Winterheim [Intégrale]

De Fabrice Colin. Pygmalion, 2011. Fantasy. (Très) Bonne lecture. [604 p.]
Winterheim existe  au départ en un cycle de trois tomes : Le Fils des Ténèbres, La Saison des conquêtes, La Fonte des rêves.
188 WinterheimRésumé : « Il y a bien longtemps, les Faeders et les Dragons ont décidé de ne plus s’immiscer dans les affaires des mortels. Retirés loin de Midgard, ils ont cependant confié à la Dame des Songes et à ses trois demi-sœurs les Ténèbres la tâche de veiller sur les humains. Aujourd’hui, dans le royaume de Walroek, le jeune forestier Janes Oelsen, dont les parents n’ont jamais pu comprendre le caractère rêveur et la juvénile impétuosité, entre en possession, à la suite d’un pari, d’une mystérieuse carte. Accompagné de sa fidèle chouette Flocon, il part pour le château maudit de Nartchreck où, à en croire les légendes, repose un fabuleux trésor… »
J’oscille entre le « bonne » et « très bonne » lecture. Dans l’ensemble c’est de la fantasy assez classique mais en même temps très originale et bien construite (je me comprends ! :p), mais j’ai aussi repéré quelques maladresses ou choses qui m’ont dérangée.
La reprise des mythes nordiques est je pense le point fort majeur de l’œuvre (avec la qualité de la plume de l’auteur). Les dieux très « humains », arrogants, méprisants, avides, violents et machos (en tous cas ceux qu’on voit !), ainsi que les déesses qui sont ici montrées plus douces, protectrices, sages, raisonnées, maternelles, se livrent une bataille rangée mêlant mythes et politique. L’insertion des Dragons est pour moi inattendue, mais je connais moins la mythologie d’origine que la gréco-romaine, ou même l’égyptienne. J’ai tout de même grandement apprécié le point de vue de l’auteur sur les dieux asgardiens et la nouvelle mythologie qu’il a mis en place autour : la place du Temps, des autres personnifications anthropomorphiques (:p), d’Yggdrasil, des sorcières, et des populations humaines aux prises avec tout ce petit monde magique. Je parle de « petit monde » mais en fait j’ai ressenti l’univers comme quelque chose de riche et de profond, on a souvent le droit d’ailleurs à des genres d’interludes descriptifs (ou même narratifs), parfois même hors-sujet avec l’action présente, qui ne semblent être là que pour aider le lecteur à plonger un peu plus dans le monde entre Midgard et Winterheim. Sur ce point je trouve que Fabrice Colin a fait très fort, l’immersion a très bien marché sur moi, et a été très convaincante.
Les quelques choses qui m’ont moins plu sont de manière générale plutôt des détails : quelques longueurs dans l’histoire, quelques passages un peu confus, et quelques tentatives de narration originales qui pour moi n’ont pas été très concluantes, notamment le texte sans ponctuation que je n’ai pas trouvé très utile et plutôt casse-pieds à lire, et la rencontre de Livia et Janes autour de la table du festival, où j’avais envie de lire d’abord toutes les pages de l’un puis toutes les pages de l’autre ! (Les deux points de vue étaient présentés en vis-à-vis, Janes page de gauche et Livia page de droite, sur quelques pages en tout). Par contre j’ai aimé d’autres prises de risque ou brisures de codes structurels de temps à autre, le choix de chapitres très courts, les nombreuses voix dont beaucoup données à des personnages secondaires voire d’arrière-plan qui ont un aspect de figurants sur lesquels la caméra se focaliserait furtivement. La scène avec les aulnes m’a bien entendu fait penser aux Ents, mais je crois me souvenir que Tolkien n’a ici strictement rien inventé et qu’on touche aux racines (pardon) du folklore nordique, tout court. D’ailleurs les deux auteurs ne gèrent pas du tout leurs arbres de la même façon.
Il y a aussi des choix de l’auteur que je n’ai pas trouvé très cohérents ou justifiables, certaines choses un peu tirées par les cheveux ou tues pendant longtemps sans qu’on sache très bien pourquoi. La rencontre de Janes avec Julea un an seulement après sa séparation d’avec Livia m’a semblé vaguement abusive – il était amoureux fou de Livia, vraiment ? Dans un monde aussi lyrique, je ne m’attendais pas à ça, surtout après toute la poésie déployée autour des deux personnages dans les chapitres précédents. Sommes-nous censés penser que Janes « n’est qu’un homme » ? Dans ce cas bonjour le machisme, et personnellement je trouve que ça casse un peu ce qui a été construit précédemment. D’ailleurs au niveau du ton et des thèmes utilisés je pense qu’il y aurait peut-être eu moyen de faire quelque chose de plus équilibré, entre les instants de poésie lyrique, de descriptions grandioses, de scènes bien violentes ou sanglantes, et les scènes de sexe quand même relativement nombreuses (je veux dire par là que j’ai parfois pensé qu’on aurait pu avoir une description plus courte voire une scène supprimée car cela n’amenait rien de spécial). Peut-être que c’était une manière de montrer la brutalité et la multiplicité du monde, je n’en sais rien !
J’ai été parfois gênée, perdue ou dégoûtée, souvent emportée par le torrent d’écriture. Sa force est néanmoins incontestable, que l’on aime tout ou seulement une partie du livre, il y a quelque chose de puissant qui s’en dégage. Un roman qui n’est pas parfait mais qui vaut le coup d’être lu si vous aimez la fantasy et/ou la mythologie scandinave.
NB : le nom du chapitre « Carnaval de neige » a été pour moi comme un écho à « Bal de givre…* ». Coïncidence ? Aucune idée.
* « … à New York », autre œuvre de l’auteur (en jeunesse).
Chroniques d’ailleurs :  Blog-O-Livre, Lectures Trollesques
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100 animaux mythiques de l’Histoire

