Metro 2033

De Dmitry Glukhovsky. L’Atalante, 2010. S-F post-apocalyptique. Très bonne lecture. [631 p.]
Titre original : Метро 2033, 2005.
metro-2033Résumé : « 2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désor­mais livrée à des monstruo­sités mutantes. Moscou est une ville aban­don­née. Les survi­vants se sont réfu­giés dans les pro­fon­deurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie. Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d’une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent.« 
J’ai mis très longtemps à lire ce livre : moins que d’autres que j’ai largement moins appréciés ou sur lesquels j’ai véritablement buté (comme Ubik), mais tout de même plusieurs semaines. La faute à une moindre envie de lire, mais également à la structure, le style et au ton de ce livre en particulier, qui m’ont amené à le poser, le reprendre, le laisser à nouveau « décanter », ou lire d’une traite une centaine de pages ou plus de temps en temps.
[Petit aparté lexical : j’ai vraiment l’impression d’enfoncer un clou avec un marteau ACME de 10 tonnes mais je ne suis encore une fois pas d’accord avec l’étiquette « dystopie » collée sur ce livre par la Wikipédia (j’y cherchais l’orthographe exacte, tout en majuscules ou pas ?) et sans doute d’autres >Une dystopie étymologiquement c’est une contre-utopie, c’est à dire l’inverse d’une utopie ou bien lorganisation volontaire d’un mode de vie d’une société entraînant forcément malfonctionnement humain, détresse, tristesse, non-épanouissement. Ce régime politique, quel qu’il soit, est unique et tout-puissant, et utilise des modes de répression, de censure, d’oppression, etc, etc pour atteindre un but, un idéal précis. Par conséquent, avant l’explosion des prétendues (toutes ne semblent pas exactement correspondre à la définition) dystopies des années 2010, ce terme n’était connu que par quelques amateurs de SF et universitaires, car il ne concernait en fait qu’un petit pan (même si non négligeable) de la littérature science-fictive.

Autrement dit les gens qui se sont retrouvés coincés dans le métro suite à la destruction de la surface et qui n’ont eu d’autre choix que de se reconstituer en micro-sociétés ne forment pas de mon point de vue d’environnement dystopique. Ce genre-là où les gens vont mal suite à des évènements terribles, et, oui, n’ont pas forcément que de très bonnes idées / cèdent à la paranoïa / à certaines organisations paramilitaires / fanatiques, etc., suite à l’annihilation de leur civilisation, dans le futur, ça s’appelle du post-apocalyptique si vous voulez vraiment coller un sous-genre dessus, de la famille des récits d’anticipation (post-apo = cas particulier prenant pour base d’anticipation l’anéantissement de la plus grande partie de l’humanité).
Bien sûr les deux peuvent se rejoindre, mais ce n’est pas obligé.
Fin de la parenthèse vieille grincheuse. ^^ (Sources : ouvrages universitaires de la BU de Lettres de Nancy, cours d’Anglais L3 sur la dystopie donné par le Pr. William Schnabel, et d’autres lectures sur les genres littéraires)]
>>> Donc où en étais-je. Ah, oui, ce jeune Artyom qu’on suit dans ces couloirs obscurs remplies de choses pas jolies-jolies. Tout d’abord je lis en « Artyom » une version d' »Arthur », mais je n’ai strictement aucune argumentation fondée pour appuyer ma thèse, si ce n’est que c’est un jeune garçon (la vingtaine quand même, pas 12 ans), un « élu », et que certaines personnes qu’il croise ont dans l’idée que réunir tout le monde pour former une société cohésive et moins décrépite ce serait bien. Une vraie société, quoi, au lieu des multiples « clans »qui parsèment le métro.
Ces groupes ont été reformés comme je le disais dans mon paragraphe récriminatoire par des survivants d’une guerre atomico-biologique qui a détruit la surface et forcé les hommes à se réfugier sous terre, dans le métro moscovite. Les gens se sont donc tout naturellement regroupés dans les différentes stations, fonctionnant chacune comme un village, se regroupant parfois à quelques-unes sous une même « bannière » (économique, idéologique et/ou politique). Quand j’ai ouvert le livre le plan du métro en 2e de couverture m’a immédiatement tapé dans l’œil, c’est très coloré, très complet, très familier aussi comme type de schéma, et pourtant il y a cette légende qui plombe déjà un peu l’ambiance, nous raconte à elle seule un début d’alliances, de personnages, de réalités qu’on recroisera effectivement au fil de l’histoire.  Pour tout vous dire, j’ai ouvert le livre, vu cette fantastique carte qui vaut bien pas mal de choses très jolies qu’on fait plutôt en Fantasy d’habitude, fait « wouah », l’ai parcourue le plus en détail que je pouvais, me suis sentie un peu perdue, et ai reposé le livre pour digérer un peu tout ça avant d’entrer dans le récit.

