Les Légendes noires

De Sophie Lamoureux. Casterman, 2014. Documentaire jeunesse. Très bonne lecture. [96 p.]
Sous-titre : Anthologie des personnages détestés de l’Histoire
Illustrations de Virginie Berthemet.
Mise en page 1Résumé : « Nous sommes tous plus ou moins familiers des grands héros de l’Histoire, mais que dire des autres : les fous, les traitres, les tyrans, les criminels, les dictateurs, massacreurs, salauds et horribles…? Les Légendes Noires nous invitent à rencontrer ces personnages abominables, méprisés, détestés ou violemment controversés, qui ont souvent horrifié leurs contemporains mais n’en ont pas moins joué, en leur temps, un rôle marquant sur le plan historique. Nécessaire, utile et édifiant.« 

 

Je remercie les éditions Casterman – Flammarion de m’avoir envoyé ce livre.
Lecture en commun avec Gaby de La biblio de Gaby

 

Très belle découverte que cet ouvrage : beau et intéressant !
Quelques vues de l’objet-livre, avec en gros plan les magnifiques illustrations de Virginie Berthemet, qui a choisi des tons rouge et noir et des images décalées bien que percutantes pour faire un parallèle avec le texte et le sujet, formant un tout assez particulier mais qui m’a beaucoup plu dès le premier coup d’œil :
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Le dos du livre – Le cardinal de Richelieu – La fiche de Cortés – Un aperçu du sommaire

A ce propos j’ai aussi noté l’utilisation de l’image de l’hydre – coupez-lui une tête il en repoussera deux – pour l’image de couverture : je trouve l’allusion très pertinente car il a de tout temps existé de grands hommes (et des femmes) très controversés ou bien considérés comme dangereux, des tyrans ou des mégalomanes assoiffés de sang. De même chaque caricature de Virginie Berthemet choisit une focalisation adaptée à chaque personnage, qu’elle soit justifiée ou stéréotypée, jouant sur l’imagerie populaire aussi bien que sur une Histoire plus factuelle : la fresque ainsi créée fait sourire, et aussi un peu grincer des dents.
Le choix du grand format est intéressant : on le lit comme une BD mais ce n’est pas de la fiction, on a des dessins humoristiques mais des noms qui font moins rire, et des taches d’encre un peu partout comme si on s’était empressé de raconter tout ceci, à la va-vite, dans la pénombre, sans possibilité de retour en arrière. Le papier est excellent et l’impression impeccable. J’ai simplement relevé une coquille, un mot manquant, dans la fiche de Robespierre.
L’idée des fiches biographiques en deux pages découle, j’en suis sûre, d’une volonté de synthèse pour amener l’Histoire aux (jeunes) lecteurs sans leur imposer de trop longues explications. Cela fonctionne très bien avec beaucoup de biographies, mais pas toutes. En effet, j’ai eu plusieurs fois une impression de trop-plein, comme si l’auteur voulait en mettre un maximum sur deux pages, alors que ce n’était tout simplement pas possible. Quelques explications sont proches de l’incompréhensible lorsque l’on n’a pas les clés, qu’on ne connait pas les personnages ou le contexte, et/ou souffrent d’une synthèse un peu embrouillée. Néanmoins il s’agit d’un phénomène qui m’a gênée ici et là, pas une impression générale du texte.
