Contrepoint

Présenté par Laurent Gidon. ActuSF, 2012. Nouvelles S-F. Très bonne lecture. [131 p.]

Collection Les Trois Souhaits.

contrepoint_FINALRésumé : « Peut-on écrire des histoires dans lesquelles il n’y aurait ni guerre, ni conflit, ni violence ? Un vrai défi qu’ont relevé avec talent, sensibilité et humour neuf des plus belles plumes de l’imaginaire en France sous la direction de Laurent Gidon.« 

J’ai récupéré ce petit ouvrage dans le désherbage de Lynnae, pas spécialement échevelée à l’idée de le lire au départ, d’abord parce que je n’avais pas lu les noms d’auteurs qui composent ce recueil (qu’en fait j’avais plutôt bien envie de découvrir concernant plusieurs), et aussi très fortement à cause de la couverture que je trouve extra-moche, parce qu’en fait je déteste ce style tout court, ça n’a rien de personnel envers l’illustrateur (Roberlan Borges).

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Contes de la fée verte

De Poppy Z. Brite. Folio SF, 1997. Recueil de nouvelles. Excellent. [265 p.] Coup de cœur.
Titre original : Swamp Foetus, 1994.
contesfeeverteRésumé : « Que se passe-t-il quand deux frères siamois séparés à la naissance n’ont qu’un seul souhait : redevenir un ? Quand chaque apparition d’un chanteur rock s’accompagne d’un drame ? Quand un entrepreneur de pompes funèbres du quartier de Chinatown vous charge de surveiller un cadavre ? Et quand vous perdez dans Calcutta livrée aux morts-vivants ? Tout le talent de Poppy Z. Brite se dévoile dans ces douze nouvelles à l’odeur de souffre [sic] et au goût d’absinthe, dont « Calcutta, seigneur des nerfs », récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire 1998.« 
WAOUH. C’est mon impression en refermant cet ouvrage, impression convoyée par le style et les idées de l’auteur tout au long de ces douze nouvelles, quasiment dès la première page, sans compter l’introduction par Dan Simmons qui m’a aussi comblée (« Prolégomènes à toute métaphysique future de Poppy« ).
Avant d’aller plus loin je préviendrai quand même que ce livre est je pense à réserver à un public averti : les idées et thèmes développés ne sont pas des plus légers ou rieurs et jouent très largement avec le dérangeant, et les descriptions de relations sexuelles (ou de comparaisons, atmosphères, etc. sulfureuses) ou de cadavres pourrissants ne sont pas rares. Quand il ne s’agit pas de scènes sensuelles impliquant un cadavre.
ça va, vous êtes toujours là ? :p

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Angry Animals

De Nick Arnold. Scholastic, 2011. Documentaire jeunesse humoristique. Bonne lecture. [138 p.]
Illustré par Tony de Saulles. Collection Horrible Science. Première édition 2005.
angryanimalsRésumé : « Science with the squishy bits left in! Take a walk on the wild side with « Angry Animals ». Dare you discover: who made false teeth for an elephant? Where you can find dragons with bad breath. Which scientist ate a poisonous snake for dinner? If you think you can stomach the sick side of Science, then read on as we go on the hunt for the cruellest creature of them all. Get to grips with gruesome grizzly bears, wolf down some facts about, er, wolves and snap up some savage shark stories. With fantastic fact files, quirky quizzes and crazy cartoons, « Angry Animals » is a book to sink your teeth into! Science has never been so horrible!« 
Étiez-vous (ou êtes-vous) de ces enfants qui aiment savoir le nombre de gens mangés par des requins chaque année, si les prédateurs démembrent leurs victimes ou les mangent faisandées, ou le nombre de serpents venimeux dans le monde et les effets des principaux venins ? Alors ce livre a été écrit spécialement pour vous ! Non pas que les réponses à mes propres questions y soient toutes, mais vous trouverez dans ce petit livre beaucoup plus de délicieusement politiquement incorrect et détails sordides ou affreux que dans beaucoup d’autres livres approuvés par les parents, profs et Éducation Nationale, ce qui est cool.

