respectifs ; je leur trouve beaucoup de substance, et c’est très appréciable. Je suis régulièrement surprise par leurs choix, tout en ne l’étant pas trop non plus (ça reste cohérent). Un autre personnage que j’apprends de plus en plus à apprécier est le Béta Lyall : là aussi je trouve que l’auteur a fait un excellent boulot, dans la conception du personnage autant que dans ses discours, actions et prises de décision. Tous ces détails font que je continue à ne pas décrocher de la série : elle a un but divertissant, certes, mais pas au ras des pâquerettes. D’ailleurs malgré ma PàL j’ai surtout envie d’aller chercher le tome 4 à la médiathèque.
A propos de personnages hauts en couleur et des situations idiotes je suis très impatience de retrouver Biffy dans le prochain tome, ainsi que les personnages impliqués dans la même mésaventure et ses  conséquences, ça promet un joli sac de nœuds pour la suite ! 😀 J’ai adoré les moments où Lord Maccon était beurré, c’était juste aussi génial et drolatique que ce à quoi je m’attendais. (Je vous laisse découvrir et savourer tous les détails par vous-même). Je n’ai que deux récriminations sur ce tome : l’illustration de couverture qui, chez Orbit au moins, nous montre une Alexia toujours plus fine, alors que l’auteur insiste lourdement sur sa taille de bourdon et ses formes généreuses ; et j’aurais apprécié des Templiers un chouïa moins stéréotypés, plus diversifiés au sein de leur communauté comme le sont vampires et loups-garous.
Je me rends compte que c’est difficile d’écrire des chroniques pour les différents tome d’une même série : je ne peux pas parler de beaucoup de choses sans dévoiler une partie de l’intrigue, je risque de me répéter, et à force j’ai moins de choses à raconter. Je pense que j’arriverai à m’en sortir ici vu qu’il n’y a que 5 tomes (de tête), mais je pourrais tomber sur des séries pour lesquelles je serais plus tentée de ne faire qu’une seule chronique pour le tout.

 

Tome 1 : Sans Âme
Tome 2 : Sans Forme
Tome 4 : Sans Coeur
Tome 5 : Sans Âge
 
Chroniques d’ailleurs :  Le Chat du Cheshire, Bulle de Livre

Le Protectorat de l’ombrelle, T.2 : Sans Forme

De Gail Carriger. Orbit, 2011. Fantasy urbaine / Steampunk. Coup de cœur pour la série. [319 p.]
Titre original : The Parasol Protectorate, Book the Second : Changeless, 2010.
Sans-formeRésumé : « Un jour qu’elle se réveille de sa sieste, s’attendant à trouver son époux gentiment endormi à ses côtés comme tout loup-garou qui se respecte, elle le découvre hurlant à s’en faire exploser les poumons. Puis il disparaît sans explication… laissant Alexia seule aux prises avec un régiment de soldats non humains, une pléthore de fantômes exorcisés, et une reine Victoria qui n’est point amusée du tout. Mais Alexia est toujours armée de sa fidèle ombrelle et des dernières tendances de la mode, sans oublier un arsenal de civilités cinglantes. Et même quand ses investigations pour retrouver son incontrôlable mari la conduisent en Écosse, le repère des gilets les plus laids du monde, elle est prête ! « 
Bon déjà presque tout ce que j’ai dit sur le tome 1 reste d’actualité. Les scènes « crues » se font néanmoins un peu plus rares, contexte oblige (ça deviendrait lourd sinon). C’est toujours drôle et passionnant. J’ai apprécié voir enfin les fantômes devenir plus que de simples connaissances d’arrière-plan de l’univers. D’ailleurs j’ai embrayé sur le tome 3 à la suite d’un PUTAIN DE CLIFFHANGER à la fin de ce tome-ci (fini il y a à peine une demi-heure, excusez mon état d’ébriété de folie passagère).

