Choc

De Robin Cook. Albin Michel, 2002. Thriller médical. Livre très moyen. [342 p.]
Titre original : Shock, 2001
chocRésumé : « Les manipulations génétiques
peuvent faire progresser la science.
Ou mener au chaos.
45 000 dollars en échange de quelques ovules : l’annonce passée par une prestigieuse clinique bostonienne a de quoi séduire. Deborah et Joanna, deux étudiantes fauchées, acceptent de se prêter à cette expérience censée remédier à la stérilité de certaines femmes. Avant de découvrir qu’elle cache le plus effroyable et le plus inimaginable des scénarios. Au croisement de la technologie médicale et de la bioéthique, Robin Cook nous plonge dans un thriller dont on aimerait croire qu’il n’est qu’imaginaire. Et si Robin Cook n’avait rien inventé ?
« 
Je dois dire que je suis assez déçue par ma lecture, car j’avais déjà lu un ou deux titres du même auteur que j’avais au contraire trouvé très bons. Ici rien ne m’a ni emballé ni convaincue.
L’intrigue, point central de tout thriller qui se respecte, est déjà clairement annoncée dans le résumé et ne présente pas de développements très étonnants, et peu d’inattendus. Le roman souffre également d’un début très lent, il faut environ 150 pages pour que l’intrigue s’amorce vraiment, autour d’une idée qui m’a semblé bizarre dans le contexte et il me semblait impossible, ou très difficile, sur un plan légal : les deux jeunes filles veulent savoir ce qu’il est devenu de leurs ovules. De plus pour conduire leur enquête les deux jeunes filles vont non seulement se débrouiller toutes seules (un peu à la manière d’Alice Roy / Nancy Drew mais en un peu moins douées) mais en plus utiliser bien évidemment des moyens illégaux, j’avoue ne pas avoir très bien compris pourquoi. Ajoutons à ceci un nombre minimal d’incohérences et de hasards bienheureux
C’est là il me semble un bon moyen d’embrayer sur les personnages : au centre, des thésardes d’Harvard d’une vingtaine d’années avec pourtant assez peu de bonnes idées. J’ai eu un peu l’impression que les héroïnes sortaient plutôt d’un roman de chick-lit, et ne collaient vraiment pas au genre, même si elles m’ont été parfois sympathiques et ne m’ont pas énervée tout le long non plus (même si elles n’ont parfois pas deux sous de bon sens). Les autres personnages ne m’ont été d’aucun intérêt : des méchants vénaux, un psychopathe qui au final ne dessert en rien l’intrigue (!), et des fantômes secondaires qui gravitent autour de l’action.
L’introduction présentait pourtant une méthode de manipulation de cellule avec jargon scientifique toutes les deux lignes, que malgré mon bac S et mon intérêt pour le domaine je n’ai pu suivre entièrement, et qui m’a laissé présager d’une intrigue fouillée ; le reste du livre se rabat en fait sur un style peu exigeant, qui m’a divertie au travers de son rythme et de ses péripéties, mais sans plus. Quant à la conclusion, je n’en dirai rien (pour les lecteurs éventuels) mais n’en penserai pas moins.
Un polar divertissant mais qui ne m’a pas fait frémir ni par son originalité ni par sa qualité.
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Night Ocean et autres nouvelles

