Jurassic Park

De Michael Crichton. Éditions Arrow, 1991. Science-fiction. Énième relecture, excellent bouquin. [400 p.]
Titre français : Jurassic Park ou Le Parc Jurassique (rare), 199?.
jpRésumé : « On a remote jungle island, genetic engineers have created a dinosaur game park.« 
Au cas où vous seriez très jeunes et/ou tombés dans une faille spatio-temporelle durant les 20 dernières années voici le pitch : des scientifiques ont trouvé comment ramener des dinosaures à la vie par clonage, financés par un millionnaire quelque peu excentrique qui a décidé d’en faire un zoo privé.
Cela faisait donc près de deux ans que je n’avais pas relu un livre de mon top 3, et j’ai très sérieusement pensé que ce ne serait pas celui-ci que je relirais en premier ! Cependant j’ai dû croiser le mot « dinosaure » trop de fois dans le mois, à moins que ce ne soit la très bonne plume de l’auteur ainsi que la cohorte de personnages qui me manquaient.

Tout d’abord je me sens un peu déboussolée à l’idée de vous parler d’un de mes « bébés » – ces livres relus tellement de fois que j’en ai des bouts qui traînent dans ma tête, en français, en anglais (car mon top est principalement constitué d’auteurs anglophones sur lesquels j’ai mis la main en VO aussi rapidement que possible). J’ai peur de n’avoir jamais été totalement objective sur ce bouquin, étant donné que j’ai ouvert sa première page pour la première fois avec déjà des étoiles dans les yeux [ma passion pour les dinosaures ne s’est jamais vraiment éteinte depuis mes 5 ans, même si je ne suis pas toujours au courant des dernières découvertes]. Quoi d’autre ? Il s’agit d’une des rares exceptions où j’ai lu le livre après avoir vu l’adaptation filmique (qui m’avait bien fichu la trouille la toute première fois que je l’avais vu, sans doute un peu jeunette), et mon tout premier Crichton.
Le film a à sa sortie eu une vague réputation de film d’épouvante ; certes le livre non plus ce n’est pas joyeux tout du long et il y a quelques scènes sanglantes ou horribles, comme on peut s’en douter dès le début, mais rien qui ne risque vraiment de choquer les amateurs de thriller tout du moins. L’auteur ne s’amuse pas non plus à faire traîner ces scènes en longueur, je ne donnerai donc pas plus d’avertissement que ce à quoi peut s’attendre le lecteur en lisant le résumé : ça reste un thriller.
Petite information : si vous êtes vraiment allergiques à la science, passez votre chemin ou retournez devant le film (si tant est qu’il vous ait intéressé, dans ce cas…). Crichton aime plonger dans ses sujets et nous dégoter des informations, termes techniques, particularités des champs de recherche… Toutefois ça reste très explicatif, il nous donne les clés pour comprendre ce qu’il se passe dans chaque intrigue. Il suffit donc au lecteur d’avoir un minimum d’intérêt, pas forcément les connaissances précises, pour comprendre où il veut en venir.
Cependant je dois dire qu’avec les connaissances c’est plus rigolo car on peut voir le travail de l’auteur : par exemple – et c’est la première fois que ça me frappe autant ! —
[Ce qui suit est, je le crains, d’une nerditude absolue. Je m’en excuse d’avance et invite les visiteurs qui seraient uniquement en quête de chronique littéraire de bien vouloir passer à la partie suivante. Vous pourrez ainsi admirer les images au passage sans forcément entrer dans les détails :D]
— Crichton a attribué une grande partie des découvertes paléontologiques du siècle au personnage fictif du Dr Grant, que ce soit la question du sang chaud des dinosaures pondue en fait par Robert Bakker (théorie, j’ai appris récemment, peut-être bien révoquée par le concept de mésothermes, lisez sang moyennement chaud, partagé par quelques espèces actuelles 😉 De rien), de la découverte de sites de nidification avec œufs et embryons (principale figure : le docteur « Jack » Horner, cité en fin de livre, mais il est loin d’être le seul à avoir travaillé dessus depuis le temps), et deux ou trois autres « détails ». D’un point de vue scientifique c’est assez improbable car la recherche en paléontologie, comme dans bien d’autres champs, sont à ma connaissance séparées en sous-domaines et spécialisations. Autrement dit chacun est spécialisé dans une branche, et donc c’est assez peu probable que toutes les découvertes se fassent par une seule personne. Néanmoins cela permet à Crichton de présenter un Expert Paléontologue, c’est sympathique et d’un point de vue rédactionnel ça lui permet d’en dire beaucoup sans alourdir son texte par des tas de références.
Pour les « deux mètres de haut » (je cite) du Velociraptor, c’est un point problématique : on aurait en effet retrouvé un spécimen de 1.80m de haut mais en 1993 seulement, donc après la publication du livre ; de plus seul ce fossile mesurait autant, tous les autres Velociraptor retrouvés font plutôt un mètre de haut (et donc ne pesaient pas non plus 200 livres (nombre également trouvé dans le texte) mais plutôt une trentaine), de quoi sacrément moins faire peur dans les scènes imaginées que ce soit par Crichton ou Spielberg !
trex1Photo (mon appareil, musée de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Bruxelles) – en-dessous du T. rex : l’emplumé est une reconstitution d’Archaeopteryx, et le squelette est… oui, notre Velociraptor. Et oui dans cette posture il nous arrivait aux genoux.
Enfin le parc porte très mal son nom puisque Procompsognathus vivait au Trias, et Velociraptor, Microcephalus (un de mes dinos préférés il est trop choupi, au centre de la planche ci-dessous), Euoplocephalus (comme je suis déçue que celui-ci n’ait pas eu son quart d’heure de gloire dans le livre !! J’adore les ankylosauridés :D), Hypsilophodon, Tyrannosaurus rex, Maiasaura, Triceratops, Hadrosaurus, Styracosaurus et même l’espèce de Ptérosaure présente dans le livre vivaient au Crétacé. Seuls le stégosaure, l’apatosaure, le dilophosaure et l’othnielia vivaient effectivement au Jurassique.
Concernant les illustrations elles correspondent à ma vision des animaux datée des années 90, je me doute que certains devaient ou pouvaient en fait avoir des plumes, tant pis. Je me suis tout de même forcée à vous mettre un Velociraptor redessiné (à l’air par conséquent ridicule, vous ne trouvez pas ?), puisqu’il a fait l’objet de bien des discussions, ci-dessus mais aussi ailleurs. Ce coup-ci je crois que sa réputation est vraiment à refaire ! :p

