Je suis une fille… ou pas.

Depuis que je suis arrivée sur la blogosphère j’ai commencé à m’intéresser aux sujets, discussions et débats autour du féminisme, du genre, et de tout le tintouin. C’est somme toute assez nouveau pour moi, je n’ai pas d’activistes dans la famille ni ne suis militante en quoi que ce soit moi-même… ou plutôt c’est ce que je croyais avant de lire un certain nombre de choses avec lesquelles je me suis retrouvée forcée de tomber d’accord, voire dans lesquelles je me suis retrouvée complètement. Je me considère donc comme une semi-féministe, même si au moins 3 articles m’ont déjà clamé que ça n’existait pas, avec arguments à l’appui (que visiblement je n’ai toujours pas compris ou accepté entièrement – laissez-moi faire mon chemin analytique, bordel :p).

Je laisse ce point précis (de l’appellation de la féministe ou pas féministes, ou pourquoi on l’est tous ou qu’on devrait l’être) pour plus tard, ou jamais, pour me focaliser aujourd’hui sur un point sur lequel je me sens capable de disserter, ou d’apporter quelque chose.
L’article menant à cette idée saugrenue est celui-ci : Mon genre et moi, une histoire pas si simple, issu du plutôt bon site Mad’moizelle.com, que certain(e)s d’entre vous connaissent peut-être, et qui m’a déjà valu des minutes entières de bidonnage, merci beaucoup. 🙂
C’est marrant parce que j’ai passé un certain nombre d’années de ma vie à essayer de m' »intégrer » (ouhh le vilain mot !) tout en essayant de rester moi-même, ce qui a donné lieu à des situations et discussions mémorables, et un certain sentiment de duplicité (au sens propre du terme : double), voire de schizophrénie (dans le sens commun, pas médical, du terme). Bah oui, parce que j’ai beau être considérée comme une fille/femme* de manière générale, j’avoue que parfois j’ai des doutes, ou je ne suis pas du tout certaine de le vouloir, ou j’ai l’impression très nette que les gens qui veulent à tout prix me coller dans cette catégorie sont à côté de la plaque. Je m’identifie aussi facilement à des personnages hommes que femmes, quelque soit le synopsis du film ou du livre, avec une préférences pour ceux qui se bougent plutôt que ceux qui servent de potiche quel que soit leur sexe. De même je suis capable d’apprécier le mode vestimentaire aussi bien des hommes que des femmes, et je n’imagine pas plus certains codes féminins sur moi que je ne m’imagine moins certains habits masculins ! En fait j’ai l’impression de piocher tout, jusqu’à certains comportements ou à la manière de parler, un peu dans chaque catégorie, et aussi une partie dans l’espèce de neutralité en commun. Je me considère comme une personne avant tout et envers tout, et je trouve que de me qualifier de « femme » est souvent tout simplement hors-sujet.
* Là aussi je mets volontairement de côté la discussion sur la différence entre les deux termes.

Escargot

Extrait customisé d’une affiche de la Manif Pour Tous Mais Pas N’Importe Qui.
J’ai bien peur d’être un genre d’escargot. Mais je mange pas les enfants, promis. 🙂
 