De Caroline Triaud. 2011. Synthèse mythologique et culturelle. Livre mal fichu.
100animauxRésumé : « Depuis la préhistoire, l’animal a toujours accompagné l’homme, et nourri les imaginaires. Cet ouvrage regroupe 100 animaux mythiques, symboles d’une période historique ou d’une région du monde. Le Minotaure, le Sphinx, mais aussi la bête du Gévaudan, le Chat Botté, Idéfix ou Sophie la Girafe… tous sont témoins des relations entre l’homme et l’animal et de l’histoire des hommes et de leur imaginaire.« 
Ce livre présente toutes sortes de bestioles (le terme « animal » me semble peu approprié lorsqu’il s’agit de créatures qui prennent des formes multiples, et hybrides). Chaque créature a une page recto-verso dédiée, ni plus ni moins.
Déjà, à ce niveau, j’ai constaté des déséquilibres : en effet certains sont mieux connues que d’autres, ont une histoire plus étoffée ou plus de légendes dans lesquelles elles apparaissent que d’autres, ce qui entraîne tantôt une impression d’étirage en longueur, tantôt une accumulation de détails compressés et non explicités. Je souhaite bon courage par exemple à ceux qui n’auraient pas lu son histoire, pour suivre l’histoire de Pégase, parce qu’elle est farcie de références à plein d’autres personnages de la Grèce mythologique, qui sont eux très peu explicités (voire pas du tout).
Une petite chose qui m’énerve un peu aussi, c’est que l’auteur aime bien préciser que certaines créatures apparaissent dans « des mangas, des films, des jeux vidéos » – qu’elle ne cite pas – mais elle arrive toujours à caser des exemples de Pokémon ! Ok, Simiabraz est peut-être inspiré de Sun Wukong, mais d’après ce que je lis un peu partout s’il fallait citer des dérivations de ce personnage et de son mythe les séries Saiyuki ou Dragonball auraient sans doute été tout aussi pertinentes, et auraient surtout permis au lecteur de se diriger vers d’autres sources d’information… (fiche d’un Pokémon = 10 lignes pour ceux qui ne verraient pas de quoi je parle !)
En fait autant lorsqu’elle parle de mythologie et de vieux textes elle a l’air de bien respecter les détails et les noms, autant les parties « culture populaire » ont l’air d’avoir été ajoutées « parce qu’il le fallait », ne sont pas toujours pertinentes, et comportent des à-peu-près : « [Fenrir] est un personnage de la saga Harry Potter, où il est figuré sous la forme d’un loup-garou des Mangemorts de Valdemort. » (sic) On ajoutera Walt Disney comme troisième référence majeure destinée au grand public qui n’aurait pas lu les textes anciens… Ou peut-être plutôt aux érudits qui ne mettraient pas le nez hors des ouvrages universitaires !
Parfois il y a également des petites problèmes dans la rédaction, par exemple plus d’une fois un nom est parachuté ; en relisant je comprends qu’il s’agit d’une personne introduite dans le paragraphe précédent – mais pas nommée. J’aurais appris, en passant, que les hiboux ont « une aigrette sur le front » (sic).
Je regrette enfin l’absence d’illu- pardon, il y a en fait de toutes petites vignettes à moitié mangées par le bord de la page, à côté de chaque titre. Autant vous dire qu’elles sont en noir et blanc, et si petites qu’on ne voit en gros rien.
Faut-il pour autant jeter ce livre aux orties ? Peut-être pas. Les mythes sont quelque chose à quoi je m’intéresse depuis très jeune, j’ai donc accumulé suffisamment de lectures pour me montrer plutôt critique sur ce point. Je ne conseille pas spécialement cet ouvrage aux gens dans la même situation, mais je pense qu’il pourrait être attrayant aux yeux d’un novice en contes et légendes, ou quelqu’un qui cherche des sources sur le sujet, car les textes sacrés ou mythiques d’où sont issus les « animaux » sont dans l’ensemble cités.

