L’Été des pas perdus

De Rachel Hausfater. Flammarion, 2015. Roman jeunesse. Très bonne lecture. [113 p.]

etepasperdusRésumé : « Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelque temps, il change, il oublie les choses ; pour lui, passé et présent se confondent. Le temps d’un été, Madeleine et lui vont cheminer ensemble.« 

Lu dans le cadre d’un partenariat.

Je ne suis pas une grande habituée des témoignages ou récits à portée sociale ou familiale, mais Rachel Hausfater a su me toucher avec ses mots forts et doux à la fois sortant de la tête de sa petite Madeleine.

Madeleine, pas encore très grande mais plus si petite, est une enfant à la fois tendre, intelligente et débrouillarde. Il le faut bien, quand on a des parents divorcés plus occupés à s’occuper d’eux-mêmes qu’à s’inquiéter pour leur fille ! Et quelque part ça ne tombe pas si mal car Madeleine s’occupe très bien avec son grand-père. Enfin, ces derniers temps elle se retrouve pas mal à s’occuper de son grand-père, mais après tout ils sont ensemble et s’entendent bien, alors qu’importe ? C’est en tous cas l’avis de Madeleine jusqu’à ce que grand-père se perde un peu plus, et finisse par réclamer de rentrer chez lui. Mais chez lui, c’est un peu loin, en Normandie, et même si la petite fille est bien tentée par ces vacances improvisées elle sent bien que ça ne sera pas forcément simple avec son grand-père qui part un peu dans tous les sens selon le moment de la journée.

Ce livre aborde la maladie d’Alzheimer d’un point de vue enfantin mais assez sérieux : le grand-père change d’humeur, de sujet, de mémoire (passé/présent) ; sa petite-fille s’inquiète, tente de le rassurer, n’y arrive pas toujours, craint de demander de l’aide autour d’elle de peur que son aïeul lui soit enlevé. Elle partage beaucoup avec lui, y compris ses souvenirs de guerre qu’elle adore entendre, comme une page vivante de l’Histoire. Le grand-père, à cette époque, était lui-même enfant, et vivait avec sa grande sœur… Madeleine. Elle compose avec sa maladie et ses failles, s’est habituée à voir son grand-père décliner, ce qui lui fait beaucoup de peine, mais aussi à le retrouver après chaque crise.

J’ai beaucoup aimé cette composante du livre : que la maladie fasse peur ou non au départ, et bien que malheureusement un grand nombre de personnes se retrouvent placées ou délaissées à cause de cela, il arrive également souvent (et heureusement) que les membres de leur famille ou de leur entourage s’y adaptent, même si cela n’a rien de forcément très simple, ou pas tout le temps. Mais ce n’est pas impossible de facto. L’auteur nous montre une relation grand-père – petite-fille certes un peu compliquée par les divagations temporelles du vieux monsieur, mais toujours saine et sincère, des deux côtés. Ils se soutiennent beaucoup l’un l’autre, la petite fille avec son innocence et sa débrouillardise, et le grand-père avec ses souvenirs et expériences, et une grande confiance des deux côtés.

C’est un sujet difficile, un peu tabou aussi malgré de plus en plus de campagnes d’action et de communication, sujet couplé avec celui de la vieillesse et de la solitude qui entre un peu dans la même catégorie de sujet dérangeant, mais il est très bien abordé ici, bien que de manière synthétique puisqu’il s’adresse à des jeunes lecteurs. Je dois dire que j’ai trouvé le format efficace, je ne suis pas certaine qu’une centaine de pages en plus aurait eu tellement plus d’impact. Par ailleurs Rachel Hausfater émaille son texte de jeux de mots et rimes à tout va, lui donnant une dimension tour à tour humoristique et poétique.

Tout un mois passé dans son passé, à tenter de boucher les trous de sa mémoire-passoire, retenir les souvenirs qui lui coulent sur les joues, empêcher les noms de s’envoler, les mots de l’abandonner, toute sa vie de fuir et s’enfuir. A lui rappeler qui il est, à le rappeler à maintenant. ~ p. 8

L’adresse est celle d’un médecin gérontologue. C’est pas un spécialiste des champignons, ça ? Ah, non, je confonds avec les girolles. Pas d’omelette aux champignons, alors, juste une omelette aux croûtons… ~ p. 9

Un beau livre sur un sujet délicat, abordable pour les jeunes lecteurs.

Chroniques d’ailleurs : Bianca (Des livres, des livres !)

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4 réflexions au sujet de « L’Été des pas perdus »

    • Celui-là je le conseille à tout le monde qui aurait même vaguement envie de le lire : avec son format court on ne « risque » pas grand-chose ! 🙂 Le côté poétique du style est un vrai plus, aussi.

  1. Contente que ce livre t’ai plu autant qu’à moi et au passage bravo pour ton billet, il rend justice à ce très joli roman et il donne envie de le lire !

    • Merci ! 🙂 Il m’a un peu rappelé un livre jeunesse que j’avais lu alors que j’avais cet âge-là, « Une brique sur la tête de Suzanne » (je ne sais plus l’auteur) – également une histoire de petite-fille et de grand-père, même format et également très bien écrit – mais pas même histoire ni sujet.

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