De H. P. Lovecraft. Éditions J’ai Lu, 2005. Recueil de nouvelles. Excellente lecture [250 p.]
Titre original : The Night Ocean, 1936 (pour la nouvelle éponyme ; 1919-193? pour les autres)
nightoceanRésumé : « Océans qui ne sont pas de ce monde, eaux maudites par la lune, lugubres rivages et, dans le mystère des profondeurs, l’innommable… Pourtant, réduire Lovecraft aux indicibles horreurs qui hantent les nouvelles liées au mythe de Cthulhu -dont certaines sont incluses dans le présent recueil – serait erroné. Car Lovecraft fut aussi un maître de l’onirisme poétique, influença les œuvres de nombreux écrivains en herbe, collabora avec plusieurs de ses contemporains publiés, tout comme lui, dans les  » pulps « , ne rechigna pas à écrire des textes empreints d’un humour absurde, pour le moins étonnant sous sa plume, et fut un essayiste au sens critique et à l’esprit analytique des plus affûtés. Découvrez ici toutes ces facettes peu connues de son talent…« 
De tous les recueils que j’ai pu trouver ou lire sur le Rêveur de Providence, en voilà un à la fois très bon, très intéressant et très varié ! Je suis tout à fait d’accord avec le résumé de l’éditeur, Lovecraft ne se résume pas plus à Cthulhu* que Tolkien aux Elfes, même si on les aborde souvent par ces deux points respectifs. J’ai ce recueil dans ma bibliothèque depuis assez longtemps pour ne plus savoir avec certitude d’où je le tiens (Imaginales 2011 ? Stand du village du Livre de Fontenoy-la-Joute ? ou pas), c’est je crois le seul livre de Lovecraft que je détiens en français – malgré le titre trompeur au premier abord – et d’ailleurs je ne peux m’empêcher de « lire l’anglais derrière » à certains passages (certains verront de quoi je parle), étant une habituée du style et du vocabulaire de l’auteur. Plusieurs des textes présents ici ont également été écrits à quatre mains, ou plus (avec R. H. Barlow surtout), et certains sont de véritables exercices de style.

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Sur la route de Blue Earth

De Joseph Monninger. Flammarion [Tribal], 2014. Roman jeunesse / ado. Lecture distrayante. [251 p.]
Titre original : Finding Somewhere, 2011
surlarouteblueearthRésumé : « Hattie et Dolorès s’ennuient ferme dans leur petite ville du New Hampshire. Lorsqu’elles apprennent que Speed, un vieux cheval, doit être euthanasié le lendemain, les deux amies décident de le sauver.
Au volant d’un van, les voilà embarquées dans un road trip à travers les Etats-Unis pour lui trouver un endroit serein pour mourir. Un voyage parsemé de rencontres au détour du chemin.« 
Je remercie les éditions Flammarion de m’avoir envoyé ce livre.
Encore une fois j’avais des a priori sur cette lecture, tout autant que sur Lune Mauve, et dans l’ensemble j’avais bien ciblé les deux livres.
Ce livre est en effet un exemple typique de littérature légère pour jeunes adolescent(e)s : deux adolescentes (16 et 18 ans en fait, mais le texte peut s’adresser à largement plus jeune, je dirais vers 12 ans sans souci) qui partent pour un road trip à travers l’Amérique pour garantir une retraite à un cheval moribond.

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Comme des fantômes

De Fabrice Colin. Folio, 2011. Recueil de nouvelles. Excellente lecture. [474 p.]
Sous-titré : Histoires sauvées du feu. Première publication aux Moutons électriques, 2008.
Comme-des-fantomes-Colin-fabriceRésumé : « Que se passe-t-il quand un auteur abandonne ses personnages ? Quand l’Alice de Lewis Carroll oublie de fêter ses 130 ans ? Quand Peter Pan entend vous faire payer ses orientations sexuelles ? Que se passe-t-il lorsqu’un lecteur est pris au piège d’un cadavre d’histoire, qu’un détective devient fabriquant de spectres ou que la mort d’un poète fait surgir une forêt ? Expert en fantômes et en fées, docteur ès faux semblants et machinations troubles, Fabrice Colin possédait sur ces questions – et sur d’autres – des avis très personnels. C’était avant 2005 : avant qu’un incendie accidentel ne mette un terme brutal à ce qu’il appelait lui-même  » ma petite carrière d’ombres « . Ce recueil de nouvelles se veut hommage autant qu’étude ; s’y dévoile par à-coups une personnalité tourmentée et complexe dont les textes ici présentés ne sauraient suffire à épuiser pleinement le mystère. Suicide ou disparition ? Mythomanie chronique ou soif d’histoires compulsive ? La réponse, si elle existe, se trouve à l’intérieur.« 

