Déjà dead

De Kathy Reichs. Pocket, 1998. Thriller. Bonne lecture. [542 p.]
Titre original : Déjà dead, 1997.
Série : Temperence Brennan, #1
dejadeadRésumé : « A Montréal, sur la table de dissection du laboratoire de médecine légale de la police provinciale, arrive un cadavre découvert dans l’ancien parc du Grand Séminaire. Le docteur Temperance Brennan est chargé d’autopsier ce qu’il reste d’une femme découpée en morceaux. Son expertise va l’amener en première ligne de l’enquête, seule, en butte à l’hostilité de son collègue policier et face à l’assassin qui collectionne les victimes féminines… Cinq femmes sont déjà mortes. Sera-t-elle la prochaine?« 
Comme je l’avais déjà dit de Kathy Reichs, elle ne fait pas partie de mes écrivains préférés dans le sens où elle n’a pas de grande originalité ni dans son style ni dans ses idées de manière générale, mais en même temps elle représente maintenant pour moi une sorte de valeur sûre : j’ai envie de lire vite fait un thriller un peu macabre, pas mauvais mais pas prise de tête non plus, un de ses livres risque toujours de bien faire l’affaire ! Et c’est plus ou moins sur une telle envie que j’ai ressorti ce livre qui prenait la poussière sous une figurine de vaisseau de… Warhammer 40k peut-être, depuis quelques années. En effet, ces 500 pages et quelques sont aussi bien passées qu’un livre de 200 pages de moins.
Ce livre-ci, son premier apparemment, offre je trouve un rythme un peu plus soutenu et un meilleur arrière-plan scénaristique que A tombeau ouvert ou Les Os du Diable.
L’action se situe au Québec, où Brennan se retrouve plus ou moins expatriée, étant américaine. On trouve donc tout un tas de comparaisons des deux cultures, surtout du point de vue linguistique, et le texte est truffé d’expressions typiques de la région – enfin, j’imagine ! Ne connaissant que bien peu cette région et sa culture, je serais bien en peine de vous dire si c’est un ramassis de clichés ou si cette vision du Québec peut être considérée affectueusement réaliste. :p En tous cas ça m’a bien fait sourire tout au long du texte. Dans la même idée l’environnement de travail de l’héroïne est assez dense, on connaît ses relations avec ses autres collègues, les problèmes qu’elle rencontre ; on entre aussi assez fréquemment dans sa vie quotidienne et cela donne un rythme assez particulier, même si pas forcément moins tendu que dans d’autres thrillers étant donné qu’on reste toujours dans sa tête, avec ses doutes, questions et réflexions sur l’enquête, formant ainsi quelque chose de plutôt obsessionnel du point de vue du lecteur ! Le côté « médecine légale » est toujours très largement exploité, avec force détails peu ragoûtants qui en raviront certainement certains plus que d’autres… Mais encore une fois les amateurs du genre n’en seront probablement pas trop chamboulés, on reste dans une certaine « norme ».
J’ai vu venir un des derniers retournements de situation de très très loin, dès que l’amie Gabby a été impliquée dans l’histoire générale. Mis à part ce point un peu grossier, le reste ne m’a ni spécialement plu ou intriguée, ni lassée.
J’apprécie toujours autant le personnage de Temperance Brennan et ses dizaines de petites réflexions et commentaires sur tout et rien, alternant les modes sérieux, professionnel, cynique, humoristique, ou décalé. Je regrette également toujours que peu de personnages de la série soient exploités en dehors d’elle, ou, quand ils le sont, que ce soit toujours de façon bien moins forte et dense.
Un bon thriller dans la veine de beaucoup d’autres, que je ne conseille ni déconseille spécialement !
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Winterheim [Intégrale]