Les Treize Reliques

De Michael Scott et Colette Freedman. 2013. Fantasy / Thriller. Ni bon, ni mauvais.
Titre original : The Thirteen Hallows, 2010
reliquesRésumé : « Il existe Treize Reliques sacrées disséminées dans tout le Royaume-Uni. Depuis des siècles, des Gardiens les protègent avec pour seule règle de ne jamais les réunir. De nos jours à Londres, les Gardiens sont assassinés les uns après les autres. Face à deux tueurs sadiques, Sarah et Owen ont été désignés bien malgré eux pour poursuivre la mission des Gardiens. Leur seul espoir : utiliser les pouvoirs que l’on prête aux Treize Reliques depuis la nuit des temps… »
Je m’interroge toujours un peu sur la mention « thriller » de la couverture… Oui, il y a course-poursuite et quelques moments (un peu) affreux, mais dans l’ensemble on est prévenus dès le départ de plusieurs éléments magiques ce qui classerait plutôt l’œuvre en fantasy (urbaine ?), et les codes du thriller sont en fait assez peu utilisés dans l’ensemble.
Dans l’ensemble je ne me suis pas ennuyée et j’ai lu le roman assez rapidement, tout en n’accrochant pas plus que ça au style (fluide, mais classique) ni aux personnages (sans réelle profondeur ni particularité) ni même, en fait, à l’intrigue (totalement stéréotypée). Un peu de mythologie à deux sous – même pas vraiment exploitée ni explicitée dans le détail : emballez, c’est pesé !
La fin, composée de clichés mis bout à bout, ne m’a pas impressionnée.
A relire ma critique, on pourrait penser à quelque chose de vraiment mauvais, mais en fait j’en ressors loin de la béatitude, mais sans regret non plus. C’est suffisamment dynamique, les évènements s’enchaînent assez rapidement pour qu’on se prenne au jeu de lire ce livre comme on se laisse bercer par un téléfilm… (ou pas) En même temps vu le résumé de 4e de couverture, je ne m’attendais à rien de plus, c’est probablement ce qui m’a permis d’apprécier le livre à sa juste valeur sans en attendre davantage.
Un bon roman détente. M’a fait penser à ma lecture des Héritiers de Stonehenge.
Note : Ah ! Mais oui, bien sûr ! C’est l’auteur de la série « Les Secrets de l’immortel Nicolas Flamel » (jeunesse).