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1502

De Michael Ennis. Le Cherche-Midi, 2013. Roman historique policier. Excellente lecture. [569 p.]
Titre original : The Malice of Fortune, 2012
1502Résumé : « Les Borgia règnent sur l’Italie. Le pape Alexandre VI, de son vrai nom Rodrigo Borgia, apprend que l’on vient de retrouver un indice qui permettrait peut-être d’expliquer, cinq ans après les faits, le meurtre mystérieux de son fils ainé, Juan. Une amulette dont celui-ci ne se séparait jamais est en effet réapparue près du corps d’une inconnue assassinée à Imola, siège de la cour de son autre fils, le Prince César Borgia. Il charge alors Damiata, l’ex compagne de Juan, d’élucider ce mystère. À Imola, Damiata apprend que le cadavre de l’inconnue, atrocement mutilé, a été confié à l’ingénieur général auprès de César Borgia, un certain Léonard de Vinci, passionné d’anatomie et précurseur de la médecine légale. Alors qu’elle vient de faire la connaissance d’un diplomate florentin, Nicholas Machiavel, en mission secrète auprès du Prince, une seconde femme est retrouvée assassinée dans des conditions tout aussi atroces. Damiata, aidée de Leonard de Vinci, l’éminent scientifique, et de Machiavel, le fin connaisseur de l’âme humaine, se mettent alors sur la piste d’un tueur, dont l’intelligence et l’érudition n’ont d’égale que la perversité. Bien vite, il apparaît en effet que celui-ci agit selon un schéma bien précis, en forme d’énigme, comme un défi lancé aux plus grandes intelligences de son temps. Œuvre monumentale, qui a demandé à son auteur plus de dix ans de travail, 1502 fourmille de détails sur la vie de Léonard De Vinci, dévoile l’histoire secrète qui a inspiré à Machiavel son chef d’œuvre, Le Prince, et recrée avec un rare bonheur ce moment de l’histoire de l’humanité où l’esprit de l’homme – et sa dimension criminelle – est entré dans l’époque moderne. Il ravira autant les amateurs d’Histoire que de suspense.« 
J’ai commencé ce roman il y a près de deux mois, et ai achevé sa deuxième moitié cette après-midi ! Eh oui, je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu énormément de mal à avancer dessus, tout en ne lui trouvant aucun défaut (ou très peu). Il faut croire que je n’avais tout simplement pas très envie de lire ce style de livre. Quoi qu’il en soit, je ressors de ma lecture enchantée, et encore un peu perdue dans les méandres politiques et la richesse intellectuelle de cette Italie post-Quattrocento.
Loin d’être un thriller historique, c’est plutôt un « simple » roman policier. Oui, il se passe des choses horribles et les héros sont en danger, mais le rythme reste assez lent et entrecoupé de moments qui sont soit politiques, soit romanesques, soit historiques… C’est super intéressant mais ça n’a rien à voir avec Grangé, Maxime Chattham ou même Dan Brown. Il n’y a pas quantité de péripéties, chacune se passe assez vite et n’apporte pas forcément de dévoilement de l’énigme sur l’instant, et les mystères mêmes sont en assez petit nombre. Le côté historique prime largement, les personnages ont peu de moyens d’enquêter, et donc galèrent pas mal ! 😉
En fait le livre est très riche et touche à beaucoup de domaines, et j’ai véritablement senti les recherches effectuées par l’auteur. D’ailleurs je pense que le foisonnement de références et d’informations peut être vu comme une gêne autant que comme un plaisir : par exemple, l’auteur émaille son texte de mots italiens (en italique, hihi) : vecchia, designo (deux significations, il joue beaucoup avec d’ailleurs ! 😉 ), mappa, palazzo, ainsi que beaucoup d’autres. J’ai fait du latin et un peu d’italien, donc je reconnaissais la plupart des mots, qui sont de toutes façons explicités la première fois qu’ils apparaissent, dans leur majorité. Cependant j’imagine que ça peut perdre certains lecteurs – j’ai une expérience semblable assez mauvaise d’une trilogie de Arthuro Perez-Reverte : je ne conseille pas du tout ces livres à quelqu’un comme moi qui ne connaît rien de l’Espagne et s’en fiche assez royalement ! 1502 est aussi rempli de références intellectuelles et littéraires : le Prince, ainsi que les autres écrits de Machiavel, que je suis super contente d’avoir lu puisque ça m’a permis de relier plein de choses et de me remémorer la plume de cet auteur ; la Divine Comédie dont la lecture ardue a enfin pu également me servir à quelque chose 🙂 ; et tout un tas d’autres références à la mythologie latine, la culture romaine, les mœurs italiennes de la Renaissance, les Borgia, le fait que l’Italie n’était pas unifiée à l’époque mais constituée de différents Etats dépendant de villes (Venise, Florence…), les auteurs antiques classiques tant grecs que latins, les inventions de Leonardo da Vinci, les prémices de la médecine et de la psychologie/psychiatrie… Bien sûr je n’ai pas toutes ces références, et j’ai très bien suivi la plupart des propos de l’auteur (sauf, comme toujours, certains rouages politiques) – mais je pense que quelqu’un qui n’en connaîtrait aucune pourrait se retrouver perdu assez vite.
De même la langue est très riche, et bien que je n’ai pas eu de réelle difficulté à lire le livre je ne le qualifierais pas de lecture facile même au visu du style. J’ai d’ailleurs relevé quelques mots que j’aimerais rechercher dans le dictionnaire.
Je me suis très vite attachée aux personnages, qui ne sont en fait pas si nombreux. Simplement je me suis beaucoup perdue dans les liens politiques et familiaux, me référant souvent à l‘index des personnages sagement prévu par l’auteur au début du livre ! Bien sûr Damiata et Niccolò (Machiavelli, tous les personnages ont tendance à être appelés par leur prénom) ont ma préférence – j’ai juste eu un instant d’hésitation quand Machiavel est passé en tant que narrateur via la plume d’Ennis, vers le milieu du roman – et finalement je m’y suis faite et je l’ai même trouvé plutôt convaincant. J’ai également remarqué et apprécié les citations de l’historien données au début de chaque chapitre – pour moi Ennis lui a rendu dans cet ouvrage un très bel hommage, et je ne doute pas que certains lecteurs vont se tourner vers ses écrits ! J’ai eu nettement moins d’atomes crochus avec Leonardo (da Vinci), qui m’a paru plus proche du savant fou qu’autre chose, et carrément moins humain, tout simplement. On voit venir la romance de trèèèès loin, mais je l’ai trouvé bien intégrée à l’histoire, jolie, et n’empiétant pas trop sur le reste, en un schéma somme toute très classique.
A la fin de l’ouvrage l’auteur donne des précisions sur les faits réels dont il s’est inspiré, et la fiction qu’il y a ajouté. J’apprécie toujours le geste, je trouve que ça donne plus de valeur au livre. 🙂