De Fabrice Colin. Pygmalion, 2011. Fantasy. (Très) Bonne lecture. [604 p.]
Winterheim existe  au départ en un cycle de trois tomes : Le Fils des Ténèbres, La Saison des conquêtes, La Fonte des rêves.
188 WinterheimRésumé : « Il y a bien longtemps, les Faeders et les Dragons ont décidé de ne plus s’immiscer dans les affaires des mortels. Retirés loin de Midgard, ils ont cependant confié à la Dame des Songes et à ses trois demi-sœurs les Ténèbres la tâche de veiller sur les humains. Aujourd’hui, dans le royaume de Walroek, le jeune forestier Janes Oelsen, dont les parents n’ont jamais pu comprendre le caractère rêveur et la juvénile impétuosité, entre en possession, à la suite d’un pari, d’une mystérieuse carte. Accompagné de sa fidèle chouette Flocon, il part pour le château maudit de Nartchreck où, à en croire les légendes, repose un fabuleux trésor… »
J’oscille entre le « bonne » et « très bonne » lecture. Dans l’ensemble c’est de la fantasy assez classique mais en même temps très originale et bien construite (je me comprends ! :p), mais j’ai aussi repéré quelques maladresses ou choses qui m’ont dérangée.
La reprise des mythes nordiques est je pense le point fort majeur de l’œuvre (avec la qualité de la plume de l’auteur). Les dieux très « humains », arrogants, méprisants, avides, violents et machos (en tous cas ceux qu’on voit !), ainsi que les déesses qui sont ici montrées plus douces, protectrices, sages, raisonnées, maternelles, se livrent une bataille rangée mêlant mythes et politique. L’insertion des Dragons est pour moi inattendue, mais je connais moins la mythologie d’origine que la gréco-romaine, ou même l’égyptienne. J’ai tout de même grandement apprécié le point de vue de l’auteur sur les dieux asgardiens et la nouvelle mythologie qu’il a mis en place autour : la place du Temps, des autres personnifications anthropomorphiques (:p), d’Yggdrasil, des sorcières, et des populations humaines aux prises avec tout ce petit monde magique. Je parle de « petit monde » mais en fait j’ai ressenti l’univers comme quelque chose de riche et de profond, on a souvent le droit d’ailleurs à des genres d’interludes descriptifs (ou même narratifs), parfois même hors-sujet avec l’action présente, qui ne semblent être là que pour aider le lecteur à plonger un peu plus dans le monde entre Midgard et Winterheim. Sur ce point je trouve que Fabrice Colin a fait très fort, l’immersion a très bien marché sur moi, et a été très convaincante.
Les quelques choses qui m’ont moins plu sont de manière générale plutôt des détails : quelques longueurs dans l’histoire, quelques passages un peu confus, et quelques tentatives de narration originales qui pour moi n’ont pas été très concluantes, notamment le texte sans ponctuation que je n’ai pas trouvé très utile et plutôt casse-pieds à lire, et la rencontre de Livia et Janes autour de la table du festival, où j’avais envie de lire d’abord toutes les pages de l’un puis toutes les pages de l’autre ! (Les deux points de vue étaient présentés en vis-à-vis, Janes page de gauche et Livia page de droite, sur quelques pages en tout). Par contre j’ai aimé d’autres prises de risque ou brisures de codes structurels de temps à autre, le choix de chapitres très courts, les nombreuses voix dont beaucoup données à des personnages secondaires voire d’arrière-plan qui ont un aspect de figurants sur lesquels la caméra se focaliserait furtivement. La scène avec les aulnes m’a bien entendu fait penser aux Ents, mais je crois me souvenir que Tolkien n’a ici strictement rien inventé et qu’on touche aux racines (pardon) du folklore nordique, tout court. D’ailleurs les deux auteurs ne gèrent pas du tout leurs arbres de la même façon.
Il y a aussi des choix de l’auteur que je n’ai pas trouvé très cohérents ou justifiables, certaines choses un peu tirées par les cheveux ou tues pendant longtemps sans qu’on sache très bien pourquoi. La rencontre de Janes avec Julea un an seulement après sa séparation d’avec Livia m’a semblé vaguement abusive – il était amoureux fou de Livia, vraiment ? Dans un monde aussi lyrique, je ne m’attendais pas à ça, surtout après toute la poésie déployée autour des deux personnages dans les chapitres précédents. Sommes-nous censés penser que Janes « n’est qu’un homme » ? Dans ce cas bonjour le machisme, et personnellement je trouve que ça casse un peu ce qui a été construit précédemment. D’ailleurs au niveau du ton et des thèmes utilisés je pense qu’il y aurait peut-être eu moyen de faire quelque chose de plus équilibré, entre les instants de poésie lyrique, de descriptions grandioses, de scènes bien violentes ou sanglantes, et les scènes de sexe quand même relativement nombreuses (je veux dire par là que j’ai parfois pensé qu’on aurait pu avoir une description plus courte voire une scène supprimée car cela n’amenait rien de spécial). Peut-être que c’était une manière de montrer la brutalité et la multiplicité du monde, je n’en sais rien !
J’ai été parfois gênée, perdue ou dégoûtée, souvent emportée par le torrent d’écriture. Sa force est néanmoins incontestable, que l’on aime tout ou seulement une partie du livre, il y a quelque chose de puissant qui s’en dégage. Un roman qui n’est pas parfait mais qui vaut le coup d’être lu si vous aimez la fantasy et/ou la mythologie scandinave.
NB : le nom du chapitre « Carnaval de neige » a été pour moi comme un écho à « Bal de givre…* ». Coïncidence ? Aucune idée.
* « … à New York », autre œuvre de l’auteur (en jeunesse).
Chroniques d’ailleurs :  Blog-O-Livre, Lectures Trollesques

