Anne… la maison aux pignons verts

De Lucy Maud Montgomery. France Loisirs (Julliard), 1987. Très bonne lecture. [278 p.]
Titre original : Anne of the Green Gables, 1908
annegreengablesRésumé : « Dans l’île du Prince-Edouard près du golfe du Saint-Laurent, Marilla,— une vieille fille un peu acariâtre, —vit avec son frère Matthew. Ils décident d’adopter un orphelin pour les aider à la ferme. Sur le quai de la gare, le petit garçon attendu se présente sous les traits d’une fillette à la chevelure flamboyante, au visage constellé de taches de rousseur et aux grands yeux verts pétillants. Anne,— cette enfant douée d’une imagination poétique exceptionnelle,— est d’abord accueillie à contrecœur par Marilla. Mais, peu à peu, elle va réussir à capter l’affection de ces deux célibataires endurcis. Ils apprendront avec elle à s’émerveiller devant la nature, à jouir de la magie des mots, à rire de leurs propres manies… et tout simplement à vivre.« 
J’ai découvert avec Lucy Maud Montgomery un classique à côté duquel j’ai pourtant bien failli passer ! Il aura fallu une fois de plus des bavardages avec Lynnae pour que j’attrape ce livre alors que je passais devant lors d’un don public de livres (chose rare s’expliquant par le surplus d’une association dédiée à la lecture), un peu par hasard.
Ce roman se présente comme beaucoup d’autres plus ou moins classiques de la fin du XIXe / mi-XXe : les aventures familiales, parfois extra-familiales (pas trop ici), d’enfants dans un environnement socio-culturel particulier, raconté de façon optimiste et humoristique, avec quelques accents dramatiques selon les livres et auteurs. C’est assez différent de la littérature jeunesse actuelle, entre autres à cause du temps qui nous sépare et donc également du langage et des codes utilisés.

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The Picture of Dorian Gray

D’Oscar Wilde. 1890. Roman fantastique. Très, très bonne lecture. [240 p.]
pictureofRésumé : « The Picture of Dorian Gray is the only published novel by Oscar Wilde. It tells of a young man named Dorian Gray, the subject of a painting by artist Basil Hallward. Basil is impressed by Dorian’s beauty and becomes infatuated with him, believing his beauty is responsible for a new mode in his art. Talking in Basil’s garden, Dorian meets Lord Henry Wotton, a friend of Basil’s, and becomes enthralled by Lord Henry’s world view. Espousing a new hedonism, Lord Henry suggests the only things worth pursuing in life are beauty and fulfilment of the senses. Realising that one day his beauty will fade, Dorian cries out, expressing his desire to sell his soul to ensure the portrait Basil has painted would age rather than himself. Dorian’s wish is fulfilled, plunging him into debauched acts. The portrait serves as a reminder of the effect each act has upon his soul, with each sin displayed as a disfigurement of his form, or through a sign of aging. »
(Après avoir lu le livre je trouve la plupart des résumés « éditeurs » très réducteurs ou peu pertinents ; du coup l’image est celle de l’édition que j’ai lue (1993), mais le résumé appartient à une autre édition.)