Les Enquêtes d’Hector Krine, T.2

Titre du tome : L‘Affaire Jonathan Harker. De Stéphane Tamaillon. 2011. Aventure science-fiction (hybride, à tendance steampunk mais aussi fantasy) historique jeunesse*. Pas mal, voire bien pour découvrir Londres et une certaine culture anglaise.
*désolée, mais c’était ça ou « mélo-mélo de genres, jeunesse »
T.1 : Les Pilleurs de cercueils.
krine2Résumé : « Londres, 1890. Le détective Hector Krine est engagé par Abraham Stoker, l’administrateur du plus grand théâtre de la ville, pour enquêter sur des vols mystérieux commis durant les représentations. Mais l’affaire ne s’annonce pas de tout repos. Au cours de ses investigations, Krine va croiser l’homme invisible, des vampires, déjouer un attentat contre la reine et faire face à une révolte des Grouillants. »
J’ai à très peu de chose près la même opinion de ce tome-ci que du premier. J’ai trouvé que l’auteur avait une plume un peu plus maîtrisée – son style, toujours parsemé de curiosités linguistiques parfois étrangement insérées, est un peu plus fluide.
Les bons côtés restent les mêmes : un fond humoristico-aventureux, dans un environnement résolument réaliste, et décidément bien documenté… en ce qui concerne Londres et la vie de sa société à cette époque. On ne s’ennuie pas, et on apprend des petites choses (ou des grandes) en passant.
Les points moins bons restent aussi les mêmes : comme je le disais au-dessus, et dans l’autre critique, l’auteur utilise parfois du vocabulaire rare, désuet, littéraire – pas du tout en raccord avec ses aventures et son style léger. Je pourrais aussi prendre l’autre versant du problème : on trouve fréquemment des scènes à la « WTF » – dans un langage plus châtié : absolument pas crédibles – dans cet environnement qui est soigneusement construit pour l’être, malgré l’existence de créatures surnaturelles. J’ai été au moins deux ou trois fois brutalement arrêtée dans ma lecture avec un peu la même impression que si Vil Coyote passait en poursuivant Beep-Beep au milieu d’un épisode de Sherlock : « Mais n’importe quoi !!! » Du coup, je suis coupée, frustrée, et j’ai du mal à reprendre la suite. J’ai aussi été coupée quelquefois par une mauvaise utilisation de vocabulaire (qui semble pourtant si cher à l’auteur !), ou des erreurs / maladresses.
Après vérification :
– un grizzly fait bien presque 3m de haut en station debout, pas « avoisinant 2 »
– je n’ai pas résolu le mystère des « débris » de l’arme factice de la pièce de théâtre (jetée par terre) ; soit ils ont utilisé un fusil en argile, soit le sol était en pierre explosive, soit le comédien avait une force absolument surhumaine ! En tous cas le terme fait bien référence à : « Restes inutilisables d’une chose ou d’un ensemble de choses diverses », ce qui n’est pas cohérent avec la scène, et n’a pas d’explication ultérieure.
Enfin, bien que ce soit sympathique et rigolo d’avoir des personnages connus, j’aimerais que l’auteur en utilise un peu plus de son cru, que ce soit dans les noms ou les personnages eux-mêmes. Et surtout, j’aimerais qu’il donne plus de substance à ceux qui sont déjà là. Jekyll, par exemple : que fait-il de sa vie ? Quels sont ses passions, ses amis, ses habitudes ? Plus que dans le premier j’ai cette impression très nette que, bien que le cadre soit très travaillé, et « marche » très bien, les personnages ne sont tous qu’une bande de fantoches que l’auteur manipule de façon visible. J’aimerais un peu moins me demander ce que l’auteur va faire d’eux, et plutôt, comme dans plein de livres, ce qu’ils vont faire. Ces personnages creux sont je trouve une des plus grandes lacunes de la série, un de ses plus gros défauts. J’ai passé sur le « détail » en découvrant le premier tome, mais maintenant je commence à en attendre plus ! Déjà qu’il s’empare sans vergogne de tous les stéréotypes possibles et imaginables, au niveau scénaristique...
Un livre certes distrayant et agréable, mais qui comporte quantité de paradoxes. A lire sans grandes espérances*.
* Voilà : comme ça ça vous donne un échantillon de ce que vous allez y trouver :p (la référence est de Charles Dickens, également un Londonien du XIXe, pour ceux qui ne suivraient pas)