Je comprends et j’admets beaucoup mieux, par contre, qu’une certaine focalisation « classique » soit parfois choisie au détriment d’autres points de vue ou d’à-côtés vis-à-vis de certaines figures, je pense entre autres à Machiavel ou à Hitler : deux pages c’est très court lorsque les contextes sont complexes ou que beaucoup d’influences sont à prendre en compte, et j’ai remarqué que Sophie Lamoureux essayait malgré tout de finir sur une objectivisation lorsqu’il y avait matière à le faire, de poser des doutes ou d’amorcer des courants de réflexion en cours de route. J’aurais peut-être apprécié que ce soit parfois un peu moins subtil, je ne suis pas sûre que ce soit évident aux yeux de tous les lecteurs. Je ne parle pas forcément de justifier ces personnages, mais simplement d’étoffer un peu la manière dont on les a perçus, à leur époque ou à la nôtre, ou l’image qu’ils avaient construit d’eux-mêmes, pour sortir un peu plus clairement de certains stéréotypes de masse (par exemple nulle mention de la situation politique générale de l’Italie à l’époque de Machiavel, pas de rappel que Pétain n’a pas été nommé Ministre par hasard…). J’ai trouvé que les premières fiches souffraient moins de ce défaut, exploraient plus les personnalités. C’est quelque chose que j’ai plutôt ressenti à l’approche de l’époque moderne et contemporaine.
Le contenu global du livre m’a tout de même intéressée et appris beaucoup de choses. J’imagine aussi que cela puisse être une bonne lecture d’amorce du thème. Les défauts évoqués ci-dessus ne concernent pas tout le livre, qui m’a apporté beaucoup de détails utiles et enrichissants sur bien des points, et s’efforce d’expliciter beaucoup plus que ce qu’il n’oublie ou ne met de côté. Si l’adulte éclairé ou l’universitaire peut lui trouver des manques, je suis persuadée que le lecteur qui part à la découverte du sujet ou n’a plus remis le nez dans l’Histoire depuis longtemps y trouvera bien plus que son compte.
Enfin je me suis posée la question de l’âge, et si le but me semblait de prime abord très louable j’émets après lecture quelques réserves concernant les lecteurs les plus jeunes – dès 12 ans dit la présentation éditeur – non pas en termes de contenu mais en termes de vocabulaire. En effet je ne suis pas certaine du tout qu’un préadolescent sache forcément ce qu’est Gettysburg, ni la collectivisation ; j’ai moi-même oublié ce qu’étaient le Directoire et la monarchie de Juillet, ce qui ne m’a pas empêchée de globalement suivre l’idée du livre et le fil rouge des moments noirs de tous ces personnages de l’Histoire, mais j’aurais sans doute plus apprécié cette lecture en ayant ces informations, même dans un bref rappel comme l’auteur le fait pour des tas d’autres termes. J’imagine donc que cela a pu être des oublis, mais c’est un peu dommage, cela freine une lecture qui se présente pourtant comme très réfléchie et très bien construite à d’autres pages.
A la fin de l’ouvrage le lecteur trouve une bibliographie des ouvrages consultés pour rédiger chaque fiche : de nombreuses entrées sont complètes de 3 à 6 sources, mais d’autres n’en proposent malheureusement qu’une seule.
Un livre destiné au jeunes et aux adultes, mais une lecture un minimum exigeante en matière d’Histoire car parfois trop synthétisée ou contenant énormément de détails en un minimum de lignes, requérant peut-être la présence d’un adulte pour répondre à des questions ou pour préciser des détails – pourquoi pas une lecture à faire en classe, ou en parallèle d’un cours ? Un livre à lire, sans aucun doute, mais aussi très certainement à relire ou à étudier, que ce soit parce qu’il présente quelques failles ou parce que le sujet en lui-même nécessite plus qu’une lecture unique.

