Je suis à l’Est !

De Josef Schovanec. Pocket, 2013. Témoignage. Très bonne lecture. [281 p.]

jesuisalestRésumé : « Josef Schovanec n’est pas fou. Ni luxembourgeois, tchèque ou plutonien. Il n’est pas non plus un génie. Il est autiste. Diplômé de Sciences-Po, docteur en philosophie, Josef maîtrise une dizaine de langues, mais n’a pas parlé pendant plusieurs années. À huit ans, il était capable de présenter un exposé d’astronomie mais restait presque inapte au discours social. Est-ce son intelligence, la vivacité de son esprit, son sens de l’humour ? Josef est spécial… comme tout un chacun. Un témoignage salutaire qui contribue à changer notre regard sur l’autisme.« 

J’ai piqué ce livre à un membre de ma famille concerné par l’autisme, à qui je l’avais offert il y a quelques années – je l’ai lu, corné de partout pour repérer des passages, et je lui ai racheté un exemplaire neuf pour me garder celui-ci dans ma bibliothèque parce qu’il m’a fasciné et que je compte le relire un jour, et/ou le prêter.

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L’Homme bicentenaire

De Isaac Asimov. Denoël, 1978. Nouvelles de SF. Très bonne lecture. [284 p.]

Collection : Présence du futur

Titre original : The Bicentennial Man and other stories, 1976 ; trad. de l’américain par Marie Renault

lhomme-bicentenaireRésumé : « Qu’Isaac Asimov soit lui-même bicentenaire, comme Andrew le robot, héros de la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, c’est ce que l’énormité de sa production pourrait laisser à penser. Il s’en défend dans un poème, La Fleur de la jeunesse, où l’on découvrira aussi que M. Asimov est un individu et non un trust. Qu’il ait l’âge de ses artères, et que dans celles-ci le sang circule avec autant de fluidité que les impulsions électriques dans les circuits de son ordinateur Multivac, c’est ce que prouvent ces onze nouvelles, datant toutes des dix dernières années. Une invention inépuisable servie par un métier de vieux routier dont l’humour et les pirouettes ne cesseront jamais d’étonner.« 

J’ai lu ce livre en fin d’été dernier, j’avoue que je ne me souviens plus bien de toutes les nouvelles et que je suis bien contente d’avoir pris des notes à un moment où j’avais plus envie – besoin – de lire que d’écrire ! Cependant en relisant mes griffonnages je me rappelle de mon appréciation générale agréable du livre et de mon envie de lire plus d’Asimov à l’occasion, que ce soit pour ses idées originales, son talent de conteur (car s’il n’a pas un style littéraire incroyable je lui trouve une efficacité narrative assez terrible), et son indéfectible humour qui borde parfois un aussi profond sérieux ou des réflexions qui n’ont rien d’anodin.

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Le Roi des elfes

De Philip K. Dick. Folio SF, 2010. Nouvelles, imaginaire. Très bonne lecture. [315 p.]

Titres originaux : The Builder, 1953 ; The King of Elves, 1953 ; The Cookie Lady, 1953 ; The Golden Man, 1954 ; If There Were No Benny Cemoli, 1963 ; Waterspider, 1964 ; The War With the Fnools, 1964 ; The Exit Door Leads In, 1979 ; Chains of Air, Web of Aether, 1980.

roideselfesRésumé : « Rien n’avait préparé Shadrach Jones à voir arriver le roi des elfes et sa suite au grand complet dans sa station-service. Et pourtant, aussi incroyable que cela paraisse, il est bien là, devant lui, et plutôt mal en point. / Les derniers mutants qui menacent encore la Terre sont traqués à mort. Mais Cris Johnson, cet homme intégralement doré et à la beauté divine, peut-il être un monstre? / Ernest Elwood est plutôt rêveur, ces derniers temps. Rien d’autre ne semble l’intéresser que la construction de son bateau, comme s’il était manipulé. En neuf nouvelles, Philip K. Dick montre une fois de plus toute l’étendue de son talent, qu’il aborde la science-fiction, le fantastique et même, sans doute pour la seule fois, la fantasy.« 

J’avais au départ acheté ce recueil pour mon compagnon (anniversaire), mais le format nouvelles ne l’avait pas plus branché que ça. De mon côté je comptais bien le lire un jour, autant parce que K. Dick reste une référence en matière de SF, et ce livre-ci en particulier, comme les Chroniques martiennes de Bradbury auxquelles il m’a fortement fait penser, bien que les deux auteurs n’aient pas le même style, que parce que le résumé et la couverture m’intriguaient fortement… Le CRAAA était une bonne occasion de sortir ce petit poche argenté de ma bibliothèque et me laisser enchanter par les petites mais savoureuses histoires de cet écrivain à la créativité florissante.