Les Enquêtes d’Hector Krine, T.1

Titre du tome : les Pilleurs de cercueils. De Stéphane Tamaillon. 2010. Aventure / enquête science-fiction (hybride, à tendance steampunk mais aussi fantasy) historique jeunesse*. Pas mal, voire très bien pour découvrir Londres et une certaine culture anglaise.
*désolée, mais c’était ça ou « mélo-mélo de genres, jeunesse »
T.2 : L’Affaire Jonathan Harker
pilleurscercueilsRésumé : « Londres, 1889. Le détective privé Hector Krine est chargé d’élucider une mystérieuse histoire de vols de cadavres. Son enquête le mène jusqu’au coeur des quartiers populaires de la capitale anglaise, où s’entassent les miséreux et les Grouillants, des créatures surnaturelles débarquées des quatre coins de l’Europe, fuyant les persécutions. Quand la nécromancienne Hécate, son amour de jeunesse, est assassinée, l’affaire prend pour Krine une tournure très personnelle. Qui est vraiment Matthew ? Que lui veulent cette meute de loups-garous et cet étrange colosse coiffé d’un chapeau melon ? Quels liens les unissent aux pilleurs de cercueils ? Pour le découvrir, Krine va devoir se confronter à son passé et accepter ses origines… »
J’ai commencé à lire ce roman d’un œil assez sceptique : style parfois hésitant, utilisation de certains mots rares ou inusités au milieu de phrases très communes, voire de paragraphes sans rien de très percutant ni poétique ; énième utilisation du Londres victorien comme décor (danger ! ça devient courant, je ne peux m’empêcher d’établir des comparaisons surtout que je commence à avoir lu pas mal de choses semblables), détective habitant au 221A Baker Street (pouin pouin pouin), intégration de figures mythiques ou totalement stéréotypées sans vraiment de personnalité propre.
Finalement, il n’est pas si mal passé.
Le style ne casse effectivement pas de briques, si ce n’est le persillage de quelques mots ronflants de-ci, de-là (« faix » pour « fardeau » entre autres °_°) ; cependant c’est fluide et entraînant. On ne perd pas trop de temps en descriptions (ce qui est un peu dommage mais à mon sens colle bien à l’ensemble du livre), c’est vraiment écrit dans le plus pur style « aventure », avec pas mal de personnages qui semblent se démener dans tous les sens, et des péripéties à la pelle.
Un très bon point : on n’a pas le temps de s’ennuyer.
Par contre ce qui me chiffonne un peu c’est le mélange des références, et la façon dont elles sont traitées : je l’avais déjà senti dans ma lecture, et j’en ai eu confirmation en lisant le « making-of » du livre, en annexe.
Cet auteur a visiblement plein de références, du People of the Abyss, de London, que j’ai étudié en M1 d’Anglais et qui est assez hard à lire (même si c’est du London, ce n’est pas vraiment un livre très grand public), aux vieux films fantastiques des années 70 (que je n’ai en gros pas vus, je sais c’est une grosse lacune), à la culture mythologique**, et à tout un tas d’autres choses pas toujours très liées entre elles mais qu’il va tout de même réussir à caser tant bien que mal dans son livre. Bref, toutes ces références apparaissent sous forme très restreinte, très survolée. Je pense que pour ceux qui ne les connaissent pas c’est assez rigolo, voire intéressant, mais moi j’y ai vu énormément de superficialité, tout du long ; j’aurais aimé qu’il en utilise certaines de manière plus approfondie, et aussi qu’il en supprime, ou rallonge le livre, car ça en fait juste trop pour un bouquin si court et dans lequel en plus il se passe plein de choses dans la trame du récit, nonobstant la passion de l’auteur pour Londres qu’il veut nous transmettre (ce qui est à mon sens très louable). En fait, se concentrer exclusivement sur Londres aurait été à mon sens plus productif.
**Je note en passant que pour moi Prométhée avait été puni parce qu’il avait volé le feu aux dieux, pas parce qu’il avait construit un homme en argile, mais bon : comme c’est de la mythologie grecque et que je n’ai pas encore été vérifié, je lui accorde le bénéfice du doute de l’existence de deux versions, ou d’une version avec les deux faits. Et puis dans le livre c’est carrément un détail, c’est pour ça que je vous spoile allégrement :D.
En fait, j’y vois un peu un ouvrage pour enfants, mais écrit à la manière YA, avec plus de références « débrouille-toi avec ce magnifique symbole archi-connu que je t’offre parce que c’est cool » que de vraies explications à but informatif. Heureusement qu’il a fait cette annexe au livre, ça en apporte autant que les 200 pages précédentes. Cependant c’est aussi intéressant d’avoir toutes ces pistes de recherche, même si le livre reste résolument du divertissement dans sa manière d’amener les choses.
Un drôle d’hybride tout public, qui certainement distraira les uns et passionnera les autres, même si ce n’est pas le livre de l’année sur aucun des sujets qu’il aborde.