 

Chroniques d’ailleurs :  La biblio de Gaby
Cette chronique s’est inscrite, tout à fait incidemment, dans La Rentrée des Cartables organisée par Vil Faquin.
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Metro 2033

De Dmitry Glukhovsky. L’Atalante, 2010. S-F post-apocalyptique. Très bonne lecture. [631 p.]
Titre original : Метро 2033, 2005.
metro-2033Résumé : « 2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désor­mais livrée à des monstruo­sités mutantes. Moscou est une ville aban­don­née. Les survi­vants se sont réfu­giés dans les pro­fon­deurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie. Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d’une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent.« 
J’ai mis très longtemps à lire ce livre : moins que d’autres que j’ai largement moins appréciés ou sur lesquels j’ai véritablement buté (comme Ubik), mais tout de même plusieurs semaines. La faute à une moindre envie de lire, mais également à la structure, le style et au ton de ce livre en particulier, qui m’ont amené à le poser, le reprendre, le laisser à nouveau « décanter », ou lire d’une traite une centaine de pages ou plus de temps en temps.

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Les Salauds Gentilshommes, T.3

De Scott Lynch. Bragelonne : 2014. Roman d’aventures sauce fantasy. Série coup de cœur. [668 p.]

Titre du tome : La République des Voleurs.

