The Picture of Dorian Gray

D’Oscar Wilde. 1890. Roman fantastique. Très, très bonne lecture. [240 p.]
pictureofRésumé : « The Picture of Dorian Gray is the only published novel by Oscar Wilde. It tells of a young man named Dorian Gray, the subject of a painting by artist Basil Hallward. Basil is impressed by Dorian’s beauty and becomes infatuated with him, believing his beauty is responsible for a new mode in his art. Talking in Basil’s garden, Dorian meets Lord Henry Wotton, a friend of Basil’s, and becomes enthralled by Lord Henry’s world view. Espousing a new hedonism, Lord Henry suggests the only things worth pursuing in life are beauty and fulfilment of the senses. Realising that one day his beauty will fade, Dorian cries out, expressing his desire to sell his soul to ensure the portrait Basil has painted would age rather than himself. Dorian’s wish is fulfilled, plunging him into debauched acts. The portrait serves as a reminder of the effect each act has upon his soul, with each sin displayed as a disfigurement of his form, or through a sign of aging. »
(Après avoir lu le livre je trouve la plupart des résumés « éditeurs » très réducteurs ou peu pertinents ; du coup l’image est celle de l’édition que j’ai lue (1993), mais le résumé appartient à une autre édition.)
J’aurais certainement encore plus apprécié cette lecture si je n’avais pas mis cent sept ans à la finir, mais c’était tout de même un fabuleux moment de lecture ! 😀 Par quoi commencer ?
Déjà, c’est ma 5e chronique concernant le challenge des 100 livres à avoir lus organisé par Bianca 🙂 Petite étape, mais étape tout de même !! (On se motive comme on peut, hein ^^)
Ensuite, challenge ou pas, ça faisait super longtemps que j’avais envie de lire ce livre, dont je connaissais le principe, que vous connaissez aussi très certainement : un jeune homme, voyant son portrait, souhaite dans un élan de narcissisme conserver cette fraîcheur pendant que le portrait, lui, vieillirait. Et bien, sûr, comme on est dans le fantastique, ça marche ! (…plus ou moins bien, s’entend.)