Les Miscellanées de la Lune

De Michel Beauvais. 2012. Très beau livre, très bonne lecture !
miscluneRésumé : « La star, ici, c’est la Lune ! Ce recueil qui lui est consacré rassemble une multitude d’informations tantôt sérieuses, tantôt cocasses, souvent surprenantes, à picorer à votre gré : faits scientifiques ou historiques, anecdotes, légendes, superstitions, mythologie… La pleine lune a-t-elle une influence sur notre humeur ? D’où vient l’expression « lune de miel » ? Pourquoi les mariages ont-ils souvent lieu en juin ? Quand est-il préférable de bouturer ? Comment est née la Lune ? Quand vaut-il mieux se faire couper les cheveux ?… En couvrant des thématiques aussi diverses que l’astronomie, le jardinage, la santé, la beauté, la cuisine, les animaux ou bien encore la littérature, l’auteur vous invite à découvrir la « face cachée » de la Lune ! »
Superbe ouvrage, relié, illustré, et très diversifié. J’ai beaucoup aimé l’effet mosaïque de toutes ces petites anecdotes et explications sur un peu tout et n’importe quoi, c’était très rafraîchissant en même temps que très instructif ! J’ai survolé les parties jardinage et coiffure qui ne m’intéressaient guère mais ai retrouvé avec joie histoires mythologiques, folkloriques, et références à Hergé, plus des tas d’autres choses dont je n’avais pas toujours idée.
Je conseille à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la Lune. De plus, il est accessible à tous, y compris aux enfants/ados, puisque les informations sont clairement segmentées (titre + paragraphe + parfois illustration), et qu’on peut donc les lire séparément très facilement, si jamais l’une ou l’autre est trop ardue (je pense notamment aux considérations astronomiques incluant ellipses,mais aussi centres de gravité et inclination), ou n’intéresse pas le lecteur.

