Démons et Merveilles

De H.P. Lovecraft. Éditions 10/18, 1955. Nouvelles fantastiques. Bonne lecture. [250 p.]

51aUfRM576L._SL500_SY344_BO1,204,203,200_Résumé : «  » Comparé à ces contes, Poe ressemble à de la musique de chambre « , a écrit Daniel George. On sait maintenant que Howard Phillips Lovecraft est le premier romancier moderne dans l’ordre du fantastique. Les récits qui composent Démons et merveilles sont autant de voyages hallucinants et angoissés à travers cet inconnu que les découvertes scientifiques modernes n’ont réussi qu’à multiplier. »

Je ressors de ce recueil plutôt soulagée – d’habitude j’apprécie autant le Lovecraft qui nous écrit des récits d’horreur que celui qui se prend à rêver à des contrées inconnues (les Chats d’Ulthar, Polaris, font partie des textes que j’ai retenus comme très beaux), mais ici ma lecture a été très clairement usante sur la fin !

Pourtant, cela ne démarrait pas si mal… Et je ne retiens pas non plus que du mauvais.

En effet, ce recueil rassemble les nouvelles en lien avec l’inaccessible Kadath, la cité des Grands Anciens, des premières recherches empiriques de Randolph Carter (le héros de cette « saga ») à son voyage final au-delà de toute contrée physique, et à la conclusion de sa quête.

Cette édition présente les différentes nouvelles sous forme de « parties », comme les chapitres d’une histoire complète (ce qu’elles sont, au final), mais le lecteur averti remarquera les quelques coupures structurelles très nettes qui les caractérisent chacune comme une nouvelle à part entière – ou bien se souviendra les avoir lu dans le désordre, disséminées dans d’autres recueils !

Le Témoignage de Randolp Carter : En quelques pages, Lovecraft nous dresse une des nouvelles horrifiques, à coups d’expériences pseudo-scientifiques sur fond de cimetière, dont il a le secret. Efficace !

La Clé d’Argent : Nouvelle fantastique à la limite de la science-fiction, entre légende, conte onirique, et voyage dans le temps. Rien de résolument horrifique dedans, mais une idée bien menée – cette Clé est certainement très intrigante, et Lovecraft laisse suffisamment d’ombre pour nous donner envie d’en savoir plus à la faveur d’une autre nouvelle. Une autre très bonne nouvelle.

Des sages lui avaient assuré que les images de ses rêves étaient puériles et vides, plus qu’absurdes, car ceux qui sont en proie à de telles images s’obstinent à les croire pleines de significations et d’intentions comme ils croient au sens de l’aveugle cosmos qui, en réalité, broie sans but le néant pour en extraire quelque chose et broie par retour ce quelque chose en un nouveau néant, n’attachant ni ne reconnaissant aucune importance ni à l’existence, ni aux désirs des esprits qui pour une seconde s’agitent dans le présent puis sombrent dans l’obscurité.

A travers les portes de la Clé d’Argent : Cette grosse nouvelle en huit parties a un rythme un peu plus lent, et aussi un aspect légèrement déphasé, car le récit alterne entre un « présent » dans les années 1920, dans lequel les héritiers de Randolph Carter discutent de sa disparition – dont les circonstances vont être finalement explicitées par un mystérieux Hindou -, et ce récit justement, qui se déroule dans le passé. On apprend plus exactement ce à quoi la Clé donne accès (un monde onirique), et le voyage de Randolph Carter dans des plans très différents de la réalité.

C’est là que j’ai commencé légèrement à décrocher. Même si les descriptions sont parfois magnifiques, et que la structure et la chute du récit sont typiquement lovecraftiennes – et j’aime beaucoup, je n’ai pas toujours accroché ni les raisonnements de M. Carter (mais sans doute faut-il être en train de rêver pour y trouver une logique ?), ni ses déplacements et actions qui m’ont malheureusement semblé plus d’une fois sortir d’un livre d’aventures pour enfants un peu vieillot. Heureusement ces scènes sont relativement peu nombreuses… dans cette nouvelle. Peut-être est-ce le style qui a mal vieilli, ou moi qui n’accroche pas du tout ce type de « littérature vintage » – mais je trouve néanmoins que les alternances de descriptions se voulant impressionnantes et de scènes d' »action » un peu ridicules et schématiques ne vont pas ensemble. Je n’aime pas par exemple Robert Howard (Conan le Barbare), pour reprendre un exemple de cette époque (et grand ami de Lovecraft) pour cette raison.