Bienvenue dans le métro

J’ai très bien fait quelque part, car le livre nous emmène directement avec Artyom quasiment sans rien nous expliquer en guise d’introduction. Les explications nous viennent au fur et à mesure, par les pensées et paroles du héros et de ses congénères. Le rythme général du roman est relativement haché, il alterne entre longues périodes de description, grandes séquences de dialogues, mais également énormément de scènes d’action. Je l’ai ressenti quelques fois comme pesant, mais nécessaire. Autrement dit je ne peux vraiment pas dire que je me suis ennuyée sur ce livre, mais l’auteur a su me faire ressentir les attentes, les doutes, l’absence ou la distorsion du temps ressenties par les personnages (rêves, hallucinations, doutes, pensées…). Certes cela a ralenti ma lecture, et j’imagine la ralentira pour d’autres lecteurs également, mais vu comment l’auteur semble l’utiliser consciemment, et avec plutôt de bons résultats me concernant, je n’ai pas envie de le compter comme un mauvais point. A d’autres moments le rythme s’accélère au contraire, parfois à la limite de la confusion.
Vous êtes peut-être en train de vous dire que ce style est trop perturbant, ou peut-être que vous allez le penser pendant votre lecture, ou que vous l’avez déjà pensé. Pour moi il fait partie intégrante du livre au même titre que les parfois longues descriptions de Tolkien ou d’Hugo – l’auteur crée un univers qui possède certaines qualités, et tente de retranscrire ces qualités ou ce qu’elles sont censées susciter au lecteur par le biais de son style littéraire et de son phrasé. C’est quelque chose que je ne remarque pas dans tous les livres, mais ici ça m’a frappé, j’ai eu la sensation que les efforts que je devais parfois fournir, la patience dont je devais faire preuve, étaient comme un écho de ce que vivaient les personnages, et ça a donné une dimension supplémentaire à ma lecture. C’est entre autres pour cela que j’ai mis si longtemps à lire ce pavé, non pas à cause de ses nombreuses pages mais parce que je l’ai vécu comme une expérience de lecture à part entière, et j’ai eu physiquement et mentalement besoin de « souffler » plusieurs fois.
Les qualités de cet univers, en effet, sont plutôt des qualités sombres : Glukhovsky nous relate la vie misérable, à peu près heureuse ou non, des survivants, nous promène à la suite d’Artyom dans des couloirs sombres et souvent franchement glauques, et nous rencontrons plus de folie que de véritable humanité : fanatisme, prosélytisme, extrémisme en tout genre, torture, marché noir, prostitution, sont monnaie courante dans le petit monde du métro. Ajoutez à cela des menaces extérieures inconnues, une connaissance de plus en plus ténue d' »avant » affaiblissant le moral général et coupant tout effort de mémoire, les conflits ou attaques entre groupes de stations, et vous aurez un tableau pour le moins dérangeant et peu propice à l’optimisme. Le côté angoissant est renforcé par des disparitions et évènements inexpliqués – pendant une bonne partie du livre. Je ne suis néanmoins encore une fois pas tout à fait d’accord avec les gens qui parlent de « fantastique » : l’atmosphère le paraît, mais l’étrange est relativement vite explicité par des tentatives d’hypothèses scientifiques, ou SF (sans rien vous dévoiler). On est plutôt simplement dans de la SF à suspense je trouve, Alien me vient par exemple à l’esprit, ou encore Resident Evil. Disons que si fantastique il y a effectivement, il est très rapidement relayé par le genre principal du roman.
Pourtant on a ce héros qui a du ventre, ou une sacrée envie d’aller de l’avant en tous cas, malgré les obstacles qui lui coûtent presque la vie à plusieurs reprises, et quel que soit le nombre de fois où il devra faire des détours ou même demi-tour pour arriver finalement à son but. L’auteur fait plusieurs fois des comparaisons avec la vie, les tribulations de l’existence, se perd fugacement dans des concepts philosophiques – je ne m’attendais pas trop à ça au début de l’histoire même si j’imaginais bien le côté aventures en série au fil des différentes stations, mais ça ne m’a pas dérangée, c’est je trouve très en lien avec ce qui arrive au héros mais aussi avec l’univers (surface détruite / civilisation déchue) et l’environnement claustrophobe. Qu’est-ce que ces différentes personnes font dans ces couloirs, sans espoir de pouvoir revoir le soleil bientôt sans risque ? Comment occupent-ils non seulement leurs journées, mais leurs pensées ? Comment font-ils pour ne pas sombrer dans le désespoir et la folie, et, si c’est pourtant bien ce qu’il leur arrive, comment, par quels moyens, et ont-ils seulement une chance d’y résister ? Artyom est placé judicieusement au milieu de tout ceci, en tant qu’exemple lambda, et cela malgré sa qualité d' »élu » qui revient de temps en temps au fil du récit. Il rencontre des personnes aussi différentes que les stations, se trouve dans bien des situations difficiles (mais encore une fois on se rend très vite compte que rien n’est facile dans cet univers), et j’ai eu l’impression d’avancer et d’apprendre à reconnaître toutes les facettes de l’obscurité de ce métro étrange et vivant à ses côtés.
La fin m’a un peu prise de court, je suis contente que l’on m’ait prêté Metro 2034 également ! ^^
Je ne vous en dirais pas plus sur les détails du livre, les différentes stations et personnages : si vous avez envie de partir à la découverte du métro en 2033 libre à vous, vous prendriez contact avec tout ceci par vous-mêmes. Malgré une atmosphère globalement sombre je ne suis pourtant pas ressortie de ma lecture spécialement déprimée ou révulsée : il y a beaucoup plus que ça dans cette œuvre, on se trouve véritablement dans cette SF qui montre, propose, suggère, et questionne toujours. Et j’adore ça.
Chroniques d’ailleurs :  Blog-O-Livre, La Plume ou la vie
A voir aussi : l’article de Nelcie sur sa visite du métro de Moscou.
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14 réflexions au sujet de « Metro 2033 »

