Le Sentiment du fer

De Jean-Philippe Jaworski. Mnémos, 2015. Nouvelles Fantasy. Excellente lecture. [206 p.]

Collection Hélios. Contient : le Sentiment du fer, l’Elfe et les égorgeurs, Profanation, Désolation, la Troisème Hypostase.

sentiment-fer-pocheRésumé : « « J’ai quand même un ragot à vous servir, et du lourd ! Figurez-vous que ce n’est point avec moi que les elfes ont commencé à grenouiller dans les affaires de l’État. Bien loin de là ! Il y a deux bons siècles, déjà au moment de l’Émancipation de Ciudalia, ils nous ont joué un tour à leur façon. Et les marles en tâtent tellement pour la barabille que l’un d’entre eux, sans même pointer son joli minois dans notre belle cité, nous a tous jetés dans une sacrée flanche ! Jugez-en par vous-même. »  En cinq nouvelles comme autant d’étapes dans l’histoire cruelle et tumultueuse du Vieux Royaume, le monde créé par Jean-Philippe Jaworski dans Janua Vera et Gagner la guerre — déjà des classiques de la fantasy.« 

 

Je n’ai pas encore catégorisé un seul JPJ (soyons fans, soyons fous) en-dessous de « très bonne lecture », et je pense à créer une catégorie « Jaworski » qui serait un peu un genre de joker m’exemptant d’aller chercher des adjectif dithyrambiques ou même d’écrire une chronique tout court, et vous évitant ainsi une accumulation de propos trop subjectifs et enthousiastes certainement pour être honnêtes. Non ? Bah, allons-y pour un énième étalage bienheureux de qualités pléthoriques. Lire la suite

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The Miniaturist

De Jessie Burton. Picador, 2014. Fantastico-historique. Très bonne lecture. [424 p.]

Titre français :  Miniaturiste, 2015

miniaturistRésumé : « On an autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives at a grand house in Amsterdam to begin her new life as the wife of wealthy merchant Johannes Brandt. Though curiously distant, he presents her with an extraordinary wedding gift: a cabinet-sized replica of their home. It is to be furnished by an elusive miniaturist, whose tiny creations ring eerily true. As Nella uncovers the secrets of her new household she realizes the escalating dangers they face. The miniaturist seems to hold their fate in her hands – but does she plan to save or destroy them?« 

J’ai acheté ce livre à Londres, au 219 A Baker Street, à deux pas du musée Sherlock Holmes (devant lequel il y avait une queue pas possible – ce sera pour une autre fois), en juillet. En fait il y avait une promotion sur les romans demi-format comme celui-ci, et après m’être emparée sans hésiter de Uprooted de Naomi Novik, qui s’est révélé être un coup de coeur (bonne pioche ! 😉 ) j’ai un peu tourné autour des autres titres bien que j’eusse déjà repéré celui-ci. Je ne sais même plus où j’en avais entendu parler, peut-être une chronique sur un blog que je suis ? Bref j’avais en tête : contexte historique réaliste agrémenté de fantastique, et c’est exactement ce que j’ai retrouvé dans le résumé de 4e.

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Le Livre de l’Énigme, T.1 : Source des Tempêtes

De Nathalie Dau. Les Moutons Électriques, 2016. Fantasy. Très bonne lecture. [443 p.]

sourcetempetesRésumé : « Les ténèbres ont un cœur de lumière. Je l’ai su quand j’ai vu l’enfant dans la tempête. J’ai entraperçu l’azur de sa magie étrange et intense, mon univers s’est métamorphosé. Moi qui me sentais si seul, si désespéré, j’ai découvert soudain pourquoi j’étais venu au monde : pour protéger celui qu’on m’a donné pour frère. Un frère pas tout à fait humain, pas tout à fait possible. Le protéger des autres et de lui-même : des décisions qu’il voudrait prendre afin de résoudre sa maudite Énigme. Car ce petit est doué pour se mettre – nous mettre – en péril ! Mais j’ai la faiblesse de croire que je suis plus têtu que lui. // Une nouvelle grande saga de fantasy. Les mages bleus, servants de l’Équilibre, ont été décimés, mais l’un des leurs a survécu au prix de son honneur, guidé par le besoin impérieux de transmettre la vie. Ses fils : Cerdric et Ceredawn, nés pour devenir les héros de ce voyage riche en périls, depuis les Marches jusqu’au séminaire d’Atilda.« 

Livre lu dans le cadre d’un partenariat avec Les Moutons Électriques

(Hmm… tiens la dernière image que j’ai hébergée sur le site fait aussi référence à deux frères…)

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La Controverse de Valladolid

De Jean-Claude Carrière. Pocket, 1993. Roman historique. Très bonne lecture. [189 p.]

