Les Enquêtes d’Hector Krine, T.1

Titre du tome : les Pilleurs de cercueils. De Stéphane Tamaillon. 2010. Aventure / enquête science-fiction (hybride, à tendance steampunk mais aussi fantasy) historique jeunesse*. Pas mal, voire très bien pour découvrir Londres et une certaine culture anglaise.
*désolée, mais c’était ça ou « mélo-mélo de genres, jeunesse »
T.2 : L’Affaire Jonathan Harker
pilleurscercueilsRésumé : « Londres, 1889. Le détective privé Hector Krine est chargé d’élucider une mystérieuse histoire de vols de cadavres. Son enquête le mène jusqu’au coeur des quartiers populaires de la capitale anglaise, où s’entassent les miséreux et les Grouillants, des créatures surnaturelles débarquées des quatre coins de l’Europe, fuyant les persécutions. Quand la nécromancienne Hécate, son amour de jeunesse, est assassinée, l’affaire prend pour Krine une tournure très personnelle. Qui est vraiment Matthew ? Que lui veulent cette meute de loups-garous et cet étrange colosse coiffé d’un chapeau melon ? Quels liens les unissent aux pilleurs de cercueils ? Pour le découvrir, Krine va devoir se confronter à son passé et accepter ses origines… »
J’ai commencé à lire ce roman d’un œil assez sceptique : style parfois hésitant, utilisation de certains mots rares ou inusités au milieu de phrases très communes, voire de paragraphes sans rien de très percutant ni poétique ; énième utilisation du Londres victorien comme décor (danger ! ça devient courant, je ne peux m’empêcher d’établir des comparaisons surtout que je commence à avoir lu pas mal de choses semblables), détective habitant au 221A Baker Street (pouin pouin pouin), intégration de figures mythiques ou totalement stéréotypées sans vraiment de personnalité propre.
Finalement, il n’est pas si mal passé.
Le style ne casse effectivement pas de briques, si ce n’est le persillage de quelques mots ronflants de-ci, de-là (« faix » pour « fardeau » entre autres °_°) ; cependant c’est fluide et entraînant. On ne perd pas trop de temps en descriptions (ce qui est un peu dommage mais à mon sens colle bien à l’ensemble du livre), c’est vraiment écrit dans le plus pur style « aventure », avec pas mal de personnages qui semblent se démener dans tous les sens, et des péripéties à la pelle.
Un très bon point : on n’a pas le temps de s’ennuyer.
Par contre ce qui me chiffonne un peu c’est le mélange des références, et la façon dont elles sont traitées : je l’avais déjà senti dans ma lecture, et j’en ai eu confirmation en lisant le « making-of » du livre, en annexe.
Cet auteur a visiblement plein de références, du People of the Abyss, de London, que j’ai étudié en M1 d’Anglais et qui est assez hard à lire (même si c’est du London, ce n’est pas vraiment un livre très grand public), aux vieux films fantastiques des années 70 (que je n’ai en gros pas vus, je sais c’est une grosse lacune), à la culture mythologique**, et à tout un tas d’autres choses pas toujours très liées entre elles mais qu’il va tout de même réussir à caser tant bien que mal dans son livre. Bref, toutes ces références apparaissent sous forme très restreinte, très survolée. Je pense que pour ceux qui ne les connaissent pas c’est assez rigolo, voire intéressant, mais moi j’y ai vu énormément de superficialité, tout du long ; j’aurais aimé qu’il en utilise certaines de manière plus approfondie, et aussi qu’il en supprime, ou rallonge le livre, car ça en fait juste trop pour un bouquin si court et dans lequel en plus il se passe plein de choses dans la trame du récit, nonobstant la passion de l’auteur pour Londres qu’il veut nous transmettre (ce qui est à mon sens très louable). En fait, se concentrer exclusivement sur Londres aurait été à mon sens plus productif.
**Je note en passant que pour moi Prométhée avait été puni parce qu’il avait volé le feu aux dieux, pas parce qu’il avait construit un homme en argile, mais bon : comme c’est de la mythologie grecque et que je n’ai pas encore été vérifié, je lui accorde le bénéfice du doute de l’existence de deux versions, ou d’une version avec les deux faits. Et puis dans le livre c’est carrément un détail, c’est pour ça que je vous spoile allégrement :D.
En fait, j’y vois un peu un ouvrage pour enfants, mais écrit à la manière YA, avec plus de références « débrouille-toi avec ce magnifique symbole archi-connu que je t’offre parce que c’est cool » que de vraies explications à but informatif. Heureusement qu’il a fait cette annexe au livre, ça en apporte autant que les 200 pages précédentes. Cependant c’est aussi intéressant d’avoir toutes ces pistes de recherche, même si le livre reste résolument du divertissement dans sa manière d’amener les choses.
Un drôle d’hybride tout public, qui certainement distraira les uns et passionnera les autres, même si ce n’est pas le livre de l’année sur aucun des sujets qu’il aborde.