Titre original : The Gentlemen Bastards, T.3 : The Republic of Thieves, 2013

république_voleursRésumé : « Après le plus grand casse de leur carrière, Locke et son inséparable complice, Jean, ont réussi à s’échapper. Mais Locke ne s’en est pas tiré indemne : empoisonné, il est mourant. Aucun alchimiste n’est en mesure de l’aider. Alors que le moment fatidique approche, une mystérieuse Mage Esclave lui propose un marché qui le sauvera ou mettra un terme à ses souffrances. Locke hésite, jusqu’à ce que la mage mentionne le nom d’une femme qu’il a connue par le passé. L’amour de sa vie. Sa rivale en matière d’habileté et d’intelligence. Et, s’il accepte cette mission, son plus dangereux adversaire.

À l’approche des élections de la cité des mages, les différentes factions recrutent leurs stratèges. Locke doit faire un choix : affronter ou séduire celle qu’il n’a jamais pu oublier. Leurs vies dépendent peut-être de sa décision… »

Enfin ! Après nous avoir parlé de Sabetha à mots couverts pendant deux tomes, Scott Lynch décide enfin de nous présenter le dernier larron de la bande des Gentilshommes ! (Je suis en train de me dire que je risque d’avoir de plus en plus de mal à vous parler de cette série sans me répéter ou vous dévoiler des éléments de l’intrigue, mais je vais tout de même essayer) Concernant Locke et Jean, franchement je vais passer, si vous en êtes à ce tome vous les connaissez déjà, et l’auteur reste très cohérent dans ses choix de départ et sa dynamique. Les autres personnages de ce tome, vous les découvrirez comme bien d’autres avant si vous vous plongez dedans, je n’ai rien de spécial à dire sur eux, il y en a toujours que j’adore, d’autres un peu moins, mais tous semblent tellement vivants et tellement bien ancrés dans leur environnement, avec ce côté vaguement exagéré dans beaucoup de cas, que j’ai toujours presque l’impression devoir se dérouler une partie de JdR sous mes yeux plutôt que de lire. Bon, je suppose que l’environnement et le thème du voleur / de la tromperie ne m’aide pas !

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Zombies : sociologie des morts-vivants

De Vincent Paris*. Editions XYZ, 2013. Essai. Excellente lecture ! [180 p.]
*Qui, comme son nom ne l’indique pas, est canadien.
zombies_sociologieRésumé : « Que cela vous plaise ou pas, les zombies sont parmi nous. Ils font partie de notre « culture populaire ». Ils ont envahi les écrans, les jeux vidéo et même les bandes dessinées. Les classiques de la littérature n’ont pas échappé à la contamination par le virus : Orgueil et préjugés et zombies, parodie du célèbre roman de Jane Austen, a été un best-seller. Taper le mot «zombie» dans Google devrait finalement vous convaincre de l’ampleur du phénomène, qui méritait bien un ouvrage. Qu’est-ce qu’un zombie ? D’où vient le phénomène ? Pourquoi le zombie est-il si populaire et fascine-t-il autant de nos jours ? Si l’épidémie se produisait vraiment, quelles seraient les conséquences sur le plan sociologique ?
« Vincent Paris réussit le tour de force de prendre les zombies au sérieux sans jamais prendre ses lecteurs pour des créatures décérébrées. Comme dans les meilleurs films de zombies, son essai-fiction contient des descriptions apocalyptiques à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Et il prend les morts-vivants comme prétexte pour parler essentiellement de… nous-mêmes. »
Samuel Archibald
« À l’heure de parler des morts-vivants, la sociologie est sans doute l’une des disciplines les plus appropriées – car s’il est possible de tout et rien dire sur ce phénomène, il est au moins une affirmation que l’on puisse faire sans risquer de se tromper : un zombie ne vient jamais seul. Le mort-vivant, bestiole sociale entre toutes. »
Nicolas Dickner   « 
Voici un ouvrage que j’ai saisi avec le sourire, me disant que ça pouvait être « rigolo », et qui m’a totalement enchantée et convaincue ! Pourtant, les zombies, je ne suis pas spécialement mordue.
Mention spéciale à la préface de Nicolas Dickner, dont vous avez un extrait ci-dessus, et qui m’a littéralement fait éclater de rire plusieurs fois en deux pages seulement, ce qui m’arrive rarement en lisant. 🙂

