Le Passage

De Justin Cronin. Robert Laffon, 2011. Science-fiction. Bonne lecture. [961 p.]
Titre original : The Passage, 2010.
(Je me rends compte que la couverture est en anglais, je l’ai bien lu en français, et c’est la même couverture chez Laffont)
lePassageRésumé : « Avant de devenir la Fille de Nulle Part – celle qui vint en marchant, la Première, la Dernière et la Seule, et qui vécut mille ans -, ce n’était qu’une petite fille appelée Amy ; Amy Harper Bellafonte, née dans l’Iowa.
     Années 2010. Dans la jungle bolivienne, un commando de l’armée américaine traque les membres d’une expédition atteints d’un mystérieux virus… Au Texas, deux agents du FBI persuadent un condamné à mort de participer, en compagnie de onze autres prisonniers, à une expérience scientifique ultrasecrète.
     Près d’un siècle plus tard. Une communauté a réchappé à l’apocalypse causée par l’invasion dévastatrice de mutants qui ont plongé le monde dans le chaos. Un jour, une jeune fille silencieuse et énigmatique se présente à la porte de la Colonie. Elle paraît à peine quatorze ans, mais elle en a plus de cent…
     Justin Cronin livre ici le premier volume d’une trilogie monumentale. Sur fond d’Amérique en ruines envahie par des monstres à glacer le sang, Le Passage est à la fois un conte épique, un thriller métaphysique et un roman fantastique à couper le souffle, salué par la critique et le public dès sa parution.« 
Pffffffffff. Pour un livre autant encensé par la critique, je m’attendais à plus spectaculaire, plus original aussi.
Dans l’ensemble, soyons honnête, je ne me suis pas véritablement ennuyée. Cependant c’est la première fois que je lis un livre aussi long en étant aussi peu plongée dans l’histoire (comparé aux autres fois), et la longueur, je l’ai ressentie. Je suis soulagée d’être arrivée au bout et de pouvoir passer à autre chose. Je me sens épuisée, quelque part. J’ai apprécié la compagnie des personnages mais il m’a manqué quelque chose, j’étais loin du coup de cœur. J’aurais préféré lire 300 pages de moins.
En fait j’avais beaucoup apprécié le début : les expériences scientifiques limites (!), la petite Amy et sa relation avec Wolcraft par la suite, la sœur Lacey, le style thriller scientifique… Tour à tour mignon, inquiétant ou trépidant, on découvre petit à petit les ficelles de l’intrigue, et j’aurais vraiment aimé qu’on continue dans cette direction. Le côté S-F est très net, dès le début. On est prévenu, il y a des monstres qui ont une origine scientifique, d’où des combats, du sang, et de la violence dans le reste du livre. Cependant ce n’est pas à proprement parler un roman d’horreur je trouve. Il y manque une atmosphère vraiment oppressante, une tension. On pourrait y trouver un poil de fantastique mais je l’ai trouvé peu exploité, on tombe plutôt dans une espèce de mysticisme merveilleux – tout le monde l’accepte sans peine, cela ne semble pas trop affecter le ton de l’histoire si ce n’est pour l’adoucir, de manière irrégulière.
Hélas, même pas à mi-parcours je me retrouve avec des ados / jeunes adultes et leurs problèmes d’identité-premières-amours-bébés-société-qu’est-ce-qu’-on-fout-là. Ok, y’a trois pégus adultes dont certains avec un potentiel très fort (mention spéciale à Elton), mais l’action se recentre totalement sur un survival trip de jeunes tous plus ou moins paumés. Je ne dis pas que c’est mauvais, hein, mais passer de Crichton à Autremonde de Chattham c’est un peu violent (comparaisons vaguement abusives, mais pas trop éloignées non plus). De plus, à partir de ce moment-là, le lecteur sait en gros ce qu’il se passe et pourquoi (il manque trois détails mais on a énormément d’indices). S’ensuit donc une longue, sympathique mais très attendue suite de péripéties, mises en couple, séparations, grossesses, et tutti quanti sur fond post-apocalyptique – c’est pas totalement du YA comme on en voit partout maintenant, mais ça y ressemble fortement mine de rien, toutes ces choses prennent au moins autant voire plus que le combat contre les ennemis ou la recherche d’explications ! Sympa, mignon, pas trop mal écrit (mais sans style très particulier non plus), mais très loin de me donner envie de le relire, par exemple, et vraiment trop convenu sur des tas de points dès qu’on a lu un peu de ce genres de thèmes ou d’intrigues. En parlant d’écriture j’ai quand même dû relire deux ou trois passages vraiment pas clairs. D’ailleurs, un m’échappe toujours. A côté, j’ai trouvé quelques très jolis passages. En fait, je pense que ce livre a du potentiel, mais il n’a pas été exploité comme je l’aurais souhaité, il a échoué à me convaincre.
J’ai néanmoins apprécié les sauts dans le temps (même si le « trou » de 100 ans m’a fait me sentir triste car je savais que je quittais définitivement la première partie et ses personnages qui me plaisaient beaucoup), le choix de différents types de récits (narration, journal, points de vue différents, rapport, mails...), et le concept même d’Amy. Ce dernier point pourrait m’amener à continuer la série (qui devrait compter trois tomes).
Je passe aussi rapidement sur les commentaires au dos du livre type « conte philosophique » ou « plongée métaphysique » : heu, ouais… vite fait, alors, toutes les 50 pages environ. A la Croisée des Mondes de Pullman (pour citer un ouvrage qui pourrait être comparable sur ce point-là) était à peu près de la même longueur, certes pour un public plus jeune, mais je l’ai trouvé plus travaillé sur le plan métaphysique et philosophique, et il y avait aussi plus de surprises même au bout de 600 pages, plus d’inventivité. Ici, pas une seule fois passé les 200 premières pages ai-je eu ce frisson de surprise plaisante en voyant que l’histoire prend un tour auquel on ne s’attendait pas… Et si le livre m’a fait rêver ou réfléchir? Non, absolument pas, la sauce n’a pas pris sur moi, et je ne suis pas certaine que beaucoup de gens vont y trouver leur compte s’ils choisissent cette lecture uniquement sur ce critère.
Une lecture divertissante, mais pas tout à fait à la hauteur des promesses des premiers chapitres. Du bon et du moins bon, et pas mal d’irrégularités. De quoi contenter tout le monde et peut-être ne satisfaire personne, ou combler les simples amateurs de sensations fortes.
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9 réflexions au sujet de « Le Passage »

