La Volonté du Dragon

De Lionel Davoust. Critic, 2010. Fantasy. Excellente lecture. [165 p.]

Illustrations : couverture Cyrielle Alaphilippe, intérieures Frédéric Navez

lavolontedudragonRésumé : « Une reine dont les yeux émeraude lisent l’avenir… Un enfant-roi, passablement fou, gardien d’un savoir oublié… Du déroulement de leur partie d’échecs pourrait bien se décider l’issue de la guerre… Entre les derniers royaumes libres et les forces d’invasion de l’Empire d’Asreth se dresse l’imprenable Qhmarr, petit pays à peine sorti de l’ère médiévale. Gouverné par un roi trop jeune et un conseiller trop confiant, il ne devrait représenter dans le plan de conquête de l’Empire qu’une note de bas de page. Et alors que le généralissime D’eolus Vasteth s’emploie à négocier les modalités d’une reddition diplomatique, déjà, aux portes de la capitale, se presse l’implacable armada… La conclusion du conflit ne fait aucun doute. D’une manière ou d’une autre, Qhmarr passera sous pavillon asrien. Pourtant, malgré la défaite annoncée, Vasteth découvre des dirigeants qhmarri inflexibles, prêts à confier le destin de leur nation à d’absurdes croyances ancestrales. À travers le défi lancé par l’enfant-roi, ce sont toutes les certitudes du généralissime qui vont se voir ébranlées, tandis que, sur la mer, les soldats meurent, simples pions sur un échiquier qui les dépasse…« 

Il y a des chroniques qui me hantent et me démangent en même temps, que je repousse tout en bavant à l’idée de les écrire, et celle-ci en fait partie. J’ai tellement de choses à raconter, à exprimer sur ces malheureuses 160 pages que je ne sais pas trop par quoi commencer.

L’auteur

Je suis (du verbe suivre) Lionel Davoust sur Facebook, ainsi que sur son blog depuis plus de trois ans si je me souviens bien. Je ne me rappelle absolument plus suite à quoi je l’ai ajouté à mes contacts, peut-être tout bêtement parce que j’avais aimé un article partagé par quelqu’un et que j’étais curieuse d’en lire plus. Biologiste marin, écrivain, musicien et même interprète, sous ces nombreuses casquettes se cache un personnage profondément humain, qui aime partager ses réflexions sur le monde qui l’entoure, se montre également sensible à sa beauté, et est de plus doté d’un bon sens de l’humour. Bref, j’aimerais qu’il existe plus de Lionel Davoust dans le monde, je pense qu’il ne s’en porterait que mieux.

Si j’avais eu l’occasion de voir l’auteur de loin, auparavant, aux Imaginales (où il semble apparaître et disparaître chaque année selon ses changements de casquette – modérateur de tables rondes, interprète, auteur), je ne l’ai véritablement rencontré qu’à l’occasion d’une venue des Deep Ones, son groupe de musiciens-auteurs-interprètes – toute référence à Lovecraft n’étant bien entendu pas une coïncidence mais bien la preuve que les astres sont alignés et émettent des ondes révélant de nouveaux angles à ceux qui chuchotent dans les ténèbres – à Nancy, en novembre 2015. J’ai alors bravé le temps pourri pour me glisser dans la grosse librairie de la ville, où Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Ophélie Bruneau semblaient attendre patiemment que des lecteurs pointent le bout de leur nez mouillé. J’ai discuté un peu avec Ophélie Bruneau, qui écrit apparemment plutôt des livres qui ne sont trop mon genre (je changerai peut-être un jour d’avis, qui sait), puis suis passée à Lionel Davoust le temps d’acquérir la Route de la Conquête (avec un Space Marine dessus ! Le livre ne me tentait pas du tout juste à cause (du sujet) de sa couverture, mais on m’a convaincue que l’intérieur en valait la peine), et enfin j’ai été plus ou moins virée par une grosse dame avant de pouvoir discuter un peu plus (bon OK elle n’était peut-être pas si grosse… mais elle m’a virée quand même !), dégagée sans trop de ménagement vers Mélanie Fazi à qui j’ai du coup acheté son Jardin des silences, que je n’ai toujours pas lu mais qui a une très jolie couverture et fait très bien dans ma bibliothèque (en fait ce sont des nouvelles fantastiques donc ce recueil a pour moi des allures de bonbon, je le réserve pour quand j’aurais envie ou besoin de douceurs littéraires). Pendant que j’y étais, et aussi parce que j’en avais l’intention dès le départ car c’est une auteur qui m’intriguait, j’ai échangé quelques mots avec elle également.