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L’Homme des morts

De V. M. Zito. Calmann-Lévy (Orbit), 2013. Science-fiction / zombies. Très bonne lecture. [368 p.]
Titre original : The Return Man, 2012.
lhommedesmortsRésumé : « L’infection zombie a séparé les États-Unis en deux. L’Est, la Zone Libre, est complètement bouclé : personne n’y entre, personne n’en sort. L’Ouest, la Zone Occupée, a été abandonné aux morts. Henry Marco est pourtant resté dans le Nevada. Mercenaire au service des familles de l’Est, il traque et tue les zombies qu’on lui désigne, permettant aux proches de faire leur deuil. Maintenant le Ministère de l’Intérieur a besoin de lui pour une mission délicate : retourner en Californie, où tout a commencé. Retrouver un homme. Rapporter un secret.
 Mais dans l’Ouest ravagé de l’Amérique, tout est possible. Surtout le pire.« 
Comme je l’ai déjà dit, je reste une néophyte en termes de zombies : si je reconnais les images de la licence Resident Evil et suis maintenant la série de comics The Walking Dead, mon expérience ne va pas tellement plus loin – question ciné je suis très impressionnable donc j’évite ce qui est estampillé « horreur » sauf avis éclairé d’un proche, et côté bouquins ça se limite à peu près à ce que vous pourriez trouver sur ce blog : World War Z et l’Évangile cannibale, avec peut-être Simetierre de King (?). Par exemple, au dos de ce bouquin on parle de Romero et Matheson… Voui, voui, mon ignorance va (pour le moment ! :p) jusque-là ! (J’ai noté Matheson en tant qu’auteur à découvrir, cependant)
Après cette petite parenthèse qui je suis sûre vous a divertis, mon avis général : j’ai beaucoup aimé, et trouvé plein d’idées originales ! Néanmoins il m’a manqué un petit quelque chose, peut-être vers le milieu / fin de l’histoire, pour être comblée.
La mise en scène de l’histoire m’a bluffée : l’auteur nous dépeint cet Ouest américain retourné à la vie sauvage, redevenu synonyme de danger et d’inconnu, avec ce héros presque londonien perdu dans sa maison fortifiée, tantôt en proie à des démons intérieurs et tantôt semble-t-il en parfaite harmonie avec l’univers qui l’entoure, morts-vivants y compris, qu’il tue pour se défendre ou pour des primes (son « métier »), mais pas « pour le sport », ni de manière paranoïaque. J’ai ici ressenti quelque chose d’assez nouveau pour moi dans le genre : une grande sérénité se dégage des premières pages, et même l’attaque d’une horde de zombies ne provoque ni haine ni peur panique insurmontable chez cet homme habitué à eux, et aussi d’un certain stoïcisme ! Impossible de trouver ça par exemple chez TWD, où tous les humains semblent résolus à poutrer du zomb’ et, de manière générale, ne trouvent aucune paix à partager un territoire avec eux, même de loin. Cette approche « douce » de la mort et de la Résurrection (nom du phénomène ici) m’a beaucoup plu, et est je trouve traitée plutôt bien dans disons une grande partie du début du livre. En même temps, l’homme souffre non pas du présent hostile mais de sa vie passée, qui le hante fréquemment (je n’en dirais pas plus, c’est un des grands axes du roman !).
Ce qu’on nous présente comme l’intrigue principale, cette histoire de voyage jusqu’au cœur du problème, est à la fois hyper prévisible et commun et aussi assez logique quelque part – il y a eu un souci, on essaie d’y remédier (ou pas… :D). Et justement c’est à ce moment-là que l’auteur décide de nous surprendre une fois de plus en s’engageant non pas purement dans le survival horror, mais dans un certain jeu de pouvoir entre les différents protagonistes et parties qui nous ont été présentées. A propos de protagonistes j’ai beaucoup aimé le personnage de Wu également, même si lui aussi a semblé avoir un « coup de mou » question qualité et développement vers la fin du récit.
L’opposition et parfois le rapprochement entre les deux personnages principaux crée une atmosphère particulière, inhabituelle par rapport à tout ce que j’ai pu lire dans le genre jusqu’à présent, qui semble se focaliser plus sur les groupes. Zito trouve son équilibre entre tension et introspection, refusant l’hystérie au profit de la méditation, de la remise en question et aussi d’une acceptation générale qui transparaît parfois sous forme de froideur ou de recul par rapport à la situation, mais n’est jamais synonyme de résignation. Les scènes sanglantes ou gore, inévitables et assez nombreuses, semblent en fait continuellement balayées par les préoccupations personnelles des personnages qui paraissent s’en accommoder d’une manière ou d’une autre, même si elles ne sont pas sans affecter leur psyché sur le long terme.
Le ton assez scientifique m’a beaucoup plu, là aussi on s’éloigne des styles populaires pour se rapprocher presque de Crichton par moments, même si l’œuvre n’est pas dénuée de sentiments. Le style de l’auteur est assez classique, cynique et humoristique mais pas franchement original : disons que ça se lit bien sans être de la littérature de grande qualité. Néanmoins je laisse un certain doute en sa faveur car j’ai trouvé une ou deux coquilles typo (« tâche » au lieu de son homologue sans accent) et de traduction (« Pourvu qu’elle récupère ses billes. » – qui m’a fait exploser de rire à l’arrêt de bus –‘ Pourtant « to lose one’s marbles » n’est pas une expression rare !).
Un bon ouvrage assez complexe dans sa structure et son développement, sur le thème de l’apocalypse zombie (au niveau américain), qui m’a beaucoup plu. J’ai seulement regretté que les scènes d’action et les évènements trop prévisibles finissent par prendre le pas vers le milieu du livre, jusqu’à la fin ou presque – malgré quelques retournements de situation un minimum assumés, me laissant au final une moins bonne impression que celle que j’avais après avoir lu 30 pages.