The Revenge of the Shadow King

De Derek Benz & J.S. Lewis. Fantasy/fantastique jeunesse. Très bonne lecture.
(Grey Griffins, T.1 – trois autres livres sont déjà sortis )
revengeskSum-up : « Max Sumner and his three best friends, Harley, Ernie, and Natalia–who form the secret club The Grey Griffins–seem to be the only people in their very normal Minnesota town to notice that strange things have started to happen. When creatures like goblins and fairies and unicorns, all characters from a card game the Grey Griffins play, begin to make appearances in Max’s backyard, Max and his friends know something is terribly wrong. And it’s up to them to stop the wicked creatures of the cards from destroying their town-indeed, their world. »
     Nous avons donc nos quatre jeunes héros, qui ont pour une fois dans mes lectures (de ces dernières années) 11 ans et pas 14, et m’ont à travers toute l’histoire fait pas mal penser à ces séries que j’ai pu lire étant plus jeune : les Club de Cinq (Famous Five en VO), le Clan des Sept (même s’ils étaient moins doués que les précédents), les Alice Roy (qui s’appelle en réalité Nancy Drew…), et les autres dont j’ai oublié les noms mais qui m’ont fait partager plein d’aventures parfois cocasses, parfois tirées par les cheveux, s’en sortant parfois avec des astuces dignes de McGyver, et accumulant aussi les coups de bol/pas de bol au fil de leurs épopées… Bref un vrai et agréable retour en arrière !
J’ai souri en trouvant encore le thème des Templiers, il semble me poursuivre dans mes lectures ces derniers temps ! Ou alors c’est inconscient, j’emprunte des séries de livres sur des thèmes semblables pendant certaines périodes. En tous cas ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, la dernière fois c’était Napoléon qui me poursuivait (avec Téméraire, entre autres). Cependant, bien que les thèmes ésotériques/féériques soient bien là, ils n’ont de vocation qu’à servir de prétexte à une suite de péripéties aventureuses d’une bande de gamins, et n’ont rien de très « sérieux » (mélange des thèmes, « pistes » non creusées, gros stéréotypes…). Le point fort de ce livre, d’après moi, c’est justement son mélange de fraîcheur (scénario simple et attendu, personnages enfants et stéréotypés) et de profondeur qui tient surtout dans la psychologie des personnages, des réflexions sur la vie, l’école, la famille, les amis, et aussi des vertus comme le courage ou l’obéissance.
On peut trouver ça simpliste, et je pense que certains lecteurs n’accrocheront tout simplement pas ce livre car ils ne lisent plus d’ouvrages typiques « jeunesse » depuis longtemps – ou n’en ont jamais lu, tout simplement, parce qu’ils n’en aiment pas le style.
Bonus : Et allez on s’amuse avec une page que j’ai trouvée en cherchant si c’était traduit en français ou pas. Visiblement, c’est « ou pas », désolée pour ceux que ça aurait tentés mais qui ne lisent pas l’anglais 😦 – mais c’est bien drôle tout de même : Lire Griffins gris.

Histoires japonaises d’esprits, de monstres et de fantômes

 De Eric Faure. 2006. Essai / livre d’étude. Très bonne lecture, mais très (trop ?) complet.
histoiresjaponaisesBien que ce livre ne soit pas très gros (240 p.) j’ai mis assez longtemps à le lire. En effet l’auteur est professeur d’université au Japon, installé depuis 12 ans dans le pays, et apparemment spécialisé dans la culture locale de Kyôto, et bien que son ouvrage soit classé dans les « contes » à la médiathèque, le simple fait qu’il soit édité chez L’Harmattan aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Il s’agit là plus d’un ouvrage d’étude sur la culture folklorique du Japon qu’un livre de contes traditionnel qu’on peut lire à  ses enfants ou parcourir d’un œil distrait à la fin d’une longue journée. Le niveau de langue est assez haut, et on a autour de chaque conte énormément d’explications sur les lieux physiques réels, les noms que ce soit des lieux ou des personnages, historiques ou non, avec idéogrammes et significations associés, sans parler de tout l’environnement politique et historique, les ères, les changements sociaux, l’évolution de l’art, la religion. En bref : il faut s’accrocher. J’ai appris pas mal de choses concernant le mode de vie, de croyance et sur les lieux sacrés japonais, mais je me suis sentie noyée dans les noms et les références, n’en ayant que très peu concernant ce pays, et du coup je n’en ai en gros retenu aucun.
Concernant les contes en eux-mêmes, j’en connaissais la trame pour la plupart, et quelques personnages et créatures récurrentes, j’ai donc été moins perdue. On a souvent droit à plusieurs versions (annoncées) du même conte, avec toujours des explications pour justifier l’apparition de tel ou tel détail. Il y a aussi beaucoup de références à l’art japonais (peinture, théâtre, architecture) – et là encore les informations sont multiples, et les analyses qui vont avec.
Néanmoins, mis à part le chapitre sur les objets animés – concept qui ne me disait franchement rien ! – je n’ai pas une seule fois réellement décroché du livre. Le style de l’auteur est assez fluide malgré tout, et permet régulièrement au lecteur de « souffler » avec des focus sur des concepts simples ou des relâchements dans les accumulations d’explications et de références.
Je conseillerais ce livre aux gens qui s’intéressent au Japon, au folklore ou aux contes, en les prévenant que c’est une étude et non pas un simple recueil, et que c’est une lecture d’un niveau exigeant (universitaire plutôt que grand public).

