The Prestige

De Christopher Priest. 1995. Roman. Bonne lecture. [360 p.]
prestigeRésumé : « In 1878, two young magicians clash in the dark during the course of a fraudulent seance.
From this moment on, their lives become webs of deceit and revelation. They continually vie to outwit and expose each other. This rivalry will take them to the peaks of their careers — with terrible consequences. In the course of pursuing each other’s ruin, they will deploy all the deception the magician’s craft can command — the highest misdirection and the darkest science.
Blood will be spilled, but even this will not be enough. In the end, their legacy will pass on for generations… to descendants who must, for sanity’s sake, untangle the puzzle left to them.« 
J’ai emprunté le livre un peu sur un coup de tête, je sais qu’il existe une adaptation en film (qui m’a valu cette mâââgnifique couverture) que je n’ai pas vue, j’ai récemment lu une actualité de bloggeurs qui en parlait, et le livre était en rayon alors que je passais dans le coin, donc voilà.
Je sors de ma lecture très mitigée ! Malheureusement le livre s’est achevé sur ce qui m’a le moins plu…
Ce livre est difficilement définissable : le résumé donne une bonne image du thème général – la querelle entre les deux magiciens, dégénérant de plus en plus – mais fait abstraction de tout un tas d’autres éléments également très présents dans le livre, et que personnellement je n’attendais pas forcément. Déjà, le livre est découpé en plusieurs parties : le journal de chacun des magiciens, se passant en gros entre 1870 et 1903 ; et, en ouverture, fermeture et interlude, les questionnements des héritiers de nos jours, écrits sous forme narrative classique. On passe donc d’un style littéraire à l’autre en faisant des sauts dans le temps, plusieurs fois. D’ailleurs je n’ose imaginer le casse-tête que ça a été pour le ou les réalisateurs du film ! (Ajoutez à ça qu’un journal ça compte plein de passages où il ne se passe « rien » d’autre que la vie quotidienne).
Ensuite, le genre : on démarre un peu sur le mode « thriller » : Nick Borden pense avoir un frère jumeau sans en avoir de preuves, et est en possession du journal de son aïeul, Kate Angier cherche à comprendre cette histoire de dispute ancestrale dépassant la simple rivalité professionnelle et donc le contacte. Ensuite une très grande partie du livre est consacrée entièrement aux journaux, dont une partie parle de magie, mais les deux magiciens racontent aussi leurs déboires, leurs pensées, leur vie, quoi – même si une grande partie est en relation étroite avec leur profession, leur obsession. Enfin, et ça je ne l’avais vraiment pas vu venir, les 100 dernières pages tombent dans le fantastique (avec un élément limite SF) de manière radicale, pour finir en plus sur une fin plutôt ouverte ! Bref, en termes d’illusions les miennes ont été brisées un peu brutalement. Je ne sais pas comment j’aurais souhaité que l’histoire se termine, ou plutôt j’aurais accepté beaucoup de choses, mais là ça ne me plaît pas, j’ai trouvé ça trop abusé (sans vous spoiler plus).
Néanmoins ce livre n’est pas à jeter, loin de là : j’ai trouvé que le style était très bon – ardu (j’ai un peu galéré à le lire en anglais par moments, mais de toutes façons le style n’est pas simple et je ne suis pas sûre que j’aurais plus vite fini le livre en VF) – mais très riche en vocabulaire, avec des tournures de phrases parfois vieillottes et alambiquées – je suppose pour nous mettre dans l’ambiance, donc pas un livre que je recommanderais à n’importe qui n’importe comment, mais qui a indéniablement une richesse de style, une qualité littéraire. Il y a des passages qui m’ont bluffée ou émerveillée – comme certains numéros décrits du point de vue du public, ou le passage sur les mains de Borden.
Je parlais d’ambiance, et d' »obsession » un paragraphe plus haut, et effectivement j’ai trouvé qu’on ressentait particulièrement la tension qui habite la vie et les pensées de ces deux hommes à la fois très ordinaires, exceptionnels, et terribles ! D’ailleurs, en me concentrant sur cet aspect : le portrait de ces deux hommes, en miroir, je pourrais en relation donner un peu de sens à cette fin bizarre qui ne m’a pas convaincue (je reste cependant accablée devant tant de théâtralisme de mauvais film alors que tout le reste du texte trouvait sa force dans les détails, la psychologie des personnages, et la subtilité !).
Un jour les auteurs cesseront de me scandaliser avec leurs fins à la WTF-je-sors-mon-artillerie-lourde. Un jour.

