La Fille du roi des Elfes

De Lord Dunsany*. 2006. Merveilleux. Bonne lecture.
*Edward John Moreton Drax Plunkett de son vrai nom (sans blague)
Titre original : The King of Elfland’s Daughter, 1924.
filledunsanyRésumé : « Parce que les sujets de son père veulent plus de magie dans leur royaume, le prince Alvéric entreprend de traverser la forêt enchantée afin d’y enlever la fille du roi des Elfes, Lirazel. Après avoir défait les chevaliers qui défendent la demeure de celle-ci, Alvéric séduit la jeune elfe et l’emmène jusqu’au royaume d’Erl, où naîtra Orion, le fruit de leurs amours. Furieux du départ de sa fille et surtout du fait que ce départ était volontaire, le roi des Elfes envoie à Lirazel un troll porteur d’un message magique. Immédiatement, la jeune princesse est ramenée auprès de son père. Inconsolable, Alvéric part à sa recherche, en quête de la forêt enchantée… qui a disparu. Et, pendant ce temps, Orion découvre le monde.« 
PréfaceJ’espère que la suggestion d’un pays étrange véhiculée par le titre de cet ouvrage ne fera pas fuir les lecteurs potentiels. Si, en effet, certains chapitres parlent du pays des Elfes, la majeure partie de ce livre n’évoque que le paysage familier de la campagne anglaise, avec ses forêts, ses vallées, et ses villages situés à une bonne cinquantaine de kilomètres des frontières du pays des Elfes.

J’ai trouvé cette préface presque plus intéressante que le roman en lui-même ; elle m’a permis de le lire en partant de plusieurs principes, très différents de ceux qu’on aurait actuellement en lisant un roman de fantasy, ce que ce livre n’est d’ailleurs pas vraiment.

La première phrase est très évocatrice : à l’époque de Dunsany, les « fantaisies » (histoires comportant de la magie ou du surnaturel, si j’ai bien compris le terme) étaient parfois moquées, prises à la légère. Si je ne me trompe pas c’était un genre populaire, divertissant, mais qui n’avait pas vraiment de lettres de noblesse, à l’instar des contes. Les années 1920 étaient en même temps industrielles et porteuses de raison, de science ; mais aussi pleines de folies, de spiritisme, d’ésotérisme, et de magie, au sens littéraire comme mondain / croyance populaire. Du coup Dunsany s’excuse presque d’avoir osé écrire sur un tel sujet, un peu trop trivial et destiné à faire sensation ! Aujourd’hui, presque un siècle plus tard, le mot « Elfe » est au contraire parfois je trouve trop utilisé, trop « vendeur », au mépris de toute considération littéraire, artistique, sans parler de la symbolique ! Ce livre est trop vieux, et les éditions Denoël trop sérieuses pour afficher en gros la désormais traditionnelle mention « Plaira aux fans du Seigneur des Anneaux » (que je récuse dans la plupart des cas) – même si ce titre est effectivement cité, au dos, dans un encart sobre qui regroupe plusieurs autres noms de livres, peut-être à juste titre pour une fois.

Ensuite je me demande un peu pourquoi Lord Dunsany a choisi la campagne « anglaise », alors qu’il est irlandais, et que les légendes elfiques et féériques ne sont pas du tout inhérentes à l’Angleterre, mais qu’elles existent aussi sur l’Ile d’Emeraude. Peut-être vise-t-il un lectorat essentiellement britannique ? Après vérification il semblerait qu’il ait passé du temps dans ce pays.

Enfin j’aime beaucoup la mention des 50 km – c’est tellement précis ! On voit aussi que Dunsany prend soin de préciser que les deux pays sont nettement séparés, mais également voisins. D’après ce qu’il raconte par la suite dans le roman, je retrouve ces croyances populaires que j’ai déjà vues dans d’autres contes (pour moi ce roman est plus un conte qu’un roman de fantasy) – les deux mondes que tout oppose (habitants, mais aussi temporalité, magie, faune et flore, matière/être même), les difficultés à concilier les deux mondes, les interdits, les dangers…

En fait, ce n’est pas tant au Seigneur des Anneaux mais aux « Tales of the Perilous Realm« , ou Contes du Petit Royaume en français, particulièrement Smith de Grand Wotton, que ce texte m’a fait penser. On peut y trouver aussi des parallèles avec Thomas le Rimeur, et d’autres contes et histoires de littérature féerique du tournant ou début du XXe siècle.

Dans l’ensemble le rythme est lent, voire très lent, et parsemé de détails et comparaisons propres au conte. Les événements également se déroulent comme dans un récit merveilleux, avec la même logique, les mêmes étapes, et en nombre aussi limité, si on se réfère à la longueur du livre. Si vraiment je voulais y trouver de la fantasy je comparerais la Fille du roi des Elfes à Terremer d’Ursula Le Guin, ou à la Terre Mourante de Jack Vance. En fait je comprends tout à fait pourquoi ce livre est considéré comme un des précurseurs de la fantasy moderne, car on commence à s’éloigner du conte ou du récit féerique traditionnel (ne serait-ce que par sa longueur, ou certains détails ou scènes qui n’auraient pas été présents dans un conte), mais on est encore à des kilomètres (bien plus que 50 !) de Gemmell, Feist, ou Eddings, pour ne citer que des classiques du genre.

Je suis très contente d’avoir pu lire ce livre, qui m’a globalement plu, mais je me suis aussi un peu ennuyée par moments.

NB : j’avais déjà lu un peu de Dunsany, dont le Livre des Merveilles qui m’avait profondément ennuyé. Cependant j’ai toujours de l’intérêt pour cet auteur car il a inspiré Lovecraft, que j’adore, et ses ouvrages sont au croisement du fantastique, des contes, et de la fantasy, trois genres que je lis.

 

Chroniques d’ailleurs : Une tasse de cultureLup’Appassionata

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