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A Christmas Carol

De Charles Dickens. 1843. Conte. Excellente lecture. [128 p.]
Titre français : Un Chant de Noël / Un Conte de Noël / Le Drôle de Noël de Scrooge
ccRésumé : « Miserly old Scrooge is shown the error of his ways by the ghosts of Christmas Past, Christmas Present, Christmas Yet to Come and the ghost of his old partner, Marley.« 
Après avoir cherché longuement sur Internet une photo de couverture potable, et n’ayant trouvé qu’une très mauvaise image, floue et petite, j’ai résolu d’en prendre une moi-même. Hélas, je crains que le résultat ne soit encore à améliorer !
Cette lecture a été pour moi une relecture car je l’avais déjà lu en français, une nouvelle lecture car c’était ma première immersion chez Dickens en anglais, et aussi ma première lecture commune, avec Charlotte de Books and Cups of Tea ! 🙂
Dans l’ensemble c’est un conte comme il en existe plein d’autres, et qui respecte une certaine structure narrative, à la fois attendue et un minimum surprenante.
Certains d’entre vous connaissent probablement déjà l’histoire que ce soit par la récente adaptation en film par Disney, ou par une autre plus ancienne, ou bien par une adaptation en dessin animé (je pense tout spécialement au Noël de Mickey (1983), qui est une adaptation relativement fidèle du livre de Dickens, à l’exception de quelques détails ou scénettes absents, et que j’ai un peu trop regardé pour ne pas y repenser en lisant ce livre) : un vieux grincheux avare et misanthrope, Ebenezer Scrooge, s’occupe de polluer un maximum la vie des gens qu’il croise. Le soir de la Veille de Noël, il est visité par le fantôme de son défunt ami et associé, Jacob Marley, qui lui annonce qu’il a pitié de son âme et va tenter de le sauver de la damnation éternelle en lui envoyant des fantômes, correspondant au Noëls Passés, Présent, et Futur (À Venir, plus littéralement), pour essayer de changer son comportement. Je me suis vaguement étranglée de rire en lisant la réaction de Scrooge à ces mots – comme vous pouvez le deviner, il est RA-VI ! ^^’
L’ensemble du conte fourmille de détails qui semblent secondaires mais tiennent en fait une grande place à la fois dans l’argumentation, l’univers et le style dickensien. Ces détails vont être souvent rappelés, transformés, utilisés sur et autour de Scrooge, qui, malgré son caractère antipathique, est pour cette raison le personnage central de l’histoire. Par conséquent, on voit très vite tout un petit monde graviter autour de lui, un petit monde constitué de lieux, de personnages, d’activités, d’odeurs, de sensations… C’est très vivant et plutôt réaliste, pas du tout comme dans d’autres contes plus courts ou plus classiques ! Ici on est plutôt chez Gustave Doré, dans ses gravures londoniennes.
En parlant de détails, mais ce n’en est pas un à mes yeux, la plume de Dickens est exceptionnelle – vocabulaire, tournures de phrases, utilisation de techniques ou expressions littéraires, il compose son texte comme d’autres composent des partitions, et je me suis plusieurs fois arrêtée sur une phrase, un rythme de paragraphe, un détail lexical, juste parce que c’était beau, drôle, ou que ça collait bien à la situation. Je dois dire que je ne me suis pas arrêtée dans ma lecture pour consulter le dictionnaire, mais avec cet auteur j’ai de quoi faire, même si je « devine » le sens des mots que je ne connais pas dans énormément de cas maintenant. J’ai aussi remarqué que Dickens, connu pour son réalisme, mais aussi son « misérabilisme » et ses clichés (effectivement, on en trouve un certain nombre, qui servent le conte), peut aussi se montrer très incisif, très mordant et sarcastique – principalement dans la première partie, quand il présente Ebenezer Scrooge ! Charlotte a précisé à raison qu’on aimerait enfermer ce personnage dans un placard pendant les fêtes histoire d’être tranquille :p – et c’est tout à fait ce qu’à l’air de penser l’auteur lui-même de son personnage !
Les éléments des différents « voyages » de Scrooge dans le temps et l’espace sont cc_illuassez attendus si on a fait attention à ce que Dickens nous donne comme informations dans la première partie de l’histoire, concernant les différents personnages. J’ai je ne sais pas trop pourquoi que peu d’atomes crochus avec le premier fantôme, celui des Noëls Passés. Par contre celui du Noël Présent m’a énormément fait penser au Père Noël – on dit toujours qu’il était habillé de vert avant l’appropriation de l’image par Coca-Cola, mais à chaque fois qu’on me sort ça je n’ai pas de référence précise en tête (et ne suis pas sûre que mes interlocuteurs en aient plus ! :p) – or, ici, on a un gros et grand bonhomme jovial, habillé d’un genre de manteau/tunique verte bordée de fourrure blanche, avec une couronne de houx et entouré de nourriture. (illustration ci-contre normalement) Je vous laisse découvrir ou redécouvrir par vous-même le troisième esprit. 😉 D’ailleurs ça c’est marrant, ils sont qualifiés de « Ghosts », donc « fantômes », mais ont plus les caractéristiques d' »esprits » au sens folklorique, avec des attributs et fonctions définis.
Les trois fantômes, leurs attributs et ce qu’ils montrent à Scrooge font tous référence à un certain champ sémantique, ou domaine symbolique, et contiennent des éléments propres, ou un certain point de vue spécifique sur les mêmes éléments et personnages, ainsi qu’une atmosphère définie dès le départ, ce qui ajoute de la profondeur à l’histoire et de la matière au texte. J’imagine d’ailleurs que les petits Anglais doivent certainement avoir ce livre en lecture scolaire, tant il y a à trouver dans ces lignes !
Un très beau et très bon livre, à lire avec des enfants ou sans, en anglais ou traduit, et de préférence avec des illustrations car de très bons artistes se sont penchés dessus ! 🙂
Chroniques d’ailleurs : Books and cups of tea (Charlotte), Mes lectures de l’imaginaire (Olya), Une tasse de culture, l’Aléthiomètre

 

Question LC, c’était une très bonne première expérience ! ça nous a permis de discuter pas mal, et pas seulement du livre, et comme je disais à Charlotte je pense que je n’aurais pas prêté autant attention à certains détails si j’avais lu ce livre seule, ou d’une traite (on a découpé notre lecture suivant les 5 chapitres (« couplets »)). Cependant étant donné mon emploi du temps hasardeux, je ne pense pas pouvoir faire des LC tous les mois, et s’il s’agissait d’un livre plus gros il faudrait peut-être décider d’une découpage différent, ou pas de découpage du tout peut-être ? Si vous avez des conseils ou des remarques sur les LC, je suis curieuse 🙂
Je suis tout de même tout à fait prête à renouveler l’expérience avec un autre titre !