Le Protectorat de l’ombrelle, T.1 : Sans-Âme

De Gail Carriger. Orbit, 2011. Fantasy urbaine / Steampunk. Excellente lecture et coup de coeur. [313 p.]
Titre original : The Parasol Protectorate, Book the First : Soulless, 2009.
sans-ameRésumé : « Primo, elle n’a pas d’âme. Deuxio, elle est toujours célibataire. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui, ne lui avait pas été présenté ! Que faire ? Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, écossais et loup-garou – est envoyé par la reine Victoria pour enquêter sur l’affaire. Des vampires indésirables s’en mêlent, d’autres disparaissent, et tout le monde pense qu’Alexia est responsable. Mais que se trame -t-il réellement dans la bonne société londonienne ?« 
Ce livre m’a tuée plus d’une fois, et c’est tant mieux !
D’abord par son humour sans tache, systématique, portant sur tout, d’une délicatesse frisant la provocation, la dépassant souvent, se posant là sans détours ni fanfreluches. C’est un des gros gros points du roman, surtout ne vous en laissez pas conter si d’aventure quelqu’un tente de vous faire croire le contraire ! Je ne sais pas trop pourquoi, mais elle m’a rappelé plusieurs fois Naomi Novik (série Téméraire, thématique et histoire sans aucun rapport)

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The Night Circus

D’Erin Morgenstern. 2011. Roman merveilleux jeunesse. Coup de cœur. [490 p.]
Titre français : Le Cirque des rêves.
nightcircusRésumé : Ceci n’est pas un livre, c’est un spectacle.
Munis de votre billet d’entrée, laissez-vous tenter par un chocolat chaud accompagné de beignets à la crème chantilly, choisissez une des nombreuses tentes rayées de noir et blanc qui vous entourent, comme autant d’îlots mystérieux au milieu d’odeurs de pop-corn et de caramel chaud, et savourez le spectacle quel qu’il soit : entrez dans l’atmosphère en deux tons du Cirque des Rêves*…
Ce livre a été une claque comme je n’en ai pas eu depuis un bail, et sur un thème qui m’a ramené presque 15 ans en arrière, à l’époque où je découvrais avec fascination les aventures d’un petit sorcier dans un monde plein de magie étrange à tous les tournants… La même année, ou la suivante, suivant toujours le filon Gallimard Folio Junior du CDI, je suis tombée sur les Mondes de Crestomanci (+ Ma soeur est une sorcière, Les Magiciens de Caprona, et heu, au moins un autre dont j’oublie toujours le titre il me semble), de Diana Wynne Jones – et même si c’était pas autant une claque j’ai également apprécié trouver, dans ces livres, une magie en même temps douce et violente, présente un peu partout, et dévoilée petit à petit. Pensez aussi Contes de Terremer d’Ursula le Guin, ou simplement la poésie subtile et détaillée de la plupart de films de Miyazaki, et vous aurez peut-être une idée pas trop fausse de l’endroit où cette histoire peut vous emmener, et de quelle manière. J’ai aussi pensé à Philip Pullman (A la croisée des mondes, Sally Lockhart) pour la manière dont la romance est amenée et utilisée à l’intérieur de l’intrigue, et aussi d’autres détails, personnages ou concepts.