Le Protectorat de l’ombrelle, T.2 : Sans Forme

De Gail Carriger. Orbit, 2011. Fantasy urbaine / Steampunk. Coup de cœur pour la série. [319 p.]
Titre original : The Parasol Protectorate, Book the Second : Changeless, 2010.
Sans-formeRésumé : « Un jour qu’elle se réveille de sa sieste, s’attendant à trouver son époux gentiment endormi à ses côtés comme tout loup-garou qui se respecte, elle le découvre hurlant à s’en faire exploser les poumons. Puis il disparaît sans explication… laissant Alexia seule aux prises avec un régiment de soldats non humains, une pléthore de fantômes exorcisés, et une reine Victoria qui n’est point amusée du tout. Mais Alexia est toujours armée de sa fidèle ombrelle et des dernières tendances de la mode, sans oublier un arsenal de civilités cinglantes. Et même quand ses investigations pour retrouver son incontrôlable mari la conduisent en Écosse, le repère des gilets les plus laids du monde, elle est prête ! « 
Bon déjà presque tout ce que j’ai dit sur le tome 1 reste d’actualité. Les scènes « crues » se font néanmoins un peu plus rares, contexte oblige (ça deviendrait lourd sinon). C’est toujours drôle et passionnant. J’ai apprécié voir enfin les fantômes devenir plus que de simples connaissances d’arrière-plan de l’univers. D’ailleurs j’ai embrayé sur le tome 3 à la suite d’un PUTAIN DE CLIFFHANGER à la fin de ce tome-ci (fini il y a à peine une demi-heure, excusez mon état d’ébriété de folie passagère).