    • En fait j’avais très envie de lire les Douze, qui si je me souviens bien était présenté comme un thriller (quoique après avoir lu le Passage je me dis que j’ai peut-être soit mal compris soit confondu avec un autre titre !). Du coup j’ai vu qu’il y avait autre chose à lire avant…

    • ça n’a pas empêche certaines personnes d’adorer, et dans l’ensemble je ne vois personne non plus qui n’ait pas du tout aimé, malgré les défauts qu’on peut lui trouver ! J’espère que tu passeras tout de même un bon moment avec.

  1. Ah oui ! 300 pages de trop ça fait beaucoup quand même, surtout avec 900 pages. Faut déjà réussir à avaler tout ça. J’avoue qu’il me fait peur justement parce qu’il est long, et que quand je lis un pavé, faut vraiment que ce soit très prenant parce que sinon j’ai l’impression de me forcer et après je lis en diagonale. ^^’ Je verrais si un jour j’ai le courage, mais ce n’est pas une priorité.

    • 300 pages prises dans la trame, pas forcément les 300 de fin (non,justement sur la fin on se recentre un peu plus, hormis quelques tours narratifs un peu faciles « pour arriver à la situation finale » ça redevient « intéressant »). ^^ Bon, ceci dit les aventures des p’tits jeunes sont relativement prenantes à côté d’autres choses qu’on peut rencontrer dans le même style, ou c’est moi qui ai fini par m’y habituer : si ça m’a un peu lassée je n’en n’ai pas moins continué ma lecture, hameçonnée ici et là par des éléments sympathiques (quelques histoires ou psychologies familiales pas complètement idiotes) ou bien écrits, ou qui revenaient de temps en temps au principal (d’après la présentation de l’intrigue par l’auteur, mon ressenti mis à part). Par contre j’espère sincèrement que les Douze sera plus focalisé, car je n’aime pas avoir l’impression que l’auteur ne sait pas où il va, ou s’adresse à des publics différents selon les parties du livre…

  2. Je pense que ces périodes plus lentes ne se sont pas faites ressentir car je l’ai lu en « lecture commune ». Je ne classerai pas non plus en « horreur ». Ah oui, tu t’es attendue à la dernière révélation ? Chapeau !
    Du coup, tu ne découvriras pas la suite, je suppose 🙂

    • « La dernière » ? Je ne suis pas sûre de savoir de quoi tu parles exactement… Il y a un personnage que je ne m’attendais pas à retrouver, mais ensuite encore une fois à ce moment-là on a beaucoup de cartes en main, et il y a des choses dont je me doutais en partie. Je ne m’attendais pas à tout en détail, tout simplement parce que l’auteur joue sur tellement de codes en même temps que c’est difficile d’imaginer ce qu’il a exactement en tête pour la suite (science vs fantastique vs pseudo-religion/mythe), mais bien peu de choses m’ont véritablement surprise – je trouve qu’il en dévoile un peu beaucoup tout en tentant de nous étonner ensuite, un peu trop tard. J’ai aussi pas mal d’expérience de scénarios de ce style, ça n’a pas dû aider.

      • Sans doute ton expérience a aidé 🙂 Pour ma part, j’étais loin d’imaginer un scénario aussi complexe. Je n’ai pas relu ce tome-ci, mais le deuxième paru, oui. Et à la seconde lecture, j’ai noté beaucoup de choses qui étaient passées à la trappe.

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