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Tess of the D’Urbervilles

De Thomas Hardy. 1891. Roman. Bonne lecture.
Sous-titré : A Pure Woman
Titre français : Tess d’Urberville
tessSummary :  « Tess is Hardy’s most striking and tragic heroine and the character who meant most to him.
In a novel full of poetry and mysteriously luminous settings, he unfolds the story of his beautiful, suffering Tess with peculiar and unforgettable tenderness and intensity. As A. Alvarez comments: ‘the plangent, heartbroken note of the great poems of loss and missed chances … is already present in Tess: in the continually roused, haunting descriptions of the landscape which crystallize intermittently into visionary states of mind, and above all in the power and beauty of the heroine whom he created and then, unwillingly, destroyed.« 
Un classique dont j’entendais parler depuis un moment, mais que je n’ai jamais étudié, ni lu d’extraits. J’ai choisi le livre dans le rayonnage en sachant que c’était centré sur une héroïne de basse extraction qui se trouvait élevée socialement (pas tout à fait juste, en fait), un vieux livre, et probablement pas très drôle*. Voilà pourquoi je l’ai emmené tout seul en week-end en laissant mon Pratchett à moitié fini derrière moi ! Les presque 500 pages y étaient aussi pour quelque chose. Finalement je l’ai lu assez vite, bien plus vite que je m’y attendais.
De façon générale j’avais une assez bonne approche du livre, renforcée par l’introduction de A. Alvarez (inconnu au bataillon…). En la lisant je me suis dévoilée une bonne partie de l’histoire – c’est courant dans les introductions – ce qui m’a permis de mieux entrer dedans et me concentrer sur toutes les facettes du livre au lieu de m’accrocher bêtement au fil narratif en laissant tomber le reste, comme cela m’arrivait très fréquemment dans les lectures scolaires obligatoires.
J’ai plutôt bien aimé le personnage de Tess, même si je ne me suis pas identifié à elle tout au long du livre, et que je l’ai beaucoup plainte ! L’histoire est en effet cristallisée autour de l’héroïne, son identité et ses déboires, et consiste donc en un « véritable » roman, au sens premier, originel du terme. Inutile de dire que je vous déconseille de continuer votre lecture si déjà ce personnage vous agace ou vous est indifférent dès le début de l’histoire. Cette figure féminine, ainsi que les quelques personnages qui gravitent autour (famille, amis, amants) constituent pour ainsi dire la totalité du roman, en parallèle avec les paysages et la vie de la campagne anglaise du temps de Hardy.
Dans l’ensemble je ne me suis identifiée à aucun personnage, ni n’en ai adoré aucun – ils ont tous leurs défauts, leurs petits travers ; de plus l’environnement a un air incontestablement vieillot ; j’y ai plus porté un regard contemporain et sociologique plutôt de de me laisser prendre à son charme, sans y être non plus indifférente. D’où une note « bonne », mais sans plus.
Néanmoins je me sens obligée, à cette lecture, de considérer Hardy comme un grand écrivain, que j’adore ou non ses autres œuvres, s’il me prenait l’envie d’en lire plus. Choix du vocabulaire, du phrasé, utilisation de mots de patois local, agencement des paragraphes descriptifs / psychologiques / explicatifs / narratifs, structure générale de l’histoire : je n’ai rien à y redire. En cela ça a été une lecture plaisir : écouter, sentir la cadence du livre et de ses éléments. Je l’ai trouvé très équilibré, tendu, précis, dans l’ensemble – on se sent sur une corde raide, à l’instar de Tess, et ça c’est juste tout bonnement fabuleux ! Plus que dans l’historiette des personnages – qui est somme toute très cliché, attendue au tournant, et en rien nouvelle en tous cas de notre point de vue de lecteurs du XXIe siècle, je me suis laissé bercer par les mots, l’écriture de Hardy et sa sensibilité. (Sinon la note aurait certainement été plus basse, parce que ce n’est pas vraiment mon style d’histoire !…)
Une romance classique, une héroïne peut-être un peu trop tragique, mais un grand classique d’un auteur talentueux.
* En fait c’est carrément : sortez vos mouchoirs ! :p

 

Chroniques d’ailleurs :  Le Chat du Cheshire
Challenge : les 100 livres à avoir lu

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Incursion dans le boudoir des vampires de la nuit de l’ombre des ténèbres éternelles*

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* Ou comment tenter de faire la lumière sur un sujet parfois obscur, obscurci, abscons.
  Lorsque j’ai dit que j’avais bien aimé Orgueil et préjugés on m’a fait la réflexion : « Mais… d’habitude tu n’aimes pas les romances ? » – et je trouve que c’est une réflexion très pertinente.
Pourquoi est-ce que cette lecture a été si plaisante, alors que le résumé de Twilight et sa première page (lus après quelques critiques de copines) m’ont fait immédiatement reposer le livre sans aucun regret, que je n’ai lu une paire de Harlequin que pour « être sûre » que le style ne me plaisait pas (mon Dieu qu’est-ce que c’est ch***t !!), et que maintenant forte de mes expériences j’ai tendance à évincer de mes choix de lecture toute romance, ou presque,  clairement définie comme telle ?