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Les Mots

De Jean-Paul Sartre. Folio, 1964. Autobiographie. Excellente lecture + coup de cœur pour le style. [206 p.]
motsRésumé : « J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était faite de les épousseter sauf une fois l’an, avant la rentrée d’octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées ; droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait.« 
Sartre met dans la bouche, dans la tête, de cet enfant qui n’est nul autre que lui-même, des pensées dont je ne sais pas toujours si elles sont de l’homme adulte ou du petit garçon, ou une analyse par l’homme de ce qu’il fut étant plus jeune – et qu’importe après tout ? La musique des mots, l’exubérance de l’être et de l’écrivain, ses rêves et idées les plus extravagantes mais aussi les plus profondes m’ont transportée sans aucun souci à travers ces pages – trop peu nombreuses.

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La Fin des dieux

De A.S. Byatt. Flammarion, 2014. Conte. Excellente lecture. [188 p.]
Titre original : Ragnarök, The End of the Gods, 2011
findesdieuxRésumé : « En pleine Seconde Guerre mondiale, tandis que les bombes pleuvent sur l’Angleterre, une jeune fille est évacuée à la campagne. Elle a bien du mal à comprendre le chaos qui l’entoure, mais un livre de mythes scandinaves va venir bouleverser sa vie. Elle découvre un univers où une meute de loups poursuit inlassablement le soleil et la lune, un serpent gigantesque hante les profondeurs et des dieux se livrent à une bataille sans merci, détruisant la planète par leur inconscience. A S Byatt crée avec La Fin des dieux un conte puissant et prophétique qui interroge notre propre mortalité.« 
On suit les pensées d’une « frêle jeune fille » sur la guerre mais aussi et surtout sur sa lecture des Dieux d’Asgard, un ouvrage de mythologie nordique. Pour nous, pour elle, on suit récit après récit, mythe après mythe, de chapitre en chapitre, entrecoupé de ses propres réflexions, comme une tapisserie qu’on tisserait sous nos yeux. Elle explique ce qui la gêne, ce qu’elle a du mal à comprendre, mais aussi ce qui lui plaît ou lui semble logique, créant petit à petit du sens à partir de ces mots anciens et quelque peu barbares, de ces concepts étrangers et de toute la démesure que l’on peut trouver d’entre les racines d’Yggdrasil aux combats d’Odin les plus épiques. C’est une fresque personnelle, une vision de ce monde révolu. On est à la limite entre le conte et le roman / récit, entre une certaine réalité historique et narrative (l’enfant est réaliste; ainsi que son environnement immédiat) et la mythologie et les croyances.
Une connaissance même limitée du Voyage du Pèlerin de Bunyan (The Pilgrim’s Progress) est je pense un plus pour cette lecture. L’ayant subi (plus qu’apprécié, même si je reconnais une certaine qualité à l’œuvre) en L2 d’Anglais, j’ai pu me rappeler les allusions, les situer. En même temps l’histoire de Bunyan n’est pas bien compliquée : il s’agit d’un jeune homme qui s’appelle Christian en VO – Chrétien en VF (…), qui va devoir passer une série d’épreuves pour montrer qu’il est digne du Paradis (allégoriquement et plus ou moins explicitement !). Date de parution : 1675, vous comprenez mieux ? Bref, c’est apparemment un classique pour les petits Anglais (les pauvres, parce que quand même Narnia à côté c’est hyper actif et moderne).
« Au commencement était l’arbre. Le boule de pierre menait sa course dans le vide. Sous la croûte était le feu. Les rochers bouillonnaient, les gaz sifflaient.  Quelques bulles crevaient la surface de la croûte. L’eau saturée de sel s’accrochait à la boule tournoyante. De la boue coulait à la surface et dans cette boue se dessinaient des formes mouvantes. Tout point d’une sphère en est le centre et l’arbre était au centre. Il faisait tenir le monde, dans l’air, sur la terre, dans la lumière, dans l’obscurité, dans l’esprit. » ~ Yggdrasil, le Frêne-Monde
« Toujours ils vont par trois, c’est une loi du récit, autant des mythes que des contes de fées. La Règle de Trois. Dans le récit chrétien, les trois sont le grand-père irascible, l’homme généreux que l’on torture et l’oiseau blanc aux ailes qui palpitent. » ~ Homo Homini Deus Est
« Cette chose obscure lovée dans son cerveau et ces eaux ténébreuses qui recouvraient la page appartenaient à la même réalité et constituaient toutes deux une forme de savoir. C’est ainsi que fonctionnent les mythes. Ce sont des objets, des créatures, des histoires qui peuplent notre esprit. Ils ne s’expliquent pas et n’expliquent rien en retour. Ce ne sont ni des croyances, ni des allégories. Ces ténèbres avaient fini par envahir l’esprit de la frêle enfant et se mêlaient à la façon dont elle appréhendait la moindre nouveauté. » ~ Une frêle enfant en temps de paix.
 J’ai apprécié cette incursion dans les mythes nordiques, je m’y suis plongée avec délices d’autant plus qu’il me semble que c’est la version la plus « lisible » que j’aie jamais trouvée (excusez-moi mais l’Edda c’est un peu indigeste de mon point de vue français du  XXIe siècle ! Je n’ai pas encore trouvé de Voluspa), et qu’elle m’a également semblée plutôt complète. Par exemple, le Fimbulvinter ne me disait rien du tout, ni Randrasill, ainsi que quelques personnages « secondaires », parmi les Ases ou non ; je ne savais pas non plus que Jörmungandr était, ou pouvait être considéré, comme l’enfant de Loki, le « penseur enflammé » – personnage extrêmement développé ici, quasiment central à la deuxième moitié du livre ! Peut-être que ces éléments étaient dans l’Edda que j’ai lue, mais comme je vous le disais j’ai trouvé le texte difficile d’accès, décrochant à certains moments. Bref j’ai sacrément amélioré ma connaissance des dieux nordiques et de leurs petites affaires, et grandement apprécié aussi la précision de l’auteur au début du texte : à savoir que les mythes évoluent et comportent souvent plusieurs versions, des histoires ou des noms – du moins ceux transmis longtemps à l’oral.
L’auteur partage également avec nous quelques réflexions plus générales sur les mythes, qui m’a, encore une fois, profondément rappelé certaines phrases et explications du professeur Tolkien (Du Conte de fées, les Monstres et les Critiques). On abordera dans cette partie la différence entre mythes et cotes de fées, entre personnages de roman et personnages de mythes.
Une petite phrase dans laquelle je me suis intégralement reconnue, à la seule exception que de toutes les mythologies la nordique est une de celles qui m’a fait le plus longtemps défaut : « Je ne « croyais » pas aux dieux nordiques et je me suis même servi de ce que je savais de leur univers pour en arriver à la conclusion que l’histoire chrétienne n’était qu’un autre de ces mythes, le même genre de récit sur la nature du monde.« 
Une lecture très enrichissante, poétique et accessible. Je conseille à tous.