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1502

De Michael Ennis. Le Cherche-Midi, 2013. Roman historique policier. Excellente lecture. [569 p.]
Titre original : The Malice of Fortune, 2012
1502Résumé : « Les Borgia règnent sur l’Italie. Le pape Alexandre VI, de son vrai nom Rodrigo Borgia, apprend que l’on vient de retrouver un indice qui permettrait peut-être d’expliquer, cinq ans après les faits, le meurtre mystérieux de son fils ainé, Juan. Une amulette dont celui-ci ne se séparait jamais est en effet réapparue près du corps d’une inconnue assassinée à Imola, siège de la cour de son autre fils, le Prince César Borgia. Il charge alors Damiata, l’ex compagne de Juan, d’élucider ce mystère. À Imola, Damiata apprend que le cadavre de l’inconnue, atrocement mutilé, a été confié à l’ingénieur général auprès de César Borgia, un certain Léonard de Vinci, passionné d’anatomie et précurseur de la médecine légale. Alors qu’elle vient de faire la connaissance d’un diplomate florentin, Nicholas Machiavel, en mission secrète auprès du Prince, une seconde femme est retrouvée assassinée dans des conditions tout aussi atroces. Damiata, aidée de Leonard de Vinci, l’éminent scientifique, et de Machiavel, le fin connaisseur de l’âme humaine, se mettent alors sur la piste d’un tueur, dont l’intelligence et l’érudition n’ont d’égale que la perversité. Bien vite, il apparaît en effet que celui-ci agit selon un schéma bien précis, en forme d’énigme, comme un défi lancé aux plus grandes intelligences de son temps. Œuvre monumentale, qui a demandé à son auteur plus de dix ans de travail, 1502 fourmille de détails sur la vie de Léonard De Vinci, dévoile l’histoire secrète qui a inspiré à Machiavel son chef d’œuvre, Le Prince, et recrée avec un rare bonheur ce moment de l’histoire de l’humanité où l’esprit de l’homme – et sa dimension criminelle – est entré dans l’époque moderne. Il ravira autant les amateurs d’Histoire que de suspense.« 
J’ai commencé ce roman il y a près de deux mois, et ai achevé sa deuxième moitié cette après-midi ! Eh oui, je ne sais pas pourquoi mais j’ai eu énormément de mal à avancer dessus, tout en ne lui trouvant aucun défaut (ou très peu). Il faut croire que je n’avais tout simplement pas très envie de lire ce style de livre. Quoi qu’il en soit, je ressors de ma lecture enchantée, et encore un peu perdue dans les méandres politiques et la richesse intellectuelle de cette Italie post-Quattrocento.
Loin d’être un thriller historique, c’est plutôt un « simple » roman policier. Oui, il se passe des choses horribles et les héros sont en danger, mais le rythme reste assez lent et entrecoupé de moments qui sont soit politiques, soit romanesques, soit historiques… C’est super intéressant mais ça n’a rien à voir avec Grangé, Maxime Chattham ou même Dan Brown. Il n’y a pas quantité de péripéties, chacune se passe assez vite et n’apporte pas forcément de dévoilement de l’énigme sur l’instant, et les mystères mêmes sont en assez petit nombre. Le côté historique prime largement, les personnages ont peu de moyens d’enquêter, et donc galèrent pas mal ! 😉
