Coup de tabac

De (Sir) Terry Pratchett. 2012. Fantasy humoristique. Coup de cœur, relecture, Pratchett, toussa toussa. Excellent roman dans son ensemble.
Titre original : Snuff, 2011. Traduit de l’anglais par le non moins bon Patrick Couton.
coupdetabacRésumé : « Blousé, Vimaire. Dame Sybil, son épouse aimante, lui impose quinze jours de congés à la campagne dans le manoir familial. La vie de hobereau, rien de folichon pour le commissaire divisionnaire du Guet d’Ankh-Morpork, non plus que la déférence servile qu’on lui témoigne, à lui qui tient pour article de foi que les hommes sont tous les mêmes le pantalon baissé. La tradition le veut, le flic en vacances n’a pas ouvert sa valise que le premier cadavre lui saute à la figure. Mais ce n’est pas un meurtre ordinaire qui attend Vimaire, c’est un crime contre l’existence et la dignité d’une espèce entière. Qu’importe s’il est hors de sa juridiction, si les repères lui manquent dans le monde rural et si l’on s’acharne à le mener en bateau, la justice doit passer. »
Que dire, que dire ? Ce 34e tome des Annales du Disque-Monde, je l’attendais comme à peu près les 5 ou 10 autres avant, je ne me souviens plus exactement du moment où j’ai rattrapé l’édition de la série. Je l’avais déjà lu en anglais avant, il y a un peu plus d’un an, puisque la bibliothèque américaine de Nancy a toute la collection ou presque (toutes les Annales en tous cas, j’en suis presque sûre). Comme d’habitude j’aime les relire en français, pour profiter de la merveilleuse traduction de M. Couton, qui me permet de me plonger une deuxième nouvelle fois dans l’histoire, grâce à des jeux de mots légèrement différents que je découvre à chaque fois avec bonheur.
Ce tome, à l’image de Jeu de Nains qui en est la préquelle directe, continue à faire évoluer non seulement le désormais commissaire Vimaire mais également son environnement vers des sujets toujours plus sombres, plus graves, plus sérieux – dans ce paradoxe littéraire qu’est souvent un ouvrage de Pratchett, mêlant humour parfois potache, politique, intrigues, et sujets de société.
Dans l’ensemble si vous ne voyez pas de quoi je parle, je vous conseille fortement de commencer à lire Pratchett en ouvrant ses premiers livres, ou au moins le premier de la « saga du Guet », qui est le Guet des orfèvres, ou Au guet !, je ne m’en souviens jamais, et de lire ses ouvrages dans l’ordre, car les personnages et leur environnement ont tendance à évoluer (Au moins les sorcières, le Guet, Tiphaine Patraque / les Nac Mac Feegle [« romans jeunes adultes » ci-dessous], la Mort – la série mettant en scène Rincevent est je trouve la moins aboutie, et de loin, et donc plus facile à lire dans le désordre).

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Note : le tag « Jane Austen n’est pas une erreur ! Mais ce livre n’est pas à proprement parler austenien non plus :p