Sur la route de Blue Earth

De Joseph Monninger. Flammarion [Tribal], 2014. Roman jeunesse / ado. Lecture distrayante. [251 p.]
Titre original : Finding Somewhere, 2011
surlarouteblueearthRésumé : « Hattie et Dolorès s’ennuient ferme dans leur petite ville du New Hampshire. Lorsqu’elles apprennent que Speed, un vieux cheval, doit être euthanasié le lendemain, les deux amies décident de le sauver.
Au volant d’un van, les voilà embarquées dans un road trip à travers les Etats-Unis pour lui trouver un endroit serein pour mourir. Un voyage parsemé de rencontres au détour du chemin.« 
Je remercie les éditions Flammarion de m’avoir envoyé ce livre.
Encore une fois j’avais des a priori sur cette lecture, tout autant que sur Lune Mauve, et dans l’ensemble j’avais bien ciblé les deux livres.
Ce livre est en effet un exemple typique de littérature légère pour jeunes adolescent(e)s : deux adolescentes (16 et 18 ans en fait, mais le texte peut s’adresser à largement plus jeune, je dirais vers 12 ans sans souci) qui partent pour un road trip à travers l’Amérique pour garantir une retraite à un cheval moribond.

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Comme des fantômes

De Fabrice Colin. Folio, 2011. Recueil de nouvelles. Excellente lecture. [474 p.]
Sous-titré : Histoires sauvées du feu. Première publication aux Moutons électriques, 2008.
Comme-des-fantomes-Colin-fabriceRésumé : « Que se passe-t-il quand un auteur abandonne ses personnages ? Quand l’Alice de Lewis Carroll oublie de fêter ses 130 ans ? Quand Peter Pan entend vous faire payer ses orientations sexuelles ? Que se passe-t-il lorsqu’un lecteur est pris au piège d’un cadavre d’histoire, qu’un détective devient fabriquant de spectres ou que la mort d’un poète fait surgir une forêt ? Expert en fantômes et en fées, docteur ès faux semblants et machinations troubles, Fabrice Colin possédait sur ces questions – et sur d’autres – des avis très personnels. C’était avant 2005 : avant qu’un incendie accidentel ne mette un terme brutal à ce qu’il appelait lui-même  » ma petite carrière d’ombres « . Ce recueil de nouvelles se veut hommage autant qu’étude ; s’y dévoile par à-coups une personnalité tourmentée et complexe dont les textes ici présentés ne sauraient suffire à épuiser pleinement le mystère. Suicide ou disparition ? Mythomanie chronique ou soif d’histoires compulsive ? La réponse, si elle existe, se trouve à l’intérieur.« 