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Tu seras un Homme, mon fils [Poésie]

cormoran (7)Aujourd’hui on m’a remis en tête une poésie que j’ai relue plusieurs fois et en partie apprise à force car elle était affichée sur le mur en face de l’entrée du CDI lorsque j’étais au Collège (et que je passais la plupart des récrés là-haut).
Je « ne suis pas très poésie », mais celle-ci m’a laissé une forte impression dès ma première lecture. Ce n’est pas impossible que j’en partage quelques autres ici de temps en temps, si ça ne vous dérange pas. 🙂
 —
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

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L’Apothicaire

De Henri Lœvenbruck. 2011. Roman d’aventures historico-ésotérique. Excellente lecture. [600 p.]
apothicaireRésumé : « « Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… »
Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée… Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir jusqu’au mont Sinaï. Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Age et les tréfonds de l’âme humaine.« 
Ce livre m’a très fortement fait penser à l’Alchimiste de Coelho, même si cette lecture remonte à plus de 10 ans, et que les deux ouvrages restent très différents par bien des aspects ! Pourtant j’y ai retrouvé un profond humanisme, des questionnements et réflexions sur le sacré de manière générale, le sens de la vie, le respect de soi-même et des autres. C’est d’ailleurs vaguement prématuré car le roman se situe en 1300 et des bananes, autrement dit bien avant le courant humaniste et la Renaissance ; mais j’imagine sans peine que, quelque soit l’époque, il y eut toujours des personnes en désaccord avec le mode de pensée du présent, alors pourquoi pas ?

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Manuel

D’après Épictète, écrit par Flavius Arrien. 1er siècle après J.-C. Philosophie. Très bonne lecture.
marc1Un vieux copain de la Terminale.
Encore un ouvrage qui mériterait d’être placé entre toutes les mains, non pour que tous acceptent sans faillir tous ses principes à la lettre, car mon avis est que toute philosophie est intéressante à lire, qu’on soit en accord ou en désaccord avec ce qu’elle propose, sans rien avoir à faire avec une quelconque adhésion – mais simplement parce qu’il n’est ni difficile à comprendre, ni bien long (20 pages !) D’où sa fréquente existence en compagnie d’autres œuvres, comme ici.
Je sais que j’ai déjà dit la même chose pour Épicure, mais ce texte-ci pourrait aussi être proposé en introduction à la philosophie, en lecture découverte, au moins concernant les premiers principes (l’ensemble est tout de même un peu plus ardu, et moins reliable à nos modes de vie, que la Lettre à Ménécée, je trouve). En relisant cette œuvre, j’ai retrouvé des conseils et valeurs éminemment stoïciens, que personnellement j’ai un peu (beaucoup) de mal à accepter même comme méritant réflexion, particulièrement vers la fin du Manuel. Autrement il se présente, tout comme les Pensées de Marc-Aurèle, en liste de petits paragraphes, facile à segmenter tout autant qu’à lire d’une traite. De plus, la plupart du texte s’attache au quotidien, à la vie et aux personnes « normales » – on sent que  déjà à l’époque il s’agissait de rendre l’ouvrage accessible au plus grand nombre.
Oui, c’est bien ça : il est en même temps facile à lire, tout en proposant/affirmant certaines choses qui vont certainement faire tiquer la majorité d’entre nous ! Mais dans l’ensemble ça vaut vraiment le coup d’être lu, au moins tout autant que certains ouvrages de « bien-être » vendus à des milliers d’exemplaires de nos jours, qu’on les lise pour le plaisir ou pour trouver… une nouvelle philosophie de vie ;).

