À la poursuite des Slans

De A. E. Van Vogt. J’ai Lu, 1968. Science-fiction. Très bonne lecture. [309 p.]

Titre original : Slan, 1940 ; trad. de l’américain par Jean Rosenthal

A_la_poursuite_des_SlansRésumé : « L’humanité compte parfois des génies qui sont admirés et respectés.
Mais qu’arriverait-il si, au sein de la race humaine, se développait une autre race, d’un niveau mental infiniment supérieur, celle des Slans ? Ne seraient-ils pas craints, haïs, pourchassés puisque supérieurs et donc redoutables ? Pourtant, le Slan c’est l’avenir de l’homme, le prochain stade de son évolution. Voici son histoire à travers celle de ses membres les plus parfaits, Jommy Cross et la belle Kathleen, traqués, pourchassés par la planète entière et cependant triomphants car rien ne peut arrêter l’évolution inéluctable de l’humanité.« 

Encore un auteur de SF qu’il fallait bien que je lise un jour! Je profite du désherbage de Lynnae pour lui piquer ses vieux titres, principalement en J’ai Lu, et découvrir des classiques.

Je sais / il me semble fortement que Van Vogt a été un auteur soit très prolifique soit très connu car j’ai tendance à voir des titres de lui un peu partout dans les bouquineries, notamment le Monde des A qu’il me semble avoir également dans mes étagères (mais pas en vue, je viens de vérifier)(le drame des double rangées de livres). Mais bon, j’ai mes périodes SF, j’en a une quantité folle que j’aimerais lire, et même si j’ai rattrapé pas mal de lacunes ces dernières années Van Vogt n’y était pas encore passé.

A la poursuite des Slans a été une très bonne découverte.

Pour commencer j’ai trouvé le style très accessible – si un poil de jargon scientifique ici et là pourrait défriser occasionnellement les plus novices en la matière cela reste très léger, le propos du livre étant plus axé sur la psychologie des personnages et (de) la société ; et de plus le style littéraire est plutôt simple, soigné certes mais pas alambiqué. Cela m’a permis une lecture très fluide et très rapide, sans parler de la longueur du livre qui reste très commune également, rien de méchant là-dedans non plus.

Jommy examina le coffre de métal, cherchant frénétiquement comment il s’ouvrait. les ordres donnés jadis par hypnose étaient de prendre le contenu du coffre et de remettre celui-ci une fois vide dans sa cachette. L’idée ne lui vint donc pas de s’emparer de la boite et de s’en aller en courant. ~ p. 103

Il sentait autour de lui l’agitation, la crainte, l’inquiétude ; il y avait là de petits hommes dont le cerveau tremblait à l’idée des grands événements qui se produisaient. ~ p. 107

Ensuite quelque chose que j’apprécie toujours, surtout dans les livres courts : peu de personnages, mais des bons. Bon, je n’ai pas eu de véritable coup de cœur pour personne mais il m’a semblé que les héros était cohérents et ils m’étaient plutôt sympathiques, et les personnages secondaires ont également toute leur place dans le récit. D’aucuns pourraient dire que ça manque un peu de figures féminines, mais le peu qu’elles sont m’ont également plu, elles sont développées proprement (pas comme dans le livre que je viens de finir !) et servent les propos du texte.

L’intrigue elle aussi m’a plu de par son équilibre : entre scènes d’action et descriptions, entre réflexion générale sur l’univers et incursion dans la tête des deux narrateurs, c’était vraiment bien. Les deux personnes que l’on suit sont évidemment des Slans, qui se pensent chacun le seul survivant de l’espèce, des genres d’humains supérieurs en termes de force et intelligence (ils sont notamment télépathes), tout en restant assez humains tout de même – des mutants superhumains ! J’ai bien aimé le concept et la manière dont Van Vogt le développe, en imaginant un seul point de détail qui les démarque des humains physiquement, et en nous les présentant comme des caméléons au milieu de la société humaine, qui tout en les cherchant activement a bien du mal à les débusquer. Le sujet pourrait paraître casse-figure (la supériorité des uns sur les autres, tout ça tout ça), mais j’ai trouvé que Van Vogt le traitait avec beaucoup de subtilité, de légèreté presque à certains moments. La plupart des passages sont focalisés sur l’aspect aventure, et tout le reste résulte d’une réflexion, ou de réflexions multiples, sur la différence tout court et la peur de l’oppression en particulier. D’ailleurs l’univers a je trouve une nuance dystopique : puisque que les Slans sont considérés comme les ennemis à abattre, le gouvernement met en place une chasse aux sorcières systématique et encourage la peur et la violence à leur encontre, avec propagande forte à la clé. Le lecteur voit l’histoire du côté des Slans, c’est donc un bloc qui se dresse face à eux, qui porte un monde qui les rejette totalement, sans aucun espoir.