Ensuite j’avais acheté deux livres à Davoust aux Imaginales 2016 – la Volonté du Dragon et l’Importance de ton regard, sans oser lui dire que je le suivais sur les réseaux depuis un moment et qu’on avait même échangé sur certains sujets.

Enfin en 2017 je ressors des Imaginales avec Port d’Âmes en plus, et en m’étant correctement présentée et identifiée. Non pas que je discute tous les jours avec l’auteur non plus, mais il semblerait que je sois juste assez active pour qu’il m’ait repérée parmi ses fans (ou alors il a voulu me faire plaisir en me disant qu’il voyait qui j’étais).

Le livre 

Finalement, à l’exception de deux nouvelles en numérique que je n’ai pas chroniquées ici, et Nuit de Visitation, du recueil Contrepoint, que j’avais beaucoup aimée, c’est le premier roman de l’auteur que je lis.

Nous avons ces fiers militaires forts de leur Empire d’Asreth tout-puissant et respecté – qu’il soit craint ou honoré – au niveau mondial, d’après ce qu’on nous en comprend, qui abordent un petit royaume îlien et paisible dans le seul but de l’annexer. Dès le début j’ai été agréablement surprise de la mise en place tout en subtilité des personnages – je n’aime ni les militaires ni les armées (ça c’est dit :D) mais pourtant l’auteur nous dépeint très en détail des hommes et des femmes au service de principes qui les dépassent un peu mais qui y croient pour de bonnes raisons, et qui désirent sincèrement remplir leur mission avec le minimum de pertes possible des deux côtés, en commençant par argumenter avec le pays en voie de conquête sur tous les avantages qu’apporteraient leur simple reddition. En effet l’Empire, tout envahisseur qu’il soit, semble intégrer les populations annexées avec pas mal de bienveillance et semble-t-il un succès qu’on ne peut nier. Le lecteur suivra d’ailleurs un soldat d’un peuple « étranger » à l’Empire qui renforcera ce point de focalisation.

D’un autre côté les dirigeants du Qhmarr n’ont aucune espèce d’envie d’accepter cette annexion, même si poliment, voire gentiment, imposée. Le gouverneur en particulier se montre particulièrement fielleux envers ces envoyés de la Reine (dont on entend en fait assez peu parler dans le texte) qui viennent s’emparer sans vergogne en son nom d’un morceau de terre qu’ils occupent et chérissent depuis des siècles. Je dois dire que de tous les antagonistes c’est le seul qui me soit apparu comme antipathique à certains moments, bien que je comprenne tout à fait ses motivations.

Au grand désespoir du général asrien le Qhmarr ne se rend pas ; à son grand agacement ils le convainquent même de prendre part à un jeu qui s’apparente à un jeu d’échecs à première vue, et dont le résultat désignera le vainqueur de la bataille rangée qui s’annonce dehors. C’est en tous cas ce que comprend le général, avant de réaliser, au cours de la partie contre le jeune roi, que les deux évènements seraient plus liés intimement qu’il ne l’imaginait de prime abord. En effet il semblerait que le lâh, dont le gouverneur lui rabâche les oreilles depuis qu’il a posé le pied sur cette maudite terre, soit plus qu’une croyance locale d’autochtones primitifs ou même un système social.