En fait le livre est très riche et touche à beaucoup de domaines, et j’ai véritablement senti les recherches effectuées par l’auteur. D’ailleurs je pense que le foisonnement de références et d’informations peut être vu comme une gêne autant que comme un plaisir : par exemple, l’auteur émaille son texte de mots italiens (en italique, hihi) : vecchia, designo (deux significations, il joue beaucoup avec d’ailleurs ! 😉 ), mappa, palazzo, ainsi que beaucoup d’autres. J’ai fait du latin et un peu d’italien, donc je reconnaissais la plupart des mots, qui sont de toutes façons explicités la première fois qu’ils apparaissent, dans leur majorité. Cependant j’imagine que ça peut perdre certains lecteurs – j’ai une expérience semblable assez mauvaise d’une trilogie de Arthuro Perez-Reverte : je ne conseille pas du tout ces livres à quelqu’un comme moi qui ne connaît rien de l’Espagne et s’en fiche assez royalement ! 1502 est aussi rempli de références intellectuelles et littéraires : le Prince, ainsi que les autres écrits de Machiavel, que je suis super contente d’avoir lu puisque ça m’a permis de relier plein de choses et de me remémorer la plume de cet auteur ; la Divine Comédie dont la lecture ardue a enfin pu également me servir à quelque chose 🙂 ; et tout un tas d’autres références à la mythologie latine, la culture romaine, les mœurs italiennes de la Renaissance, les Borgia, le fait que l’Italie n’était pas unifiée à l’époque mais constituée de différents Etats dépendant de villes (Venise, Florence…), les auteurs antiques classiques tant grecs que latins, les inventions de Leonardo da Vinci, les prémices de la médecine et de la psychologie/psychiatrie… Bien sûr je n’ai pas toutes ces références, et j’ai très bien suivi la plupart des propos de l’auteur (sauf, comme toujours, certains rouages politiques) – mais je pense que quelqu’un qui n’en connaîtrait aucune pourrait se retrouver perdu assez vite.
De même la langue est très riche, et bien que je n’ai pas eu de réelle difficulté à lire le livre je ne le qualifierais pas de lecture facile même au visu du style. J’ai d’ailleurs relevé quelques mots que j’aimerais rechercher dans le dictionnaire.
Je me suis très vite attachée aux personnages, qui ne sont en fait pas si nombreux. Simplement je me suis beaucoup perdue dans les liens politiques et familiaux, me référant souvent à l‘index des personnages sagement prévu par l’auteur au début du livre ! Bien sûr Damiata et Niccolò (Machiavelli, tous les personnages ont tendance à être appelés par leur prénom) ont ma préférence – j’ai juste eu un instant d’hésitation quand Machiavel est passé en tant que narrateur via la plume d’Ennis, vers le milieu du roman – et finalement je m’y suis faite et je l’ai même trouvé plutôt convaincant. J’ai également remarqué et apprécié les citations de l’historien données au début de chaque chapitre – pour moi Ennis lui a rendu dans cet ouvrage un très bel hommage, et je ne doute pas que certains lecteurs vont se tourner vers ses écrits ! J’ai eu nettement moins d’atomes crochus avec Leonardo (da Vinci), qui m’a paru plus proche du savant fou qu’autre chose, et carrément moins humain, tout simplement. On voit venir la romance de trèèèès loin, mais je l’ai trouvé bien intégrée à l’histoire, jolie, et n’empiétant pas trop sur le reste, en un schéma somme toute très classique.
A la fin de l’ouvrage l’auteur donne des précisions sur les faits réels dont il s’est inspiré, et la fiction qu’il y a ajouté. J’apprécie toujours le geste, je trouve que ça donne plus de valeur au livre. 🙂