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L’Homme des morts

De V. M. Zito. Calmann-Lévy (Orbit), 2013. Science-fiction / zombies. Très bonne lecture. [368 p.]
Titre original : The Return Man, 2012.
lhommedesmortsRésumé : « L’infection zombie a séparé les États-Unis en deux. L’Est, la Zone Libre, est complètement bouclé : personne n’y entre, personne n’en sort. L’Ouest, la Zone Occupée, a été abandonné aux morts. Henry Marco est pourtant resté dans le Nevada. Mercenaire au service des familles de l’Est, il traque et tue les zombies qu’on lui désigne, permettant aux proches de faire leur deuil. Maintenant le Ministère de l’Intérieur a besoin de lui pour une mission délicate : retourner en Californie, où tout a commencé. Retrouver un homme. Rapporter un secret.
 Mais dans l’Ouest ravagé de l’Amérique, tout est possible. Surtout le pire.« 
Comme je l’ai déjà dit, je reste une néophyte en termes de zombies : si je reconnais les images de la licence Resident Evil et suis maintenant la série de comics The Walking Dead, mon expérience ne va pas tellement plus loin – question ciné je suis très impressionnable donc j’évite ce qui est estampillé « horreur » sauf avis éclairé d’un proche, et côté bouquins ça se limite à peu près à ce que vous pourriez trouver sur ce blog : World War Z et l’Évangile cannibale, avec peut-être Simetierre de King (?). Par exemple, au dos de ce bouquin on parle de Romero et Matheson… Voui, voui, mon ignorance va (pour le moment ! :p) jusque-là ! (J’ai noté Matheson en tant qu’auteur à découvrir, cependant)
Après cette petite parenthèse qui je suis sûre vous a divertis, mon avis général : j’ai beaucoup aimé, et trouvé plein d’idées originales ! Néanmoins il m’a manqué un petit quelque chose, peut-être vers le milieu / fin de l’histoire, pour être comblée.
La mise en scène de l’histoire m’a bluffée : l’auteur nous dépeint cet Ouest américain retourné à la vie sauvage, redevenu synonyme de danger et d’inconnu, avec ce héros presque londonien perdu dans sa maison fortifiée, tantôt en proie à des démons intérieurs et tantôt semble-t-il en parfaite harmonie avec l’univers qui l’entoure, morts-vivants y compris, qu’il tue pour se défendre ou pour des primes (son « métier »), mais pas « pour le sport », ni de manière paranoïaque. J’ai ici ressenti quelque chose d’assez nouveau pour moi dans le genre : une grande sérénité se dégage des premières pages, et même l’attaque d’une horde de zombies ne provoque ni haine ni peur panique insurmontable chez cet homme habitué à eux, et aussi d’un certain stoïcisme ! Impossible de trouver ça par exemple chez TWD, où tous les humains semblent résolus à poutrer du zomb’ et, de manière générale, ne trouvent aucune paix à partager un territoire avec eux, même de loin. Cette approche « douce » de la mort et de la Résurrection (nom du phénomène ici) m’a beaucoup plu, et est je trouve traitée plutôt bien dans disons une grande partie du début du livre. En même temps, l’homme souffre non pas du présent hostile mais de sa vie passée, qui le hante fréquemment (je n’en dirais pas plus, c’est un des grands axes du roman !).
Ce qu’on nous présente comme l’intrigue principale, cette histoire de voyage jusqu’au cœur du problème, est à la fois hyper prévisible et commun et aussi assez logique quelque part – il y a eu un souci, on essaie d’y remédier (ou pas… :D). Et justement c’est à ce moment-là que l’auteur décide de nous surprendre une fois de plus en s’engageant non pas purement dans le survival horror, mais dans un certain jeu de pouvoir entre les différents protagonistes et parties qui nous ont été présentées. A propos de protagonistes j’ai beaucoup aimé le personnage de Wu également, même si lui aussi a semblé avoir un « coup de mou » question qualité et développement vers la fin du récit.
L’opposition et parfois le rapprochement entre les deux personnages principaux crée une atmosphère particulière, inhabituelle par rapport à tout ce que j’ai pu lire dans le genre jusqu’à présent, qui semble se focaliser plus sur les groupes. Zito trouve son équilibre entre tension et introspection, refusant l’hystérie au profit de la méditation, de la remise en question et aussi d’une acceptation générale qui transparaît parfois sous forme de froideur ou de recul par rapport à la situation, mais n’est jamais synonyme de résignation. Les scènes sanglantes ou gore, inévitables et assez nombreuses, semblent en fait continuellement balayées par les préoccupations personnelles des personnages qui paraissent s’en accommoder d’une manière ou d’une autre, même si elles ne sont pas sans affecter leur psyché sur le long terme.
Le ton assez scientifique m’a beaucoup plu, là aussi on s’éloigne des styles populaires pour se rapprocher presque de Crichton par moments, même si l’œuvre n’est pas dénuée de sentiments. Le style de l’auteur est assez classique, cynique et humoristique mais pas franchement original : disons que ça se lit bien sans être de la littérature de grande qualité. Néanmoins je laisse un certain doute en sa faveur car j’ai trouvé une ou deux coquilles typo (« tâche » au lieu de son homologue sans accent) et de traduction (« Pourvu qu’elle récupère ses billes. » – qui m’a fait exploser de rire à l’arrêt de bus –‘ Pourtant « to lose one’s marbles » n’est pas une expression rare !).
Un bon ouvrage assez complexe dans sa structure et son développement, sur le thème de l’apocalypse zombie (au niveau américain), qui m’a beaucoup plu. J’ai seulement regretté que les scènes d’action et les évènements trop prévisibles finissent par prendre le pas vers le milieu du livre, jusqu’à la fin ou presque – malgré quelques retournements de situation un minimum assumés, me laissant au final une moins bonne impression que celle que j’avais après avoir lu 30 pages.

