Contes du Moyen-Âge

Raconté par Karel Dvorák. Gründ, 1982. Contes. Très bonne lecture [199 p.]
contesJe n’ai pas encore chroniqué beaucoup de recueils de contes ici, pourtant c’est un genre que je lis depuis toute petite, ayant commencé comme beaucoup de lecteurs par les traditionnels contes de Perrault et de Grimm, puis m’étant plongée dans la mythologie gréco-romaine : après tout mythe et conte sont cousins proches. Plus grande j’ai fini par faire le tour de France avec cette collection reliée, poche, épaisse, à la tranche rayée, dont je suis incapable de me rappeler l’éditeur, mais qui est toujours très présente dans les rayonnages des bibliothèques, et qui me revient particulièrement en mémoire à l’instant car elle correspond assez aux types de contes que vous allez pouvoir retrouver dans ce recueil. Enfin mes pérégrinations à la recherche de l’oral écrit (vous me suivez ?) m’ont conduite très loin, en Chine, au Japon, dans le Pacifique, en Afrique, voire même en Amérique du Sud, là où les gens racontent des histoires très différentes des nôtres, sur un ton également différent. Je crois que j’ai encore chez moi un livre énorme (grand format, genre 2 kilos), qui contient des contes indiens, peut-être tirés en fait de la mythologie autour du… heu enfin d’un texte indien fondateur que je connais malheureusement très mal, mais que j’ai brièvement rencontré lors de mes lectures de cette année. (Le Brahma… machinchose peut-être 🙂 Désolée !) Si ça dit quelque chose à quelqu’un c’est l’histoire d’une fratrie, dont l’aîné est super fort.
Donc le livre que je chronique aujourd’hui se situe lui dans nos latitudes ; il ne contient malheureusement pas de sources précises quant à l’origine de tel ou tel texte, textes que je situe d’après mes lectures précédentes en Europe plutôt qu’en France uniquement, même si certains y sont probablement nés ou y sont arrivés un jour, sous cette forme ou une autre légèrement différente. La présente édition trouve son origine à Prague.
J’y ai retrouvé beaucoup de « classiques » – entendez par là des contes faciles à retrouver dans les recueils quels qu’ils soient : les Sept Cygnes, les histoires de voleurs ou de filous qui trompent / sont trompés, certaines fables/fabliaux comme le Rat des villes et le Rat des champs ou le Lion et le Rat ; ainsi que des personnages récurrents dans les contes européens de cette époque comme le Diable, Saint-Pierre, Dieu, les valets, les marchands, les voleurs ou les nobles.
La plupart des contes sont assez courts, entre une demi-page et deux pages – même en grand format cela reste des textes qui se lisent vite, et le recueil en compte donc un plutôt grand nombre (70 à la louche d’après le sommaire). J’aime lire des textes courts de temps en temps, contes ou nouvelles, ou même chapitres courts, ça me permet d’arrêter ma lecture à peu près n’importe quand sans me couper dans une action, c’est quelque chose de rare dans les romans et ce changement de rythme est appréciable. Je pense aussi aux conteurs oraux de notre époque : ce livre est un ouvrage que je conseillerais à des buts de lecture à haute voix ou théâtralisation quelconque non seulement de par la longueur des contes qu’il propose, mais aussi de par son style, traditionnel mais fluide.
De même le ton et le but des histoires alterne entre l’humour franc, la moralité parfois un peu sèche, les aventures et tribulations de certains personnages, ou bien ce que j’aurais envie d’appeler les récits spirituels, se situant autour du personnage de Dieu / du Diable, des anges, des saints, etc.
Un livre que je recommande aux amateurs de contes tout comme à ceux qui veulent en découvrir.
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Butcher Bird