« Est-ce que vous me demandez, lieutenant, si je n’ai pas envie de déchaîner tout l’enfer de nos canons, de nos chars et de nos fantassins pour broyer leur pitoyable résistance, allumer la peur dans le regard de ce petit gouverneur bouffi et éradiquer pour toujours  la vision arriérée et inégalitaire de leur lâh ? De libérer ces pauvres gens de la fange  dans laquelle ils pataugent et où ils sont maintenus, de les voir embrasser leur destin et non apprendre à se résigner à celui qu’on leur a fixé ? Bien sûr que j’en ai envie. » ~ p. 28

A partir de là le texte s’équilibre entre deux points de vue narratifs : la partie de lâh jouée en huis-clos, et à laquelle assiste (et commente) le conseiller du roi dont je vous parlais ci-dessus, qui a tendance à tourner au combat d’esprits au fur et à mesure que le général prend la pleine mesure du pouvoir du lâh et au gré de ses doutes, souvenirs et divagations ; d’autre part la bataille navale, assortie de technologie steampunk très sympathique (mais je n’ai que peu d’expérience en lectures steampunk donc je ne détaillerai pas plus).

Je ne recherche pas spécialement de récits de bataille mais j’ai beaucoup apprécié lire ces passages également (heureusement parce qu’il y en a beaucoup dans le livre), car j’ai trouvé qu’ils étaient très bien écrits, bien que j’aie eu un peu de mal à suivre une ou deux actions racontées en détail (le navire contourne l’aiguille et ensuite il se passe quoi en face ??), et j’étais très satisfaite de l’équilibre entre immersion dans la psychologie de chaque personnage – nous avons droit à plusieurs portraits très différents – et scènes d’action. J’ai aussi retrouvé un beau style littéraire, entre poésie et efficacité, qui me donne envie de continuer à lire cet auteur, notamment dans son univers d’Evagényre introduit ici.

Les bruits de l’habitude moururent sur le pont du Volonté-du-Dragon, asphyxiés par une chape de coton.  Krell regarda autour de lui tandis que le souffle du vent se taisait, donnant au défilement muet des vagues éclaboussées de soleil une allure factice, comme si l’espace séparant deux secondes s’étirait à l’infini, retenu par un monde en apnée. ~ p. 89

Les élégies seraient formulées par ceux qui viendraient ensuite, qui feraient d’eux des hommes meilleurs qu’ils ne l’étaient. ~ p. 157

Selon moi la force de ce texte réside non seulement dans la pertinence et les détails de la narration, mais aussi dans sa réflexion sur l’humain, sa dimension psychologique et sociale qui amène une profondeur, une dimension réaliste très sympathique à l’ensemble, tout comme la confrontation de points de vue opposés qui vont au-delà des « gentils » et des « méchants » et amène le lecteur à considérer deux visions du monde et de la civilisation.

Pour les lecteurs avides de magie, de combats ou de réflexions sur l’humanité : un court opus que je conseille sans réserve, à mi-chemin entre Fantasy et science-fiction dans ses thèmes et traitements.

Chroniques d’ailleurs : Blog-O-Livre, Les Lectures de Xapur, La Prophétie des Ânes, Bulle de Livre

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7 réflexions au sujet de « La Volonté du Dragon »

  1. C’était une chouette rencontre dans la grosse librairie de ta ville 🙂 J’ai aimé observer cette partie de Lâh même si je suis un peu restée sur ma faim avec ce livre.

  2. Ping : La Volonté du Dragon – Lionel Davoust | Les Lectures de Xapur

    • J’ai de la SF classique sous le coude pour le moment mais quand je reviendrai à Davoust ça pourrait également être mon prochain. J’ai aussi Port d’Âmes, et les anthologies des Imaginales 2015 et 2016 avec des textes de lui dedans. ^^

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