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L’Homme des morts

De V. M. Zito. Calmann-Lévy (Orbit), 2013. Science-fiction / zombies. Très bonne lecture. [368 p.]
Titre original : The Return Man, 2012.
lhommedesmortsRésumé : « L’infection zombie a séparé les États-Unis en deux. L’Est, la Zone Libre, est complètement bouclé : personne n’y entre, personne n’en sort. L’Ouest, la Zone Occupée, a été abandonné aux morts. Henry Marco est pourtant resté dans le Nevada. Mercenaire au service des familles de l’Est, il traque et tue les zombies qu’on lui désigne, permettant aux proches de faire leur deuil. Maintenant le Ministère de l’Intérieur a besoin de lui pour une mission délicate : retourner en Californie, où tout a commencé. Retrouver un homme. Rapporter un secret.
 Mais dans l’Ouest ravagé de l’Amérique, tout est possible. Surtout le pire.« 
Comme je l’ai déjà dit, je reste une néophyte en termes de zombies : si je reconnais les images de la licence Resident Evil et suis maintenant la série de comics The Walking Dead, mon expérience ne va pas tellement plus loin – question ciné je suis très impressionnable donc j’évite ce qui est estampillé « horreur » sauf avis éclairé d’un proche, et côté bouquins ça se limite à peu près à ce que vous pourriez trouver sur ce blog : World War Z et l’Évangile cannibale, avec peut-être Simetierre de King (?). Par exemple, au dos de ce bouquin on parle de Romero et Matheson… Voui, voui, mon ignorance va (pour le moment ! :p) jusque-là ! (J’ai noté Matheson en tant qu’auteur à découvrir, cependant)
Après cette petite parenthèse qui je suis sûre vous a divertis, mon avis général : j’ai beaucoup aimé, et trouvé plein d’idées originales ! Néanmoins il m’a manqué un petit quelque chose, peut-être vers le milieu / fin de l’histoire, pour être comblée.
La mise en scène de l’histoire m’a bluffée : l’auteur nous dépeint cet Ouest américain retourné à la vie sauvage, redevenu synonyme de danger et d’inconnu, avec ce héros presque londonien perdu dans sa maison fortifiée, tantôt en proie à des démons intérieurs et tantôt semble-t-il en parfaite harmonie avec l’univers qui l’entoure, morts-vivants y compris, qu’il tue pour se défendre ou pour des primes (son « métier »), mais pas « pour le sport », ni de manière paranoïaque. J’ai ici ressenti quelque chose d’assez nouveau pour moi dans le genre : une grande sérénité se dégage des premières pages, et même l’attaque d’une horde de zombies ne provoque ni haine ni peur panique insurmontable chez cet homme habitué à eux, et aussi d’un certain stoïcisme ! Impossible de trouver ça par exemple chez TWD, où tous les humains semblent résolus à poutrer du zomb’ et, de manière générale, ne trouvent aucune paix à partager un territoire avec eux, même de loin. Cette approche « douce » de la mort et de la Résurrection (nom du phénomène ici) m’a beaucoup plu, et est je trouve traitée plutôt bien dans disons une grande partie du début du livre. En même temps, l’homme souffre non pas du présent hostile mais de sa vie passée, qui le hante fréquemment (je n’en dirais pas plus, c’est un des grands axes du roman !).