 

Quelques extraits :
« A propos de tout objet d’agrément, d’utilité ou d’affection, n’oublie pas de te dire en toi-même ce qu’il est, à commencer par les moins considérables. Si tu aimes une marmite, dis : « C’est une marmite que j’aime ; » alors, quand elle se cassera, tu n’en seras pas troublé : quand tu embrasses ton enfant ou ta femme, dis-toi que c’est un être humain que tu embrasses ; et alors sa mort ne te troublera pas. »
« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, ce sont les jugements qu’ils portent sur les choses. Ainsi la mort n’a rien de redoutable, autrement elle aurait paru telle à Socrate ; mais le jugement que la mort est redoutable, c’est là ce qui est redoutable. Ainsi donc quand nous sommes contrariés, troublés ou peinés, n’en accusons jamais d’autres que nous-mêmes, c’est-à-dire nos propres jugements.(…) »
« Ne t’enorgueillis d’aucun avantage qui soit à autrui. Si un cheval disait avec orgueil : « Je suis beau, » ce serait supportable ; mais toi, quand tu dis avec orgueil : « J’ai un beau cheval, » apprends que tu t’enorgueillis d’un avantage qui appartient au cheval. Qu’est-ce qui est donc à toi ? L’usage de tes idées. Quand tu en uses conformément à la nature, alors enorgueillis-toi ; car tu t’enorgueilliras d’un avantage qui est à toi. »

Pensées pour moi-même

De Marc-Aurèle. Flammarion, 1999. Philosophie. Excellente lecture. [222 p.]
marc1Résumé : « « On sent en soi-même un plaisir secret lorsqu’on parle de cet empereur ; on ne peut pas lire sa vie sans une espèce d’attendrissement ; tel est l’effet qu’elle produit qu’on a meilleure opinion de soi-même parce qu’on a meilleure opinion des hommes. » – Montesquieu.« 
Je découvre ici un petit bijou philosophique, dont on je n’avais jamais entendu parler, et pourtant ! Je suis tout à fait d’accord avec Montesquieu. 🙂
La première chose qui m’a frappée c’est la facilité avec laquelle ce recueil de pensées se lit. La traduction y est peut-être pour quelque chose, mais on sent tout de même une pensée très nette, claire, posée et concise. Il s’agit principalement de petites maximes, de conseils, de réflexions souvent toutes bêtes sur la vie. Il parle d’Épicure, et en effet j’ai retrouvé ici un peu de la philosophie des Anciens, que ce soit Aristote, Platon, Socrate ou Épicure (de ce que je connais, de mon impression, de ce que j’en ai retenu – j’espère ne pas faire bondir de philosophe aguerri par cette comparaison ^^). Je pense spécifiquement à ces auteurs à cause de leur pragmatisme, de leur idéalisme dans certains cas, et de leur modération et positivisme toujours.