L’Évangile cannibale

De Fabien Clavel. ActuSF, 2014. Horreur – zombies. Très bonne lecture. [283 p.]
evangilecannibaleRésumé : « Aux Mûriers, l’ennui tue tout aussi sûrement que la vieillesse. Matt Cirois, 90 ans et des poussières, passe le temps qu’il lui reste à jouer les gâteux. Tout aurait pu continuer ainsi si Maglia, la doyenne de la maison de retraite, n’avait vu en rêve le fléau s’abattre sur le monde. Et quand, après quarante jours et quarante nuits de réclusion, les pensionnaires retrouvent la lumière et entrent en chaises roulantes dans un Paris dévasté, c’est pour s’apercevoir qu’ils sont devenus les proies de créatures encore moins vivantes qu’eux. Que la chasse commence…
Fabien Clavel, lauréat d’une douzaine de prix et auteur d’une vingtaine de romans, est l’une des voix les plus connues de l’imaginaire. Sa plume caméléon s’adapte à sa volonté d’en explorer tous les sous-genres. Avec L’Évangile cannibale, il revisite le mythe du zombie et du survival dans un roman court, rythmé et caustique.« 
L’auteur ne mâche pas ses mots, ou plutôt il nous les crache à la figure. C’est brut, cruel, vulgaire même. On entre dans l’histoire via les pensées de Matt Cirois, pensionnaire de 90 ans aux Mûriers, et c’est pas joli-joli. « Tout est sale, à l’intérieur comme à l’extérieur », dit-il de son environnement physique et humain – et cela semble être très applicable à lui-même également. Et pourtant je ne peux m’empêcher de ressentir de la pitié, de l’amusement et même de la tendresse à l’égard de cet être humain entièrement révolté, fermement décidé à ne pas « se laisser crever » sans résistance, devenu paranoïaque et méfiant à force de côtoyer déchéance, mépris et stupidité.
« Nettoie les chiottes et le vieux assis dessus. Je suis sûr que certaines [aide-soignantes] aimeraient bien nous passer au jet d’eau en même temps que la salle de bains. C’est à peine si on ne nous essuie pas avec la serpillière qu’on passe sur le sol. »
J’ai remarqué qu’il n’y a pas de majuscules aux noms des résidents et personnel de la maison de retraite. Vu le systématisme je pense que c’est voulu, toujours dans ce but de déconstruction et de dépersonnalisation que l’auteur semble suivre depuis le début. (Point confirmé par l’interview de l’auteur présente à la fin)
Je me suis laissée prendre à l’histoire, dont la première moitié consiste surtout à mettre en scène l’environnement et les personnages, nous les présenter, nous installer dans le quotidien physique et mental de ces vieux. C’est très original, ça change effectivement beaucoup des ados boutonneux en mal d’amour et d’identité partant à la conquête du monde (qui me fatiguent parfois même si j’aime en retrouver de temps en temps) – les identités sont déjà définies, et pourtant elles sont redéfinies (ou à redéfinir) en partie tout simplement par les évènements déclencheurs des péripéties, du mouvement du groupe de personnes âgées hors de leur établissement. Le thème du corps est extrêmement employé et exploité, jusqu’à la nausée, jusqu’à un certain anéantissement – sans vous spoiler. Bien sûr le passage, ou plutôt la succession de passages qui m’a définitivement coupée toute sympathie pour les « héros » est arrivée pendant que je déjeunais. Ça m’apprendra à lire en mangeant. Évidemment, je déconseille ce livre à toute personne particulièrement sensible, jeune ou moins jeune. C’est horrible par moments, et je ne parle pas seulement de zombies ou de violence.
Je ressors de ma lecture dégoûtée, mais pas au point de m’arrêter là avec Fabien Clavel. Je pense même que je retrouverais avec plaisir son style, ou un autre, dans d’autres de ses ouvrages – après tout la moitié de ce qu’il nous raconte dans ce livre est dégueulasse, alors si je ressors avec un sentiment de répulsion, c’est qu’il a parfaitement réussi son coup ! Cependant je n’avais pas remarqué grand’chose de ce qu’il raconte dans l’interview finale, les parallèles avec la Bible et tout – j’ai vaguement noté les noms mais franchement je doute que beaucoup de lecteurs fassent plus le rapprochement que moi : il faut pour ça avoir l’Apocalypse et l’évangile de Matthieu en tête, et pour ma part ce ne sont pas des choses que je relis tout les jours ! Bravo tout de même pour la conception de l’idée.
Un livre qui sort des sentiers battus (de mon point de vue de novice en zombies), sombre et glauque.
Chroniques d’ailleurs :  Avides Lectures, Blog-O-Livre