Ce qu’on nous présente comme l’intrigue principale, cette histoire de voyage jusqu’au cœur du problème, est à la fois hyper prévisible et commun et aussi assez logique quelque part – il y a eu un souci, on essaie d’y remédier (ou pas… :D). Et justement c’est à ce moment-là que l’auteur décide de nous surprendre une fois de plus en s’engageant non pas purement dans le survival horror, mais dans un certain jeu de pouvoir entre les différents protagonistes et parties qui nous ont été présentées. A propos de protagonistes j’ai beaucoup aimé le personnage de Wu également, même si lui aussi a semblé avoir un « coup de mou » question qualité et développement vers la fin du récit.
L’opposition et parfois le rapprochement entre les deux personnages principaux crée une atmosphère particulière, inhabituelle par rapport à tout ce que j’ai pu lire dans le genre jusqu’à présent, qui semble se focaliser plus sur les groupes. Zito trouve son équilibre entre tension et introspection, refusant l’hystérie au profit de la méditation, de la remise en question et aussi d’une acceptation générale qui transparaît parfois sous forme de froideur ou de recul par rapport à la situation, mais n’est jamais synonyme de résignation. Les scènes sanglantes ou gore, inévitables et assez nombreuses, semblent en fait continuellement balayées par les préoccupations personnelles des personnages qui paraissent s’en accommoder d’une manière ou d’une autre, même si elles ne sont pas sans affecter leur psyché sur le long terme.
Le ton assez scientifique m’a beaucoup plu, là aussi on s’éloigne des styles populaires pour se rapprocher presque de Crichton par moments, même si l’œuvre n’est pas dénuée de sentiments. Le style de l’auteur est assez classique, cynique et humoristique mais pas franchement original : disons que ça se lit bien sans être de la littérature de grande qualité. Néanmoins je laisse un certain doute en sa faveur car j’ai trouvé une ou deux coquilles typo (« tâche » au lieu de son homologue sans accent) et de traduction (« Pourvu qu’elle récupère ses billes. » – qui m’a fait exploser de rire à l’arrêt de bus –‘ Pourtant « to lose one’s marbles » n’est pas une expression rare !).
Un bon ouvrage assez complexe dans sa structure et son développement, sur le thème de l’apocalypse zombie (au niveau américain), qui m’a beaucoup plu. J’ai seulement regretté que les scènes d’action et les évènements trop prévisibles finissent par prendre le pas vers le milieu du livre, jusqu’à la fin ou presque – malgré quelques retournements de situation un minimum assumés, me laissant au final une moins bonne impression que celle que j’avais après avoir lu 30 pages.