Alors, voilà : certes, c’est en gros le synopsis du bouquin. MAIS il se passe quantité de choses sans vraiment de rapport avec le portrait, et il y a aussi tout un aspect du livre très ambigu, dérangeant, perturbant, complexe dans sa forme comme dans son fond, qui va bien au-delà de ce que j’ai résumé ici en même pas deux lignes. J’y ai trouvé une richesse que je n’attendais pas, et je me considère désormais comme fan d’Oscar Wilde (décidément, la mémoire d’Oxford regorge d’écrivains talentueux* !) parce qu’il écrit juste trop bien !
* J.R.R. Tolkien, C.S. Lewis, Lewis Carroll, Aldous Huxley, Philip Pullman, Percy Shelley, W.H. Auden, T.S. Eliot – pour ne citer que des noms que j’ai lus ou que je connais 😉
/mode pas objective off
C’est un livre comportant un élément fantastique, certes, mais celui-ci tient sur en fait assez peu de pages du livre. L’essentiel de l’horreur, de l’étrange et de la fascination réside ici et surtout dans les relations humaines, centrées sur deux personnages principaux : Dorian Gray, jeune homme innocent et aimable au départ, et véritable connard un peu moins vers la fin ; et Lord Henry, qui va lui servir de modèle, de mentor, d’inspiration, d’ami, mais également d’opposant tout au long du livre.
Concernant l’homosexualité présente dans le livre, c’est un peu comme l’élément fantastique : c’est plutôt latent, peu visible sauf lors d’un ou deux passages, et encore une fois c’est quelque chose qui a participé à la renommé de ce livre (et c’était peut-être véritablement énorme pour l’époque) – mais techniquement si vous voulez lire un livre traitant du sujet, je ne recommanderais pas celui-ci par-dessus tout, car ce n’est qu’un détail dans l’océan des sujets et discours présents ici.
Les relations entre les deux hommes, et aussi les leurs avec les autres personnages secondaires, qu’ils soient hommes ou femmes, sont axées autour de concepts esthétiques et moraux : ainsi, art vs morale mais aussi art + morale ; plaisir vs vertu mais aussi plaisir + vertu. Pour tenter d’être plus claire, nous voyons défiler un certain nombre de personnages variés en esprit et caractère, dont la plupart vont évoluer ou se retrouver confrontés à des situations où ils vont devoir décider rapidement de ce qui compte le plus pour eux : la droiture, l’ego, le sens artistique, etc. J’ai lu dans la préface que les analystes s’arrachaient les cheveux quant à décider si cette œuvre était morale ou non, si Wilde a tenté de faire une fin « morale » tout en encourageant les (forcément jeunes) lecteurs à la débauche, ou si tout ceci n’était que faux-semblants, ou bien si c’était pas mieux de disserter sur la structure du texte plutôt que sa signification, parce que c’était moins mauvais pour les nerfs. Je n’ai rien conclu non plus de cette lecture en termes d’opinion ou de valeurs transmises, car effectivement c’est assez flou dans l’ensemble, j’ai eu la très nette impression que l’auteur cherchait à nous embrouiller, ou plutôt à nous faire nous questionner plutôt que de simplement tout prendre au pied de la lettre. De nombreuses affirmations sont totalement contredites ailleurs dans le livre, les personnages changent souvent d’avis (évolution, disais-je), et je ne pense pas qu’il soit vraiment possible de prendre parti pour un personnage ou un autre, je leur ai trouvé des défauts à tous, si ce n’est au moins d’être trop naïfs concernant certains ! Finalement mon « préféré » serait en fait Lord Henry, pas parce que je me sens proche de lui (au contraire !!), mais c’est le personnage qui aiguillonne le plus les autres, à travers Dorian majoritairement, c’est le « grand manipulateur » de l’histoire, celui qui fait bouger les choses en grande partie, et celui dont les propos sont en même temps les plus percutants et les plus illusoires. Je trouve Dorian un peu trop « girouette », par moments il change tellement d’avis tellement vite que je trouve ça parfois peu crédible.
Une des particularités du texte, que certains n’aimeront peut-être pas du tout ou au contraire apprécieront autant que moi, est la manière dont Wilde change également fréquemment de style littéraire (en accord avec le fond, donc 😉 ), de ton, d’emphase, puis revient sur ses pas, avant de passer encore à autre chose, alors que son discours change lui aussi : le lecteur a droit à des passages narratifs « bateau » (vous me comprendrez ! :p) ; des dialogues parfois humoristiques ou cyniques, mais souvent teintés de beaucoup d’esprit ; des moments poétiques ou lyriques, pleins de légèreté ; quelques grandes échappées emphatiques qui l’emportent sur deux ou trois pages à partir d’un détail ou d’un thème narratif assez banal, mais qu’il monte en hyperbole, accumulations et métaphores à la clé ; des passages semblables à des extraits d’un essai philosophique, où la voix est celle de l’écrivain qui supplante totalement la fiction qu’il était en train de raconter à travers ses personnages deux pages auparavant ; des descriptions et mise en place d’une atmosphère gothique, fantastique, oppressante ; enfin, quelques scènes d’une grande violence comparées au reste du livre, avec agression, sang, morts, qui arrivent de façon impromptue, d’autant plus choquantes pour le lecteur. Oscar Wilde en rajoute une couche en traitant un des morts de « thing » (« chose ») dans la bouche d’un de ses personnages – le terme revient plusieurs fois, augmentant l’aspect terrible de la scène en l’assaisonnant d’inhumanité et d’insensibilité.
De manière générale, il joue énormément avec la langue – figures de style, symbolisme, jeux de mots…
Lisez ce livre parce que vous avez envie de le lire, n’en attendez rien d’autre. Wilde le dit lui-même en préface, et je crois que c’est la seule chose que nous sommes encouragés à prendre au sérieux : « There is no such thing as a moral or an immoral book. Books are well written, or badly written. That is all.« 
Quelques citations qui j’espère vous intrigueront suffisamment pour avoir envie de fourrer votre nez entre ces pages :
« It is the uncertainty that charms one. A mist makes things wonderful. »
« The soul is a terrible reality. It can be bought, and sold, and bartered away. It can be poisoned, or made perfect. There is a soul in each one of us. I know it. »
« Do you feel quite sure of that, Dorian? »
« Quite sure. »
« Ah! then it must be an illusion. The things one feels absolutely certain about are never true. That is the fatality of faith, and the lesson of romance. »
« What of Art?
-It is a malady. (Lord Henry)
–Love?
-An Illusion.
–Religion?
-The fashionable substitute for Belief.
–You are a sceptic.
-Never! Scepticism is the beginning of Faith.
–What are you?
-To define is to limit. »
« I am tired of myself to-night. I should like to be somebody else. »

 

Chroniques d’ailleurs : Les Chroniques de MichaelaBlog-O-Livre
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Chroniques d’ailleurs : Avides Lectures (c’est son ancien blog par contre), La biblio de Gaby, Kimysmile, Voyage au bout de la page (Nelcie)

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5 réflexions au sujet de « The Picture of Dorian Gray »

  1. Avis très intéressant :). J’avoue ne pas avoir assez de souvenirs de cette lecture pour savoir si j’avais eu les mêmes déductions que toi. Une relecture s’impose peut être. En tout cas j’avais passé un très bon moment!

  2. Tout d’abord bravo pour cette 5è participation et pour ton article, difficile de parler du Portrait de Dorian Gray car il y a beaucoup à dire en effet ! je suis une inconditionnelle de Wilde, je vais donc relire une nouvelle ce roman pour le challenge mais comme tu as aimé la plume de l’auteur, je te conseille de persévérer et lire ses contes et surtout ses pièces de théâtre, brillantes !!

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