Si on peut regretter un ou deux tournants de l’intrigue qui se voient venir de loin l’auteur m’a aussi étonnée plus d’une fois dans son déroulement d’événements ou dans ses choix de personnages. J’avoue que je ne suis pas très habituée à voir autant de prises de risques dans ce que j’ai lu dernièrement mais là je retrouve tout à fait la « vieille » science-fiction à la Orwell ou Bradbury, autant dans le fond que dans la forme (même si Bradbury et Orwell ont beaucoup de différences aussi !), et ça me plaît bien.

je suis très contente d’avoir lu cette référence de SF « old school » sur laquelle je ne me suis pas ennuyée du tout et qui m’aura permis de découvrir un grand nom du genre.

 

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5 réflexions au sujet de « À la poursuite des Slans »

  1. C’est marrant j’ai dû lire ce livre pour l’école quand j’avais 13 ans et j’avais détesté. Faudra que je réessaye à la lumière de ma passion pour la SF qui est venue plus tard. Ton avis est rassurant, j’ai dû passer à côté à l’époque. Pourtant j’étais pas forcément en mode lecture pour l’école=beurk.

    • C’était peut-être un peu tôt ? Bien que « facile » à lire je ne sais pas s’il m’aurait autant plu il y a 15 ans non plus. Il a l’air d’être assez facile à trouver, tu peux peut-être l’emprunter si tu n’es pas sûre d’aimer.

  2. J’avais lu ce livre une première fois quand j’avais 12 ans peut-être. Et j’en avais gardé un super souvenir !
    Le côté fantastique, l’enfant persécuté, les pouvoirs télépathiques, la grande force et agilité… Bref : tous les ingrédients pour faire rêver le môme que j’étais.

    Je viens de le relire. A 40 ans.

    Je ne veux pas parler du fait qu’il a mal vieilli, il y a déjà assez de commentaires de ce genre.
    Non, je voudrais aborder une drôle de façon de voir les choses, un parallèle qui me dérange assez. J’y ai presque vu de la propagande !

    En effet, on parle d’une race supérieure. Supérieure aux humains actuels qui sont amenés à disparaître : on nous dit dans le livre que les humains sont de moins en moins fertiles. Moi, quand on parle de race supérieure, je pense à la race arienne…
    Cette race supérieure est accusée d’avoir fait des atrocités aux humains, on raconte qu’ils ont fait des expériences horribles… (ça me rappelle les nazis, ça, non ?). Or, on nous dit ensuite que ce n’est qu’une propagande destinée à rendre cette race supérieure détestable !
    On nous parle d’un dictateur, qui pour se dissimuler, n’a pas les traits et caractéristiques de cette race supérieure… Dictateur ? Hitler ?
    Mais ce dictateur est en fait un slan.
    Il nous explique d’ailleurs que comme ils étaient tellement haïs et rejetés, traqués par les méchants humains (race en perdition et devenant débile), ils ont artificiellement créé une autre race plus belliqueuse et plus facile à se dissimuler au beau milieu des humains, et qui va assurer l’extermination des humains, puis, une fois cela accompli, va progressivement redevenir la race supérieure parfaite, les vrais Slans !
    Non mais attends… Elle est où la tolérance là ? Même si le héro c’est le môme qui veut à tous prix empêcher l’invasion des faux Slans pour sauver les humains, en finale, j’ai plus l’impression qu’on nous explique que son côté idéaliste n’est que futilité, puisqu’à la fin, le dictateur à la tête des humains, qui est censé être le dernier espoir d’empêcher leur extermination, n’est qu’en fait un Slan dissimulé, qui est donc bien au courant de ce qu’il se trame, et qui a bien l’air déterminé à laisser cela avoir lieu !

    Je ne sais pas si je suis le seul à être gêné par ces drôles de parallèle, si je suis le seul même à les voir, mais ces histoires de race supérieure, de propagande organisée contre la race supérieure, etc. ça fait un peu trop écho à mon goût à des propos nazis. J’aimerais pouvoir lire vos réactions, et sans animosité, m’expliquer pourquoi je me trompe ! Car cet auteur canadien ne peut pas être pro-nazi…

  3. Je ne trouve pas vos parallèles totalement à côté de la plaque. En effet les Slans sont effectivement décrits – c’est là le postulat de base – comme une race d’humaine supérieurs en terme de capacités physiques et cognitives.