Une question d’intolérance

      Au risque de passer pour une élitiste, ce que je suis peut-être tout simplement :p, je dirais que le style m’importe beaucoup, dans certains cas. Je crois que c’est en grande partie pour ça que les sous-genres bit-lit, urban fantasy et autres me rebutent autant. Lire du cucul, du moralisateur, du trop stéréotypé, pourquoi pas, après tout Le Petit Lord Fauntleroy, le Jardin Secret, et d’autres livres du même acabit, dont quelques romances (d’Emily Brontë principalement), font partie de mon patrimoine de lectrice depuis longtemps, et même si ce sont des classiques ce ne sont pas toujours à proprement dit des chefs-d’œuvre ! La grosse, l’énorme différence que je fais entre ces derniers (par exemple) et les tendances romanesques YA actuelles (par exemple aussi, puisqu’on en parle beaucoup), c’est le style, la manière dont c’est amené, même si le fond peut toujours paraître gnangnan (ou l’est carrément).
wuthering heights
      On accuse beaucoup les gens qui ne suivent pas la vague (je me sens visée parfois) de faire preuve d’intolérance. J’évite de sortir « Twilight, c’est de la merde » en face des gens, bien que je n’en pense pas moins. La forme exacte et polie est « je n’aime pas cette histoire, et le style très médiocre ne me permet pas de passer au-dessus de la romance omniprésente et des personnages sans saveur qui je le sais vont me soûler extrêmement rapidement ». Mon sentiment n’est pas tant que les gens qui lisent ça font preuve de manque de culture, ou d’estime de soi. Bien sûr je me sens très éloignée des gens qui ne lisent pas du tout les mêmes genres que moi, comme tout un chacun. « Chacun est libre de lire ce qu’il veut, d’aimer des genres différents ou un seul genre, de détester d’autres genres », ça tout le monde le dit, c’est assez vrai, et ça n’empêche pas les gens de ne pas copiner sans regrets quand ils ont des goûts littéraires opposés, et de prendre un peu de haut les gens qui lisent des trucs plus « faciles » que nous (on aime bien le mot « tolérance », mais je pense qu’il y a ici une certaine réalité sociale ou psychologique – on est toujours assez content de soi quand on lit un truc compliqué, vous ne pensez pas ? Comportement à corriger, certes ;)).
(Je suis partie sur les tendances romanesques dites « fantastiques » actuelles, plus que sur les autres tendances romantiques, tout simplement parce que ni Danielle Steel ni Nora Roberts ni les romans populaires ni leurs lectorats n’ont de ce que je sais déclenché de polémique, de revendication du genre, etc. aussi passionnés – et que j’en suis toujours à réfléchir sur le pourquoi du comment des réactions de part et d’autres des deux « camps »)

Objectivité, diversité

      Non, ce qui me hérisse c’est quand les lecteurs de bit-lit (ou autre, mais encore une fois c’est ce qui est au-devant de la scène littéraire en ce moment) me sortent des inepties qui dénotent de mon point de vue un manque total de regard objectif sur leurs propres lectures : « Stephenie Meyer elle écrit trop bien.«  [t’as pas dû lire grand chose dans ta vie, alors… et sauter toutes les lectures scolaires, qui bien que souvent ennuyeuses de mon point de vue, sont là pour te montrer quels styles il peut exister, les différences de niveau, etc ! Dis simplement que tu aimes son style fluide, ne tente pas de me faire croire que c’est le nouveau Proust -_-] « Dans X il y a de la magie, j’aime X donc j’aime aussi Y. » [sans commentaire, surtout quand les gens me le sortent tout à fait sérieusement – enfin celui-ci est plus drôle que triste] Comparaison (positive, égale) plus que fréquente entre Bram Stoker et les univers vampiriques actuels. [Mis à part les vampires en tant que personnages… je vois pas °_° Vous avez lu Stoker, bien sûr ?… Ah bon, en plus, vous l’avez vraiment lu ???] Je me hérisse autant quand des gens regardent de haut Harry Potter, le considérant comme de la « lecture débile pour les gamins » – ceux-là en général ne connaissent pas plus d’auteurs jeunesse que ceux cités plus haut n’ont lu de fantastique (des siècles passés).
      Dites que vous aimez, n’aimez pas, n’accrochez pas, ou aimez ou pas les univers. Mais arrêtez juste de comparer ce qui n’est pas comparable. Je ne me pique pas de lire du Sir T. Mallory en lisant du Tolkien. Crichton n’est pas C.S. Lewis. S. Meyer n’est pas A. Stoker. La littérature jeunesse n’est pas comparable avec les albums, ni les premières lectures. Morpurgo m’a l’air plus mature que beaucoup de romans édités en « Black Moon », d’après ce que je lis, ce qui n’empêche pas certains de se retrouver plus dans les héroïnes ados que dans les enfants héros des romans de Morpurgo, je le conçois. Les styles diffèrent autant que les thèmes larges ou univers, et peuvent d’autant plus différer lorsqu’ils sont écrits à des époques différentes. Je peux vous trouver 10 livres sur les vampires qui s’adressent à des publics différents, de manière différente. Malgré les subdivisions en genres et sous-genres chaque auteur a sa propre plume (sauf ceux qui n’écrivent ni avec originalité ni avec style, mais c’est assez rare). C’est là toute la diversité, toute l’âme de la littérature. La urban fantasy, c’est la urban fantasy, point barre (pareil pour les autres catégories). Je veux bien croire qu’il y a dedans des auteurs meilleurs que d’autres, des histoires mieux racontées, des séries plus vendues, mais n’allez pas me faire prendre ça pour les « dignes successeurs » (au sens de « compatriotes », « voisins », « collègues », voire « frères et sœurs ») de Shelley, Sheffield, Dunsany ou Le Fanu ! Ce sont deux générations différentes (voire trois…), des styles tout à fait différents, des ambiances différentes… c’est tout aussi ridicule que de comparer certains titres de S-F avec de la fantasy, ou certains auteurs très spéciaux entre eux. D’ailleurs les lectorats ne se croisent pas forcément du tout, au contraire de ce que certaines tendances « geeks, nous sommes tous geeks et aimons ce qui est fantastique«  aimeraient le faire croire :D.
Il est vrai que la publicité des éditeurs les conduit fréquemment à mélanger torchons et serviettes, à comparer par exemple Pullman et Tolkien (vu dernièrement). J’ai lu les deux, et mis à part qu’ils aient vécu tous deux à Oxford et utilisent des éléments merveilleux dans leurs livres, il n’y a juste aucun point commun entre les deux styles, ni leurs univers. Je pense que j’en trouverai d’autres tantôt, c’est vraiment très commun de nos jours (snif, dire que les éditeurs sont censés transmettre la culture… je ne sais pas à quel niveau il y a souci, mais c’est parfois cocasse !).

