Frères d’exil

De Kochka. Flammarion, 2016. Docu-fiction jeunesse. Bonne lecture. [128 p.]

Illustrations de Tom Haugomat.

freres-dexilRésumé : « Il y a des moments dans la vie où ce que l’on croyait solide s’effondre… Où que la vie t’emmène, Nani, n’oublie jamais d’où tu viens, va  ! Lorsqu’une tempête vient inonder leur île, la famille de Nani part pour le continent. Son grand-père, Enoha, décide de rester. Au moment de partir, Enoha confie à Nani des lettres dans lesquelles il lui raconte son histoire. S’ensuit un long voyage au cours duquel Nani rencontre Semeio, un petit garçon seul.« 

Lu dans le cadre d’un partenariat avec Flammarion jeunesse

C’est la deuxième fois cette année que je chronique un titre qui parle de réfugiés aux éditions Flammarion jeunesse, et si vous avez plus de 10-13 ans, âge conseillé pour cet ouvrage, je vous renverrai plutôt vers Refuges. Ceci dit j’ai également apprécié cette lecture, qui bien qu’elle traite du même thème global ne l’aborde pas du tout de la même manière, et conviendra sans doute beaucoup mieux aux plus jeunes (comme Nani a 8 ans, et que le livre regorge d’optimisme et à l’occasion d’onomatopées ou autres détails amusants, je le conseillerai même à des lecteurs un peu plus jeunes que 10 ans, accompagnés).

L’on fait connaissance, dès les premières pages, avec la petite Nani, petite-fille adorée du grand-père Enoha, qui du haut de son grand âge et expérience sait qu’une séparation s’impose du fait de la menace de l’océan sur leur île natale à tous. Si aucun nom de pays n’est mentionné (mis à part la France en terre d’accueil vers la fin de l’histoire), on imagine assez bien une île du Pacifique avec des habitants y vivant paisiblement entre nature, traditions et peu de technologie avancée dans leur quotidien. Suite au réchauffement climatique, une tempête un peu plus violente que d’autres risque de définitivement provoquer une montée des eaux qui engloutira terres et hommes. Enoha, paralysé et âgé, ne fuira pas. Sa femme restera avec lui. Cependant la famille de Nani, son père et sa mère chercheront refuge sur le continent.

Il aide ensuite Nani à ôter son imperméable et la frotte doucement pour tout lui remettre en place : la tête, les cheveux, les idées ; la petite fille a été trop bousculée.

Une grande partie du livre est consacrée aux liens familiaux et à leur importance affective et éducative : Enoha s’adresse à Nani dans une série de lettres destinées à lui expliquer ce qui lui arrive (les raisons de l’inondation de l’île et de leur départ, les étapes que les réfugiés ont à suivre une fois débarqués sur le continent, les épreuves qu’ils peuvent avoir à affronter), mais aussi à la réconforter et la soutenir, que ce soit pendant son exil ou après, une fois déracinée dans cet autre pays. Cet échange épistolaire, car Nani va ensuite se mettre à répondre à son Ipa, est renforcé par les discussions entre Nani et ses parents, principalement son père, au fur et à mesure de leur voyage et qui vont bien évidemment être en rapport direct avec les évènements qui leur arrivent, les gens qu’ils rencontrent… L’arrivée de Semeio autour de la page 50 va légèrement changer la dynamique de leur petit groupe puisque Nani aura un compagnon de son âge pour échanger ses impressions, peurs ou espoirs, et partager la sagesse et les conseils de son grand-père.

Et malgré toutes les présences sur le pont, à cause des bruits de la mer, du vent et des ronflements des moteurs, ils sont comme seuls, enveloppés dans un cocon. Alors Nani ouvre la grande armoire de son cœur, attrape le livre de ses souvenirs, et l’ouvre à la page : IPA.

Tu vois Nani, les différences entre les hommes sont riches à condition qu’on n’oublie pas leurs ressemblances

Du haut de mon âge adulte et au vu de l’actualité je trouve cette histoire très optimiste dans l’ensemble : le lecteur assiste à peu de moments de découragement ou de déprime, et même si le père de Nani ne semble pas non plus complètement se bercer d’illusions sur tout, on évite pas mal de scènes affreuses ou terribles : dans l’ensemble tant les réfugiés que les habitants du pays d’accueil se comportent de manière très civilisée, humaine et solidaire à tous niveaux, à l’exception de la scène qui introduit Semeio. Je suis donc un peu mitigée sur un plan rationnel, même si je comprends bien que cela reste un livre qui s’adresse à un public jeune ! Cependant pour être tout à fait honnête les éventuels problèmes que les exilés peuvent avoir à affronter sont de temps en temps évoqués, même si cela ne leur arrive pas toujours, ou qu’ils sont relatés de manière très neutre, très douce ; de même que les réactions possibles des habitants du continent.

D’un autre côté je crois que outre la question du public l’auteur a réellement voulu délivrer des messages très positifs dans ce livre, et dans cette optique il aurait été difficile de concilier terrible réalité quotidienne de certains réfugiés et discours optimiste. Présenter au lecteur une famille dont l’exil se passe au final plutôt bien, dont les membres se soutiennent mutuellement et qui ne cède jamais vraiment au découragement était donc une bonne idée.

Au final cela donne un joli récit qui parle de famille, d’amour, de fraternité et de tolérance sur fond d’actualité sociale.

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