L’Apprenti Épouvanteur

De Joseph Delaney. 2005- … (en cours). Fantasy. Excellente série.
Titre original : The Spook’s Apprentice,
Une lecture que j’ai beaucoup appréciée. Quelqu’un d’un forum de fantasy m’en avait un jour parlé, je les ai successivement empruntés à la médiathèque locale ; j’ai tout de suite accroché.
apprenti epouvanteurRésumé : « ‘L’Épouvanteur a eu de nombreux apprentis, me dit maman. Mais peu ont achevé leur formation. Et ceux qui y sont parvenus sont loin d’être à la hauteur. Ils sont fragiles, veules ou lâches. Ils se font payer fort cher de bien maigres services. Il ne reste que toi, mon fils. Tu es notre dernière chance, notre dernier espoir. Il faut que quelqu’un le fasse. Il faut que quelqu’un se dresse contre les forces obscures. Tu es le seul qui en soit capable.’  Thomas Ward, le septième fils d’un septième fils, devient l’apprenti de l’Epouvanteur du comté. Son maître est très exigeant. Thomas doit apprendre à tenir les spectres à distance, à entraver les gobelins, à empêcher les sorcières de nuire… Cependant, il libère involontairement Mère Malkin, la sorcière la plus maléfique qui soit, et l’horreur commence… »
En France il y a au moins 10 tomes de parus en décembre 2012, chez Bayard Jeunesse (j’en ai lu 9). L’auteur étant anglais, il y en a peut-être même plus de parus au Royaume-Uni. Les lire un jour en anglais est une idée, mais pour le moment je n’en ai pas trouvé ni en occasion ni en bibliothèque, et la traduction* me paraît excellente par ailleurs. La moyenne des tomes est de 300 pages, mais c’est écrit assez gros et le style est très fluide, donc ça se lit plutôt très vite.
Lien vers le site anglophone : http://www.spooksbooks.com/spooksbooks.asp
Je trouve cette lecture reposante. La fantasy actuelle me donne parfois le vertige tant elle fourmille de complexité, de personnages hauts en couleur, d’intrigues à répétition, de peuples tous plus extravagants les uns que les autres, de mondes enchantés, de dragons, chimères et autres fadaises plus ou moins bien intégrées à l’histoire, de grands discours et descriptions incroyables.
Laissons tout ça un instant.
Un univers restreint mais bien maitrisé. La campagne anglaise, on ne sait trop en quelle année (type Moyen-Age), des familles et des gens qui y vivent. Un cadre que je qualifierai de folklorique – les bonnes gens du secteur ont régulièrement affaire à l' »obscur », autrement dit les forces maléfiques « communes » : sorcières, gobelins, et autres calamités. Le jeune héros, Tom, est appelé à devenir épouvanteur [« Spook » en anglais] (il débute avec le statut d’apprenti, comme tout corps de métier) – autrement dit dératiseur, pardon, chasseur des forces de l’obscur.
Ajoutez suffisamment de relations familiales et amicales (ou pas) pour donner un peu de réalisme au récit, et hop. N’était le côté magique omniprésent, on trouverait un rythme et une narration assez semblable aux récits d’aventures, avec cependant suffisamment de pauses pour que ça paraisse crédible (fatigués, blessés…), et aussi que ça ménage le lecteur (non ce n’est pas qu’une longue suite de batailles ou d’apprentissage sur l’obscur). Le ton est juste, ni trop épique ni trop infantilisant. Le héros s’empêtre et se dépêtre de situations variées, qui l’entraînent non seulement lui mais aussi son maître et d’autres personnes de son entourage dans des péripéties et histoires plus ou moins lugubres et dangereuses. On trouve aussi tout plein de références au folklore – type de créatures, sortilèges, moyens de s’en protéger… L’environnement et métier de l’épouvanteur est entièrement basé là-dessus.
* De Marie-Hélène Delval, dont je salue au passage les qualités dans bien d’autres traductions et également parutions de son cru : les Chats m’avait trop fait flipper au collège, c’est une petite nouvelle classée en jeunesse, mais tout à fait bien tournée, je l’ai même relue plusieurs fois.