Les limites de la tolérance – les goûts, la subjectivité – d’où le besoin d’analyse ?

       imitationJ’ai lu un certain nombre de choses débiles mais distrayantes, quasiment à chaque fois sur le ton comique, même si j’éprouve le besoin de lire aussi d’autres choses plus intellectuelles en alternance. Dans la catégorie « lectures difficiles à mettre en avant » j’ai lu Lord of the Ringards (parodie du Seigneur des Anneaux), j’ai bien ri malgré les obscénités et stupidités récurrentes, je l’ai même relu. Cela n’en fait pas le bouquin de l’année, ni un livre que je vais recommander à n’importe qui. Quand des gens me disent : « j’ai pas pu lire le Seigneur des Anneaux, cet auteur est chiant, il fait trop de descriptions », je n’ai rien à répondre. L’argument est juste. Je ne recommande pas non plus Tolkien à tous. A la décharge de l’urban fantasy (et alii), on peut considérer Le Fanu (qui a aussi écrit sur les vampires) comme un vieux type moralisateur qui écrit de manière totalement archaïque et parfois pédante (et si ça ne s’applique pas tout à fait à lui, ça s’applique à Stoker et Dunsany).
      Par conséquent quand je dis « je ne veux pas essayer de lire Twilight parce que je n’aime pas les romances« , et que la lectrice fana en face de moi essaye malgré tout de m’embobiner et m’amener à perdre mon temps à lire ça en me parlant de questions politiques qui seraient aussi présentes dans le livre, etc, [alors que partout  j’entends que oui, la romance est le cœur de l’histoire, et que oui c’est totalement stéréotypé – y compris de copines qui me connaissent, qui ont une  culture littéraire diversifiée, et ont elles lu le livre en entier (et même le tome 2), et me répètent que franchement le style est très simple et l’univers pas plus développé que ça entre les scènes de mamours] —- j’ai vraiment l’impression d’être prise pour une abrutie… Et ce genre de discours a tendance à se répéter.
      Pourquoi ? Les lecteurs de Danielle Steel se cantonnent eux toujours à un : « j’adore les belles histoires d’amour » tout à fait légitime et non opposable. Qu’a donc apporté cette nouvelle vague littéraire « populaire » ? Qui sont vraiment les lecteurs imbus d’eux-mêmes (ou « aveuglés »), intolérants ? (Je sais que la dernière phrase peut paraître désagréable, mais je pense que la question vaut la peine d’être creusée dans les deux sens). Je veux bien tenter d’être conciliante, mais arrêtez aussi de placer ce p**** de piédestal sous vos propres lectures, ou de raconter du n’importe quoi n’importe comment juste pour convaincre tout le monde que si vous aimez quelque chose ça a forcément toutes les qualités possibles et que ceux qui n’aiment pas ne sont que des aveugles face à la si belle prose de vos auteurs préférés…