The Prestige

De Christopher Priest. 1995. Roman. Bonne lecture. [360 p.]
prestigeRésumé : « In 1878, two young magicians clash in the dark during the course of a fraudulent seance.
From this moment on, their lives become webs of deceit and revelation. They continually vie to outwit and expose each other. This rivalry will take them to the peaks of their careers — with terrible consequences. In the course of pursuing each other’s ruin, they will deploy all the deception the magician’s craft can command — the highest misdirection and the darkest science.
Blood will be spilled, but even this will not be enough. In the end, their legacy will pass on for generations… to descendants who must, for sanity’s sake, untangle the puzzle left to them.« 
J’ai emprunté le livre un peu sur un coup de tête, je sais qu’il existe une adaptation en film (qui m’a valu cette mâââgnifique couverture) que je n’ai pas vue, j’ai récemment lu une actualité de bloggeurs qui en parlait, et le livre était en rayon alors que je passais dans le coin, donc voilà.
Je sors de ma lecture très mitigée ! Malheureusement le livre s’est achevé sur ce qui m’a le moins plu…
Ce livre est difficilement définissable : le résumé donne une bonne image du thème général – la querelle entre les deux magiciens, dégénérant de plus en plus – mais fait abstraction de tout un tas d’autres éléments également très présents dans le livre, et que personnellement je n’attendais pas forcément. Déjà, le livre est découpé en plusieurs parties : le journal de chacun des magiciens, se passant en gros entre 1870 et 1903 ; et, en ouverture, fermeture et interlude, les questionnements des héritiers de nos jours, écrits sous forme narrative classique. On passe donc d’un style littéraire à l’autre en faisant des sauts dans le temps, plusieurs fois. D’ailleurs je n’ose imaginer le casse-tête que ça a été pour le ou les réalisateurs du film ! (Ajoutez à ça qu’un journal ça compte plein de passages où il ne se passe « rien » d’autre que la vie quotidienne).
Ensuite, le genre : on démarre un peu sur le mode « thriller » : Nick Borden pense avoir un frère jumeau sans en avoir de preuves, et est en possession du journal de son aïeul, Kate Angier cherche à comprendre cette histoire de dispute ancestrale dépassant la simple rivalité professionnelle et donc le contacte. Ensuite une très grande partie du livre est consacrée entièrement aux journaux, dont une partie parle de magie, mais les deux magiciens racontent aussi leurs déboires, leurs pensées, leur vie, quoi – même si une grande partie est en relation étroite avec leur profession, leur obsession. Enfin, et ça je ne l’avais vraiment pas vu venir, les 100 dernières pages tombent dans le fantastique (avec un élément limite SF) de manière radicale, pour finir en plus sur une fin plutôt ouverte ! Bref, en termes d’illusions les miennes ont été brisées un peu brutalement. Je ne sais pas comment j’aurais souhaité que l’histoire se termine, ou plutôt j’aurais accepté beaucoup de choses, mais là ça ne me plaît pas, j’ai trouvé ça trop abusé (sans vous spoiler plus).
Néanmoins ce livre n’est pas à jeter, loin de là : j’ai trouvé que le style était très bon – ardu (j’ai un peu galéré à le lire en anglais par moments, mais de toutes façons le style n’est pas simple et je ne suis pas sûre que j’aurais plus vite fini le livre en VF) – mais très riche en vocabulaire, avec des tournures de phrases parfois vieillottes et alambiquées – je suppose pour nous mettre dans l’ambiance, donc pas un livre que je recommanderais à n’importe qui n’importe comment, mais qui a indéniablement une richesse de style, une qualité littéraire. Il y a des passages qui m’ont bluffée ou émerveillée – comme certains numéros décrits du point de vue du public, ou le passage sur les mains de Borden.
Je parlais d’ambiance, et d' »obsession » un paragraphe plus haut, et effectivement j’ai trouvé qu’on ressentait particulièrement la tension qui habite la vie et les pensées de ces deux hommes à la fois très ordinaires, exceptionnels, et terribles ! D’ailleurs, en me concentrant sur cet aspect : le portrait de ces deux hommes, en miroir, je pourrais en relation donner un peu de sens à cette fin bizarre qui ne m’a pas convaincue (je reste cependant accablée devant tant de théâtralisme de mauvais film alors que tout le reste du texte trouvait sa force dans les détails, la psychologie des personnages, et la subtilité !).
Un jour les auteurs cesseront de me scandaliser avec leurs fins à la WTF-je-sors-mon-artillerie-lourde. Un jour.