De Richard Kadrey. 2012. Fantasy urbaine. Très bonne lecture.
Titre original : idem*, 2007.
butcherbirdRésumé : « Tout juste largué par sa copine, Spyder se rend dans le seul bar tibétain de San Francisco pour s’y saouler. Alors qu’il se demande quelle est la pire façon de mourir, il rencontre une aveugle fort désirable, Pie-grièche. En sortant du bar, le jeune tatoueur féru d’occultisme est agressé par un démon. Au moment où il va recevoir le coup de grâce, Pie-grièche intervient et décapite le monstre avec sa canne-épée. Le lendemain, perclus de douleurs, Spyder découvre une Californie hantée par des démons aztèques, tibétains, des créatures fabuleuses qu’il est le seul à voir. Une personne peut lui expliquer ce qui lui arrive : Pie-grièche. Mais on ne se mêle pas impunément des affaires de la belle tueuse de démons.
     Butcher Bird, mélange d’action débridée, de dialogues tarantiniens et de démonologie érudite, véritable concentré de fantasy urbaine, marque le grand retour en France de Richard Kadrey. »
Mon deuxième Richard Kadrey ! J’avais adoré Sandman Slim pour son style à la fois enjoué et familier, le rythme de l’histoire, et le cadre relativement original – de mon point de vue, je rappelle que je ne suis pas trop familière du genre fantasy urbaine adulte.
J’aime vraiment beaucoup l’environnement magico-démoniaque à mi-chemin entre faux sérieux et carrément comique, les références tant à la Divine Comédie / aux références de sorcellerie, de rituels et de mythologie qu’à des choses nettement moins académiques (dont quantité de films que je ne connais pas par cœur voire que je n’ai jamais vus). Beaucoup plus que dans Sandman Slim je me suis attachée aux personnages, et cette fois-ci je n’ai pas eu de mal à entrer dans l’histoire ; au contraire je considère le début du livre comme particulièrement bien amenée ! Le fond de l’histoire est assez intéressant, hésitant également entre tragique et comique, toutefois de manière un peu moins subtile et poignante que des auteurs comme Pratchett.
Quelque part j’ai trouvé que c’était écrit comme un conte, plus que comme un roman de fantasy, avec un (des) problème(s), des rencontres d’alliés/ennemis assez simples, des péripéties et un dénouement qui équivaut à la résolution des problèmes. Pourtant c’est très efficace : j’ai dévoré le livre, je ne me suis pas du tout ennuyée.
Un livre distrayant, mais qui pourrait également vous tenir en haleine de bout en bout si vous appréciez le style particulier !
* je viens de me faire avoir : en cherchant une image de la couverture, j’ai commis l’erreur de simplement taper « butcher bird », trouvant par là même une magnifique galerie de… pies grièches !

 

Le Philosophe ignorant

Par Voltaire. 1766, édition de 2008. Essai philosophique. Excellente lecture.
philosopheRésumé : « Voltaire est âgé de 72 ans en 1766 lorsque paraît Le Philosophe ignorant, malicieuse invitation à un voyage autour du monde de la philosophie. Raillant Descartes, Spinoza et Leibniz – la volonté n’est pas plus libre qu’elle n’est bleue ou carrée, oppose-t-il au premier -, louant les analyses de Pierre Bayle et de John Locke, Voltaire critique avant tout l’esprit de système des philosophes, que guettent les travers de son Pangloss. Contrairement à eux, le philosophe ignorant qu’est Voltaire ne dissimule pas ses contradictions : oui, on peut être à la fois déiste et profondément sceptique ; oui, on peut soutenir que les principes de la morale, comme toutes les idées, s’acquièrent par les sens, et néanmoins affirmer qu’il existe une morale universelle et naturelle fondée en Dieu. Car le philosophe ignorant ne cesse de rechercher la vérité. Tel est l’autoportrait que nous livre ici Voltaire. »
Qu’on aime ou pas Voltaire, il reste un philosophe plutôt accessible à tous : un vocabulaire assez simple, des phrases claires, et malgré quelques contradictions (plein en fait) un fil de pensée assez facile à suivre. Ce texte est à la fois court (100 pages), en forme de liste, et essaye de définir entre autres choses ce qu’est un philosophe et qui est Voltaire. C’est non seulement intéressant mais en plus, de mon point de vue, un ouvrage que je recommanderais à ceux qui ne sont pas (ou peu) habitués à lire de la philosophie, dont certains textes sont, il faut le dire, carrément abscons.
J’ai énormément apprécié la manière dont se place Voltaire dans la société de l’époque. Il écrit sur des choses et des gens (auteurs) qui lui sont contemporains, et aussi d’autres qu’il a lu car c’était des « best-sellers philosophiques » à l’époque (Locke, Hobbes, Descartes…), et il critique les uns et les autres en expliquant en quoi il est d’accord avec les uns mais pas du tout avec les autres, et aussi comment il a changé d’avis sur certains sujets et points philosophiques. C’est quelqu’un de très critique mais aussi de très direct, qui aime même ponctuer son discours de traits d’humour, ce qui rend la lecture dynamique et absolument pas ennuyeuse. Ce trait est accentué par la liste dont je parlais plus haut, qui concerne beaucoup de sujets qui se suivent, et donc changent au fil des pages, une raison de plus pour ne pas se lasser !
Le petit plus : la préface de Véronique Le Ru, qui m’a paru bonne et intéressante de mon point de vue curieux mais pas spécialiste, et le glossaire + dossier à la fin, qui amènent quelque 30 pages d’informations complémentaires permettant de resituer certaines choses, et de se faire une idée de certains textes dont Voltaire parle dans l’ouvrage.
Un excellent livre très abordable, dans le ton de beaucoup d’ouvrages poche de Gallimard (oui, je sais, les petites éditions, gnagnagna, mais bon, il faut reconnaître que les grands éditeurs ont parfois aussi du bon 😉 )