 

Chroniques d’ailleurs :  Livrement, Les lectures de Titisse, La plume ou la vie

Codex, le manuscrit oublié

De Lev Grossman. 2007. Roman à intrigue. Lecture passable. [329 p.]
Titre original : Codex, 2004.
codexRésumé : « Edward Wozny est un jeune banquier new-yorkais à qui tout réussit. Il est enfin sur le point de prendre des vacances bien méritées quand son patron exige de lui une dernière mission : aider un des clients les plus importants de la banque à ranger et trier sa bibliothèque laissée à l’abandon ! C’est bien la peine d’être un banquier de haut vol pour se retrouver à classer des papiers poussiéreux. Mais Edward n’a guère le choix. On lui demande surtout de rechercher un vieux manuscrit datant du XIVe siècle dont on n’est même pas sûr de l’existence mais qui serait d’une très grande valeur ! Et il se fait aider par une étudiante revêche et érudite, Margaret Napier. Parallèlement à sa recherche, il se prend de passion pour un jeu vidéo. À sa stupéfaction, il découvre des similitudes étranges entre ce jeu et la légende du manuscrit disparu. Il se plonge alors dans une enquête passionnante qui va peu à peu l’amener à douter de tout, avant de percer le secret magistral du Codex…« 
J’ai emprunté ce livre sans en attendre beaucoup, et j’ai bien fait. Il s’agit là d’un ouvrage distrayant, sans plus, avec pas mal de défauts et quelques points forts, que je ne recommanderai vivement ni ne déconseillerai non plus.
Je trouve les appellations « polar » ou « thriller » un peu tirées par les cheveux, car, d’enquête ou de poursuite effrénées, il s’agit plutôt de simplement résoudre une énigme – rechercher un vieux manuscrit, qui n’existe peut-être même pas, avec quelques pressions extérieures et quelques personnages qui ont une part sombre, mais sont très loin d’être de véritables tueurs ou malfrats ! Du suspense, oui, un peu, mais pas de frissons dignes de ce nom. 😉
J’ai failli ne pas du tout m’attacher au héros, Edward, et finalement j’ai réussi au fil du roman à lui trouver quelques aspects intéressants ou intrigants. L’arrivée de Margaret a été un véritable bonheur car c’est une fana de livres, et de nombreuses références m’ont fait penser à mes cours de DUT. 🙂 L’aspect reliure, par contre… je n’y connais quasiment rien, et certains passages m’ont semblé occultes au possible. J’ai aussi remarqué quelques descriptions qui faisaient mouche, me transportaient dans des endroits très tranquilles, au charme vieillot et reposant. (ou alors c’est parce qu’il n’y a pas un bruit dans la maison en ce moment, et ça a influencé ma lecture)
Le résumé de l’éditeur nous promet tout de même une intrigue riche et complexe, alors que l' »action » de l’histoire repose surtout sur les choix d’Edward, sa vie quotidienne, ses interrogations, et son travail avec Margaret dans les différentes bibliothèques – mon cerveau a fini par suivre simplement ce qu’il se passait dans l’histoire au fil des pages, mais j’imagine qu’il est facile de lire le résumé, de s’en faire de grandes idées, et d’être finalement très déçu. (La dernière phrase de la 4e est particulièrement fausse à tous points de vue !) :/
Pour le reste, tout est moyen : l’intrigue, les personnages secondaires, le rythme, le style – ce n’est ni génial ni très mauvais, ou parfois un peu déséquilibré au gré des pages et passages. Cela ne m’a pas trop dérangée dans ma lecture, mais j’imagine sans peine que d’autres lecteurs puissent être moins tolérants, puisque ces faiblesses sont bel et bien là.
La fin m’a paru trop précipitée, et je n’ai pas aimé la manière dont ça se finissait, même si d’un point de vue scénaristique ça se tenait.
Un livre distrayant, mais vraiment juste distrayant.

The Night Circus

D’Erin Morgenstern. 2011. Roman merveilleux jeunesse. Coup de cœur. [490 p.]
Titre français : Le Cirque des rêves.
nightcircusRésumé : Ceci n’est pas un livre, c’est un spectacle.
Munis de votre billet d’entrée, laissez-vous tenter par un chocolat chaud accompagné de beignets à la crème chantilly, choisissez une des nombreuses tentes rayées de noir et blanc qui vous entourent, comme autant d’îlots mystérieux au milieu d’odeurs de pop-corn et de caramel chaud, et savourez le spectacle quel qu’il soit : entrez dans l’atmosphère en deux tons du Cirque des Rêves*…
Ce livre a été une claque comme je n’en ai pas eu depuis un bail, et sur un thème qui m’a ramené presque 15 ans en arrière, à l’époque où je découvrais avec fascination les aventures d’un petit sorcier dans un monde plein de magie étrange à tous les tournants… La même année, ou la suivante, suivant toujours le filon Gallimard Folio Junior du CDI, je suis tombée sur les Mondes de Crestomanci (+ Ma soeur est une sorcière, Les Magiciens de Caprona, et heu, au moins un autre dont j’oublie toujours le titre il me semble), de Diana Wynne Jones – et même si c’était pas autant une claque j’ai également apprécié trouver, dans ces livres, une magie en même temps douce et violente, présente un peu partout, et dévoilée petit à petit. Pensez aussi Contes de Terremer d’Ursula le Guin, ou simplement la poésie subtile et détaillée de la plupart de films de Miyazaki, et vous aurez peut-être une idée pas trop fausse de l’endroit où cette histoire peut vous emmener, et de quelle manière. J’ai aussi pensé à Philip Pullman (A la croisée des mondes, Sally Lockhart) pour la manière dont la romance est amenée et utilisée à l’intérieur de l’intrigue, et aussi d’autres détails, personnages ou concepts.