9782266054010Résumé : « En 1550, une question agite la chrétienté : qui sont les Indiens ? Des êtres inférieurs qu’il faut soumettre et convertir ? Ou des hommes, libres et égaux ? Un légat envoyé par le pape doit en décider. Pour l’aider, deux religieux espagnols. Ginès de Sepulveda, fin lettré, rompu à l’art de la polémique, et Bartolomé de Las Casas, prêtre ayant vécu de nombreuses années dans le Nouveau Monde. Le premier défend la guerre au nom de Dieu. Le second lutte contre l’esclavage des Indiens. Un face-à-face dramatique dont l’écho retentit encore.« 

J’ai entamé cette lecture par pure curiosité : l’amie qui me l’a recommandée l’a étudiée en 1ère, et m’a simplement dit que c’était sur un des tournants de l’Histoire, et que ça se lisait bien. J’aime bien l’Histoire mais ce n’est pas une passion non plus pour moi ; il y a tant à apprendre et à retenir que j’ai tendance à oublier des bouts par-ci et des bouts par-là qu’il faut mieux me rappeler de temps en temps ! Cependant ce livre paraissait court, le résumé pouvait tout autant vendre du barbant que de l’intéressant, alors je me suis dit pourquoi pas.

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Les Cornes d’Ivoire, T.2 : Septentrion

De Lorris Murail (frère de Marie-Aude et d’Elvire). 2012. Uchronie jeunesse. Bonne lecture.
cornesdivoire2Résumé : « A seize ans, Mari, esclave blanche née sous le soleil de l’Afirik, part à la découverte du Septentrion, le continent qui a vu naître les siens. Menée par l’ingénieur Penda et le capitaine Diaker, l’expédition s’aventure dans les terres sauvages du Nord. Très vite, le rêve des explorateurs s’effondre : dévasté par la Peste, pillé par les colons afirikains, le pays franche est loin de ce que Mari avait imaginé… Et l’hiver approche…« 
Un peu déçue de ce tome 2 (attention, il y a au moins un tome 3 derrière, donc ça « rattrapera » peut-être), sans la découverte du monde comme dans le tome 1, forcément, et avec je trouve beaucoup plus de temps creux, où il ne se passe vraiment pas grand’chose, ni aventures, ni évolution des personnages. De plus, l’héroïne prend un certain nombre de décisions un peu égoïstes voire carrément irrespectueuses, et je m’y suis largement moins attachée que dans le premier tome, quand elle était une enfant plus qu’une ado – je sais que j’avais alors dit que j’aimais l’humanité des personnages, mais là je sais pas pourquoi ce n’est pas aussi bien passé. J’apprécie par contre toujours autant les personnages secondaires et la richesse de l’univers, le nôtre mais étrangement déformé sous la plume de Lorris Murail. J’ai beaucoup aimé trouver des noms de peuples comme les Franches, les Angles, les Portugues, les Itales… et tout plein d’allusions à notre propre histoire.
Une bonne lecture dans l’ensemble, même si je l’ai moins aimé que le premier tome, que j’avais trouvé vraiment excellent !
Le tome 3, Mauretania, est annoncé pour 2013.

Ceux qui osent

De Pierre Bordage. Uchronie (S-F) jeunesse. Très bonne lecture.
T.3 de la série. Autres titres : Ceux qui rêvent, Ceux qui sauront.
ceuxquiRésumé : « J’ai envie de pleurer sur cette humanité qui refuse d’être humaine, pleurer sur ces malheureux prêts à défier tous les dangers, toutes les souffrances pour goûter quelques miettes de bonheur. Pleurer sur les fous qui refusent de partager les richesses, les terres et le savoir. Ni les possessions ni le pouvoir ne rendent heureux.
La guerre fait rage entre les royaumes coalisés des Amériques et l’Arcanecout, dernière terre libre pour Jean et Clara. Jean est parti sur le front et se bat auprès des troupes alliées, avec son ami indien Elan-Gris.
Il a laissé Clara seule, dans les hauteurs de San Francisco. La ville est délabrée, la population meurt de faim. Mais la jeune femme se bat avec ses compagnes d’infortune pour survivre.
Jean et Clara connaîtront-ils un jour le bonheur d’être ensemble ?« 
      Le très gros plus de ce livre (et des deux autres tomes parus avant) c’est sa fluidité, que ce soit dans son style ou dans ses péripéties. Je ne me suis pas ennuyée du tout dans toute la série, on passe les chapitres les uns après les autres sans s’en rendre compte et c’est vraiment très agréable.
J’aime beaucoup les personnages, même si ils ont certains côtés parfois un peu trop vertueux ou stéréotypés, mais ça va quand même. Je trouve qu’à eux seuls ils font presque toute la force de cette série : les décisions qu’ils prennent, comment ils les prennent, leur manière de faire face aux difficultés de ce monde en crise majeure. Clara a des tendances lyriques, surtout dans ses lettres à Jean (voire début du résumé), mais heureusement à côté elle est décrite comme débrouillarde, courageuse, et plutôt futée. Les personnages secondaires sont dans l’ensemble un peu plus complexes, avec des particularités physiques ou psychologiques, c’est plutôt bien pensé. L’environnement, le cadre de l’histoire (politique, économique, sociale) est suffisamment décrit et explicité pour qu’on s’y retrouve, et que l’univers de Bordage ait de la matière, mais pas trop non plus, et à intervalles suffisants pour qu’on puisse aussi profiter des aventures des héros sans se retrouver enseveli sous une tonne d’information.
Un vrai bon livre de S-F, certes en apparence plus simple que d’autres auteurs car s’adressant à un public jeune, mais qui aborde pourtant des thèmes et questions plutôt graves (la liberté, les systèmes politiques, la parité homme/femme, les gouvernements, l’embargo…), sur plusieurs centaines de pages (en comptant les autres tomes, qui ne constituent ensemble qu’une seule histoire), avec un ton juste.