  1. Dis donc, il a l’air rudement sympathique ! Et je plussoie l’aparté lexical, cette manie de coller l’étiquette « dystopie » dès qu’un récit n’est ni réaliste ni fantasy m’agace suprêmement !

    • Oui, je ne l’ai pas catégorisé « excellent » mais il s’en est fallu de peu, ce livre a de très bonnes bases et je pense qu’il peut plaire à beaucoup ! 🙂 En plus pour une fois le résumé n’est pas trompeur ni trop réducteur. S’il te tente je ne pense pas que tu prennes de gros risques !

  2. Ce roman avait été un énorme coup de coeur au moment de sa parution. Je ne peux que te conseiller la suite mais aussi les deux romans d’Andreï Dyakov situés dans le même univers 😉

    • Sur le principe des civilisations souterraines je n’ai lu que Tunnels, et c’était très différent ! (Plus jeunesse, plus aventures, et pas post-apo). En fait je débute dans le genre. 🙂

  3. Je n’ai fais que survoler ta chronique car je pense le sortir de ma PAL dans les prochains jours. En tout cas le peu que j’en ai lu me donne encore plus envie de le découvrir.

    • Je comprends tout à fait, je fais pareil, je n’aime pas trop avoir d’avis tout frais sur mes prochaines lectures. Je vais très certainement enchaîner sur Metro 2034 d’ici la fin de la semaine au plus tard, puisque je l’ai sous la main, que j’ai encore l’univers en tête, et que l’on m’a prêté les deux au printemps dernier… ^^

  4. Je suis assez d’accord avec toi à propos du terme « dystopie » qui n’est pas toujours utilisé à bon escient. En fait, j’ai l’impression que certains l’utilisent pour attirer les lecteurs, ce qui est dommage, mais bon…
    A part ça, ben ma visite du métro était quand même beaucoup moins mouvementée 🙂 En tout cas, tu donnes envie de le lire !

    • Tu m’ôtes les mots de la bouche !
      Ce que je me dis en particulier, c’est que le fait de reconnaître les stations – ou même simplement certaines – à travers la fiction doit être assez hallucinant, car l’environnement est extrêmement important dans cette série. Vice-versa, en ayant lu les descriptions de Glukhovsky je m’imaginais bien quelque chose d’assez similaire, tout en gardant une part de doute quant à la relation avec la réalité. Je ne suis pas certaine que tous les noms existent (je n’ai pas du tout cherché à savoir), mais après avoir lu ton article je me pose la question…

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