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Walhalla

De Graham Masterton. 1996. Horreur/Epouvante. Distrayant.
Titre original : The House that Jack Built*, 1994
*Je crois qu’il s’agit d’une référence à une comptine, ou une chanson populaire.
walhallaRésumé : « Séduits par le charme délabré d’une maison victorienne, Walhalla, Craig et sa femme Effie en font l’acquisition. Mais ils ne tardent pas à devenir les otages de ce manoir qui a appartenu à un milliardaire diabolique et excentrique qui s’est suicidé. Craig, de plus en plus violent, ira jusqu’au meurtre alors qu’Effie est l’objet d’effroyables visions qui la traumatisent…« 
(Je remarque une fois de plus un curieux estampillage sur la première de couv. : « roman », simplement.)
Je ne me suis pas ennuyée sur ce livre, mais si quelqu’un me disait qu’il n’aimait pas le livre ou l’auteur, je ne suis pas sûre d’arriver à trouver des arguments en leur faveur…
Le genre horrifique est respecté de bout en bout, avec des éléments très classiques : l’élément déclencheur, la montée de la tension, le cadre (maison type manoir, très grande et ancienne, qui renferme de sombres secrets), et des personnages que j’ai trouvés assez typiques de l’univers américain à suspense : le couple qui a des soucis, la femme trop conciliante, le mari pareil sans le -ciliant, la vieille folle hippie qui connait tous les trucs ésotériques de magie blanche, le gosse bizarre mais gentil… Idem pour les personnages du passé. Je m’y attendais un peu, donc je n’ai pas été déçue – mais je n’ai par conséquent pas été emballée non plus !
Le « méchant » est cependant bien détestable, à tous points de vue je pense, et plus que l’environnement un peu trop cliché à mon goût c’est lui qui m’a fait le plus ressentir de frissons et de répulsion.
Malgré le fait que cela s’explique dans l’intrigue et sa résolution, certaines scènes – de sexe ou de mort – sont très crues, très violentes (alors que le reste du récit est relativement neutre, et que l’auteur utilise peu de vocabulaire familier, et s’abstient du vulgaire, hormis donc dans ces quelques pages). Tomber sur la description d’une mort horrible qui prend deux pleines pages, alors que rien ne me le laisser présager, était une expérience de lecture peu agréable pour moi. Vers le milieu du livre des éléments horribles commencent à se mettre en place, alors ça m’a moins gênée ; mais les premiers sont je trouve amenés de manière très violente et soudaine pour le lecteur.
J’aurais aimé que l’intrigue, ou bien sa résolution, soit plus poussée. Ici j’ai eu l’impression de lire un « simple » roman d’horreur, avec ce qu’il faut en choses désagréables, mais qui manquait un peu de piment, de surprise. De plus j’ai trouvé le style tout à fait conventionnel – je n’ai rien noté d’intéressant ou d’original dans la manière d’écrire de l’auteur.
Peut-être que je n’aime tout simplement pas ce genre, ça je ne sais pas trop – c’est vrai que j’ai lu assez peu de romans classés en « Horreur » qui ne soient pas aussi des enquêtes type thriller.
De manière générale je n’ai absolument pas eu de surprises avec ce livre – l’auteur choisit parfois des voies qui lui sont personnelles, mais on le voit venir de très très loin, et l’ensemble du livre reste très classique pour le genre.
Le petit bonus qui n’a rien à voir : tiens, il y a Lucie Duff-Gordon, ou plutôt Lady Cosmo Duff-Gordon tel que j’ai plutôt retenu son nom, qui est citée en préface ! 😀 – d’ailleurs il s’agirait plutôt de « Lucy », je ne sais pas pourquoi son nom a été francisé. Autrement je n’avais aucun souvenir qu’elle écrivait quoi que ce soit, c’était juste drôle de voir son nom apparaître comme ça. ^^
/mode fan off.