Vers un début de compréhension

    cn  L’autre jour, aux Imaginales, je suis passée à l’attaque. Ce genre de question/conflit me taraude, me titille, et j’ai abordé le stand du Chat Noir (éditeur spécialisé en bit-lit, urban fantasy et steampunk, je crois), auquel se trouvait entre autres un jeune homme* qui m’a agréablement surpris. J’ai délibérément choisi de montrer mon côté « élitiste » en approchant du stand, ne me suis pas cachée de mon dédain pour le genre en manipulant les livres, toujours à la recherche d’un auteur, un titre qui ne me rebuterait pas autant que les autres (malgré tout mon fiel, je reste quelqu’un d’obstinément curieux ! 🙂 ), et ai attendu impatiemment la réaction adverse (vicieuse ? oui, mais à des fins constructives :D).
*Mathieu Guibé, auteur de son état ! (je l’ai su par la suite)
      Quelques minutes plus tard j’étais engagée dans une conversation – une vraie ! Pas une bataille de « C‘est de la merde » – « Non c’est pas vrai c’est génial« . Moi, expliquant mes réticences sur le genre, tentant de mettre des mots sur ce qui ne me plaît pas, me dérange, n’arrive pas à aimer en aucun cas. Lui, écoutant, écoutant vraiment, concluant que Oui, la romance reste présente dans leurs collections à un sacré pourcentage, et oui, souvent centrale au livre. Et les super héroïnes, les gonzesses qu’ont tellement de qualités qu’elles en sont imbuvables ? Oui, assez vrai aussi, cependant pas entièrement. Quelques titres n’en font pas partie – Mais ceux-là non plus ne me plaisent pas, ne m’attirent pas, trop simplistes peut-être ? A moins que je me trompe, après tout je n’en ai quasiment pas lu, juste quelques pages ici et là, et les résumés, plein de résumés, qui toujours, avec les échantillons de texte, me rebutent… « Ah, mais oui, ça reste du divertissement. C’est un des points forts du genre : style simple, histoires simples aussi, ou mises à la portée de tous. Pareil pour les personnages, un minimum diversifiés mais parfois aussi assez semblables d’un livre sur l’autre. Pour divertir les lecteurs, avant tout, pas les faire réfléchir ou quoi que ce soit.*
>>> Illumination, quelque part. Le roman populaire est assez fameux pour son rôle de divertissement. Ce genre m’agace aussi prodigieusement. CQFD ? Je n’aime pas les livres intrinsèquement divertissants ? à confirmer.
 * Je reporte cette conversation d’après mes souvenirs, ce que j’en ai retenu qui a alimenté ma réflexion. Cela n’est en aucun cas imputable aux éditions du CN elles-mêmes, leur discours officiel ou commercial, etc.

Conclusion

         J’aimerais que plus de gens sachent faire la différence entre « aimer » et « apprécier à sa juste valeur »**.
      Je ne parle pas d’assumer ses lectures ou pas, ou de classer les lectures en « vaut le coup » et « ne vaut rien », ce qui reste imputable à chacun et rarement justifiable. Il s’agit plutôt d’être capable de parler d’un livre non pas en termes de ventes, de public visé ou de thèmes, mais en termes de contenu effectif : style simple, fluide, ou plus recherché, voire difficile ; histoire simpliste, moyenne ou très élaborée ; mise en œuvre de stylistique, d’originalité dans la conception du texte, des évènements, de l’intrigue ; reprise ou pas d’un thème, avec plus ou moins de brio, etc. Je pense très sincèrement qu’une grosse partie de ce genre de conflits ou de tensions résulte de l’ignorance ou de maladresses. J’espère avoir l’occasion de mener plus de conversations constructives comme celle présentée ci-dessus, même si je doute jamais adorer les sous-genres abordés ici, mais l’un n’empêche pas l’autre.
** Je me rends compte que tout ça peut être considéré comme un problème de fond qui dépasse largement le domaine des livres, même si je ne me lancerais pas plus loin. Education, personnalité, curiosité, entourage et conseil aussi… sans parler de la culture littéraire au sens le plus large. Beaucoup de facteurs qui me semblent pouvoir faire partie de l’équation.