The Old Man and the Sea

De Ernest Hemingway. 1952. Roman. Très bonne lecture.
Titre français : Le Vieil Homme et la mer.
oldmanRésumé : « Set in the Gulf Stream off the coast of Havana, Hemingway’s magnificent fable is the story of an old man, a young boy and a giant fish. In a perfectly crafted story, which won for Hemingway the Nobel Prize for Literature, is a unique and timeless vision of the beauty and grief of man’s challenge to the elements in which he lives.« 
L’histoire d’un vieil homme qui part pêcher et attrape un poisson, dit comme ça je ne trouve pas l’intrigue très emballante… Et effectivement, si vous cherchez un livre trépidant, plein d’action et de péripéties pour la semaine, il vaudrait mieux remettre cette lecture à plus tard ;).
Toutefois, et heureusement, cet ouvrage a des points particulièrement forts ! Cela n’a pas été un coup de cœur pour moi, et pourtant c’est la deuxième fois que je le lis, moi qui d’habitude ne lis que peu ce genre de littérature qui somme toute ne fait que raconter le quotidien, qu’il soit proche de nous ou lointain. Pourtant j’y suis retournée par envie car je me souvenais que, près de 10 ans plus tôt, ce livre m’avait bluffée.
Mon premier argument en sa faveur est que le livre est court : 99 pages dans cette édition, qui est de format moyen et écrit assez gros, donc entre 70 et 120 pages je pense selon les autres éditions. Une grosse nouvelle, ou un court roman, encore que personnellement je le trouve plutôt construit comme une nouvelle. Une bonne raison donc de tenter la lecture !
De plus cette longueur limitée donne plus de force à ce que l’auteur y raconte, et lui permet de prendre son temps sur des détails, des petites choses… Et c’est là le deuxième, très gros, point fort que je trouve à ce livre : sous des dehors de petite histoire assez simple, Hemingway aborde en fait plein de choses, toutes ces pensées, et également les souvenirs du passé, les repères du présent, les émerveillements et ressentis présents dans la tête de cet homme seul au milieu de l’océan, accompagné du poisson énorme et magnifique, qu’il a ferré presque par hasard. Plus l’histoire avance et plus l’homme est en position de faiblesse, physique et morale, même si l’histoire comporte quelques retournements de situation – et plus on a le droit à une incursion dans sa tête, dans la mer qui a toujours fait partie de sa vie, dans la souffrance physique qu’il éprouve, et dans la pêche qui pour ce personnage représente bien plus qu’un moyen de se nourrir.
Encore un petit argument pour finir de vous convaincre d’un jour ouvrir ce livre ? Le style de l’auteur est très abordable, très explicite. Les phrases et paragraphes sont très fluides, et on se retrouve à la fin sans y avoir vraiment pensé.
Un classique très abordable, à la fois poignant et magnifique.
Chroniques d’ailleurs :  Des lires des toiles

The Woman in White

De Wilkie Collins. 1860. Roman (~thriller psychologique). Excellente lecture.
Titre français : La Dame en blanc.
womaninwhiteRésumé : « Dans la fournaise de l’été, en ce milieu du XIXe siècle, William Hartright, jeune professeur de dessin émérite, s’apprête à quitter Londres pour enseigner l’aquarelle à deux jeunes filles de l’aristocratie, dans le Cumberland. Il laisse derrière lui la vie trépidante de la ville et ses étranges incidents, comme cette rencontre en pleine nuit avec une jeune femme terrorisée, toute de blanc vêtue, semblant fuir un invisible danger… Mais la campagne anglaise, malgré ses charmes bucoliques, n’apaise pas le jeune William autant qu’il le souhaiterait. La demeure de Limmeridge recèle en effet de bien lourds secrets, et lorsque resurgit la mystérieuse Dame en blanc, il est bien difficile d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’un présage funeste… »
Une des forces de ce roman est son mélange des genres : il commence avec un air fantastique, dont les codes vont être repris de temps en temps par l’auteur à l’intérieur de l’intrigue, qui elle appartiendrait plutôt au genre « thriller » victorien (enquête, résolution d’un problème tordu), additionnée de romance mais aussi de développements sociaux et psychologiques. En fait d’un roman véritablement « fantastique », les aspects fantastiques ne sont là qu’en renfort du suspense qui se dégage du livre. Ce procédé sonne je trouve très juste, et est tout à fait en accord avec le cadre de l’histoire (bords de lac, vieux village…).