Extrême Urgence

De Michael Crichton. 1995. Thriller médical. Bonne lecture.
Titre original :  A Case of Need, 1968
Première parution française sous le pseudonyme de Jeffery Hudson : Enquête sur un cas d’avortement criminel, 1973
extreme_urgenceRésumé : « Vengeance criminelle ? Meurtre crapuleux ou erreur médicale impardonnable ? Qui a intérêt à ce que le cadavre de la jeune Karen, lamentablement échoué dans une rue de Boston, emporte à tout jamais avec lui ses secrets ? Comment expliquer cette fin sordide pour la fille d’un des plus grands médecins de la ville, fût-elle marginale, nymphomane et droguée ? Est-elle morte, comme on le croit, des suites d’un avortement illégal ? La police a-t-elle raison de soupçonner le médecin asiatique qui aurait pratiqué l’intervention ?
L’autopsie livre des révélations de plus en plus surprenantes. L’enquête chirurgicale tourne au suspense le plus pur… Là où enquêteurs et policiers s’avouent très vite impuissants, un scientifique – seul face à tous – réussira peut-être à élucider le mystère insondable d’une vie qui n’est plus. »
Cette édition s’ouvre sur une introduction, écrite par Crichton lui-même, expliquant qu’étant jeune étudiant en médecine, il passait ses étés à écrire des romans policiers à deux sous pour financer ses études. Ce roman n’est donc pas son premier au sens littéral du terme, mais c’est certainement le premier roman policier digne de ce nom (à son avis, et celui de son éditeur de l’époque) qu’il ait écrit, et surtout le plus ancien qu’il revendique à présent de son propre nom ! 😉
J’ai retrouvé dans ce livre un peu de la fougue, du cynisme de l’auteur que j’avais tellement aimé, dans Jurassic Park bien sûr, mais aussi dans certains autres de ses romans, son empreinte personnelle si je puis dire. Mis à part ça, j’ai trouvé que le début était très bien mais que la fin n’avait rien de très remarquable, sans être mauvaise non plus.
Je n’ai pas grand chose à dire sur l’histoire ou les personnages, ça n’a pas été un coup de cœur sans que je ne l’aie non plus trouvé mauvais. Je n’ai rien noté qui se démarque de dizaines d’autres thrillers, je n’ai ni adoré ni détesté les personnages, ils avaient cependant assez de profondeur, et les évènements et éléments de l’intrigue étaient suffisamment nombreux et… intrigants pour que je puisse rester un minimum en haleine au long de ma lecture. J’aurais aimé un peu plus d’originalité, un retournement de situation vraiment étonnant – mais ici nous ne sommes pas dans un de ses thrillers de S-F plus tardifs, non, il s’agit vraiment d’un Crichton quasiment à son coup d’essai. Le plus étonnant reste de savoir qu’il a écrit cette histoire en  seulement 10 jours !
Le réel point fort de ce livre c’est le contexte : l’auteur a puisé énormément d’explications, de descriptions, d’éléments de son propre univers médical réel (bien qu’encore étudiant, il était interne à l’époque, et son cursus approchait de sa fin), et ça se sent, cela donne je trouve plus de concret, plus de matière au cadre de l’histoire que dans beaucoup d’autres cas de thrillers où on sent au contraire que l’auteur est totalement extérieur à l’environnement fictif.
Un roman médiocre pour un auteur avec ce potentiel, autrement dit quelque chose de pas mal du tout 🙂