Pride and Prejudice

De Jane Austen. Penguin, 1994 (1e ed. 1813). « Grand classique », roman socio-romantique. Une très bonne surprise ! [298 p.]
Titre fr : Orgueil et préjugés
prideandprejudiceRésumé : « Pour les Anglaises du [tout début du] XIXe siècle, hors du mariage, point de salut ! Romanesques en diable, les démêlés de la caustique Elizabeth Bennett et du vaniteux Mr Darcy n’ont pas pris une ride ! Mais il faut parfois savoir renoncer à son orgueil. Et accepter la tombée des masques pour voir clair dans la nuit. Un classique universel, drôle et émouvant. »
En gros la famille Bennet, de ce qui me semble être de la petite bourgeoisie si cette appellation est acceptable, a 5 filles à marier : Jane, Elizabeth, Mary, Kitty et Lydia. Un nouveau voisin plutôt jeune venant d’arriver, c’est la course entre les parents du voisinage, qui ont presque tous des prétentions équivalentes. Arrivent par là-dessus d’autres personnages, tous liés de manière différente les uns aux autres : Mr Darcy bien sûr, mais aussi bien d’autres qui vont tous graviter autour de la famille Bennet, être analysés par Elizabeth, et souvent aussi confrontés à la jeune fille, à qui les affrontements ne font pas peur bien que ce ne soit pas bien vu par tout le monde…
      Cela faisait un bail que je me tâtais à me lancer là-dedans, et bien plus longtemps encore que j’avais entendu parler de ce livre, et aussi de son auteur. Entre les grands classiques et moi ça a toujours été plus une histoire d’indifférence voire d’ennui que de grand amour, mis à part de très rares exceptions. Cependant depuis quelques années, j’ai entendu parler à plusieurs reprises de cet ouvrage comme d’une lecture plaisir, comme d’une romance qui était en fait plus qu’une romance, et aussi de son auteur comme étant très en avance sur son temps, et aussi bien moins ennuyeuse que les résumés hâtivement lus peuvent le faire paraître – j’ai d’ailleurs été particulièrement surprise de voir des gens qui, comme moi, ne lisent pas de romances d’habitude, lire et même relire Jane Austen. Je n’ai jamais vu aucune des adaptations cinéma, je me suis donc lancée dans ma lecture sans d’autres idées reçues que celles énoncées ci-dessus.
     Arrivée au bout de 2 pages je savais déjà que c’était une découverte très intéressante et intriguante, même si je ne pouvais pas encore savoir si tout allait me plaire ou non. L’introduction de la famille Bennet, surtout les deux parents qui sont à mon sens les deux personnages les plus comiques du roman, s’effectue de manière directe, piquante, décapante – pas vraiment ce à quoi je m’attendais d’un livre aussi vieux. J’ai aussi assez vite vu que l’anglais de Mlle Austen allait requérir de ma part plus de concentration que d’habitude – vocabulaire très formel et archaïque, tournures de phrases également inhabituelles – et phrases parfois très longues en plus ! J’ai fini par m’y faire au fil des pages, même si je suis sûre que quelques phrases ici et là m’ont partiellement échappées !!
      On m’a fait la réflexion : « Mais d’habitude tu n’aimes pas les romances ? » – et je trouve que c’est une réflexion très pertinente. J’ai tenté de répondre à cette question puis me suis si bien laissée entraîner que j’ai fini par écrire bien trop de lignes et trop peu en lien direct avec cet ouvrage, que j’ai rassemblées dans un article à part. Pourquoi ai-je aimé Pride and Prejudice ? D’abord comme je l’ai dit ci-dessus pour le style caustique de l’auteur ; et aussi pour les thèmes sociaux et relationnels abordés. On tourbillonne non seulement autour d’Elizabeth mais également autour des autres membres de sa famille, et pour Austen c’est une occasion formidable de nous montrer ce qui est ridicule, ce qui ne va pas, toutes les petites affaires un peu cliché de la bourgeoisie de l’époque, si drôles à commenter (parfois via Elizabeth, parfois venant directement de l’auteur) : les jalousies, les envies, les mariages arrangés, ce qui doit ou ne doit pas se faire, les aspirations des gens à se hisser dans l’échelle sociale, à bien se faire voir, etc. J’ai aussi beaucoup aimé la fratrie Bennet, c’est vraiment une famille de fous ! Un certain nombre de personnages sont franchement comiques, parfois un peu exaspérants voire carrément détestables, mais quasiment toujours hauts en couleur, et plutôt bien développés. Quelques-uns sont un peu moins originaux, mais leur psychologie à tous est je trouve plutôt bien tournée, et tout à fait convaincante.
      Les romances sont de mon point de vue exposées et racontées de manière assez rationnelle, on est vraiment dans le romanesque du XIXe, tout en finesse et subtilité, même si le ton reste lyrique ici et là (à la grande joie de Mlle Austen qui se moque d’un peu tous ses personnages jusqu’au bout ! 🙂 ). De plus, les deux principaux protagonistes (constituant de la principale romance), Elizabeth et Darcy, sont tous les deux des personnes très rationnelles, avec leur caractère et leurs défauts, et loin d’êtres stupides , ce qui m’a permis de m’attacher plus facilement à eux  – la fin du roman, bien qu’attendue, se termine sur un ton auquel je ne m’attendais pas ! Du coup au contraire d’autres romances ça ne m’a pas énervée ni gênée dans ma lecture ; on voit les deux personnages avancer pas à pas l’un vers l’autre au gré d’une lente évolution, et à côté se déroule plein d’évènements dans lesquels ils sont pris, qui ont des incidences sur eux, ou pas – en fait les intrigues sont bien entremêlées, forment un ensemble cohérent dans lequel ils ont tous les deux leur place respective, en tant qu’acteurs et spectateurs.
J’ai eu plaisir à lire les nombreux dialogues, dans l’ensemble assez subtils et très bien formulés, à travers lesquels se déroule la plus grande partie de l’intrigue – souvent le style est très poétique, très esthétique ; j’ai trouvé assez peu de descriptions dans l’ensemble, Austen se tournant seulement par moments vers la narration afin de nous montrer un tableau d’ensemble, ou de faire avancer l’histoire de quelques jours ou semaines…
Enfin bref, un roman qui m’a paru classico-classique au premier abord, mais qui n’en est pas moins aussi très drôle, parfois complètement loufoque, et franchement pas aussi ennuyeux que je l’avais craint, même si je ne le recommanderais pas à tous, au vu des thèmes abordés et du style vieillot et parfois un peu moralisateur.

 

Chroniques d’ailleurs :  Bazar de la Littérature, Le Chat du Cheshire, Des livres, des livres !, Books and cups of tea, Chasing Books

 

Challenge : les 100 livres à avoir lu

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