A la recherche de Kadath : Et cela m’amène à la dernière et plus longue (140 p. environ, loooooooooongue dans mon cas) nouvelle, qui avec un peu de recul me semble pouvoir être parfaitement adaptée en comics, et c’est peut-être une volonté très consciente de la part de l’auteur d’avoir choisi ce style, mais qui ne m’a pas du tout plu parce que justement j’alternais entre le rire et les larmes (de désespoir frustré à la lecture de Carter machinant des plans avec ses potes les vampires et maigres bêtes de la nuit. Si, si.) Tout ça pour accéder à Kadath l’inconnue qui abrite les Grands Anciens, parce qu’aller voir les Dieux, c’est cool. Bref, je me souvenais de ce nom de nouvelle comme d’un pilier de l’oeuvre de Lovecraft, je reconnais – bien forcée ! – sa grande originalité et particularité au milieu du reste de l’oeuvre du Maître mais franchement je n’ai pas réussi à lire ce récit comme je pense que l’auteur voulait qu’on le prenne, menée sur une fausse route par les récits qui l’introduisent, qui eux ne font pas du tout dans le second degré ni dans l’humour léger. J’en viens à me demander si ce n’était pas une des seules œuvres de l’écrivain que je n’avais jamais lues, car je ne me souvenais pas d’une telle singularité.

Pourtant Lovecraft utilise aussi, de temps en temps non négligeable, des descriptions réellement d’ordre traumatisant, sérieux, soigné, des éléments que l’on est plus habitué à trouver chez lui. Il en profite aussi pour intégrer des personnages de ses autres nouvelles (Pickman, les chats d’Ulthar…) – dans le cadre du récit plus « cartoonesque ». Cela reste donc un texte assez riche même si disparate, et j’imagine sans peine que d’autres que moi y trouveront leur bonheur.

Une (re)lecture de Lovecraft qui me laisse perplexe et un peu frustrée par une très (bien trop) longue nouvelle que je n’ai pas aimée, mais dont je retenterais peut-être la lecture à travers un ouvrage récent et illustré qui la reprend (Kadath, le guide de la cité inconnue, beau livre grand format paru chez Mnémos récemment).

Lu dans le cadre de :

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4 réflexions au sujet de « Démons et Merveilles »

  1. Ce n’est jamais très bon signe de sortir soulagée d’une lecture! Je me dis qu’il faudrait vraiment que je lise un livre de cet auteur un jour mais je ne pense pas que je commencerais par ce recueil de nouvelles… Tu aurais une recommendation?

    • La plupart des recueils de Lovecraft regroupent des nouvelles variées en thèmes et longueur.
      La longue nouvelle « L’affaire Charles Dexter Ward » (il existe un recueil du même nom, je ne me souviens plus s’il regroupe d’autres textes plus courts) a en général un plutôt bon accueil. « L’Abomination de Dunwich », « les Montagnes Hallucinées », « Le Cauchemar d’Innsmouth » sont ceux qui regroupent sans doute les textes les plus connus du Rêveur de Providence.
      Cependant en fouillant un peu je te recommanderai « Dagon » en premier, car ce recueil comporte un relativement grand nombre de textes (dont certains très courts) autant horrifiques qu’oniriques, et tournant autant autour des grandes figures de ce qu’on a appelé par la suite le « Mythe de Cthulhu » que beaucoup d’autres thèmes et idées de Lovecraft ; il est donc susceptible de te donner une vision plus large de l’auteur, et de t’offrir certainement plus de divertissement même si tout ne te plaît pas.

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