Sandman Slim, T.1

De Richard Kadrey. 2013. Fantasy (« urbaine » ?). Très bonne lecture.
VO : même titre, 2009.
sandmanslimRésumé : « ‘La meilleure série B que j’ai lue ces vingt dernières années. Hautement satisfaisant, un chef-d’ œuvre d’humour et de mauvais esprit’. William Gibson
Victime de ce qu’il croyait être ses meilleurs amis, le magicien James Stark est expédié vivant aux enfers, où le général Azazel en fait un gladiateur puis un tueur à gages. Apprenant la mort de l’amour de sa vie, Alice, Stark arrache le cour d’Azazel et revient chez lui avec trois objets magiques : une clé, un couteau et une pièce qui ne ment jamais.
Si Stark est revenu chez les mortels, c’est évidemment pour se venger. Mais il lui faudra bien plus qu’un couteau, une clé et une pièce magique pour éliminer les membres du Cercle de magie et la véritable menace qui se cache derrière eux. »
J’ai été attirée par la 4e de couverture, qui promettait quelque chose de très original comparé à mes lectures habituelles, et un style particulier d’écriture. Les 100 premières pages ne m’ont ni vraiment accrochée, ni vraiment ennuyée – quand tout d’un coup je me suis retrouvée dans une partie d’INS. Autrement dit, c’est devenu en même temps très drôle et très prenant. INS, si vous ne connaissez pas, c’est l’abréviation pour In Nomine Satanis (/MV pour Magna Veritas, pour compléter le titre, mais cette partie-là est moins jouée) – un jeu de rôle (JDR) axé sur la guéguerre entre anges et démons, en gros. On voit plus de gens jouer des démons car c’est juste plus drôle, on est plus libre de ses actions, et ça a tendance à tourner au n’importe quoi. Oui, c’est un peu (carrément, la plupart du temps) un jeu défouloir.
Bé oui, j’ai quasiment pas lu de choses en fantasy « urbaine », je crois que ça c’en est, et je n’ai donc pas de comparaisons littéraires à faire.
Le décor dans une L.A. décadente (d’aujourd’hui, en fait, mais présentée de façon négative) et envahie par les monstres et les sorciers est assez sympa, et bien tenu par l’auteur. Par moments ça m’a pas mal fait penser à du Stephen King : les gens bizarres, le langage fleuri, l’atmosphère glauque (tout sauf le côté horrible/oppressant, en fait).
Le héros, qui a mentalement 19 ans au début, évolue heureusement au cours de l’histoire. Il m’a franchement énervée dans les premières pages, vengeance ou pas j’avais surtout envie de lui coller des baffes. Finalement il m’est devenu sympathique au cours de l’histoire, en partie parce qu’il est à la limite de l’anti-héros : un peu con, suffisant, cruel – mais pas de façon immodérée non plus (C’est marrant j’en discutais l’autre jour avec d’autres lecteurs sur Facebook, ce fameux sujet des héros pas si parfaits mais qui sont tout de même très intéressants) – en fait il est relativement « normal », avec un côté bad boy :D. Les autres personnages, assez peu nombreux, sont je trouve très bien dosés : des secondaires, des extra-secondaires, qui sont là où ça paraît logique qu’ils soient, avec des réactions cohérentes. Pour de la fantasy, j’ai trouvé ça somme toute assez réaliste dans l’ensemble, et ça fait très plaisir 🙂 L’intrigue, bien que simple, est bien menée sans que ce soit lourdingue ; de plus elle s’enchevêtre avec d’autres questions, d’autres mini-intrigues, ce qui fait qu’on reste plutôt facilement accroché au récit, surtout dans la deuxième moitié.
Le style, bien que très familier (et comportant un certain nombre de scènes sanguinolentes et violentes), est également fluide, et parsemé d’humour (bon / noir / de bas étage). J’ai adoré, mais je préfère prévenir ; je sais que ça ne plaira pas à tout le monde. Néanmoins l’auteur se débrouille bien, je trouve qu’il a du vocabulaire et un certain talent pour tourner ses phrases et enchaîner ses paragraphes, ce qui lui a valu un bon point de ma part :).
Un livre qui ne paye pas de mine au départ, mais qui n’en est pas moins bon : fluide, original, moderne. J’en sors hilare à cause de la situation finale (rassurez-vous, ce n’est pas un cliffhanger), et j’attends le deuxième tome.
Chroniques d’ailleurs : Blog-O-Livre