 

Chroniques d’ailleurs : Lectures Trollesques, Naufragés Volontaires

 

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Légende

De David Gemmell. 2000 (édition Bragelonne). Heroic fantasy. Bonne lecture / pas trop mon genre.
Titre original : Legend, 1981 (d’abord publié sous le titre Against the Horde)
legendeRésumé : « Druss est une légende.
Ses exploits sont connus de tous. Surnommé le Capitaine à la Hache lors de ses plus grandes batailles, il aurait pu devenir riche en tant que mercenaire… Au contraire, fuyant la célébrité, il a choisi de vivre retiré loin des hommes, perché au sommet d’une montagne glacée. Il a remisé son arme, vivant reclus, se contentant de la compagnie de quelques léopards des neiges. Il attend patiemment son ennemie de toujours: la Mort.
Dros Delnoch est une forteresse imprenable. Passage indispensable à la frontière de deux mondes, c’est l’ultime limite qu’une armée doit impérativement franchir si elle veut envahir l’Empire drenaï. Protégée par six remparts, elle est la place forte mythique. C’est aussi le dernier foyer d’une résistance désespérée, car tous sont déjà tombés devant l’envahisseur nadir. Il lui faudrait un atout déterminant, un chef charismatique: Druss, le vieux guerrier.
Quand Conan rejoint Fort Alamo, un demi-million d’envahisseurs barbares face à huit mille guerriers barricadés… Druss pourra-t-il faire la différence ? Deux mains ancrées à une hache pour empêcher une tragédie… »
J’entends parler de Gemmell depuis des années, en tant que classique de la fantasy contemporaine. Récemment j’ai aussi pas mal entendu dire que ce n’était pas super original. Après cette lecture je pense que les deux sont fondés : l’homme a du style, il écrit de manière assez énergique, pose des personnages un minimum intéressants bien que parfois terriblement stéréotypés, dose bien son humour même si ce n’est pas un trait très important dans le livre, et a un côté épique tout à fait assumé. En parlant de Conan le Barbare j’ai trouvé Légende carrément mieux, ne supportant pas le style lyrique hyperbolique de Robert E. Howard. Gemmell use effectivement d’un style qui correspond assez bien à la fantasy classico-classique de guerriers légendaires et de batailles épiques.
Ce qui m’a manqué c’est qu’en fait il n’y a pas grand chose de plus dans le livre. LA bataille en est le centre de focalisation, et franchement ça ne m’a pas plus emballée que ça, surtout que le déroulement de la bataille n’a rien de très drôle, c’est juste… épique, sanglant, et héroïque. Le souci c’est que la moitié des personnages sont aussi forts et héroïques, ce qui fait qu’à un moment j’en ai juste eu un peu ma claque de tout cet héroïsme classique, et j’ai finalement complètement perdu cette impression de « merveilleux » (dans le sens de la surprise, de l’évasion que ça peut nous apporter) que j’aime trouver dans un roman de fantasy.
Ah et puis à la fin il a pris une décision que je classe dans « donner du foin aux lecteurs ». C’est pas correct, c’est tout. On assume ses choix, mince alors ! Il n’y avait aucune raison que ce truc se passe, mais bon, comme on dit en jeu de rôle, TGCM. Je sais que certains lecteurs seront au contraire ravis de ce retournement de situation. Personnellement, j’ai toujours l’impression qu’on veut me ménager inutilement quand les auteurs ou réalisateurs prennent ce genre de décisions, surtout quand il n’y a pas lieu de le faire de manière convaincante, et ça me casse totalement l’illusion de réalisme, grrr.
Pour moi ce roman est fade, même si je l’ai moins subi que par exemple le premier tome de la Roue du Temps, de Jordan. Trop classique, trop prévisible, pas assez original ni en style ni en scénario ni au niveau des personnages, et sans non plus ce petit plus qui parfois vous fait adorer quelque chose de pourtant totalement stéréotypé. Néanmoins je ne peux pas dire que c’est un mauvais roman, car j’ai senti que l’auteur maîtrisait bien son style et son univers, et il le tient jusqu’au bout.