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Tess of the D’Urbervilles

De Thomas Hardy. 1891. Roman. Bonne lecture.
Sous-titré : A Pure Woman
Titre français : Tess d’Urberville
tessSummary :  « Tess is Hardy’s most striking and tragic heroine and the character who meant most to him.
In a novel full of poetry and mysteriously luminous settings, he unfolds the story of his beautiful, suffering Tess with peculiar and unforgettable tenderness and intensity. As A. Alvarez comments: ‘the plangent, heartbroken note of the great poems of loss and missed chances … is already present in Tess: in the continually roused, haunting descriptions of the landscape which crystallize intermittently into visionary states of mind, and above all in the power and beauty of the heroine whom he created and then, unwillingly, destroyed.« 
Un classique dont j’entendais parler depuis un moment, mais que je n’ai jamais étudié, ni lu d’extraits. J’ai choisi le livre dans le rayonnage en sachant que c’était centré sur une héroïne de basse extraction qui se trouvait élevée socialement (pas tout à fait juste, en fait), un vieux livre, et probablement pas très drôle*. Voilà pourquoi je l’ai emmené tout seul en week-end en laissant mon Pratchett à moitié fini derrière moi ! Les presque 500 pages y étaient aussi pour quelque chose. Finalement je l’ai lu assez vite, bien plus vite que je m’y attendais.
De façon générale j’avais une assez bonne approche du livre, renforcée par l’introduction de A. Alvarez (inconnu au bataillon…). En la lisant je me suis dévoilée une bonne partie de l’histoire – c’est courant dans les introductions – ce qui m’a permis de mieux entrer dedans et me concentrer sur toutes les facettes du livre au lieu de m’accrocher bêtement au fil narratif en laissant tomber le reste, comme cela m’arrivait très fréquemment dans les lectures scolaires obligatoires.
J’ai plutôt bien aimé le personnage de Tess, même si je ne me suis pas identifié à elle tout au long du livre, et que je l’ai beaucoup plainte ! L’histoire est en effet cristallisée autour de l’héroïne, son identité et ses déboires, et consiste donc en un « véritable » roman, au sens premier, originel du terme. Inutile de dire que je vous déconseille de continuer votre lecture si déjà ce personnage vous agace ou vous est indifférent dès le début de l’histoire. Cette figure féminine, ainsi que les quelques personnages qui gravitent autour (famille, amis, amants) constituent pour ainsi dire la totalité du roman, en parallèle avec les paysages et la vie de la campagne anglaise du temps de Hardy.
Dans l’ensemble je ne me suis identifiée à aucun personnage, ni n’en ai adoré aucun – ils ont tous leurs défauts, leurs petits travers ; de plus l’environnement a un air incontestablement vieillot ; j’y ai plus porté un regard contemporain et sociologique plutôt de de me laisser prendre à son charme, sans y être non plus indifférente. D’où une note « bonne », mais sans plus.
Néanmoins je me sens obligée, à cette lecture, de considérer Hardy comme un grand écrivain, que j’adore ou non ses autres œuvres, s’il me prenait l’envie d’en lire plus. Choix du vocabulaire, du phrasé, utilisation de mots de patois local, agencement des paragraphes descriptifs / psychologiques / explicatifs / narratifs, structure générale de l’histoire : je n’ai rien à y redire. En cela ça a été une lecture plaisir : écouter, sentir la cadence du livre et de ses éléments. Je l’ai trouvé très équilibré, tendu, précis, dans l’ensemble – on se sent sur une corde raide, à l’instar de Tess, et ça c’est juste tout bonnement fabuleux ! Plus que dans l’historiette des personnages – qui est somme toute très cliché, attendue au tournant, et en rien nouvelle en tous cas de notre point de vue de lecteurs du XXIe siècle, je me suis laissé bercer par les mots, l’écriture de Hardy et sa sensibilité. (Sinon la note aurait certainement été plus basse, parce que ce n’est pas vraiment mon style d’histoire !…)
Une romance classique, une héroïne peut-être un peu trop tragique, mais un grand classique d’un auteur talentueux.
* En fait c’est carrément : sortez vos mouchoirs ! :p

 

Chroniques d’ailleurs :  Le Chat du Cheshire
Challenge : les 100 livres à avoir lu

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The Island of Doctor Moreau

De H. G. Wells. 1896. Science-fiction / anticipation. Bonne lecture.
Titre français : L’Île du docteur Moreau
islandRésumé : “Prendick, a naturalist, is shipwrecked on the island retreat of notorious vivisector, Dr. Moreau. In a laboratory called the House of Pain, Moreau manufactures ‘humanised’ animals known as the Beast People, whom he controls through fear–until the terrifying day when one of his degraded victims destroys him. Prendick is then alone with the blood-thirsty survivors…
A sombre fantasy in which Wells, on the eve of the twentieth century, issues a resonant warning against scientific obsessiveness, and the Faustian pursuit of evolutionary control.”
Je suis contente d’avoir lu ce classique que je connais de nom et de thème depuis des années, mais je n’ai pas été tout à fait autant emballée que je m’y attendais.
Difficile de critiquer l’histoire sans en révéler des tournants, même attendus ! Le livre est court (120 pages), autant dire que ce n’est rien comparé aux deux pavés que sont Robinson Crusoé ou Frankenstein, deux ouvrages avec lesquels je ne peux m’empêcher de comparer L’Ile du docteur Moreau, tant les thèmes abordés et la manière de les traiter se rejoignent. De fait, je n’ai également ni particulièrement adoré ni détesté ces deux derniers non plus.
The Island… est bien ancré dans les romans à la limite du fantastique et de la S-F de la fin du XIXe (ici c’est clairement de la S-F). Les évènements qui s’y déroulent, bien qu’attendus pour la plupart, répondent à une tendance au couple [fascination – horreur] expérimenté par l’humain face à quelque chose d’inconnu mais aussi d’impossible à accepter. Le style et la structure du texte ne surprendront pas les habitués, non plus que l’épilogue. Pourtant, cela reste quelque chose de fort, de choquant, même vu de notre XXIe siècle et sa science plus avancée – car il s’agit encore une fois d’amener le lecteur à se demander Et ensuite ? et pas seulement Quoi ? ou Comment ?
Bien que n’ayant pas été passionnée ni par le thème des dérives de la science – déjà trop vu et revu – ni par l’ouvrage en lui-même, je reconnais que c’est un livre de qualité, qui n’est pas non plus ennuyeux, et que je ne saurais donc déconseiller 🙂