jpzoo

[Fin de la parenthèse]
Pour la petite histoire Crichton connaissait Spielberg, qui a aussi réalisé Urgences d’après une de ses idées, et lui a dit un truc comme « Hey dude I’m coming up with an awesome story and I was thinking about you: I’m sure you’ll love to turn it into one of your movies. It’s all about the dangers of science, dinosaurs eating people, and all that kind of stuff. Want the exclusive rights ? » Spielberg lui aurait répondu « Yay ! I’m in ! » ou quelque chose du genre, et donc les deux œuvres se sont co-construites plus ou moins en parallèle. Bon j’ai peut-être brodé un peu, ou alors tout ça est une légende car je n’ai retrouvé qu’une source qui expliquait le partenariat, mais je trouve ça cool, et ce qui est certain c’est qu’on avait commencé à travailler sur le film à la sortie du bouquin en 1990 (mon édition doit être la première édition poche anglaise).
Au-delà des personnages stéréotypés ou des bestioles atypiques l’atmosphère du livre vaut le détour : Crichton dose savamment l’information scientifique nécessaire à l’intrigue, la mise en place de l’huis clos (car c’en est un dans sa majeure partie), et nous fait comprendre par des allusions cyniques ou ironiques dès les toutes premières pages que nos héros et antihéros ne sont pas sortis de l’auberge (costaricaine). D’ailleurs je relisais le prologue avec attention et me disais que le résumé ainsi que la thèse du livre se trouvent là, que les 390 pages suivantes ne sont qu’un exemple illustrés des propose de l’auteur : « The late twentieth century has witnessed a scientific gold rush of astonishing proportions: the headlong and furious haste to commercialize genetic engineering. (…) Biotechnology promises the greatest revolution in human history. By the end of this decade*, it will have outdistanced atomic power and computers in its effect on our everyday life. » Autrement dit pour les non-anglophones : l’ère de la manipulation génétique, motivée par des fins strictement commerciales, succèdera à l’ère de la manipulation atomique, nous prédit l’auteur. Et ça fait un peu froid dans le dos de voir que dinos ou pas il n’avait pas tout à fait tort, il suffit de voir le nombre de questions que soulèvent actuellement les OGM, perturbateurs endocriniens ou autres biotechnologies (étymologiquement « technologies du vivant »).
*1990, rappelons-le ! Quelques recherches très vite effectuées m’ont appris que les premières commercialisations de biotechnologies ont effectivement vu le jour dans les années 90. D’ailleurs d’autres petites recherches me font dire que dans l’intro, tout ce que dit Crichton avant de parler d’InGen semble avéré. La partie « fiction » ne commence qu’à la dernière partie de l’introduction, les deux première pages n’en sont pas. Autrement dit Genentech en a pris pour son grade dans ce bouquin (seul labo réel expressément cité !)…
Alors oui à notre époque le synopsis semble être du remâché (mais pas par de grands théropodes, qui avalaient probablement de gros bouts tout ronds), mais n’oubliez pas qu’à l’époque c’était relativement moins courant, et sincèrement de tout ce que j’ai lu, dinosaures ou pas, cela reste un très bon livre : le rythme est trépidant, plusieurs intrigues sont données dès le début, les explications sont là sans alourdir la narration, et surtout l’utilisation des personnages par l’auteur est géniale. En effet vous allez rencontrer un certain nombre de noms, plus que dans le film d’ailleurs, accompagnés d’un caractère spécifique, et d’un background (ce qui je pense manque le plus dans le film – les personnages semblent pour plusieurs dénués de consistance). Autrement dit on sait qui est là, pour faire quoi, et pour quelles motivations. Ces personnages vont sembler, et c’est là je trouve l’une des prouesses de cet exercice littéraire, s’effondrer en même temps que leur contrôle sur les évènements : leur professionnalisme ou leur motivation, quand ce n’est pas les deux à la fois, est remis en question, et beaucoup d’entre eux ne vont pas réagir de manière très juste ou positive, entraînant un « châtiment » – ou en tout cas c’est une impression que j’ai à chaque fois que je lis ce livre, depuis ma première lecture : au début on aime plus ou moins le personnage, puis on finit par ne plus trop l’apprécier, et le fait qu’il lui arrive des bricoles finit par procurer un plaisir sadique encouragé semble-t-il par l’auteur. C’est assez drôle d’ailleurs de voir comment Crichton mêle un genre de structure de conte, répétitive (ou faut-il y voir des fractales ?) et semblant quelque peu moralisatrice, au milieu d’un environnement scientifique.