 

Chroniques d’ailleurs :  Livrement, Les lectures de Titisse, La plume ou la vie

Vampires à contre-emploi

Dirigée* par Jeanne-A Debats. Mnémos, 2014. Recueil de nouvelles. Bonne lecture. [212 p.]
*Anthologie  des 10e Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres
COUV_Anthologie vampires_OK.inddRésumé : « De tous les mythes dont écrivains et conteurs d’histoires se sont emparés afin de nous réjouir de nouvelles sagas, de nouveaux rêves, le vampire est peut-être le seul qui doive presque tout à l’art et aux genres de l’Imaginaire. Bien que ses glorieux ancêtres hantent nos traditions populaires les plus antiques, ceux-ci n’ont rien de commun avec le dandy en frac qui se pourlèche les babines sur les écrans ou les étals des librairies. Spectres transylvaniens, ou miroirs où se reflètent nos visages à peine déformés, c’est la plume ou le pinceau de nos créateurs qui ont tracé les contours de son visage, narré ses moeurs, ses coutumes, inventé ses craintes et joué sur ses désirs autant que les nôtres. Le vampire est notre créature autant que notre prédateur favori. Et il est libre. Fascinant. C’est peut-être cette liberté qui a décidé onze auteurs, que rien dans leur oeuvre ne destinait à rencontrer le vampire, à enfin franchir le pas et nous livrer leur version du vampire moderne, du vampire trans, post ou même méta humain.
Pour fêter les dix ans du festival de Sèvres et comme lui marier tous les genres de l’imaginaire, Ugo Bellagamba, Simon Bréan, Philippe Curval, Olivier Gechter, Thomas Geha, Raphaël Granier de Cassagnac, Marianne Leconte, Christian Léourier, Olivier Paquet, Timothée Rey et Christian Vilà ont pris leur plume de Science-fiction à rebours, à contre-emploi ; ils ont contemplé l’amour monstre dans les yeux et l’ont planté tel un drapeau face aux feux du soleil.« 