 

Chroniques d’ailleurs :  Livrement, Les lectures de Titisse, La plume ou la vie

1502

De Michael Ennis. Le Cherche-Midi, 2013. Roman historique policier. Excellente lecture. [569 p.]
Titre original : The Malice of Fortune, 2012
1502Résumé : « Les Borgia règnent sur l’Italie. Le pape Alexandre VI, de son vrai nom Rodrigo Borgia, apprend que l’on vient de retrouver un indice qui permettrait peut-être d’expliquer, cinq ans après les faits, le meurtre mystérieux de son fils ainé, Juan. Une amulette dont celui-ci ne se séparait jamais est en effet réapparue près du corps d’une inconnue assassinée à Imola, siège de la cour de son autre fils, le Prince César Borgia. Il charge alors Damiata, l’ex compagne de Juan, d’élucider ce mystère. À Imola, Damiata apprend que le cadavre de l’inconnue, atrocement mutilé, a été confié à l’ingénieur général auprès de César Borgia, un certain Léonard de Vinci, passionné d’anatomie et précurseur de la médecine légale. Alors qu’elle vient de faire la connaissance d’un diplomate florentin, Nicholas Machiavel, en mission secrète auprès du Prince, une seconde femme est retrouvée assassinée dans des conditions tout aussi atroces. Damiata, aidée de Leonard de Vinci, l’éminent scientifique, et de Machiavel, le fin connaisseur de l’âme humaine, se mettent alors sur la piste d’un tueur, dont l’intelligence et l’érudition n’ont d’égale que la perversité. Bien vite, il apparaît en effet que celui-ci agit selon un schéma bien précis, en forme d’énigme, comme un défi lancé aux plus grandes intelligences de son temps. Œuvre monumentale, qui a demandé à son auteur plus de dix ans de travail, 1502 fourmille de détails sur la vie de Léonard De Vinci, dévoile l’histoire secrète qui a inspiré à Machiavel son chef d’œuvre, Le Prince, et recrée avec un rare bonheur ce moment de l’histoire de l’humanité où l’esprit de l’homme – et sa dimension criminelle – est entré dans l’époque moderne. Il ravira autant les amateurs d’Histoire que de suspense.« 
J’ai commencé ce roman il y a près de deux mois, et ai achevé sa deuxième moitié cette après-midi ! Eh oui, je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu énormément de mal à avancer dessus, tout en ne lui trouvant aucun défaut (ou très peu). Il faut croire que je n’avais tout simplement pas très envie de lire ce style de livre. Quoi qu’il en soit, je ressors de ma lecture enchantée, et encore un peu perdue dans les méandres politiques et la richesse intellectuelle de cette Italie post-Quattrocento.
Loin d’être un thriller historique, c’est plutôt un « simple » roman policier. Oui, il se passe des choses horribles et les héros sont en danger, mais le rythme reste assez lent et entrecoupé de moments qui sont soit politiques, soit romanesques, soit historiques… C’est super intéressant mais ça n’a rien à voir avec Grangé, Maxime Chattham ou même Dan Brown. Il n’y a pas quantité de péripéties, chacune se passe assez vite et n’apporte pas forcément de dévoilement de l’énigme sur l’instant, et les mystères mêmes sont en assez petit nombre. Le côté historique prime largement, les personnages ont peu de moyens d’enquêter, et donc galèrent pas mal ! 😉
En fait le livre est très riche et touche à beaucoup de domaines, et j’ai véritablement senti les recherches effectuées par l’auteur. D’ailleurs je pense que le foisonnement de références et d’informations peut être vu comme une gêne autant que comme un plaisir : par exemple, l’auteur émaille son texte de mots italiens (en italique, hihi) : vecchia, designo (deux significations, il joue beaucoup avec d’ailleurs ! 😉 ), mappa, palazzo, ainsi que beaucoup d’autres. J’ai fait du latin et un peu d’italien, donc je reconnaissais la plupart des mots, qui sont de toutes façons explicités la première fois qu’ils apparaissent, dans leur majorité. Cependant j’imagine que ça peut perdre certains lecteurs – j’ai une expérience semblable assez mauvaise d’une trilogie de Arthuro Perez-Reverte : je ne conseille pas du tout ces livres à quelqu’un comme moi qui ne connaît rien de l’Espagne et s’en fiche assez royalement ! 1502 est aussi rempli de références intellectuelles et littéraires : le Prince, ainsi que les autres écrits de Machiavel, que je suis super contente d’avoir lu puisque ça m’a permis de relier plein de choses et de me remémorer la plume de cet auteur ; la Divine Comédie dont la lecture ardue a enfin pu également me servir à quelque chose 🙂 ; et tout un tas d’autres références à la mythologie latine, la culture romaine, les mœurs italiennes de la Renaissance, les Borgia, le fait que l’Italie n’était pas unifiée à l’époque mais constituée de différents Etats dépendant de villes (Venise, Florence…), les auteurs antiques classiques tant grecs que latins, les inventions de Leonardo da Vinci, les prémices de la médecine et de la psychologie/psychiatrie… Bien sûr je n’ai pas toutes ces références, et j’ai très bien suivi la plupart des propos de l’auteur (sauf, comme toujours, certains rouages politiques) – mais je pense que quelqu’un qui n’en connaîtrait aucune pourrait se retrouver perdu assez vite.
De même la langue est très riche, et bien que je n’ai pas eu de réelle difficulté à lire le livre je ne le qualifierais pas de lecture facile même au visu du style. J’ai d’ailleurs relevé quelques mots que j’aimerais rechercher dans le dictionnaire.
Je me suis très vite attachée aux personnages, qui ne sont en fait pas si nombreux. Simplement je me suis beaucoup perdue dans les liens politiques et familiaux, me référant souvent à l‘index des personnages sagement prévu par l’auteur au début du livre ! Bien sûr Damiata et Niccolò (Machiavelli, tous les personnages ont tendance à être appelés par leur prénom) ont ma préférence – j’ai juste eu un instant d’hésitation quand Machiavel est passé en tant que narrateur via la plume d’Ennis, vers le milieu du roman – et finalement je m’y suis faite et je l’ai même trouvé plutôt convaincant. J’ai également remarqué et apprécié les citations de l’historien données au début de chaque chapitre – pour moi Ennis lui a rendu dans cet ouvrage un très bel hommage, et je ne doute pas que certains lecteurs vont se tourner vers ses écrits ! J’ai eu nettement moins d’atomes crochus avec Leonardo (da Vinci), qui m’a paru plus proche du savant fou qu’autre chose, et carrément moins humain, tout simplement. On voit venir la romance de trèèèès loin, mais je l’ai trouvé bien intégrée à l’histoire, jolie, et n’empiétant pas trop sur le reste, en un schéma somme toute très classique.
A la fin de l’ouvrage l’auteur donne des précisions sur les faits réels dont il s’est inspiré, et la fiction qu’il y a ajouté. J’apprécie toujours le geste, je trouve que ça donne plus de valeur au livre. 🙂

