Mademoiselle Christina

De Mircea Eliade. L’Herne, 1978. Fantastique. Bonne lecture. [282 p.]

Titre original : Domnisoara Christina, 1935, trad. par Claude Levenson

mllechristinaRésumé : « Une famille isolée au bord du Danube subit l’influence maléfique d’une ancêtre disparue. Mademoiselle Christina hante les chambres des occupants, vampire à l’apparence séductrice, elle charme Egor et enlève petit à petit toute vie dans la demeure austère. Sous la lumière blafarde de la lune, les ombres trahissent la présence d’un autre monde, effrayant, celui des âmes damnées. Entre deux soupirs de Sanda, jeune fille exsangue, un silence de mort s’installe dans le récit. »

J’avais lu un peu de Mircea Eliade il y a quelques années, notamment son essai le Sacré et le Profane, qui m’avait passionné. J’ai lu récemment qu’il est décrié dans certains cercles spécialisés comme étant dépassé, et certes c’est un écrivain qui commence à dater un peu, mais je continue de le trouver fascinant dans son approche des choses surnaturelles et mythiques. Je savais qu’il avait également un ou plusieurs romans à son actif et c’est une fois de plus Lynnae qui m’a prêté celui-ci.

Je suis un peu partagée au sujet de cette lecture : en effet si le côté fantastique très « old school » m’a beaucoup plu j’ai trouvé le style vieillot et parfois maladroit. Il paraît que c’est une œuvre de jeunesse d’Eliade, cela vient peut-être de là.

Question fantastique j’ai été servie : une ancêtre jeune, belle et voluptueuse qui revient d’entre les morts pour tourmenter ses héritiers et voler leur énergie vitale – image classique du vampire, des personnages dépassés par les évènements, au début parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’il se passe, puis parce qu’ils ne le comprennent que trop bien mais en sont effrayés (thèmes de l’autre, de la métamorphose, de la mort, etc. etc.), des paragraphes magnifiques sur les réactions des personnages victimes du vampire, directes ou indirectes, avec des champs lexicaux très marqués de la fatigue, de la maladie (nombreuses occurrences du mot « fièvre »), du rêve ou de l’illusion tandis que les protagonistes perdent pied, perdent en partie leur perception de la réalité.

Les personnages par contre ne m’ont pas trop plu, je ne me suis attachée à aucun d’entre eux : Egor, le « héros », est à mon goût très fade et assez apathique ; la jeune Sanda n’est là que pour être la principale victime de Christina (jalouse ?), M. le professeur Nazarie apporte quelques connaissances sur le phénomène surnaturel auquel ils sont confrontés mais cède très vite à la panique ; Mme Mosco est la figure un peu typique de la vieille femme qui perd un peu la boule et est affectée depuis longtemps par la présence de Christina. En fait ils ont tous un minimum d’intérêt mais je les ai trouvés brossés un peu rapidement. La seule que je retiendrai vraiment est Simina, petite fille à figure d’ange mais âme de démon (ou simplement corrompue/hantée par Christina ?), que j’ai trouvé réellement terrifiante tout au long du roman.

Christina elle-même est (étonnamment ?) assez présente tout au long du texte, d’abord simplement en tant que référence, régulièrement remémorée par les membres de la famille ; puis elle commence à imposer son influence de façon plus physique aux personnages, jusqu’à leur apparaître. Je n’ai pas trouvé son histoire spécialement passionnante mais c’est cohérent avec le petit univers bâti par l’auteur, donc je n’ai rien à en redire non plus.

Comme je le disais au début si j’ai repéré quelques passages que j’ai trouvés très beaux le style global du livre m’a plutôt laissée une impression de poussière, cela a mal vieilli et/ou n’était peut-être tout simplement pas très travaillé à la base non plus, concernant certains dialogues et phases d’action notamment. Cependant cela reste assez facile à lire.

Malgré quelques maladresses stylistiques et une manière d’écrire assez vieillotte, un « classique » du fantastique roumain très ancré dans les traditions du genre et tout à fait distrayant.

 

 

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12 réflexions au sujet de « Mademoiselle Christina »

  1. Tu n’as pas tort, lorsque j’y repense, ce ne sont pas les personnages qui me reviennent à l’esprit. Exception faite de la gamine, brrr !

  2. C’est une totale découverte pour moi et j’avoue qu’elle m’intrigue énormément ! J’aime dépoussiérer de vieux romans, et les styles un peu vieillots ne me déplaisent pas de temps en temps ! Merci pour ce retour de lecture fort instructif 🙂

        • J’adore Bram Stoker, Dracula bien sûr mais aussi d’autres dont j’ai brièvement parlé sur le blog (je me rappelle notamment du Joyaux des sept étoiles) ; Dunsany n’est pas toujours très abordable mais c’est un incontournable ; Edgar Allan Poe, tout… c’est juste un monstre dans le genre ! Oscar Wilde aussi, je suis très très fan de ses écrits, et puis Lovecraft bien sûr, aussi polémique soit-il. Plus rares et semble-t-il beaucoup moins connus en France j’ai adoré découvrir Charles Sheffield et son Erasmus Darwin, le « détective de l’occulte », et aussi W.H. Hogdson et son héros Carnacki, le chasseur de fantômes (le fantastique est tantôt expliqué rationnellement, tantôt confirmé). A la médiathèque je cherchais les titres chez l’éditeur « Terre de Brumes », ils ont de petites pépites.

          • Je me retrouve tout à fait dans tes préférences, c’est cool !!!
            J’adore également Bram Stoker, et les deux titres que tu cites ! J’aimerais beaucoup lire « La dame au linceul » que je vais acheter en numérique à 0,99€ 😉
            On m’a parlé de « La Dame pâle » d’Alexandre Dumas, mais je crains un peu la comparaison avec « Dracula » l’indétrônable ^^
            Justement, j’ai lu « La Fille du roi des elfes » de Lord Dunsany très récemment, en voici ma chronique si cela t’intéresse :
            http://lup-appassionata.blogspot.fr/2017/04/la-fille-du-roi-des-elfes-de-lord.html
            J’ai lu et aimé plusieurs Edgar Allan Poe (j’adore aussi !), et à l’occasion j’apprécie de re-découvrir un Lovecraft.
            « Le portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde est dans ma PAL et devrait très bientôt en sortir.
            Quant à Charles Sheffield et aussi W.H. Hogdson, je ne connais pas, mais ils m’ont l’air très tentants 😉
            Une recherche chez l’éditeur « Terre de Brumes » est une excellente idée, tu as bien raison !
            Merci pour toutes ces pistes de lectures, c’est vraiment gentil 🙂

            • J’ai lu la Dame Pâle dans un recueil et si je me souviens bien c’est surtout très court, donc pas de comparaison avec l’inestimable Dracula, en effet. ^^ En plus c’est pas le même genre d’être surnaturel, là encore si je me rappelle bien.
              Je t’en prie j’adore échanger des idées de lecture ! Il m’arrive même de trouver les livres ET le temps pour les lire quand on m’en conseille ! 😀 #PàLpinisme

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