Pride and Prejudice

De Jane Austen. Penguin, 1994 (1e ed. 1813). « Grand classique », roman socio-romantique. Une très bonne surprise ! [298 p.]
Titre fr : Orgueil et préjugés
prideandprejudiceRésumé : « Pour les Anglaises du [tout début du] XIXe siècle, hors du mariage, point de salut ! Romanesques en diable, les démêlés de la caustique Elizabeth Bennett et du vaniteux Mr Darcy n’ont pas pris une ride ! Mais il faut parfois savoir renoncer à son orgueil. Et accepter la tombée des masques pour voir clair dans la nuit. Un classique universel, drôle et émouvant. »
En gros la famille Bennet, de ce qui me semble être de la petite bourgeoisie si cette appellation est acceptable, a 5 filles à marier : Jane, Elizabeth, Mary, Kitty et Lydia. Un nouveau voisin plutôt jeune venant d’arriver, c’est la course entre les parents du voisinage, qui ont presque tous des prétentions équivalentes. Arrivent par là-dessus d’autres personnages, tous liés de manière différente les uns aux autres : Mr Darcy bien sûr, mais aussi bien d’autres qui vont tous graviter autour de la famille Bennet, être analysés par Elizabeth, et souvent aussi confrontés à la jeune fille, à qui les affrontements ne font pas peur bien que ce ne soit pas bien vu par tout le monde…
      Cela faisait un bail que je me tâtais à me lancer là-dedans, et bien plus longtemps encore que j’avais entendu parler de ce livre, et aussi de son auteur. Entre les grands classiques et moi ça a toujours été plus une histoire d’indifférence voire d’ennui que de grand amour, mis à part de très rares exceptions. Cependant depuis quelques années, j’ai entendu parler à plusieurs reprises de cet ouvrage comme d’une lecture plaisir, comme d’une romance qui était en fait plus qu’une romance, et aussi de son auteur comme étant très en avance sur son temps, et aussi bien moins ennuyeuse que les résumés hâtivement lus peuvent le faire paraître – j’ai d’ailleurs été particulièrement surprise de voir des gens qui, comme moi, ne lisent pas de romances d’habitude, lire et même relire Jane Austen. Je n’ai jamais vu aucune des adaptations cinéma, je me suis donc lancée dans ma lecture sans d’autres idées reçues que celles énoncées ci-dessus.
     Arrivée au bout de 2 pages je savais déjà que c’était une découverte très intéressante et intriguante, même si je ne pouvais pas encore savoir si tout allait me plaire ou non. L’introduction de la famille Bennet, surtout les deux parents qui sont à mon sens les deux personnages les plus comiques du roman, s’effectue de manière directe, piquante, décapante – pas vraiment ce à quoi je m’attendais d’un livre aussi vieux. J’ai aussi assez vite vu que l’anglais de Mlle Austen allait requérir de ma part plus de concentration que d’habitude – vocabulaire très formel et archaïque, tournures de phrases également inhabituelles – et phrases parfois très longues en plus ! J’ai fini par m’y faire au fil des pages, même si je suis sûre que quelques phrases ici et là m’ont partiellement échappées !!
      On m’a fait la réflexion : « Mais d’habitude tu n’aimes pas les romances ? » – et je trouve que c’est une réflexion très pertinente. J’ai tenté de répondre à cette question puis me suis si bien laissée entraîner que j’ai fini par écrire bien trop de lignes et trop peu en lien direct avec cet ouvrage, que j’ai rassemblées dans un article à part. Pourquoi ai-je aimé Pride and Prejudice ? D’abord comme je l’ai dit ci-dessus pour le style caustique de l’auteur ; et aussi pour les thèmes sociaux et relationnels abordés. On tourbillonne non seulement autour d’Elizabeth mais également autour des autres membres de sa famille, et pour Austen c’est une occasion formidable de nous montrer ce qui est ridicule, ce qui ne va pas, toutes les petites affaires un peu cliché de la bourgeoisie de l’époque, si drôles à commenter (parfois via Elizabeth, parfois venant directement de l’auteur) : les jalousies, les envies, les mariages arrangés, ce qui doit ou ne doit pas se faire, les aspirations des gens à se hisser dans l’échelle sociale, à bien se faire voir, etc. J’ai aussi beaucoup aimé la fratrie Bennet, c’est vraiment une famille de fous ! Un certain nombre de personnages sont franchement comiques, parfois un peu exaspérants voire carrément détestables, mais quasiment toujours hauts en couleur, et plutôt bien développés. Quelques-uns sont un peu moins originaux, mais leur psychologie à tous est je trouve plutôt bien tournée, et tout à fait convaincante.
      Les romances sont de mon point de vue exposées et racontées de manière assez rationnelle, on est vraiment dans le romanesque du XIXe, tout en finesse et subtilité, même si le ton reste lyrique ici et là (à la grande joie de Mlle Austen qui se moque d’un peu tous ses personnages jusqu’au bout ! 🙂 ). De plus, les deux principaux protagonistes (constituant de la principale romance), Elizabeth et Darcy, sont tous les deux des personnes très rationnelles, avec leur caractère et leurs défauts, et loin d’êtres stupides , ce qui m’a permis de m’attacher plus facilement à eux  – la fin du roman, bien qu’attendue, se termine sur un ton auquel je ne m’attendais pas ! Du coup au contraire d’autres romances ça ne m’a pas énervée ni gênée dans ma lecture ; on voit les deux personnages avancer pas à pas l’un vers l’autre au gré d’une lente évolution, et à côté se déroule plein d’évènements dans lesquels ils sont pris, qui ont des incidences sur eux, ou pas – en fait les intrigues sont bien entremêlées, forment un ensemble cohérent dans lequel ils ont tous les deux leur place respective, en tant qu’acteurs et spectateurs.
J’ai eu plaisir à lire les nombreux dialogues, dans l’ensemble assez subtils et très bien formulés, à travers lesquels se déroule la plus grande partie de l’intrigue – souvent le style est très poétique, très esthétique ; j’ai trouvé assez peu de descriptions dans l’ensemble, Austen se tournant seulement par moments vers la narration afin de nous montrer un tableau d’ensemble, ou de faire avancer l’histoire de quelques jours ou semaines…
Enfin bref, un roman qui m’a paru classico-classique au premier abord, mais qui n’en est pas moins aussi très drôle, parfois complètement loufoque, et franchement pas aussi ennuyeux que je l’avais craint, même si je ne le recommanderais pas à tous, au vu des thèmes abordés et du style vieillot et parfois un peu moralisateur.

 

Chroniques d’ailleurs :  Bazar de la Littérature, Le Chat du Cheshire, Des livres, des livres !, Books and cups of tea, Chasing Books

 

Challenge : les 100 livres à avoir lu

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