    Dans une partie du livre on nous donne des explications scientifiques : d’abord les Slans ne sont pas tout à fait humains, ou plutôt il sont ce que l’Homo sapiens est à l’Homo erectus (si c’est pas le bon, désolée, je n’arrive jamais à les retenir dans l’ordre !), une évolution dans l’espèce. Cela, en soi, ne me dérange pas.
    Ensuite d’autres parties du livre nous disent que les Slans sont en fait issus d’expériences visant à créer des super humains – et là je comprends tout à fait votre malaise même si je ne l’ai pas partagé très fortement à cette lecture. Ceci dit, sans vouloir minimiser les horreurs en masse de ce régime il n’a malheureusement pas été le seul à prôner voire (tenter de) mettre en place un eugénisme ou une ségrégation de masse, sans parler des expérimentations humaines sur des prisonniers/populations ségrégées, alors arrêtons tous de cumuler des points Godwin (j’ai déjà réclamé une image Godwin ? Non ?) et ayons une pensée pour le Japon, la Suède, la Birmanie, la Malaisie (ok j’avoue je viens d’aller les chercher sur la Wiki car si je savais que ça existait je n’avais pas toutes les références en tête. Eh bien c’est moche ! 😦 Et y’en a encore plus sur la page anglaise ! 😦 ) Bref des idées extrémistes de ce genre ne sont pas d’après mon point de vue forcément liées (qu’)aux heures sombres du Reich.
    Et d’ailleurs je ne vois pas ce qui empêcherait un citoyen canadien de cultiver de telles idées (si on me prouve que tout le monde est gentil au Canada je suggère qu’on s’installe tous là-bas 🙂 ).
    Ceci dit d’après ce que je lis à droite et à gauche il ne semble pas que l’auteur ait relayé de telles convictions.

    De ma lecture je retiens que les humains « normaux » sont effectivement non seulement décrits mais dépeints comme plutôt idiots et sans pitié, et je dois vous dire que si l’image n’est pas bien belle elle ne me semble pas si irréaliste : face aux Slans plus puissants, dont les pouvoirs restent inconnus et surtout incontrôlés, c’est la peur qui prime, encouragée par le gouvernement / les médias. Comment se comporte-on, de nos jours, face à des personnes simplement différentes, sans même parler de pouvoir/supériorité tels que décrits dans le livre ? C’est là je trouve une très belle idée que Van Vogt développe, et je trouve qu’il la développe plutôt bien, surtout pour son époque (j’ai l’impression peut-être fausse que c’est très moderne – des aficionados de la SF passeront peut-être ici pour me contredire sur ce point 😉 ). Si des humains plus performants, plus développés, plus épanouis, venaient conquérir (ou si c’est ainsi que nous le percevrions) nos espaces, les accueillerions-nous à bras ouverts ? Bien sûr c’est là une hypothèse de science-fiction, mais suffisamment proche de la réalité ou des futurs possibles pour que je puisse accepter de me poser la question avec l’auteur, et de trouver ce questionnement raisonnable et intéressant, passant outre toute considération de leur origine puisque je ne crois sincèrement pas que ce soit le message principal. D’ailleurs je n’ai été que moyennement convaincue par la fin, en même temps un peu tordue et un peu facile à mon goût.

    Cependant si je me souviens bien ce sont tour à tour les humains et les Slans qui sont accusés d’avoir fait des expériences inhumaines, et au final personne n’en a fait, donc ce point ne peut pas étayer votre impression générale ?

    Par contre je vous rejoins pour dire que oui, les Slans n’apparaissent pas comme des « simples gentils » à la fin. L’auteur nous brosse une historie de tolérance qui a l’air d’être toute manichéenne pour nous retourner le cerveau à la fin ! Et pourtant je me souviens que je ne considérait pas non plus les Slans comme des méchants une fois la dernière page tournée, puisque s’additionnent des principes de survie pour leur race, et de « protectionnisme » ? Sauvons la paix, restaurons l’humanité telle qu’elle doit être, etc. on serait plutôt dans les Etats-Unis modernes. Qu’en pensez-vous ?

    Je vous remercie en tous cas pour votre commentaire qui ouvre le champ à un vaste sujet de débat. 🙂

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