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L’Évangile cannibale

De Fabien Clavel. ActuSF, 2014. Horreur – zombies. Très bonne lecture. [283 p.]
evangilecannibaleRésumé : « Aux Mûriers, l’ennui tue tout aussi sûrement que la vieillesse. Matt Cirois, 90 ans et des poussières, passe le temps qu’il lui reste à jouer les gâteux. Tout aurait pu continuer ainsi si Maglia, la doyenne de la maison de retraite, n’avait vu en rêve le fléau s’abattre sur le monde. Et quand, après quarante jours et quarante nuits de réclusion, les pensionnaires retrouvent la lumière et entrent en chaises roulantes dans un Paris dévasté, c’est pour s’apercevoir qu’ils sont devenus les proies de créatures encore moins vivantes qu’eux. Que la chasse commence…
Fabien Clavel, lauréat d’une douzaine de prix et auteur d’une vingtaine de romans, est l’une des voix les plus connues de l’imaginaire. Sa plume caméléon s’adapte à sa volonté d’en explorer tous les sous-genres. Avec L’Évangile cannibale, il revisite le mythe du zombie et du survival dans un roman court, rythmé et caustique.« 
L’auteur ne mâche pas ses mots, ou plutôt il nous les crache à la figure. C’est brut, cruel, vulgaire même. On entre dans l’histoire via les pensées de Matt Cirois, pensionnaire de 90 ans aux Mûriers, et c’est pas joli-joli. « Tout est sale, à l’intérieur comme à l’extérieur », dit-il de son environnement physique et humain – et cela semble être très applicable à lui-même également. Et pourtant je ne peux m’empêcher de ressentir de la pitié, de l’amusement et même de la tendresse à l’égard de cet être humain entièrement révolté, fermement décidé à ne pas « se laisser crever » sans résistance, devenu paranoïaque et méfiant à force de côtoyer déchéance, mépris et stupidité.
« Nettoie les chiottes et le vieux assis dessus. Je suis sûr que certaines [aide-soignantes] aimeraient bien nous passer au jet d’eau en même temps que la salle de bains. C’est à peine si on ne nous essuie pas avec la serpillière qu’on passe sur le sol. »
J’ai remarqué qu’il n’y a pas de majuscules aux noms des résidents et personnel de la maison de retraite. Vu le systématisme je pense que c’est voulu, toujours dans ce but de déconstruction et de dépersonnalisation que l’auteur semble suivre depuis le début. (Point confirmé par l’interview de l’auteur présente à la fin)
Je me suis laissée prendre à l’histoire, dont la première moitié consiste surtout à mettre en scène l’environnement et les personnages, nous les présenter, nous installer dans le quotidien physique et mental de ces vieux. C’est très original, ça change effectivement beaucoup des ados boutonneux en mal d’amour et d’identité partant à la conquête du monde (qui me fatiguent parfois même si j’aime en retrouver de temps en temps) – les identités sont déjà définies, et pourtant elles sont redéfinies (ou à redéfinir) en partie tout simplement par les évènements déclencheurs des péripéties, du mouvement du groupe de personnes âgées hors de leur établissement. Le thème du corps est extrêmement employé et exploité, jusqu’à la nausée, jusqu’à un certain anéantissement – sans vous spoiler. Bien sûr le passage, ou plutôt la succession de passages qui m’a définitivement coupée toute sympathie pour les « héros » est arrivée pendant que je déjeunais. Ça m’apprendra à lire en mangeant. Évidemment, je déconseille ce livre à toute personne particulièrement sensible, jeune ou moins jeune. C’est horrible par moments, et je ne parle pas seulement de zombies ou de violence.
Je ressors de ma lecture dégoûtée, mais pas au point de m’arrêter là avec Fabien Clavel. Je pense même que je retrouverais avec plaisir son style, ou un autre, dans d’autres de ses ouvrages – après tout la moitié de ce qu’il nous raconte dans ce livre est dégueulasse, alors si je ressors avec un sentiment de répulsion, c’est qu’il a parfaitement réussi son coup ! Cependant je n’avais pas remarqué grand’chose de ce qu’il raconte dans l’interview finale, les parallèles avec la Bible et tout – j’ai vaguement noté les noms mais franchement je doute que beaucoup de lecteurs fassent plus le rapprochement que moi : il faut pour ça avoir l’Apocalypse et l’évangile de Matthieu en tête, et pour ma part ce ne sont pas des choses que je relis tout les jours ! Bravo tout de même pour la conception de l’idée.
Un livre qui sort des sentiers battus (de mon point de vue de novice en zombies), sombre et glauque.
Chroniques d’ailleurs :  Avides Lectures, Blog-O-Livre