La Divine comédie

De Dante Alighieri. 13** (début du siècle). Récit allégorique en vers. Lecture très instructive, mais difficile.
Titre original : La Divina Commedia
DC_titreJ’ai beaucoup à dire sur cette lecture, que je voulais faire depuis longtemps tout en me doutant qu’elle ne serait pas simple. Je vais parler un minimum de la structure du livre, mais dans ce cas précis il me semble que c’est primordial.
Un petit résumé à ma sauce : Dante, poète florentin, rencontre Virgile (poète romain, donc, auteur de l’Enéide), qui l’invite à aller dans l’au-delà, en passant par les Enfers et jusqu’au Paradis. Ça tombe « bien », Dante a justement perdu sa fiancée, la belle Béatrice, morte 11 ans plus tôt ; c’est l’occasion de la retrouver.
Ce sera tout pour le côté « actif ».
DC_pages (2)De là découlent trois livres, sans surprise : Enfer, Purgatoire, Paradis, composés chacun de 33 chants – comme les chants homériques. Pour les amoureux de la poésie : Dante utilise dans sa langue l’hendécasyllabe (vers de 11 pieds), ce qui est plutôt original. Oui, parce que ces 500 pages (grand format !) sont écrites intégralement en vers. Le terme « comédie » est utilisé car l’auteur l’a écrit en langue vulgaire, commune, car l’œuvre est adressée à un grand public. Le mot a aujourd’hui un autre sens qui n’est pas approprié ici. Bien qu’écrit avant le début de la période, la Divine Comédie est souvent retenu comme une préface au style et aux idées de la Renaissance.
Un souci technique s’est imposé à moi dès le départ : je n’aime pas (trop) lire de la poésie, or ce livre n’existe qu’en traduction en vers, du moins dans mon entourage immédiat. Je n’avais pas (je n’ai toujours pas) envie de l’acheter, ne sachant pas à quel point il allait me plaire ou m’être utile. En effet, ma principale raison de me lancer dans une lecture aussi ardue est essentiellement la frustration de voir des citations et références à cet auteur un peu partout, sans en connaître la source originale ; il fallait donc que je trouve une version la plus « lisible » possible, pour pouvoir avoir accès au texte, sans simplement aller chercher un résumé sur la Wiki*, ce qui donne forcément une version épurée, synthétisée. Or, l’essentiel du livre repose sur des références, des symboles, des métaphores : rien qui ne puisse réellement être transmis par un résumé ! Après avoir trouvé une version poche à la typographie dégueulasse (l’encre bavait de partout –‘) et traduit de façon vieillotte – voire pompeuse – à la médiathèque où je vais d’habitude, j’ai fini par trouver mon bonheur à la bibliothèque municipale, qui contient un fonds plus classique mais aussi plus ancien, et des beaux livres.
* Ledit résumé est ironiquement beaucoup moins détaillé quand il s’agit d’expliquer les histoires politiques et théologiques du Paradis que pour décrire les scènes de torture des Enfers.

Voilà la bête 😀

divinecomedie

DC

DC_pages
Un beau bébé de cinq kilos environ, 34 x 25,5 x 6 cm à la louche, relié en tissu, avec de belles pages cartonnées, une typographie très lisible, et une traduction moderne d’une spécialiste de l’œuvre :  Jacqueline Risset, sur deux colonnes très claires, s’il vous plaît ! Ajoutez à cela une préface, des annexes, des notes de bas de page ET de fin de livre – bref tout ce qu’il faut pour attaquer la lecture la plus ardue. Et encore, je ne vous ai pas mentionné les dessins de Sandro Botticelli :).
Pour ceux qui ne voudraient pas fatiguer leur petits bras (j’ai souffert… et je dois encore le ramener !), il existe en plein d’éditions moins lourdes, souvent en trois volumes.

Alors, ça a donné quoi ?