Quand j’étais vraiment petite ça ne me posait pas de problème. Je sais que Maman a dû insister quand j’ai demandé un garage pour mon 8e anniversaire, car mon père ne trouvait pas ça très normal. À côté j’avais des poupées et des jouets bien roses, et pendant longtemps j’étais un peu entre les deux, j’aimais les princesses, les dinosaures, les Tortues Ninja et les Polly Pocket, et tout allait bien. Pendant longtemps ma couleur préférée était le jaune, et je ne me posais pas trop de questions sur mes activités, mes passions ou mon identité genrée.
Quand j’ai commencé à entrer dans l’adolescence, je me suis rendue compte que le monde se divisait, se divisait réellement, en « garçons », et en « filles ». « C’est l’âge où l’on grandit, dit-on, où l’on change« . Moi, je ne voulais pas changer, je ne voulais pas devenir une femme, je ne voulais pas me mettre de force dans un moule carré (ou rond) alors que je me sentais de forme hexagonale. Je me suis mise à m’isoler, à continuer à lire et à m’intéresser à ce qui me plaisait, et me suis mise à rejeter jupes, robes, et tout habit, comportement ou accessoire pouvant me faire passer pour une fille – ce que les garçons commençaient à remarquer malgré tout. Les filles de mon âge s’en foutaient plus, bien qu’une ou deux aient bien essayé de me déguiser « relooker ». « Me relooker », « trouver mon style » sont vite devenus des mottos pour les femmes de mon environnement (je remercie au passage les hommes de m’avoir foutu la paix, par réelle conscience ou simplement lâcheté s’ils n’en pensaient pas moins !) – ce « style » devant être forcément féminin, un minimum. Je me demande toujours si mon dégoût massif des romances à l’eau de rose, ou la taille menue de ma poitrine n’ont pas été des conséquences directes de cette période, ou je voulais être moi dans un monde qui me hurlait d’être fille, féminine, femme. Je n’ai néanmoins jamais réellement souhaité être un garçon non plus, ou seulement pendant des périodes très courtes, et sans rien faire en ce sens autre que de cacher du mieux que je pouvais que j’avais un corps de fille deux chromosomes X.
caryotypesneutres
En Terminale, alors que je sortais enfin un peu de mon repli sur moi-même, pas mal de choses aidant, les garçons de ma classe ont soudainement pigé que j’étais une fan de Tolkien, et j’ai quelque peu réussi à réintégrer les discussions – tout en riant sous cape : ils avaient apparemment oublié que j’avais fait un exposé dessus en Troisième ! Le truc c’est aussi qu’à l’époque du collège/lycée j’aurais bien voulu discuter plus avec les gars, dont les discussions me paraissaient plus intéressantes que celles des filles, mais que voulez-vous, j’en étais une, de fille ! Donc exclue des discussions des uns, et ne voulant pas forcément de celles des autres. C’est con, hein. Bon j’avais pas beaucoup de potes non plus de toutes façons.
Bien sûr, j’ai eu des rêves d’adolescente, j’ai dragué en minaudant, j’ai « fait la fille » à certaines occasions, mais même si parfois personne ne me forçait j’ai souvent eu cette petite voix grinçante qui se foutait de ma gueule dans un coin de ma tête : « T’en fais trop ma pauvre fille… tu t’es vue ? » « Bravo, t’es bien rentrée dans le moule !«  »Note : faire remarquer aux emmerdeurs qu’aujourd’hui j’ai agi comme il se doit. » – bref, j’ai eu très souvent cette impression de jouer un rôle, et non pas d’être moi-même. (Et ça m’arrive encore aujourd’hui, sauf que maintenant je sais comment en jouer. La même chose se passe quand « j’en fais trop côté garçon », mais c’est également rigolo d’ouvrir ma grande bouche, de me la jouer, ou autre détail ou choix « viril ».)
