Vers chez les morts (projet participatif)

plumeIl y a longtemps – en janvier – l’auteur Fabrice Colin a lancé un projet « bizarre et beau » sur son blog, relayé par son Facebook : il s’agissait de lui fournir des textes courts afin de créer un recueil de voix s’adressant à nos disparus. J’ai été très intéressée par l’idée dès le départ, et je me suis résolue à en parler ici dans l’espoir d’amener quelques textes supplémentaires à l’auteur, dès que j’aurais moi-même fourni ma contribution – je me serais sentie mal si je l’avais fait avant, surtout si finalement je n’avais même pas été fichue de pondre mes 5000 signes avant la date limite : le premier avril ! 🙂

Oui, mais voilà, là-dessus s’ajoutent deux choses essentielles : la première, j’ai écrit ma contribution entre le 24 et le 27 mars, donc je pensais que cela ne valait limite plus la peine d’en parler 😦 ; la deuxième, Fabrice Colin vient de nous repousser la deadline, et accepte toujours des textes – ouf ! J’ai l’impression de pouvoir me « rattraper » ! 🙂
Voilà pour les grandes lignes.
Questions techniques :
N’importe qui peut participer, il faut faire entre 5000 et 10 000 signes, c’est-à-dire environ 2-3 pages pour vous donner une idée – le nombre de signes se cache dans le menu « Révisions » – « Statistiques » sous Word 2007/2010 si je me souviens bien. Les textes doivent s’adresser au mort, donc tournés à la deuxième personne. Les personnes disparues doivent être réelles (parents, amis, connaissances même sans nom, personnes célèbres) , il s’agit d’amener des sortes de témoignages, pas d’écrire de la fiction. Vous trouverez plus de détails, notamment sur les éléments que Fabrice Colin aimerait trouver dans les textes, dans les liens ci-dessous (surtout les deux premiers).
Ceux qui cherchent la notoriété ou l’argent devront trouver un autre moyen : le projet est participatif dans le sens où il y aura plein d’auteurs, plein d’expériences, mais les participants ne seront pas payés car le but du projet est d’apporter des fonds à un organisme caritatif. Autre point : tous nos textes très certainement réécrits, en grande ou petite partie, par l’auteur, afin de coller à l’ensemble.
Si vous souhaitez, ou pensez participer, contactez-le (après avoir lu les conditions d’écriture ci-dessous) pour lui annoncer votre intention ainsi que votre sujet – je ne sais pas trop comment il gère ça mais il le demande. (Mail : projet_morts@yahoo.fr / Facebook  : Fabrice Colin / Twitter : @fabricecolin
Les billets relatifs au projet sur le blog de l’écrivain (à lire impérativement si le projet vous intéresse, je ne vous ai détaillé que ce qui me semble incontournable) :
Vers chez les morts (8 janvier 2014)
Et puis je voulais te dire… (15 janvier 2014)
Vers chez les morts – un nouveau point (6 avril 2014)
Je compte sur vous qui passez par là pour diffuser l’information aux gens susceptibles d’être intéressés !

Alors voilà, du coup j’ai pondu mes 3 pages, et alors ?
Je viens de remarquer que Fabrice Colin précise que certaines participations pourraient ne pas être retenues si elles sont hors-sujet ou trop ressemblantes à d’autres, mais franchement je m’en fous. J’ai juste mis trop de moi-même dans mon texte pour ne pas en être contente, tout court. J’avais des choses sur le cœur depuis très longtemps, j’ai profité de ce projet pour les coucher sur écran comme plein d’autres personnes paraît-il (cf. liens ci-dessus), et maintenant j’ai cette étrange impression que ces mots m’appartiennent, que j’ai retrouvé un certain contrôle sur eux, et ce qu’ils signifient, et ça fait un bien fou.
Voyez-vous, j’ai perdu très peu de gens pour le moment dans ma vie – un ou deux camarades d’école que je connaissais mal, une arrière-grand-mère avec qui je n’étais pas non plus intime, des vagues connaissances ou des parents ou amis d’amis, et mon père. De fait, même si j’ai bien tenté de croire que je pourrais me rabattre sur un personnage célèbre, mon sujet était tout trouvé dès le début, même si je savais que j’allais en… bref, que ça n’allait pas être facile d’écrire tout ça. Oui, parce que bien entendu, contrairement aux autres personnes sur lesquelles j’aurais probablement eu du mal à écrire quoi que ce soit de très sincère ou très long, faute de vécu avec eux, je pourrais je pense écrire tout un volume, voire deux, sur les tribulations* familiales. La principale chose qui m’en empêche c’est que certaines personnes encore vivantes risqueraient de s’en sentir mal. Notez bien le « certaines ». Doublement : je reste persuadée que j’ai eu également affaire à des gens très cons, au point de ne toujours pas être capables d’être conscients à quel point, qui ne se sentiraient probablement pas plus concernés que ça ; et d’autre part j’ai souvent rêvé de leur mettre sous le nez (à ces gens-là) mon propre point de vue, sans retenue ni circonvolutions. Ce ne sont donc pas eux qui m’empêchent d’écrire à ce sujet. Par contre il reste des gens qui ne se sont pas rendu compte à quel point la stupidité et la méchanceté des autres m’avaient fait souffrir, et qui seraient probablement désolés de trouver par hasard mon fiel déversé en mille mots. Quelque part, devoir me concentrer uniquement sur mon père m’a permis de garder un certain recul sur le texte, et de me focaliser sur les bonnes choses au même titre que les moins bonnes, et c’est tant mieux.
Avoir la larme à l’œil au bout de deux lignes est quelque chose à laquelle je ne m’attendais pas vraiment (plutôt au bout de 20-30), et qui m’a aussi quelque part profondément énervée. Je reste persuadée que ceux qui ne vivent plus n’ont désormais tout simplement plus ni droit ni possibilité d’influencer notre vie, justement à cause de leur absence. Ce qui a été est toujours ancré dans notre vécu, on ne s’en débarrasse pas facilement, mais le présent nous appartient à nous seuls.
J’ai finalement achevé mon texte avec sérénité.
* J’adore le mot « tribulation » – il a un petit côté léger et bondissant comme s’il se moquait de lui-même. Carrément mieux que « misères », « emmerdements », « guerre civile » ou le trop vague « histoires ».
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