Tout d’abord j’ai été extrêmement contente d’avoir une préface, une vraie, qui nous met dans le bain et nous explique les grandes lignes du texte. Ensuite je suis arrivée au bout de l’Enfer sans trop de souci. Je n’ai presque rien retenu du Purgatoire, et j’ai fini le Paradis avec plus de peine, à cause des grandes lignes de la philosophie et théologie néo-platonicienne, que j’avais un peu de mal à suivre et qui ne m’intéressait guère.
Suite à la lecture de la préface j’avais fait quelques recherches vite fait sur certains termes que j’y avais trouvés : néo-platonisme, Boccace, Quattro Centto, et d’autres dont je ne me rappelle plus exactement, et ça m’a été assez utile, ça m’a aidée à me plonger dans le contexte. Botticelli n’est pas contemporain de Dante, il a vécu à peu près un siècle après, mais le contexte politique était d’après ce que j’ai compris un peu semblable. Cette histoire de contexte historique constitue une part énorme du livre et des références : en effet, sous couvert d’un récit théologique, l’auteur décrit et critique la société de son époque, particulièrement les nobles et la papauté, qui étaient tous plus ou moins (plutôt plus que moins !) impliqués dans des querelles intestines, des affaires de corruption, de trahison, de mauvaise vie, etc. Autrement dit, moi, en tant que non-italianiste (pour reprendre le terme universitaire), j’étais assez perdue dès qu’il s’agissait du duc machin ou du pape bidule, qui avait fait telle chose au détriment de… (aha.) Les notes m’ont tout de même fourni énormément d’explications en cours de lecture, même si, n’ayant pas les bases nécessaires pour greffer des détails dessus en ce qui concerne l’Italie du XIVe siècle, je n’en ai quasiment rien retenu ! Et je ne vous parle même pas des histoires d’affaires étrangères (guerre avec la France, principalement, mais toujours en détail).
Ensuite, le deuxième point intéressant mais ardu, ce sont les références religieuses. Je suis allée au catéchisme, ok, mais c’était il y a longtemps. On sent à la lecture que les gens lettrés de l’époque devaient connaître la Bible presque par cœur, ce qui n’est aujourd’hui plus le cas de grand monde, car l’éducation n’est plus la même, ni la société. Du coup encore une fois, merci les notes !!
Néanmoins, la trame du livre est assez facile à suivre. Dante et Virgile (puis Béatrice) ont quelques moments d' »action », font plein de rencontres liées à [politique, histoire, religion, mythologie grecque et romaine], et même si on ne se souvient plus qui est la personne, à défaut d’avoir toutes les références on arrive quand même à la partie suivante du chant, où peut-être on comprendra mieux ce qu’il se passe.
Autrement je n’ai pas lu le livre en italien, ne voulant pas me rajouter une difficulté supplémentaire (surtout que mon italien est très loin d’être aussi fluide que mon anglais !) – je suppose qu’il y a aussi des choses à dire sur le style de l’auteur, rendu de façon très riche (énormément de vocabulaire) Renaissanmais très lisible par la traductrice.
Critique générale :
La grosse difficulté de cette lecture est que l’ouvrage a été écrit à destination des lecteurs de l’époque, autant dire des gens qui n’avaient pas du tout la même culture que nous, avec un contexte historique bien précis qui nous est à présent lointain ; et tout ceci donne à l’ensemble un aspect très étranger de notre point de vue de lecteurs du XXIe siècle, car le livre est truffé de références à des choses, personnes et évènements très connus à l’époque, mais qui se sont plus ou moins perdus au fil des siècles. En transposant, on pourrait imaginer des références aux grandes affaires et personnages politiques, économiques et médiatiques français de ces 30 dernières années, avec en plus des références à la culture/pensée occidentale de la fin du XXe siècle : ce serait probablement déjà assez dur à lire pour quelqu’un vivant aujourd’hui de l’autre côté de la planète, mais encore plus dans un siècle ou deux, quand les personnages les plus « secondaires » seront certainement tombés un peu dans l’oubli.