dinosaursextinction

Mon texte est bien long, alors voici une petite image humoristique pour vous donner envie de vous accrocher jusqu’au bout ! 🙂
Trois personnages servent majoritairement la voix de l’auteur : le docteur Grant, passionné par son travail de toute une vie sur les dinosaures ; le jeune Tim qui observe les adultes de son regard d’enfant plutôt éclairé, également fan de dinos ; Ian Malcolm le mathématicien et théoricien, paranoïaque et moralisateur aux yeux des autres, quelque peu asocial et hyper-rationnel. Ces trois « points de vue »  choisis pour décrire le récit permettent de couvrir un large spectre de considérations d’ordre humain aussi bien que scientifique, on sent que l’auteur s’est attaché à eux et je m’y suis attachée aussi. On trouve à côté quelques scènes où aucun de ces trois personnages n’est présent, mais comme tout est écrit à la troisième personne ça ne gêne pas la lecture. Pendant que je suis sur les personnages, les spectateurs du film pourraient avoir quelques surprises : en effet si les deux œuvres sont globalement les mêmes, on est loin de l’adaptation fidèle (même si de mon point de vue le système du film marche également). Le livre, en plus de comporter plus de personnages que le film comme je l’ai dit ci-dessus, était parti sur des bases différentes de celles du film. Sans vous spoiler spécifiquement je vous dirais que certains personnages ne sont pas du tout les mêmes dans leur comportement et leur motivations, et que vous allez en détester certains que vous adoriez peut-être, et vice-versa. Je regrette sincèrement que le film ai éludé Ed Regis tout en le fusionnant plus ou moins avec Gennaro, les deux personnages du livre sont très différents l’un de l’autre et je trouve mine de rien beaucoup plus importants que d’autres qui sont restés dans le film, et ils donnent lieu dans le livre à quelques scènes vraiment marquantes. J’imagine bien qu’ils ne pouvaient pas faire un film de 3h mais tout de même c’est bien dommage. Peut-être que les scénaristes l’ont regretté aussi et que c’est pour ça qu’ils ont réimplanté des scènes de Jurassic Park dans le Monde Perdu (JP 2) ? Ah et puis toujours sans vous en dévoiler de trop : personnellement, et je suis persuadée que d’autres ont honteusement pensé la même chose, il y a un personnage en particulier que j’aurais bien moi-même jeté en pâture au T. rex plus d’une fois… :p On a quand même un Boulet d’Or dans le bouquin ! (Comment ça je suis cruelle ?)
Un très bon livre, qui va au-delà du simple thriller divertissant, peuplé de personnages riches en couleur et animé d’excellentes répliques et retournements de situation.
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9 réflexions au sujet de « Jurassic Park »

  1. Je n’ai pas lu le livre… Mais j’ai appris grâce à toi, qu’on se trompe concernant la taille moyenne de un velociraptor (d’ailleurs, dans les séries-avec-dinosaures, je n’ai vu que des spécimens comme dans l’adaptation de Jurassic Park). Et j’ai bien aimé ta petite image humoristique, elle me plait !

  2. Egalement fan de dinos depuis toute petite, j’étais toute excitée quand j’ai découvert les livres bien après avoir vu les films… Miam ! Dur pur bonheur !

    • Oui moi aussi je n’ai connu ce livre que bien après avoir vu le film ! 😀 J’ai un peu moins aimé Le Monde Perdu dans l’ensemble, je trouve qu’on sent un peu trop qu’il a été écrit « en bonus » (à commencer avec la superbe incohérence concernant un certain personnage…).

      • Roh, je retombe sur ta chronique deux ans après et j’ai tout relu, et j’me dis que je suis contente d’être tombée sur une autre fangirl en puissance ! Je vais définitivement relire ces deux bouquins d’ici peu. 🙂

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