Dodger

De Terry Pratchett. 2012. Aventure historico-humoristique. Très bonne lecture.
Titre français : Roublard
dodgerterrypratchettRésumé : « Dodger is a tosher – a sewer scavenger living in the squalor of dickensian London.
Everyone who is nobody knows Dodger. Anyone who is anybody doesn’t.
He used to know his future; it involved a lot of brick-lined tunnels and plenty of filth. But when he rescues a young girl from a beating things start to get really messy.
Now everyone who is anyone wants to get their hands on Dodger.« 
Pas de possibilité de classement en « fantasy » cette fois-ci : nous sommes dans le Londres victorien, qui, bien qu’il m’ait fait penser à Ankh-Morpork par bien des aspects, a aussi une réalité indéniable, bien que les personnages ne soient pas tous historiques !

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Mademoiselle Scaramouche

De Jean-Michel Payet. 2010. Roman d’aventures jeunesse. Bonne lecture, sans plus.
scaramoucheRésumé : « Lorsqu’elle assiste à la mort de son père, tué en duel, Zinia Rousselières est loin d’imaginer qu’elle est à l’aube d’un singulier tour du destin. Dans le caveau familial repose en effet déjà un cercueil, le sien, ou plutôt celui de celle qu’elle croyait être… En un instant, le monde de la jeune fille vole en éclats, et elle n’aura désormais de cesse de découvrir sa véritable identité. Des bas-fonds de la capitale au faste de Versailles, de la cour des Miracles au Trianon de porcelaine, Jean-Michel Payet nous propulse dans une aventure rocambolesque, où Zinia, afin de percer le mystère qui entoure sa naissance, devra porter un temps le masque de Mademoiselle Scaramouche !« 
L’histoire commence, et se poursuit dans sa majeure partie, comme un roman de cape et d’épée dans le Paris du XVIIe siècle. Cependant l’auteur a choisi d’y inclure un peu d’ésotérisme, et même de magie, ce que j’ai trouvé superflu. L’héroïne part au départ à la recherche de ses racines, quête classique mais souvent efficace, et dans l’intervalle elle se retrouve à enquêter sur un complot politique qu’on voit venir de très très loin. Autrement dit c’est un roman jeunesse assez commun à ce niveau, mais ça fait déjà deux axes narratifs entrecroisés, qui amènent beaucoup de personnages et une multitude d’occasions de péripéties diverses – c’est normal, sinon ce n’est pas très intéressant ! Je n’ai donc pas compris du tout l’utilité d’insérer un élément magique à l’intérieur de l’histoire, qui après tout fait moins de 400 pages et s’inquiète aussi des déboires psychologiques de l’adolescence ! L’objet magique en question aurait pu être de nature plus commune, on n’aurait perdu que quelques pages et gagné beaucoup en cohérence, puisque c’est la seule chose qui semble ne pas coller à l’environnement qui se veut réaliste (je n’ai pas vérifié et je ne suis pas une bête en Histoire, mais ce que j’ai lu sur les conditions sociales, les grands personnages et l’état général du pays à l’époque du roman me parait digne de la réalité).
La deuxième chose qui ne m’aurait pas manqué, c’est ce personnage qui ne s’exprime qu’en alexandrins. Encore une fois, si l’héroïne avait eu 6 ou même 12 ans j’aurais pu l’accepter, y trouvant un charme enfantin, mais là ça ne me semble pas justifié du tout avec les thèmes abordés (trahison, meurtres, kidnapping, intrigues politiques…) ni le cadre réaliste, ni le ton plutôt sombre de l’histoire. Si c’était un moyen d’alléger l’atmosphère, ça n’aura réussi qu’à m’agacer.
Cependant je n’ai pas trouvé cette lecture ennuyeuse, ni même agaçante dans son ensemble. Malgré quelques incohérences, revirements de caractère des personnages, et nombreux stéréotypes, ça reste un roman d’aventures jeunesse distrayant, avec une héroïne qui m’a dans l’ensemble plu, un assortiment de personnages secondaires rigolos à défaut d’être tous crédibles ou profondément construits, et des enchaînements d’action pas trop mal fichus.
Je pense que les détails malencontreux m’auraient moins sauté aux yeux si j’avais été plus jeune, ou si j’avais lu moins de livres de ce genre.
A lire sans trop d’attentes, pour se distraire.
Autre chronique sur le même ouvrage : Des livres, des livres (Bianca)