J’ai tenu bon. C’était dur, mais en même temps je ne pouvais pas faire autrement que de rejeter tout ce qu’on m’imposait au nom de la parité de la société, et quelque part c’est une fierté. J’ai commencé à changer de lectures, et à tomber sur des livres qui disaient en gros que tu fais ce que tu veux de ta vie, et j’étais bien d’accord – ça m’a encore plus renforcée dans ma conviction d’adolescente que de toutes façons tout le monde était con (ce qui sur ce point n’était peut-être pas si stupide) et les gens de mon entourage ont fini par se lasser, et ensuite je suis entrée en fac, changeant ainsi totalement d’environnement. À partir de là, même si je n’aurais pas pu l’expliquer aussi clairement que maintenant, j’ai essayé de mettre en place mon « personnage » directement – ni totalement masculin ni véritablement féminin, ou parfois plutôt l’un ou l’autre selon mon humeur, dans mes fringues, mon comportement, ma façon de parler. Les gens que je connais, côtoie ou ai côtoyé me connaissent tantôt plutôt en tant que genre féminin, ou genre masculin, ou me connaissent plus ou moins entièrement, ou ont jeté l’éponge pour ce qui est de me connaître véritablement – ce qui arrive plus souvent que je ne le voudrais, et qui arrivera encore quoi que je fasse. Maintenant j’en suis consciente, j’en joue parfois (gentiment ou plus vicieusement), et j’essaie aussi de « préparer » les gens à ce que je suis quand c’est possible, parce qu’étrangement c’est quelque chose qui semble beaucoup gêner beaucoup de gens, que je puisse « jouer sur les deux tableaux« .
J’ai déjà été traitée de lesbienne parce que je me comportais « en homme ». Je n’ai toujours pas très bien compris pourquoi les gens mettent l’identité de genre et les comportements sexuels dans le même sac, ça n’a juste rien à voir de mon point de vue. Partant du principe que rien n’est garanti à 100% je ne peux pas assurer  que ce sera le cas de toute ma vie, mais pour le moment jamais aucune fille ne m’a fait mouiller ma culotte, alors qu’en cas d’attaque hormonale mensuelle je bave (discrètement, je suis en couple ! :p) sur 10% des hommes que je croise. En plus comme je suis quelqu’un de plutôt très pudique, ça me gêne doublement quand on me fait ce genre de remarque – de quoi se mêle-t-on, d’abord ? Oui, je sais, je suis ici en train de vous étaler une partie de mon intimité, mais c’est différent, j’écris devant mon ordi, vous ne me connaissez pas personnellement ni ne faites partie de mon environnement quotidien, c’est une décision de ma part, et je choisis mes mots et discours.
Aujourd’hui je vis fréquemment des moments gênants, drôles ou ridicules (ça dépend des situations), des moments de catégorisation directe en rapport avec mon sexe, qui ne correspondent en plus (oui « en plus », parce que de toutes façons c’est sexiste, c’est mal) pas à mon genre, qui lui n’est, je le crois à présent, ni féminin ni masculin mais un peu des deux, avec un gros tas qui n’est ni l’un ni l’autre au milieu. C’est un peu comme si j’étais moi, et que j’avais également à ma disposition une cape bleue et une cape rose, pour parfois tenir des mini-rôles, à seule fin d’amusement, pour sociabiliser, ou tout autre but. Je m’habille par conséquent toujours très souvent de façon assez neutre, peu sexuée, tout en ajoutant parfois un accessoire, ou une pièce d’habillement « appartenant » plutôt à un genre ou à l’autre.
J’apprends doucement à utiliser ma garde-robe comme autant de rôles subtils, allant du « femme » au « homme » (ou peu féminin, disons), en passant par tout un tas de nuances de neutre qui, je le crois, altèrent légèrement les réactions et comportements que je peux rencontrer, en plus bien sûr de ma propre manière de me comporter.
« Le monde entier est un théâtre,
Et tous les hommes et les femmes seulement des acteurs;
Ils ont leurs entrées et leurs sorties,
Et un homme dans le cours de sa vie joue différents rôles…
« 
– Shakespeare, Comme il vous plaira.
(« All the world’s a stage
And all the men and women merely players;
They have their exits and their entrances,
And one man in his time plays many parts … »)