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Le Prince et autres textes

De Nicolas Machiavel (Niccolò Machiavelli). Folio, 1980. Essai politico-historique. Très bonne lecture.
Titre original : De principatibus (des principautés), 1532* ; traduit par Il Principe, « le Prince », lors de la première traduction italienne.
* achevé circa 1513
princeRésumé : Ce livre est dédié à Laurent de Médicis (sur la couverture), dont l’auteur a été le conseiller. Machiavel se pose en homme de son temps, non seulement passionné mais impliqué dans la politique de son époque, ses grands, son peuple, sa nation. Ce livre n’est donc pas tant philosophique que politique et social : comment fonctionne le pouvoir qu’un grand, un « prince » pour reprendre le terme qu’il affectionne (et qui correspond peut-être bien à une réalité du XVIe), a sur son peuple, et comment le peuple le lui rend, ou pas, et pourquoi ? Quelles relations entretenir avec les autres princes, plus ou moins puissants ? Quelles qualités doit avoir un prince ? Est-ce que la morale doit vraiment être laissée de côté ?
Contrairement à ce qu’on peut penser, Machiavel n’a rien de machiavélique. Cependant il a eu de nombreux détracteurs qui lui reprochaient sa froideur apparente, sa logique parfois implacable, et son ouvrage qui somme toute explique clairement des choses que certaines personnes auraient préféré ne pas voir publiques, au moins en son temps et aussi un peu après. Lire un tel ouvrage en 2013 en ayant eu un minimum d’éducation scolaire n’a cependant rien de choquant.
J’ai apprécié avoir une préface pour définir le cadre historique et politique, savoir un peu qui était l’auteur, etc., même si l’auteur de la préface paraissait aller un peu trop loin dans l’analyse du livre et des ambitions et points de vue « réels » de Machiavel. Toutefois d’après ce que je lis un peu partout la polémique n’est pas finie, mon impression sur le livre pourrait donc bien être justifiée tout autant que la sienne. En tous cas je suis assez contente d’avoir enfin lu ce livre, que j’ai dans ma PàL mentale depuis 2004, lorsque notre prof de philosophie nous en a fait lire un extrait et que je suis tombée sous le charme de son style [insérer une blague italienne ici] !
Le côté pas si bon que ça c’est que la politique c’est pas mon rayon, et je me suis pas mal ennuyée à cause de ces histoires de princes et de guerres et de dates et de batailles et de noms de familles, de dynasties… Je suis déjà perdue juste en France au XVI, alors une telle initiation à l’histoire de l’Italie, où c’était tout autant le bazar à ce moment, ça m’a un peu ralentie dans ma lecture – jusqu’au moment où j’ai décidé de zapper les exemples qu’il donnait quand vraiment je ne voyais pas de quoi il parlait – car son essai est suffisamment bien structuré pour ce faire : chapitres, titres explicatifs, thèses accompagnées d’exemples, antithèses par moments, etc.
Son style est très clair et très fluide, on sent qu’il s’adresse à un auditoire auquel il tente d’expliquer quelque chose ; il ne donne pas l’impression de quelqu’un qui aime s’entendre parler. De plus, son ton est très posé, assez pédagogique, ce qui rend la lecture très agréable. Je le comparerais assez à Aristote ou Épicure, auquel il me fait penser par bien des côtés (le plus notable étant que Machiavel n’a jamais conseillé de faire brûler les gens tous vifs pour le plaisir et d’être un tyran parce que ça en jette ; pas plus qu’Épicure n’a conseillé de s’adonner aux pires vices et abus parce que c’est cool et qu’il faut profiter de la vie). Sa présentation très modérée et pragmatique des choses, très « Il faut tenir le peuple par la crainte car c’est sécurisant et efficace… mais bon c’est aussi bien de se faire aimer un minimum » m’a fait sourire à plusieurs reprises. Il arrive même à incorporer volontairement une pointe d’humour dans certains passages, quelque chose d’assez subtil. Il m’a donné l’impression de quelqu’un de cultivé et de posé, et aussi d’assez diplomate. S’il était encore en vie j’aurais certainement été voir s’il avait un compte sur un réseau social cherché à le rencontrer par curiosité.
Le reste du livre est composé d’une étude sur des écrits de Tite-Live, que j’ai passé sans le lire car définitivement basé sur la stratégie, la politique – comme le Prince, mais en moins connu et axé sur la politique romaine antique et non pas de la Renaissance. Vient ensuite un recueil de lettres dites « familières », que j’ai lues en grande partie ; certaines sont une fois de plus adressées à des magistrats et traitent de « choses publiques »** (ce « jeu de mot » était présent plusieurs fois dans le livre), mais souvent il écrit aussi à propos de choses futiles, de sa famille, d’un bon moment qu’il a passé, des amours mouvementées d’un magistrat avec lequel il correspond… Bref des petits textes assez plaisants à lire et qui me confortent dans l’idée que décidément cet homme ne méritait pas la réputation d’insensibilité qu’on lui a fait !
Je conseille cet auteur à ceux que l’histoire et la politique intéressent, et cet ouvrage aussi à ceux qui ont envie de lire le livre comme moi, par curiosité, car il est assez court (100 pages) et se lit somme toute très bien.
Texte intégral en ligne : http://classiques.uqac.ca//classiques/machiavel_nicolas/le_prince/le_prince.html (d’autres liens existent si jamais celui-ci ne vous convient pas, ou meurt prématurément 🙂 Mais d’après ce que j’ai vu la traduction est plutôt sympa et la mise en page très agréable)
** en latin « choses publiques » se dit res publica – d’où république.