Le Prince et autres textes

De Nicolas Machiavel (Niccolò Machiavelli). Folio, 1980. Essai politico-historique. Très bonne lecture.
Titre original : De principatibus (des principautés), 1532* ; traduit par Il Principe, « le Prince », lors de la première traduction italienne.
* achevé circa 1513
princeRésumé : Ce livre est dédié à Laurent de Médicis (sur la couverture), dont l’auteur a été le conseiller. Machiavel se pose en homme de son temps, non seulement passionné mais impliqué dans la politique de son époque, ses grands, son peuple, sa nation. Ce livre n’est donc pas tant philosophique que politique et social : comment fonctionne le pouvoir qu’un grand, un « prince » pour reprendre le terme qu’il affectionne (et qui correspond peut-être bien à une réalité du XVIe), a sur son peuple, et comment le peuple le lui rend, ou pas, et pourquoi ? Quelles relations entretenir avec les autres princes, plus ou moins puissants ? Quelles qualités doit avoir un prince ? Est-ce que la morale doit vraiment être laissée de côté ?
Contrairement à ce qu’on peut penser, Machiavel n’a rien de machiavélique. Cependant il a eu de nombreux détracteurs qui lui reprochaient sa froideur apparente, sa logique parfois implacable, et son ouvrage qui somme toute explique clairement des choses que certaines personnes auraient préféré ne pas voir publiques, au moins en son temps et aussi un peu après. Lire un tel ouvrage en 2013 en ayant eu un minimum d’éducation scolaire n’a cependant rien de choquant.
J’ai apprécié avoir une préface pour définir le cadre historique et politique, savoir un peu qui était l’auteur, etc., même si l’auteur de la préface paraissait aller un peu trop loin dans l’analyse du livre et des ambitions et points de vue « réels » de Machiavel. Toutefois d’après ce que je lis un peu partout la polémique n’est pas finie, mon impression sur le livre pourrait donc bien être justifiée tout autant que la sienne. En tous cas je suis assez contente d’avoir enfin lu ce livre, que j’ai dans ma PàL mentale depuis 2004, lorsque notre prof de philosophie nous en a fait lire un extrait et que je suis tombée sous le charme de son style [insérer une blague italienne ici] !
Le côté pas si bon que ça c’est que la politique c’est pas mon rayon, et je me suis pas mal ennuyée à cause de ces histoires de princes et de guerres et de dates et de batailles et de noms de familles, de dynasties… Je suis déjà perdue juste en France au XVI, alors une telle initiation à l’histoire de l’Italie, où c’était tout autant le bazar à ce moment, ça m’a un peu ralentie dans ma lecture – jusqu’au moment où j’ai décidé de zapper les exemples qu’il donnait quand vraiment je ne voyais pas de quoi il parlait – car son essai est suffisamment bien structuré pour ce faire : chapitres, titres explicatifs, thèses accompagnées d’exemples, antithèses par moments, etc.
Son style est très clair et très fluide, on sent qu’il s’adresse à un auditoire auquel il tente d’expliquer quelque chose ; il ne donne pas l’impression de quelqu’un qui aime s’entendre parler. De plus, son ton est très posé, assez pédagogique, ce qui rend la lecture très agréable. Je le comparerais assez à Aristote ou Épicure, auquel il me fait penser par bien des côtés (le plus notable étant que Machiavel n’a jamais conseillé de faire brûler les gens tous vifs pour le plaisir et d’être un tyran parce que ça en jette ; pas plus qu’Épicure n’a conseillé de s’adonner aux pires vices et abus parce que c’est cool et qu’il faut profiter de la vie). Sa présentation très modérée et pragmatique des choses, très « Il faut tenir le peuple par la crainte car c’est sécurisant et efficace… mais bon c’est aussi bien de se faire aimer un minimum » m’a fait sourire à plusieurs reprises. Il arrive même à incorporer volontairement une pointe d’humour dans certains passages, quelque chose d’assez subtil. Il m’a donné l’impression de quelqu’un de cultivé et de posé, et aussi d’assez diplomate. S’il était encore en vie j’aurais certainement été voir s’il avait un compte sur un réseau social cherché à le rencontrer par curiosité.
Le reste du livre est composé d’une étude sur des écrits de Tite-Live, que j’ai passé sans le lire car définitivement basé sur la stratégie, la politique – comme le Prince, mais en moins connu et axé sur la politique romaine antique et non pas de la Renaissance. Vient ensuite un recueil de lettres dites « familières », que j’ai lues en grande partie ; certaines sont une fois de plus adressées à des magistrats et traitent de « choses publiques »** (ce « jeu de mot » était présent plusieurs fois dans le livre), mais souvent il écrit aussi à propos de choses futiles, de sa famille, d’un bon moment qu’il a passé, des amours mouvementées d’un magistrat avec lequel il correspond… Bref des petits textes assez plaisants à lire et qui me confortent dans l’idée que décidément cet homme ne méritait pas la réputation d’insensibilité qu’on lui a fait !
Je conseille cet auteur à ceux que l’histoire et la politique intéressent, et cet ouvrage aussi à ceux qui ont envie de lire le livre comme moi, par curiosité, car il est assez court (100 pages) et se lit somme toute très bien.
Texte intégral en ligne : http://classiques.uqac.ca//classiques/machiavel_nicolas/le_prince/le_prince.html (d’autres liens existent si jamais celui-ci ne vous convient pas, ou meurt prématurément 🙂 Mais d’après ce que j’ai vu la traduction est plutôt sympa et la mise en page très agréable)
** en latin « choses publiques » se dit res publica – d’où république.

