Ceux qui osent

De Pierre Bordage. Uchronie (S-F) jeunesse. Très bonne lecture.
T.3 de la série. Autres titres : Ceux qui rêvent, Ceux qui sauront.
ceuxquiRésumé : « J’ai envie de pleurer sur cette humanité qui refuse d’être humaine, pleurer sur ces malheureux prêts à défier tous les dangers, toutes les souffrances pour goûter quelques miettes de bonheur. Pleurer sur les fous qui refusent de partager les richesses, les terres et le savoir. Ni les possessions ni le pouvoir ne rendent heureux.
La guerre fait rage entre les royaumes coalisés des Amériques et l’Arcanecout, dernière terre libre pour Jean et Clara. Jean est parti sur le front et se bat auprès des troupes alliées, avec son ami indien Elan-Gris.
Il a laissé Clara seule, dans les hauteurs de San Francisco. La ville est délabrée, la population meurt de faim. Mais la jeune femme se bat avec ses compagnes d’infortune pour survivre.
Jean et Clara connaîtront-ils un jour le bonheur d’être ensemble ?« 
      Le très gros plus de ce livre (et des deux autres tomes parus avant) c’est sa fluidité, que ce soit dans son style ou dans ses péripéties. Je ne me suis pas ennuyée du tout dans toute la série, on passe les chapitres les uns après les autres sans s’en rendre compte et c’est vraiment très agréable.
J’aime beaucoup les personnages, même si ils ont certains côtés parfois un peu trop vertueux ou stéréotypés, mais ça va quand même. Je trouve qu’à eux seuls ils font presque toute la force de cette série : les décisions qu’ils prennent, comment ils les prennent, leur manière de faire face aux difficultés de ce monde en crise majeure. Clara a des tendances lyriques, surtout dans ses lettres à Jean (voire début du résumé), mais heureusement à côté elle est décrite comme débrouillarde, courageuse, et plutôt futée. Les personnages secondaires sont dans l’ensemble un peu plus complexes, avec des particularités physiques ou psychologiques, c’est plutôt bien pensé. L’environnement, le cadre de l’histoire (politique, économique, sociale) est suffisamment décrit et explicité pour qu’on s’y retrouve, et que l’univers de Bordage ait de la matière, mais pas trop non plus, et à intervalles suffisants pour qu’on puisse aussi profiter des aventures des héros sans se retrouver enseveli sous une tonne d’information.
Un vrai bon livre de S-F, certes en apparence plus simple que d’autres auteurs car s’adressant à un public jeune, mais qui aborde pourtant des thèmes et questions plutôt graves (la liberté, les systèmes politiques, la parité homme/femme, les gouvernements, l’embargo…), sur plusieurs centaines de pages (en comptant les autres tomes, qui ne constituent ensemble qu’une seule histoire), avec un ton juste.

L’Étang aux libellules

D’Eva Ibbotson. 2011. Roman jeunesse / historique. Excellente lecture.
Titre original : The Dragonfly Pool, 2010
etangRésumé : « L’étang aux libellules était hors du temps, à l’abri de la guerre : protégé, intime, magnifique… Le roi de Berganie vient d’être assassiné pour s’être opposé à Hitler. Un groupe d’enfants va venir en aide au jeune prince héritier désormais menacé. A leur tête, une fougueuse jeune fille, Tally, éprise de liberté et « résistante » sans le savoir. »
Je me souviens avoir adoré l’Etoile de Kazan, du même auteur. Je retrouve en elle un peu de Morpurgo, un peu de Carlos Ruis Zafon (avec les accents en plus :p), un peu de Mourlevat : cette douceur empreinte de tristesse, ces récits en même temps neutres et terriblement poignants, qui mettent en scène des enfants avec des interrogations d’adultes, tellement moins naïvement que ce qu’on préconçoit parfois de la littérature jeunesse ! Pas d’adolescents trop typiques en mal d’être ici (ou peu), ni d’échappées lyrico-dramatiques, mais, beaucoup plus près de nous, beaucoup plus justement aussi à mon sens, de vraies angoisses, des questionnements : qu’est-ce que la liberté ? Peut-on vivre libre ? Comment se battre au nom de principes justes ?
Les personnages sont tous très intéressants et attachants, avec leur personnalité et leurs problèmes, parfois aussi leurs secrets, mais toujours dans cette harmonie terriblement réaliste, même si la Berganie n’existe peut-être pas. L’intrigue se déroule sans accroc, avec pauses justement dosées et cohérence.
Un livre comme je les aime, qui me donne envie de lire plus, de rencontrer plus de gens, de continuer à me questionner, et de vivre ma vie.
Le: Dans ce livre, on trouve plein d’otaries. Des otaries dans une rivière d’Angleterre, dans un étang en Berganie… Je pense que c’est simplement le mot « otter » qui a été mal traduit. Otter, otarie… ça sonne pareil, non ? Mais bon, « otter » ça veut dire « loutre », et tout de suite ça fait moins exotique, mais carrément plus compréhensible 😉

 

NB : je viens de faire une petite recherche sur ce livre, et j’apprends que c’est le dernier de l’auteur : elle est morte en octobre 2010. 😦