Les Perles

Collectif. 2012. Humour. Bonne lecture.
lesperlesRésumé : « 100 Histoires culte, parce que les blagues, le mieux c’est quand elles sont drôles, non ? Plus de 100 éclats de rire garantis grâce à ces authentiques et désopilantes perles de l’administration, de la politique, de l’éducation, etc ! Des blagues mordantes et drôles, à partager en famille ou entre amis, avec vos collègues ou simplement pour vous détendre ! Attention : fous rires garantis ! »
Un petit livre de 64 pages recensant des perles de tout et rien, présentées en petites bulles et encarts colorés. Une bonne lecture détente ! Je n’ai pas hurlé de rire, mais c’était sympathique, léger et pas trop long.

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L’Héritière du Temps

De Ludovic Rosmorduc. Jeunesse historico-fantasy. Pas si mauvais finalement, mais a manqué le « Raté » de peu.
héritiereRésumé : « La fête du solstice d’été amène chaque année à Sétiladom son lot de marchands ambulants et de curiosités. Il semble que cette saison ne fera pas exception car d’inquiétants phénomènes commencent à se produire au sein de la ville : à une grossesse contre nature succède en effet l’arrivée tonitruante d’une émissaire du Diable. Ces événements suffiront à convaincre la Sainte Inquisition d’intervenir. Et si le Grand Inquisiteur est assuré du bien-fondé de sa cause, il se pourrait qu’il soit également mu par des motivations plus sombres. Héritiers de l’histoire de la Cité Ocre, mais surtout de la sagesse du vieil érudit Ambroise de Liemmos, l’alchimiste Yorel, le guerrier Dungal et leur protégée de toujours, Sixéla, vont tout mettre en oeuvre pour découvrir ce qui se cache derrière ces manifestations démoniaques.« 
Je ne suis pas à la page 100 que j’ai déjà un souci, de taille. Bon, techniquement c’est un détail, mais partant du principe qu’un livre se doit d’être cohérent, cohésif, et tout ce que vous voulez, je suis étonnée, surprise, ébahie voire carrément agacée quand je tombe sur des éléments ne collant pas du tout entre eux, jouant sur deux types de public différents, ou que sais-je encore.
D’après ce que je vois, l’auteur veut instaurer du suspense, une atmosphère sombre, oppressante, inquiétante. Malheureusement il s’est sabordé lui-même, dès les toutes premières pages, du moins en ce qui me concerne.
En effet – dommage pour ce monsieur – je suis grande amatrice de mots mêlés, et ma vitesse de lecture est suffisamment rapide pour que je lise parfois des choses sans avoir le temps de détourner les yeux. Je décerne donc le premier prix de « Manque d’inspiration additionné de manque de sens » concernant les noms propres suivants, qui me pourrissent ma lecture depuis le début, au point que j’en suis à les lire « correctement » depuis quelques pages : la ville de Sétiladom, la forêt d’Ertenef, le seigneur de Liemmos, l’héroïne Siléxa (qui serait « passée » sans aucun souci si elle était la seule dans ce cas, mais qui du coup me fait sans arrêt de l’œil), et Yorel, par conséquent, alors qu’en temps ordinaire ce nom ne m’aurait jamais choqué, dont j’espère très très fort qu’il n’ait pas un pote qui s’appelle Nilrem (vous voyez où j’en suis !…) Le personnage nommé Cudromsor aurait également pu être sujet à humour, aurait pu être exploité je ne sais comment – mais non, il se contente de faire une apparition qui ne sert à rien mis à part de me faire sortir une fois de plus de l’histoire et aller me cogner la tête contre le mur le plus proche.
Arrivée à la moitié du livre, les personnages ont quitté la région initiale, me soulageant quelque peu de bagages linguistiques handicapants ! Finalement j’entre dans l’histoire, qui ne casse pas des briques question originalité mais pose des intrigues politiques et religieuses pas si mal explicitées et décrites (avec un poil, mais juste un poil, de magie).
Dommage pour un auteur qui a un potentiel lexical et syntaxique tout à fait honorable, voire très bon. Je suis allée chercher deux ou trois termes dans le dictionnaire, et les descriptions sont particulièrement concrètes et complètes.
Je finis donc ce livre avec un peu moins de frustration qu’à la page 106, mais il ne restera pas dans ma mémoire.