Pride and Prejudice

De Jane Austen. Penguin, 1994 (1e ed. 1813). « Grand classique », roman socio-romantique. Une très bonne surprise ! [298 p.]
Titre fr : Orgueil et préjugés
prideandprejudiceRésumé : « Pour les Anglaises du [tout début du] XIXe siècle, hors du mariage, point de salut ! Romanesques en diable, les démêlés de la caustique Elizabeth Bennett et du vaniteux Mr Darcy n’ont pas pris une ride ! Mais il faut parfois savoir renoncer à son orgueil. Et accepter la tombée des masques pour voir clair dans la nuit. Un classique universel, drôle et émouvant. »
En gros la famille Bennet, de ce qui me semble être de la petite bourgeoisie si cette appellation est acceptable, a 5 filles à marier : Jane, Elizabeth, Mary, Kitty et Lydia. Un nouveau voisin plutôt jeune venant d’arriver, c’est la course entre les parents du voisinage, qui ont presque tous des prétentions équivalentes. Arrivent par là-dessus d’autres personnages, tous liés de manière différente les uns aux autres : Mr Darcy bien sûr, mais aussi bien d’autres qui vont tous graviter autour de la famille Bennet, être analysés par Elizabeth, et souvent aussi confrontés à la jeune fille, à qui les affrontements ne font pas peur bien que ce ne soit pas bien vu par tout le monde…
      Cela faisait un bail que je me tâtais à me lancer là-dedans, et bien plus longtemps encore que j’avais entendu parler de ce livre, et aussi de son auteur. Entre les grands classiques et moi ça a toujours été plus une histoire d’indifférence voire d’ennui que de grand amour, mis à part de très rares exceptions. Cependant depuis quelques années, j’ai entendu parler à plusieurs reprises de cet ouvrage comme d’une lecture plaisir, comme d’une romance qui était en fait plus qu’une romance, et aussi de son auteur comme étant très en avance sur son temps, et aussi bien moins ennuyeuse que les résumés hâtivement lus peuvent le faire paraître – j’ai d’ailleurs été particulièrement surprise de voir des gens qui, comme moi, ne lisent pas de romances d’habitude, lire et même relire Jane Austen. Je n’ai jamais vu aucune des adaptations cinéma, je me suis donc lancée dans ma lecture sans d’autres idées reçues que celles énoncées ci-dessus.
     Arrivée au bout de 2 pages je savais déjà que c’était une découverte très intéressante et intriguante, même si je ne pouvais pas encore savoir si tout allait me plaire ou non. L’introduction de la famille Bennet, surtout les deux parents qui sont à mon sens les deux personnages les plus comiques du roman, s’effectue de manière directe, piquante, décapante – pas vraiment ce à quoi je m’attendais d’un livre aussi vieux. J’ai aussi assez vite vu que l’anglais de Mlle Austen allait requérir de ma part plus de concentration que d’habitude – vocabulaire très formel et archaïque, tournures de phrases également inhabituelles – et phrases parfois très longues en plus ! J’ai fini par m’y faire au fil des pages, même si je suis sûre que quelques phrases ici et là m’ont partiellement échappées !!
      On m’a fait la réflexion : « Mais d’habitude tu n’aimes pas les romances ? » – et je trouve que c’est une réflexion très pertinente. J’ai tenté de répondre à cette question puis me suis si bien laissée entraîner que j’ai fini par écrire bien trop de lignes et trop peu en lien direct avec cet ouvrage, que j’ai rassemblées dans un article à part. Pourquoi ai-je aimé Pride and Prejudice ? D’abord comme je l’ai dit ci-dessus pour le style caustique de l’auteur ; et aussi pour les thèmes sociaux et relationnels abordés. On tourbillonne non seulement autour d’Elizabeth mais également autour des autres membres de sa famille, et pour Austen c’est une occasion formidable de nous montrer ce qui est ridicule, ce qui ne va pas, toutes les petites affaires un peu cliché de la bourgeoisie de l’époque, si drôles à commenter (parfois via Elizabeth, parfois venant directement de l’auteur) : les jalousies, les envies, les mariages arrangés, ce qui doit ou ne doit pas se faire, les aspirations des gens à se hisser dans l’échelle sociale, à bien se faire voir, etc. J’ai aussi beaucoup aimé la fratrie Bennet, c’est vraiment une famille de fous ! Un certain nombre de personnages sont franchement comiques, parfois un peu exaspérants voire carrément détestables, mais quasiment toujours hauts en couleur, et plutôt bien développés. Quelques-uns sont un peu moins originaux, mais leur psychologie à tous est je trouve plutôt bien tournée, et tout à fait convaincante.
      Les romances sont de mon point de vue exposées et racontées de manière assez rationnelle, on est vraiment dans le romanesque du XIXe, tout en finesse et subtilité, même si le ton reste lyrique ici et là (à la grande joie de Mlle Austen qui se moque d’un peu tous ses personnages jusqu’au bout ! 🙂 ). De plus, les deux principaux protagonistes (constituant de la principale romance), Elizabeth et Darcy, sont tous les deux des personnes très rationnelles, avec leur caractère et leurs défauts, et loin d’êtres stupides , ce qui m’a permis de m’attacher plus facilement à eux  – la fin du roman, bien qu’attendue, se termine sur un ton auquel je ne m’attendais pas ! Du coup au contraire d’autres romances ça ne m’a pas énervée ni gênée dans ma lecture ; on voit les deux personnages avancer pas à pas l’un vers l’autre au gré d’une lente évolution, et à côté se déroule plein d’évènements dans lesquels ils sont pris, qui ont des incidences sur eux, ou pas – en fait les intrigues sont bien entremêlées, forment un ensemble cohérent dans lequel ils ont tous les deux leur place respective, en tant qu’acteurs et spectateurs.
J’ai eu plaisir à lire les nombreux dialogues, dans l’ensemble assez subtils et très bien formulés, à travers lesquels se déroule la plus grande partie de l’intrigue – souvent le style est très poétique, très esthétique ; j’ai trouvé assez peu de descriptions dans l’ensemble, Austen se tournant seulement par moments vers la narration afin de nous montrer un tableau d’ensemble, ou de faire avancer l’histoire de quelques jours ou semaines…
Enfin bref, un roman qui m’a paru classico-classique au premier abord, mais qui n’en est pas moins aussi très drôle, parfois complètement loufoque, et franchement pas aussi ennuyeux que je l’avais craint, même si je ne le recommanderais pas à tous, au vu des thèmes abordés et du style vieillot et parfois un peu moralisateur.

 

Chroniques d’ailleurs :  Bazar de la Littérature, Le Chat du Cheshire, Des livres, des livres !, Books and cups of tea, Chasing Books

 

Challenge : les 100 livres à avoir lu

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