Le Philosophe ignorant

Par Voltaire. 1766, édition de 2008. Essai philosophique. Excellente lecture.
philosopheRésumé : « Voltaire est âgé de 72 ans en 1766 lorsque paraît Le Philosophe ignorant, malicieuse invitation à un voyage autour du monde de la philosophie. Raillant Descartes, Spinoza et Leibniz – la volonté n’est pas plus libre qu’elle n’est bleue ou carrée, oppose-t-il au premier -, louant les analyses de Pierre Bayle et de John Locke, Voltaire critique avant tout l’esprit de système des philosophes, que guettent les travers de son Pangloss. Contrairement à eux, le philosophe ignorant qu’est Voltaire ne dissimule pas ses contradictions : oui, on peut être à la fois déiste et profondément sceptique ; oui, on peut soutenir que les principes de la morale, comme toutes les idées, s’acquièrent par les sens, et néanmoins affirmer qu’il existe une morale universelle et naturelle fondée en Dieu. Car le philosophe ignorant ne cesse de rechercher la vérité. Tel est l’autoportrait que nous livre ici Voltaire. »
Qu’on aime ou pas Voltaire, il reste un philosophe plutôt accessible à tous : un vocabulaire assez simple, des phrases claires, et malgré quelques contradictions (plein en fait) un fil de pensée assez facile à suivre. Ce texte est à la fois court (100 pages), en forme de liste, et essaye de définir entre autres choses ce qu’est un philosophe et qui est Voltaire. C’est non seulement intéressant mais en plus, de mon point de vue, un ouvrage que je recommanderais à ceux qui ne sont pas (ou peu) habitués à lire de la philosophie, dont certains textes sont, il faut le dire, carrément abscons.
J’ai énormément apprécié la manière dont se place Voltaire dans la société de l’époque. Il écrit sur des choses et des gens (auteurs) qui lui sont contemporains, et aussi d’autres qu’il a lu car c’était des « best-sellers philosophiques » à l’époque (Locke, Hobbes, Descartes…), et il critique les uns et les autres en expliquant en quoi il est d’accord avec les uns mais pas du tout avec les autres, et aussi comment il a changé d’avis sur certains sujets et points philosophiques. C’est quelqu’un de très critique mais aussi de très direct, qui aime même ponctuer son discours de traits d’humour, ce qui rend la lecture dynamique et absolument pas ennuyeuse. Ce trait est accentué par la liste dont je parlais plus haut, qui concerne beaucoup de sujets qui se suivent, et donc changent au fil des pages, une raison de plus pour ne pas se lasser !
Le petit plus : la préface de Véronique Le Ru, qui m’a paru bonne et intéressante de mon point de vue curieux mais pas spécialiste, et le glossaire + dossier à la fin, qui amènent quelque 30 pages d’informations complémentaires permettant de resituer certaines choses, et de se faire une idée de certains textes dont Voltaire parle dans l’ouvrage.
Un excellent livre très abordable, dans le ton de beaucoup d’ouvrages poche de Gallimard (oui, je sais, les petites éditions, gnagnagna, mais bon, il faut reconnaître que les grands éditeurs ont parfois aussi du bon 😉 )

Comment choisir son philosophe

D’Oreste Saint-Drôme*. 2000.Essai humoristique. Très bonne lecture.
Étude humoristique sous-titrée : « Guide de première urgence à l’usage des angoissés métaphysiques »
*pseudonyme d’Ali Magoudi.
choisirUne vraie lecture plaisir. Ou plutôt, une fausse lecture plaisir, car cet ouvrage est en fait une petite mine d’or – accommodée sauce grand public – en ce qui concerne la philosophie (occidentale), ses grands courants, ses théoriciens et ses innombrables anecdotes (qui, c’est bien connu, font l’Histoire de toute chose). Fluide, énergique, la plume d’Oreste Saint-Drôme* nous balade au gré des idées, concepts et contre-idées, au fil des siècles. Loin de simplement parodier ou stéréotyper la philosophie et les philosophes, le livre nous en dresse en plus une galerie de portraits en pied, costumés peut-être, mais détaillés et vivants. Vous reconnaissez-vous plutôt en Blaise, en Karl, en Fritz ? Personnellement je vais éviter Arthur, son profil ne m’attire pas 😉choisir4
*psychanalyste**, « avec le renfort de Frédéric Pagès », philosophe
** mon prof de philo nous a conseillé de nous méfier des psychanalystes