Les Forêts d’Acora

De Thomas Clearlake. Éditions Moonlight, 2017. Science-Fiction. [362 p.]

acoraRésumé : « Dans un futur très lointain, à des milliards de cycles-lumière de notre galaxie… De mystérieux objets célestes viennent de s’écraser sur une planète du nom d’Acora. Sous le sceau de l’Alliance universelle secrète, trois agents y sont envoyés en mission. Leur objectif : entrer en contact avec un ordre siégeant au sein d’une cité-monastère perdue dans les montagnes. Les rudes conditions du protocole autarcique en vigueur sur cette planète vont rendre le voyage des plus périlleux. Des profondes forêts jusqu’aux vallées de glace, en passant par les déserts, les trois émissaires vont être mis à l’épreuve malgré eux. Mais ils ne sont pas les seuls à chercher à rejoindre la cité-monastère. La plus terrible des menaces qu’ait connu l’Univers les poursuit dans l’ombre…« 

Lorsque j’ai lu les premiers chapitres de ce livre, l’année dernière, sur proposition de l’auteur, j’en avais retiré une plutôt bonne impression d’un monde fouillé permettant une immersion impressionnante, à défaut d’un récit que j’eusse trouvé palpitant – en tous cas de ce que j’en avais lu.

Quand l’éditeur Moonlight m’a proposé de lire cette fois l’oeuvre achevée j’ai donc très vite accepté (en plus ce mois-ci je lis plein de SF !).

Et là je suis suffisamment embêtée pour vous sortir un joker plein de bons sentiments m’évitant de mettre une note qui ne va pas franchement être bonne au premier livre du premier auteur de cette édition en devenir (sens-tu ma culpabilité, ô lecteur ??), et m’efforcer de rester positive dans la mesure du possible.

Ma première remarque sera que je n’ai pas vu tellement d’évolution depuis la bêta. Je viens de relire ma chronique, je note les mêmes points forts et faibles, et je trouve ça dommage.

J’ai dit que je serai positive, commençons donc par le pire avant de relativiser avec le meilleur.

Un gros point noir que j’ai relevé – certains dirons du détail mais moi je n’aime pas ça – c’est la copine du héros : c’est un personnage potiche. Elle est censée être badass mais je n’ai rien vu qui me permette de valider l’affirmation de l’auteur. Elle et le héros sont censément frappa-dingo-amoureux-fous mais non seulement je ne vois pas l’intérêt dans l’histoire mais en plus heureusement qu’on me le dit parce que lorsque ça ressort ça arrive un peu un cheveu sur la soupe, c’est lourd et souvent incohérent avec le reste. Et je ne vous parle pas de son « choix » dans la toute dernière partie qui m’a juste hérissée. Bref elle est inutile et incohérente, donc ce personnage est à mon sens indésirable tout court, en l’état du moins.

(Oui je sais ceci n’est pas positif.)

Dans la catégorie personnages continuons avec les deux compagnons qui encadrent le héros : c’est toujours triste de se rendre compte qu’on les oublie régulièrement dans l’intrigue. On nous les présente au début de manière assez nuancée, du coup j’avais vraiment envie de voir ce que ça allait donner : leur implication, leur évolution…, mais en fait j’ai eu tout du long l’impression que l’auteur s’était dit que ce serait bien de les créer, mais n’a pas très bien su quoi en faire. C’est d’autant plus dommage que j’ai trouvé au contraire beaucoup de personnages secondaires très intéressants !

Le héros lui-même ne m’a pas plu, je l’ai trouvé bien trop caricatural : c’est un Élu, avec tous les défauts qu’on peut reprocher à cet archétype : trop fort, trop intelligent, trop chanceux – et pas assez de caractéristiques qui lui sont propres. Ceci dit c’est aussi quelque chose que je reproche à pas mal de livres que j’ai pu lire, et aussi à plein de films, et je sais que c’est aussi une grosse question de sensibilité à la fois puisqu’il est difficile d’échapper aux archétypes mais aussi parce que les auteurs les utilisent parfois à dessein.

L’intrigue est quant à elle principalement cousue de fil blanc mais honnêtement ça m’a beaucoup moins gênée que les points évoqués ci-dessus – même si je ne pourrais pas retenir ce livre grâce à son fil rouge (oui je file)(la métaphore). Il y a tout de même un minimum d’originalité, souvent lié à l’univers (on arrive à ce qui est bon), et même un ou deux retournements de situation qui m’ont surprise et convaincue. Notons tout de même que le quota de « Vieux Sages » rencontrés par le héros est largement atteint dans ce premier opus.

Le gros point fort de ce livre c’est son univers. L’auteur a créé un multivers impressionnant, avec plein de galaxies et planètes diverses, et les peuples et leur histoire, faune, flore… L’immersion a été quasiment immédiate pour moi, et tout au long du livre j’aurais aimé en savoir plus sur ce qu’il y avait autour des héros car cela semblait infiniment plus intéressant ! D’ailleurs je regrette les choix autoriaux et éditoriaux qui ont été faits : pas de notes de bas de page mais plus de 60 pages d’annexes… Je suis désolée mais je déteste aller chercher les informations en fin de livre, et encore plus lorsque les termes indexés ne sont même pas indiqués dans le texte. J’ai aussi regretté plusieurs fois des descriptions manquantes, jurant avec le reste qui est plutôt largement décrit. N’était-ce vraiment pas possible d’insérer une ou deux lignes dans le texte pour nous décrire brièvement tel ou tel animal/peuple nommé au détour d’une scène que les héros visualisent ? Encore une fois je n’ai pas envie d’aller fouiller dans les différentes annexes pour trouver l’information alors que je suis en train de lire ce qui se présente comme une série d’aventure. C’est d’autant plus dommage que ces annexes sont bien construites et très denses, c’est un vrai apport au livre, mais certaines devraient à mon avis être insérées dans l’histoire elle-même, sans parler de ces fichues unités de temps que j’ai laissé tomber au bout de deux occurrences (inventées, elles sont planquées entre la table des matières et le lexique…).

Enfin je dois mentionner l’écriture de Thomas Clearlake : comme je l’avais noté dans ma première critique le style est très soigné, riche et agréable à lire, particulièrement dans les descriptions et explications.

Dhamkar la blanche, ou du moins ce qu’il en restait. L’ancienne cité dressait encore quelques vieilles colonnes vers les cieux gris. Les vents qui soufflaient sans cesse dans les congères semblaient, en un chant monotone, sonner le glas de ceux qui venaient se perdre dans ces vallées. ~ p. 119

Il était d’usage, en l’Univers connu jusqu’en ses frontières les plus reculées, que lorsque des créatures d’espèces différentes se rencontraient, elles pussent établir « un lien fraternel visant à fédérer les civilisations lointaines… dans la mesure du possible » selon le code civique de l’UIA. Ainsi, le langage paadma, déjà employé à travers les galaxies depuis bien des cyclocosmes avant l’unification, avait été choisi par le Legistat comme langue commune. ~ p. 121

Ainsi donc une lecture dont je n’ai pas retiré que du plaisir, bien que l’univers très développé et la plume agréable de l’auteur eussent en quelque sorte « sauvé les meubles » me concernant. Des lecteurs moins regardants que moi concernant l’intrigue et le développement des personnages pourront néanmoins certainement y trouver leur bonheur.

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