 

Chroniques d’ailleurs : Lectures Trollesques, Naufragés Volontaires

 

Le Protectorat de l’ombrelle, T.1 : Sans-Âme

De Gail Carriger. Orbit, 2011. Fantasy urbaine / Steampunk. Excellente lecture et coup de coeur. [313 p.]
Titre original : The Parasol Protectorate, Book the First : Soulless, 2009.
sans-ameRésumé : « Primo, elle n’a pas d’âme. Deuxio, elle est toujours célibataire. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui, ne lui avait pas été présenté ! Que faire ? Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, écossais et loup-garou – est envoyé par la reine Victoria pour enquêter sur l’affaire. Des vampires indésirables s’en mêlent, d’autres disparaissent, et tout le monde pense qu’Alexia est responsable. Mais que se trame -t-il réellement dans la bonne société londonienne ?« 
Ce livre m’a tuée plus d’une fois, et c’est tant mieux !
D’abord par son humour sans tache, systématique, portant sur tout, d’une délicatesse frisant la provocation, la dépassant souvent, se posant là sans détours ni fanfreluches. C’est un des gros gros points du roman, surtout ne vous en laissez pas conter si d’aventure quelqu’un tente de vous faire croire le contraire ! Je ne sais pas trop pourquoi, mais elle m’a rappelé plusieurs fois Naomi Novik (série Téméraire, thématique et histoire sans aucun rapport)

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Prédateurs

De Maxime Chattham. 2007. Thriller. Bonne lecture. [459 p.]
predateursRésumé : « Ils sont déjà parmi nous…Une guerre sans nom. De jeunes soldats sauvagement mutilés dans des mises en scène effroyables. Mais l’ennemi n’est pas le coupable. Pour le lieutenant Frewin, fasciné par le langage du sang, il ne peut s’agir que d’un psychopathe, un monstre de ruse et sadisme, un prédateur cruel et archaïque qui va les décimer un par un… Renouant avec la veine de sa Trilogie du Mal, Maxime Chattam nous propulse dans un vortex de terreur, imposant une fois encore son univers mystérieux et sanglant.« 
Après avoir lu plus d’une dizaine de ses bouquins, et n’arrivant jamais à tomber totalement d’accord avec les nombreux lecteurs et bloggeurs qui l’encensent, j’ai fini par mettre le doigt sur ce qui ne va pas : il me manque quelque chose chez Maxime Chattham.

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L’Apothicaire

De Henri Lœvenbruck. 2011. Roman d’aventures historico-ésotérique. Excellente lecture. [600 p.]
apothicaireRésumé : « « Il vécut à Paris en l’an 1313 un homme qui allait du nom d’Andreas Saint-Loup, mais que d’aucuns appelaient l’Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes… »
Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu’il avait oubliée… Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L’Apothicaire, poursuivi par d’obscurs ennemis, accusé d’hérésie par le roi Philippe le Bel et l’Inquisiteur de France, décide de partir jusqu’au mont Sinaï. Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L’Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Age et les tréfonds de l’âme humaine.« 
Ce livre m’a très fortement fait penser à l’Alchimiste de Coelho, même si cette lecture remonte à plus de 10 ans, et que les deux ouvrages restent très différents par bien des aspects ! Pourtant j’y ai retrouvé un profond humanisme, des questionnements et réflexions sur le sacré de manière générale, le sens de la vie, le respect de soi-même et des autres. C’est d’ailleurs vaguement prématuré car le roman se situe en 1300 et des bananes, autrement dit bien avant le courant humaniste et la Renaissance ; mais j’imagine sans peine que, quelque soit l’époque, il y eut toujours des personnes en désaccord avec le mode de pensée du présent, alors pourquoi pas ?

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Je suis une fille… ou pas.

Depuis que je suis arrivée sur la blogosphère j’ai commencé à m’intéresser aux sujets, discussions et débats autour du féminisme, du genre, et de tout le tintouin. C’est somme toute assez nouveau pour moi, je n’ai pas d’activistes dans la famille ni ne suis militante en quoi que ce soit moi-même… ou plutôt c’est ce que je croyais avant de lire un certain nombre de choses avec lesquelles je me suis retrouvée forcée de tomber d’accord, voire dans lesquelles je me suis retrouvée complètement. Je me considère donc comme une semi-féministe, même si au moins 3 articles m’ont déjà clamé que ça n’existait pas, avec arguments à l’appui (que visiblement je n’ai toujours pas compris ou accepté entièrement – laissez-moi faire mon chemin analytique, bordel :p).

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