Le Promontoire du songe

De Victor Hugo. 1901 (1ère édition), 2012 (cette édition). Essai/poésie. 100 pages . Un Victor Hugo en forme. Que dire de plus ?
promontoireRésumé : (Il y en avait un pas mal au dos du livre, mais il est assez long). En très bref, Victor Hugo se retrouve un jour invité par un ami à l’Observatoire de Paris. Cet ami lui montre la Lune, grossie 400 fois nous dit le livre, et de là Hugo va complètement partir « en free style » comme il sait si bien le faire, en mélangeant lyrisme, emphase, astronomie et aussi mythologie et littérature, et nous expliquer en long, large et travers ce à quoi lui fait penser cette image de la Lune, en dérivant vers le songe, le rêve, propre à tous les hommes.
J’ai particulièrement apprécié le thème mythologique parcouru à travers les siècles, civilisations et auteurs classiques. La comète Hugo nous entraîne dans son sillage et nous profitons de toutes ces projections, ces souvenirs, ces lectures, ces analogies fulgurantes – un vrai bonheur. Deuxième temps fort pour moi : l’analyse et élégie du phénomène et de l’importance du songe, vers la fin du texte, qui m’a assez fait penser à « Du conte de Fées » [Of Faerie Stories], de Tolkien ; où Hugo se fait relativement posé et poétique plus que lyrique, Tolkien devient emphasique, ce qui fait qu’à mon sens les deux textes se répondent quelque peu, étant presque en harmonie stylistique, et abordant des thèmes parallèles (la création, le mythe).
De la découverte physique (perception visuelle) de ce « trou dans l’obscur » à un foisonnement intellectuel et spirituel typiquement hugolien, ce livre court mais éblouissant ravira certainement les amateurs de la poésie et de l’éloquence du Maître.

Le Druidisme

De Jean Markale, 1985. Excellent ouvrage.
druidismeRésumé : « Le druidisme est la pensée religieuse des anciens Celtes, l’ensemble des conceptions spirituelles, intellectuelles, artistiques, scientifiques et sociales de la communauté celtique avant que celle-ci ne se convertisse au christianisme. Or, si les druides eux-mêmes sont repérables dans l’histoire, la doctrine qu’ils professaient et enseignaient demeure prisonnière de zones d’ombres. En la traquant à travers les multiples expressions traditionnelles de la communauté celtique, Jean Markale ne livre pas ici les « secrets » du druidisme, ceux-ci étant vraisemblablement perdus à jamais, mais les moyens de remonter le temps, en marquant chaque étape d’observations simples, empruntées à tous les documents disponibles, afin que chacun puisse retrouver sa propre vision de ce qu’était la pensée des Celtes. »
Une très bonne découverte. Tout d’abord je dois avouer que j’ai pris un très grand plaisir à voir démonter tant d’idéologies, de pseudo-druidisme, de syncrétismes* (quel joli mot) et de pseudo-experts. La plume de Markale se fait parfois acérée, et ça ne me dérange pas du tout. J’aime qu’on me rappelle que la plupart des sujets, l’humain, le monde sont des choses extrêmement complexes, que les gens s’y connaissent souvent le moins quand ils veulent vous faire sentir qu’ils s’y connaissent le plus, qu’enfin pour presque toutes choses on peut autant argumenter, que vérifier ses sources, que rétracter une hypothèse visiblement erronée, etc. J’ai effectivement relevé un certain nombre de détails en contradiction avec d’autres informations que j’ai lues, du coup j’ai d’autant plus envie d’aller creuser le sujet, en sachant que Markale a une excellente réputation de chercheur, et qu’a priori je peux sans doute plus m’appuyer sur lui que sur d’autres sources, en cas de litige. Bref une étude non seulement complète en termes de sources, pour ce qu’il me semble, que dans sa méthode. Un débat, une réflexion, une tentative de cerner le druidisme, qui semble pourtant se dérober à chaque page – ce que souligne l’auteur dans sa conclusion. Le résumé d’éditeur me convient pour une fois très bien, je ne vois pas ce que je pourrais rajouter sans le paraphraser. Le style est fluide et agréable.
* »bricolage » spirituel, patchwork reliant des éléments, symboles, rites, etc. appartenant en fait à des idéologies ou cultures diverses, quand certains composants ne sont pas inventés de toutes pièces. (ma définition)