Moments énervants

– J’aime déglinguer des gobelins sur Diablo => je joue  » à des jeux de mecs ». D’ailleurs dans le même style j’aime aussi des films de mecs, et je lis peu de littérature de fille. Mais je crois que je lis également peu de littérature de mec !
– Je me suis habillée un peu plus sexy (parfois juste parce qu’il fait chaud alors j’ai mis un haut vaguement échancré) => « tu fais féminine comme ça » Typiquement le genre de remarques qui me donnent très sérieusement envie de tourner les talons et d’aller me changer (je crois que je l’ai fait une fois ^^), juste pour que l’on ne s’y trompe pas ! C’est si dur de juste dire « ça te va bien » ? [D’ailleurs je m’en veux : cette année une amie m’a dit « tu t’es féminisée ! » en voyant une photo, et je lui ai dit « Merci » sans réfléchir. Techniquement, c’est un raté, surtout que vu la personne c’était peut-être une remarque neutre sans volonté de jugement/compliment, et donc ma réponse était stupide – pour une fois que je pouvais m’abstenir de répondre poliment pour préférer la sincérité ! (ou ne pas répondre du tout) Il faut croire que ce jour-là je me sentais plutôt femme, ou que l’automatisme a simplement repris le dessus.]
– Je déteste voir que les gens sont plus polis (ou plus lourds, c’est selon) quand je suis habillée plus femme qu’homme ou neutre.
– Le chapelier chez qui je suis passée acheter mon feutre mi-saison (que j’adore, en passant, justement parce que c’est un accessoire au départ masculin mais maintenant ambigu – et que ça fait chic !) m’a indiqué que « c’est au départ un chapeau d’homme mais à présent les femmes le portent aussi (les rebelles !!), mais fortement incliné. » Montant d’un cran dans la rébellion chapelière, j’ai redressé mon couvre-chef sitôt sortie de la boutique, déjà parce que ce fichu truc risquait sérieusement de se sauver de mon crâne avec une telle inclination, mais qu’en plus, le simple fait de la garder comme ça montrait apparemment, encore une fois, un genre particulier. De ce que je vois bien peu de femmes le portent effectivement penché, ce qui me fait dire que je ne suis pas la seule à trouver ça peu commode !
J’aime regarder les gens me cataloguer parfois d’emblée en « fi-fille » (ou parce qu’en plus je suis globalement polie et gentille, ça aide généralement pour les relations sociales quelles qu’elles soient), et ensuite leur balancer, si la conversation me l’autorise sans que ça fasse trop bizarre, par exemple que j’aime les jeux de rôle (Donjons et Dragons), ou les hack’n’slash plutôt que les Sim’s, ou les livres de hard S-F sans hésitation si on me propose Twilight à côté, ou alors je rejette simplement quelque chose censé être au sommet de la féminité universelle (étonnamment ça marche surtout dans ce sens, le fait que je suis une fille est évident, je n’ai pas à le prouver, c’est la part « non-fille » que j’ai sans cesse à revendiquer). Bien sûr, j’aime aussi plein de choses du « milieu », mais si on tire l’élastique de son côté je tire aussi du mien, tant qu’à faire ! 😀 Et puis ensuite je propose d’aider à faire la vaisselle ou je reviens dans mon rôle de « socialement femme » (le retour de l’élastique) histoire que les gens aient bien mélangé leurs petites catégories sexistes dans leur tête, c’est tellement drôle. 😀
C’est étrange quand même, comme les gens sont globalement prêts à dire qu’on a tous une part de masculin quand on est une femme, ou de féminin quand on est un homme, le Yin, le Yang, la complexité, gnagnagna, mais qu’en fait quand tu leur mets le nez dedans ils ne sont plus aussi d’accord :).
J’aurais bien voulu commenter sur l’article cité au début, mais je ne peux pas (probablement parce qu’il a plus de trois mois). Je me demande combien de gens sont dans notre cas, à ne pas arriver à s’identifier socialement au rôle qu’on nous donne à la naissance, à choisir aussi bien des rôles de « filles » que de « garçons », ou à ne rien choisir du tout.
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3 réflexions au sujet de « Je suis une fille… ou pas. »

  1. Merci d’avoir partagé ce cheminement intéressant! Je ne me suis jamais sentie classée dans un genre défini malgré moi mais pour le coup j’ai quand même eu à de multiples reprises des problèmes avec les comportements sexués attendus dans tous types de situations, du côtés des femmes comme des hommes d’ailleurs!

  2. excellent article qui m’a fait réfléchir…. Comme je te comprends sur certains points, les gens te regardent un peu comme un zombie quand tu leurs dit que tu as joué plus de 5 ans à World of Warcraft xD

    • Ben… ça dépend, l’idée que les filles puissent faire d’autres chose que jouer à la poupée et faire le ménage commence à être plus répandue. Par contre de manière générale on s’attend quand même à ce que tu « sois une fille » par tes comportements, tes raisons d’être, ta place dans la société, ton ressenti, quels que soient tes centres d’intérêts. Bon après j’ai eu l’impression d’être très brouillon dans mon texte, mais tant pis ! J’espère ne pas avoir trop détourné les propos de la Mad’moizelle citée, mais si déjà il y a des gens qui viennent, me lisent également (ou pas), et cogitent aussi, ça me va 🙂

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