Les Cornes d’Ivoire, T.1 : Afirik

De Lorris Murail (frère de Marie-Aude et d’Elvire). 2011. Uchronie, « historique » jeunesse. Très bonne lecture, presque un coup de cœur.
afirikRésumé : « Le cours de l’histoire s’est inversé. Désormais, des Maîtres noirs règnent sur les deux continents, l’Afirik en plein essor et l’ancienne Europe, aujourd’hui dévastée par les épidémies. Des bateaux ont conduit en Afirik par dizaines de milliers des esclaves blancs, ceux qu’on nomme les Cornes d’Ivoire. Du lointain passé la jeune Mari ne sait pas grand-chose. Esclave dans une plantation de Kassamansa, elle rêve d’en apprendre davantage sur le pays de ses ancêtres. Leur langue s’est perdue et, de leurs traditions et croyances, il ne subsiste que quelques rites obscurs. Un drame va faire basculer sa vie… »
Je n’ai plus lu de Marie-Aude Murail depuis bien longtemps mais je suis à peu près sûre de me souvenir que son style et celui de son frère sont assez semblables. Une plume posée, tranquille, et pourtant terriblement mordante à certains moments. Des histoires presque banales, mais cependant poignantes, des sujets sensibles traités de façon qui « passe » très bien. Ici un long fleuve de 512 pages pas si tranquille. Une héroïne ainsi que toute une compagnie de personnages secondaires complexes, souvent attachants, toujours travaillés psychologiquement. Personne n’est parfait, on suit cette histoire fictive qui sonne étonnamment vrai, fourmillant de détails qui semblent issus de témoignages plutôt que de l’imagination de l’auteur. Qui sait ?
L’autre point fort de cet ouvrage est sa manière non seulement d’inverser mais également de distordre l’histoire telle qu’on la connaît. Les Blancs ne sont pas simplement « à la place » des esclaves noirs du XIXe et vice versa ; l’auteur a su tisser toute une trame historique quelque peu différente, même si ressemblante, autour de l’espace-temps dans lequel il nous invite.
Vivement le tome 2 🙂

Lincoln, de Steven Spielberg

lincoln1Très bon film, axé sur le personnage du président Abraham Lincoln, figure emblématique de l’histoire des Etats-Unis, au sein de la tourmente politique déclenchée par sa décision d’abolir l’esclavage en ajoutant un amendement à la Constitution.

J’espérais un peu en voir plus de sa vie en tant qu’homme de lettres, philosophe et philanthrope ; mais le film ne concernait qu’une courte période de sa vie, et en même temps ces éléments y ont été insérés assez subtilement. C’est d’ailleurs à mon sens une de ses grandes forces : si l’intrigue avait été totalement politique, je pense que j’aurais décroché avant la fin. En fait, il est assez complet et met également en scène plein de petites choses se rapportant à la société, à la famille, aux amis de Lincoln. Je ne sais pas trop à quel point le scénario ou le caractère de Lincoln sont historiquement corrects ; mais le film donne un très bon sens d’authenticité, et je parierais que puisque Spielberg est américain et que Lincoln reste aujourd’hui une figure assez mythique dans l’histoire des Etats-Unis, le réalisateur a pris soin de ne pas trop s’écarter d’une certaine réalité, au moins d’un point de vue américain. (Qui a dit que l’Histoire était une question de perception autant que de faits réels ?)
De manière générale, la qualité de ce film est excellente tant au niveau technique que concernant le choix et le jeu des acteurs.
Je m’étonne toujours de la diversité de sujets et de qualité chez Spielberg. spielberg