L’Apprenti Épouvanteur

De Joseph Delaney. 2005- … (en cours). Fantasy. Excellente série.
Titre original : The Spook’s Apprentice,
Une lecture que j’ai beaucoup appréciée. Quelqu’un d’un forum de fantasy m’en avait un jour parlé, je les ai successivement empruntés à la médiathèque locale ; j’ai tout de suite accroché.
apprenti epouvanteurRésumé : « ‘L’Épouvanteur a eu de nombreux apprentis, me dit maman. Mais peu ont achevé leur formation. Et ceux qui y sont parvenus sont loin d’être à la hauteur. Ils sont fragiles, veules ou lâches. Ils se font payer fort cher de bien maigres services. Il ne reste que toi, mon fils. Tu es notre dernière chance, notre dernier espoir. Il faut que quelqu’un le fasse. Il faut que quelqu’un se dresse contre les forces obscures. Tu es le seul qui en soit capable.’  Thomas Ward, le septième fils d’un septième fils, devient l’apprenti de l’Epouvanteur du comté. Son maître est très exigeant. Thomas doit apprendre à tenir les spectres à distance, à entraver les gobelins, à empêcher les sorcières de nuire… Cependant, il libère involontairement Mère Malkin, la sorcière la plus maléfique qui soit, et l’horreur commence… »
En France il y a au moins 10 tomes de parus en décembre 2012, chez Bayard Jeunesse (j’en ai lu 9). L’auteur étant anglais, il y en a peut-être même plus de parus au Royaume-Uni. Les lire un jour en anglais est une idée, mais pour le moment je n’en ai pas trouvé ni en occasion ni en bibliothèque, et la traduction* me paraît excellente par ailleurs. La moyenne des tomes est de 300 pages, mais c’est écrit assez gros et le style est très fluide, donc ça se lit plutôt très vite.
Lien vers le site anglophone : http://www.spooksbooks.com/spooksbooks.asp
Je trouve cette lecture reposante. La fantasy actuelle me donne parfois le vertige tant elle fourmille de complexité, de personnages hauts en couleur, d’intrigues à répétition, de peuples tous plus extravagants les uns que les autres, de mondes enchantés, de dragons, chimères et autres fadaises plus ou moins bien intégrées à l’histoire, de grands discours et descriptions incroyables.
Laissons tout ça un instant.
Un univers restreint mais bien maitrisé. La campagne anglaise, on ne sait trop en quelle année (type Moyen-Age), des familles et des gens qui y vivent. Un cadre que je qualifierai de folklorique – les bonnes gens du secteur ont régulièrement affaire à l' »obscur », autrement dit les forces maléfiques « communes » : sorcières, gobelins, et autres calamités. Le jeune héros, Tom, est appelé à devenir épouvanteur [« Spook » en anglais] (il débute avec le statut d’apprenti, comme tout corps de métier) – autrement dit dératiseur, pardon, chasseur des forces de l’obscur.
Ajoutez suffisamment de relations familiales et amicales (ou pas) pour donner un peu de réalisme au récit, et hop. N’était le côté magique omniprésent, on trouverait un rythme et une narration assez semblable aux récits d’aventures, avec cependant suffisamment de pauses pour que ça paraisse crédible (fatigués, blessés…), et aussi que ça ménage le lecteur (non ce n’est pas qu’une longue suite de batailles ou d’apprentissage sur l’obscur). Le ton est juste, ni trop épique ni trop infantilisant. Le héros s’empêtre et se dépêtre de situations variées, qui l’entraînent non seulement lui mais aussi son maître et d’autres personnes de son entourage dans des péripéties et histoires plus ou moins lugubres et dangereuses. On trouve aussi tout plein de références au folklore – type de créatures, sortilèges, moyens de s’en protéger… L’environnement et métier de l’épouvanteur est entièrement basé là-dessus.
* De Marie-Hélène Delval, dont je salue au passage les qualités dans bien d’autres traductions et également parutions de son cru : les Chats m’avait trop fait flipper au collège, c’est une petite nouvelle classée en jeunesse, mais tout à fait bien tournée, je l’ai même relue plusieurs fois.